Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Ruben 5 — désir, sexualité et maîtrise de soi
Ce chapitre poursuit le testament de Ruben autour de désir, sexualité et maîtrise de soi. La parole paternelle relit l’expérience du patriarche pour orienter la conduite de ses descendants.
Texte — sept restitutions
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Clarté
§1 Mes enfants, gardez-vous des femmes selon l’avertissement que je vous donne, car le texte dit qu’elles sont faibles en force mais qu’elles peuvent chercher à attirer les hommes par leur apparence.
§2 Lorsqu’elles ne peuvent vaincre un homme par la force, elles peuvent, selon cette exhortation, agir par la tromperie.
§3 L’ange de Dieu m’a enseigné, disait Ruben, que les femmes sont davantage exposées que les hommes à l’esprit de l’inconduite : elles forment des projets dans leur cœur, attirent l’esprit par leurs ornements, sèment le poison du désir par le regard et finissent par captiver.
§4 Pourtant une femme ne peut contraindre un homme si son propre consentement ne se laisse pas prendre.
§5 Fuyez donc l’inconduite. Dites aussi à vos femmes et à vos filles de ne pas chercher à séduire par leurs coiffures ou leur visage, car le récit ancien associe ces comportements au jugement.
§6 C’est ainsi, poursuit le texte, que les Veilleurs d’avant le Déluge, voyant continuellement les femmes, les désirèrent. Ils conçurent l’idée de s’unir à elles, prirent une apparence humaine et se montrèrent à elles.
§7 Les femmes, désirant à leur tour ces apparitions, enfantèrent des géants ; les Veilleurs leur apparaissaient comme atteignant jusqu’au ciel.
Lecture
§1 Mes enfants, Ruben vous met en garde contre la puissance du désir en employant le langage sévère de son époque à propos des femmes : il affirme que, là où la force physique manque, l’apparence peut devenir un moyen d’attirer.
§2 Dans cette logique ancienne, ce qui ne peut être obtenu par la force peut être recherché par la ruse.
§3 Ruben rapporte l’enseignement d’un ange : le désir sexuel peut s’emparer du cœur, se servir de l’ornement et du regard pour séduire, puis entraîner l’autre dans sa propre passion.
§4 Mais il reconnaît aussi qu’une femme ne peut forcer un homme dont la volonté refuse de consentir.
§5 Il demande donc à ses fils de fuir l’inconduite et, selon les normes ascétiques de son milieu, d’exhorter également leurs femmes et leurs filles à ne pas faire de leur apparence un instrument de séduction.
§6 Le propos se tourne alors vers les Veilleurs : avant le Déluge, ces êtres célestes auraient désiré les femmes qu’ils voyaient, conçu le projet de s’unir à elles et pris une forme humaine pour se montrer.
§7 Les femmes, fascinées à leur tour par ces apparitions, auraient donné naissance aux géants ; dans leurs visions, les Veilleurs leur semblaient toucher le ciel.
Proclamation
§1 Mes enfants, gardez-vous du désir qui transforme l’autre en piège ! Le texte ancien parle ici des femmes avec la sévérité de son temps : il voit dans la beauté un pouvoir de séduction.
§2 Ce que la force n’obtient pas, dit-il, la ruse cherche à l’obtenir.
§3 Ruben rapporte la parole de l’ange : le désir se forme dans le cœur, s’habille d’ornements, passe par le regard, sème son poison et finit par captiver.
§4 Pourtant nul ne peut être contraint si sa volonté ne consent pas.
§5 Fuyez donc l’inconduite ! Et que personne ne fasse de son apparence une arme pour séduire.
§6 Puis le récit remonte aux jours d’avant le Déluge : les Veilleurs virent les femmes, les désirèrent, prirent forme humaine et se montrèrent à elles.
§7 Les femmes désirèrent à leur tour ces apparitions ; de leur union, dit l’ancien récit, naquirent les géants, tandis que les Veilleurs semblaient monter jusqu’au ciel.
Déployée
§1 Mes enfants, gardez-vous du désir qui transforme l’autre en objet : les femmes sont ici décrites, selon les catégories antiques du passage, comme moins fortes physiquement mais capables d’attirer par l’apparence et la séduction.
§2 Lorsque la force ne peut imposer son but, la tromperie devient l’autre voie par laquelle le désir cherche à l’atteindre.
§3 Ruben attribue ensuite à un ange une explication de la séduction : le désir naît dans le cœur, l’ornement attire l’intelligence, le regard transmet symboliquement le « poison » de la passion, puis l’autre peut se laisser captiver par son propre consentement.
§4 Cependant une femme ne peut imposer l’acte à un homme dont la volonté refuse de participer ; le consentement de l’homme demeure donc engagé.
§5 Fuyez donc l’inconduite ; demandez aussi à vos femmes et à vos filles de ne pas transformer coiffure ou visage en moyens de séduction, selon les normes ascétiques du passage.
§6 Pour donner une origine mythique à cette dynamique, le texte reprend la tradition des Veilleurs antédiluviens : leur regard répété sur les femmes engendre le désir, puis un projet d’union ; ils apparaissent sous forme humaine afin d’entrer en relation avec elles.
§7 Les femmes sont alors elles-mêmes décrites comme désirant ces apparitions, et le récit rattache à cette rencontre la naissance des géants ; l’image des Veilleurs atteignant le ciel appartient à cette tradition visionnaire et mythologique.
Littérale
§1 Gardez-vous donc, mes enfants, des femmes, parce qu’elles sont plus faibles quant à la puissance, mais elles usent d’artifice pour attirer les hommes par les formes.
§2 Et celui qu’elles ne peuvent vaincre par la force, elles le trompent par ruse.
§3 Car l’ange de Dieu m’a enseigné à leur sujet que les femmes sont vaincues par l’esprit de porneia plus que les hommes ; elles machinent dans leur cœur contre les hommes, par les ornements elles égarent l’intelligence, par le regard elles sèment le poison, puis par l’action elles captivent.
§4 Car une femme ne peut contraindre un homme par la force.
§5 Fuyez donc la porneia, mes enfants, et commandez à vos femmes et à vos filles de ne pas orner leur tête et leur visage pour tromper l’intelligence ; car toute femme qui use de ces artifices est destinée, selon le discours du texte, au jugement.
§6 Ainsi aussi les Veilleurs, avant le Déluge, en les voyant sans cesse, les désirèrent ; ils conçurent l’acte dans leur intelligence, se transformèrent dans l’apparence d’hommes et leur apparurent au moment de leur union avec leurs maris.
§7 Et les femmes, désirant dans leur intelligence leurs apparitions, enfantèrent des géants ; car les Veilleurs leur apparaissaient atteignant jusqu’au ciel.
Philologique
§1 Gardez-vous donc, mes enfants, des femmes, parce qu’elles sont plus faibles quant à la puissance, mais elles usent d’artifice pour attirer les êtres humains par les formes.
§2 Puis celui qu’elles ne peuvent vaincre par la force, elles le trompent par ruse.
§3 Puisque l’ange de Dieu m’a enseigné à leur sujet que les femmes sont vaincues par l’esprit de inconduite sexuelle plus que les êtres humains ; elles machinent dans leur cœur contre les êtres humains, par les ornements elles égarent l’intelligence, par le regard elles sèment le poison, puis par l’action elles captivent.
§4 Car une femme ne peut contraindre un homme par la force.
§5 Fuyez donc la inconduite sexuelle, mes enfants, et commandez à vos femmes et à vos filles de ne pas orner leur tête et leur visage pour tromper l’intelligence ; car toute femme qui use de ces artifices est destinée, selon le discours du texte, au jugement.
§6 Ainsi aussi les Veilleurs, avant le Déluge, en les voyant sans cesse, les désirèrent ; ils conçurent l’acte dans leur intelligence, se transformèrent dans l’apparence d’hommes et leur apparurent au moment de leur union avec leurs maris.
§7 Puis les femmes, désirant dans leur intelligence leurs apparitions, enfantèrent des géants ; car les Veilleurs leur apparaissaient atteignant jusqu’au ciel.
Paraphrase
§1 Ruben veut convaincre ses fils de ne pas sous-estimer le pouvoir du désir. Pour le faire, il reprend les stéréotypes de son époque sur les femmes, qu’il présente comme utilisant davantage l’apparence et la séduction que la force physique.
§2 Dans cette manière ancienne de raisonner, la ruse devient le moyen d’obtenir ce que la force ne peut imposer.
§3 Il décrit alors comment une attraction peut se construire : une intention naît dans le cœur, l’apparence capte l’attention, le regard nourrit le désir, puis celui qui se laisse entraîner perd peu à peu sa liberté intérieure.
§4 Mais son raisonnement reconnaît malgré tout un point essentiel : personne ne peut faire porter toute la responsabilité à l’autre ; l’homme conserve la responsabilité de son propre consentement.
§5 Ruben demande donc surtout de fuir l’inconduite. Les règles qu’il ajoute sur la coiffure et l’apparence des femmes reflètent la culture ascétique et patriarcale de son temps, et non une norme universelle à reproduire telle quelle.
§6 Il relie ensuite cette question à la vieille histoire des Veilleurs, êtres célestes qui, avant le Déluge, auraient désiré des femmes, adopté une apparence humaine et cherché à s’unir à elles.
§7 Les femmes désirèrent à leur tour ces apparitions et donnèrent naissance, selon cette ancienne tradition, aux géants ; les Veilleurs leur semblaient atteindre jusqu’au ciel.
Notes textuelles
- Le passage emploie une rhétorique misogyne et patriarcale antique. La traduction la restitue comme donnée historique du texte sans l’avaliser ni l’universaliser.
- Le « poison » semé par le regard relève d’une métaphore morale antique de la séduction, non d’une causalité physiologique.
- La tradition des Veilleurs et des géants appartient au réseau d’interprétations de Gn 6 développé notamment dans la littérature hénochique ; le Testament la réemploie à des fins morales.
Place dans l’ouvrage
Dans le Testament
Chapitre 5 sur 7 du Testament de Ruben, centré dans l’ensemble sur repentance, désir et maîtrise de soi.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire comme testament pseudépigraphique : récit autobiographique, exhortation morale et prophétie y sont volontairement articulés.
- Les formulations chrétiennes éventuelles doivent être examinées au cas par cas et non présumées pour tout le chapitre.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Sefaria API working witness; English text based on R. H. Charles 1908
Lecture éditoriale. Le témoin anglais sert au repérage ; la validation finale doit revenir aux témoins grecs, arméniens, slaves et aux éditions critiques pertinentes.
Bibliographie de travail
- R. H. Charles, The Testaments of the Twelve Patriarchs (1908)
- H. C. Kee, Testaments of the Twelve Patriarchs
- Marinus de Jonge, Studies on the Testaments of the Twelve Patriarchs
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.