Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Ruben 4 — désir, sexualité et maîtrise de soi
Ce chapitre poursuit le testament de Ruben autour de désir, sexualité et maîtrise de soi. La parole paternelle relit l’expérience du patriarche pour orienter la conduite de ses descendants.
Texte — sept restitutions
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Clarté
§1 Ne vous attachez donc pas à la beauté des femmes et ne tournez pas votre pensée vers leurs affaires ; marchez avec un cœur simple dans la crainte du Seigneur, consacrez-vous au travail, à l’étude et à vos troupeaux, jusqu’à ce que le Seigneur vous donne une épouse.
§2 Jusqu’à la mort de mon père, je n’osais pas lever les yeux vers lui ni parler avec mes frères, tant j’avais honte.
§3 Encore aujourd’hui ma conscience me tourmente à cause de mon péché.
§4 Mon père me consola et pria pour que la colère du Seigneur s’éloigne de moi. Depuis ce jour je me gardai et ne péchai plus.
§5 Mes enfants, gardez donc tout ce que je vous commande et vous ne pécherez pas.
§6 L’inconduite sexuelle détruit l’âme : elle éloigne de Dieu, rapproche des idoles, égare l’intelligence et fait descendre des jeunes hommes prématurément au séjour des morts.
§7 Elle a perdu beaucoup de gens : même un homme âgé ou de haut rang devient objet de honte et de moquerie lorsqu’il s’y abandonne.
§8 Joseph, lui, garda son esprit à l’écart de toute femme ; il purifia sa pensée de l’inconduite et trouva faveur auprès de Dieu et des hommes.
§9 L’Égyptienne multiplia contre lui les artifices, les paroles et les drogues, mais le dessein de son âme ne céda pas au mauvais désir.
§10 Le Dieu de mes pères le délivra de toute mort, visible comme cachée.
§11 Si l’inconduite ne domine pas votre intelligence, Béliar ne pourra pas vous dominer.
Lecture
§1 Ne laissez donc pas votre attention être capturée par l’apparence des femmes et ne faites pas de leur intimité l’objet de votre curiosité. Marchez plutôt avec simplicité de cœur dans la crainte du Seigneur ; appliquez-vous au travail, à l’étude et aux responsabilités qui vous sont confiées, jusqu’au jour où le Seigneur vous donnera une épouse.
§2 Après ma faute, je demeurai si honteux que jusqu’à la mort de mon père je n’osais presque plus croiser son regard ni parler librement avec mes frères.
§3 Ma conscience continue encore de m’accuser pour ce que j’ai fait.
§4 Mais mon père me consola et pria pour moi afin que la colère du Seigneur s’éloigne ; à partir de ce jour je veillai sur moi-même et ne retombai plus dans cette faute.
§5 Vous donc, mes enfants, gardez les paroles que je vous laisse : elles vous préserveront du péché.
§6 L’inconduite sexuelle finit par détruire l’être intérieur : elle éloigne de Dieu, rapproche l’esprit de l’idolâtrie, fausse le jugement et peut précipiter des jeunes hommes vers une mort prématurée.
§7 Beaucoup ont été ruinés ainsi. Même la vieillesse, la dignité ou le rang n’empêchent pas qu’un homme devienne objet de honte lorsqu’il se laisse dominer par cette passion.
§8 Regardez plutôt Joseph : il garda son esprit et purifia sa pensée de l’inconduite ; c’est ainsi qu’il trouva grâce devant Dieu et auprès des hommes.
§9 La femme égyptienne essaya de le séduire de multiples manières, jusque par des artifices et des préparations, mais son intention intérieure ne consentit pas au désir mauvais.
§10 Alors le Dieu de nos pères le délivra de tout danger de mort, qu’il soit manifeste ou dissimulé.
§11 Si l’inconduite ne devient pas maîtresse de votre esprit, Béliar ne pourra pas devenir votre maître.
Proclamation
§1 Ne livrez pas vos yeux à la beauté, ne livrez pas vos pensées à la curiosité ! Marchez d’un cœur simple dans la crainte du Seigneur ; travaillez, étudiez, veillez sur ce qui vous est confié, jusqu’à ce que le Seigneur vous donne une épouse.
§2 Moi, jusqu’à la mort de mon père, j’avais honte de lever les yeux vers lui ; j’avais honte de parler à mes frères.
§3 Ma conscience, encore maintenant, me reprend pour mon péché.
§4 Mais mon père me consola et pria pour moi. Alors je me gardai, et je ne retombai plus.
§5 Mes enfants, gardez donc mes paroles !
§6 L’inconduite détruit l’âme : elle éloigne de Dieu, pousse vers les idoles, trouble l’intelligence et fait descendre trop tôt les jeunes vers la mort.
§7 Combien en furent perdus ! Âge, dignité, rang : rien ne préserve celui qui se livre à elle de la honte et du mépris.
§8 Voyez Joseph ! Il garda son esprit, purifia sa pensée, et trouva grâce devant Dieu et devant les hommes.
§9 L’Égyptienne usa de paroles, de pièges et d’artifices ; pourtant son cœur ne consentit pas au désir mauvais.
§10 Le Dieu de nos pères le délivra de toute mort, visible ou cachée.
§11 Si l’inconduite ne règne pas sur votre esprit, Béliar ne régnera pas sur vous.
Déployée
§1 Ne laissez donc pas le regard nourrir le désir ni la curiosité rechercher l’intimité d’autrui ; marchez avec un cœur sans duplicité dans la crainte du Seigneur, le travail, l’étude et les responsabilités confiées, jusqu’au mariage.
§2 Il rappelle ensuite combien sa propre faute a détruit sa liberté relationnelle : jusqu’à la mort de Jacob, il éprouvait une honte telle qu’il n’osait regarder son père en face ni parler normalement avec ses frères.
§3 Sa conscience, dit-il, continue de témoigner contre lui ; le repentir n’efface donc pas la mémoire morale de l’acte.
§4 Pourtant Jacob le consola et intercéda pour lui, demandant que cesse la colère divine ; Ruben situe à partir de cette intercession le début d’une conduite plus vigilante.
§5 Mes enfants, gardez donc ces commandements afin de ne pas reproduire ma faute.
§6 La porneia est décrite comme une puissance qui détruit l’âme : elle éloigne de Dieu, rend disponible à l’idolâtrie, trompe l’intelligence et peut conduire de jeunes hommes à une mort prématurée.
§7 L’inconduite a déjà ruiné beaucoup de personnes ; ni l’âge ni le rang n’empêchent que celui qui s’y abandonne devienne objet de honte.
§8 Joseph devient alors le contre-exemple positif : son esprit s’est gardé de l’inconduite, sa pensée s’est purifiée et cette fidélité est présentée comme la raison de la faveur reçue de Dieu et des humains.
§9 La femme de l’Égyptien est dépeinte comme employant plusieurs moyens de séduction, y compris des artifices et des préparations magiques ou pharmacologiques selon l’imaginaire ancien ; Joseph, lui, refuse intérieurement de consentir au désir mauvais.
§10 Le Dieu des pères le délivre alors de tout danger mortel, qu’il soit visible ou caché.
§11 Ruben conclut par une formulation de maîtrise : si la porneia n’obtient pas autorité sur votre intelligence, Béliar, personnification du mal, ne pourra pas davantage vous gouverner.
Littérale
§1 Ne prenez donc pas garde à la beauté des femmes et ne disposez pas votre pensée à leurs affaires ; mais marchez en simplicité de cœur dans la crainte du Seigneur, et peinez dans les œuvres, dans l’étude et dans vos troupeaux, jusqu’à ce que le Seigneur vous donne une épouse.
§2 Car jusqu’à la mort de mon père je n’eus pas l’assurance de regarder son visage ni de parler avec aucun de mes frères, à cause de la honte.
§3 Et encore maintenant ma conscience me condamne au sujet de mon péché.
§4 Et pourtant mon père me consola et pria à mon sujet auprès du Seigneur, afin que sa colère passe loin de moi ; et depuis ce temps je me gardai et ne péchai plus.
§5 Mes enfants, gardez donc tout ce que je vous commande et vous ne pécherez pas.
§6 Car la porneia est une destruction pour l’âme, séparant de Dieu et approchant des idoles, parce qu’elle égare l’intelligence et fait descendre les jeunes hommes avant le temps dans l’Hadès.
§7 Car elle a détruit beaucoup ; même si un homme est âgé ou noble, elle le livre au reproche, à la honte et à la dérision.
§8 Joseph, lui, garda sa pensée loin de toute femme et purifia son intelligence de la porneia, et trouva grâce devant Dieu et les hommes.
§9 Car l’Égyptienne fit beaucoup de choses contre lui par enchantements, drogues et paroles ; mais la disposition de son âme n’accueillit pas le mauvais désir.
§10 Et le Dieu de mes pères le délivra de toute mort, visible et cachée.
§11 Car si la porneia ne domine pas votre intelligence, Béliar ne vous dominera pas.
Philologique
§1 Ne prenez donc pas garde à la beauté des femmes et ne disposez pas votre pensée à leurs affaires ; mais marchez en simplicité de cœur dans la crainte du Seigneur, et peinez dans les œuvres, dans l’étude et dans vos troupeaux, jusqu’à ce que le Seigneur vous donne une épouse.
§2 Car jusqu’à la mort de mon père je n’eus pas l’assurance de regarder son visage ni de parler avec aucun de mes frères, à cause de la honte.
§3 Puis encore maintenant ma conscience me condamne concernant mon péché.
§4 Puis pourtant mon père me consola et pria à mon sujet auprès du Seigneur, pour que sa colère passe loin de moi ; et depuis ce temps je me gardai et ne péchai plus.
§5 Mes enfants, gardez donc tout ce que je vous commande et vous ne pécherez pas.
§6 Puisque la inconduite sexuelle est une destruction pour l’âme, séparant de Dieu et approchant des idoles, parce qu’elle égare l’intelligence et fait descendre les jeunes hommes avant le temps dans le séjour des morts.
§7 Car elle a détruit beaucoup ; même si un homme est âgé ou noble, elle le livre au reproche, à la honte et à la dérision.
§8 Joseph, lui, garda sa pensée loin de toute femme et purifia son intelligence de la inconduite sexuelle, et trouva grâce devant Dieu et les êtres humains.
§9 Puisque l’Égyptienne fit beaucoup de choses contre lui par enchantements, drogues et paroles ; mais la disposition de son âme n’accueillit pas le mauvais désir.
§10 Puis le Dieu de mes pères le délivra de toute mort, visible et cachée.
§11 Car si la inconduite sexuelle ne domine pas votre intelligence, Béliar ne vous dominera pas.
Paraphrase
§1 Ruben ramène ensuite son enseignement à des habitudes concrètes : ne pas entretenir volontairement le désir par le regard ou la curiosité, mais remplir sa vie de travail, d’étude, de responsabilités et d’une relation droite à Dieu.
§2 Il sait de quoi il parle : après sa faute, il avait tellement honte qu’il n’arrivait plus à regarder son père ni à parler librement avec ses frères.
§3 Même des années plus tard, sa conscience continuait de lui rappeler ce qu’il avait fait.
§4 Pourtant Jacob ne l’abandonna pas : il le consola et pria pour lui. Ruben affirme qu’à partir de ce moment il apprit à se surveiller et ne répéta pas sa faute.
§5 Il demande donc à ses enfants de recevoir son expérience comme un avertissement capable de leur éviter la même chute.
§6 Pour lui, la sexualité déréglée n’est pas une faute isolée : quand elle devient une obsession, elle altère le jugement, éloigne de Dieu et peut conduire à des comportements destructeurs.
§7 Il rappelle que ni l’âge, ni la réputation, ni une position élevée ne mettent quelqu’un à l’abri des conséquences humiliantes d’une passion devenue maîtresse de sa conduite.
§8 À l’inverse, Joseph représente la maîtrise de soi : il protège sa pensée, refuse de laisser le désir décider à sa place et gagne ainsi la confiance de Dieu et des humains.
§9 Même confronté, selon le récit ancien, à toutes sortes de moyens de séduction et d’artifice, Joseph ne donne pas son consentement intérieur au mal.
§10 Dieu le délivre alors des dangers visibles comme de ceux qui lui étaient cachés.
§11 Ruben conclut : ce qui ne prend pas le contrôle de ton esprit ne peut pas te gouverner ; résister intérieurement, c’est déjà refuser au mal son pouvoir.
Notes textuelles
- Le passage appartient à une exhortation ascétique antique très sévère. La Déployée et la Paraphrase explicitent sa logique sans transformer la rhétorique du texte en diagnostic universel de la sexualité.
- Les mentions d’enchantements et de drogues reflètent le développement pseudépigraphique de l’histoire de Joseph et l’imaginaire antique ; elles ne proviennent pas du récit canonique de Gn 39.
- Béliar personnifie ici la puissance du mal ; l’énoncé articule maîtrise du désir et résistance au mal dans la logique morale propre à l’ouvrage.
Place dans l’ouvrage
Dans le Testament
Chapitre 4 sur 7 du Testament de Ruben, centré dans l’ensemble sur repentance, désir et maîtrise de soi.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire comme testament pseudépigraphique : récit autobiographique, exhortation morale et prophétie y sont volontairement articulés.
- Les formulations chrétiennes éventuelles doivent être examinées au cas par cas et non présumées pour tout le chapitre.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Sefaria API working witness; English text based on R. H. Charles 1908
Lecture éditoriale. Le témoin anglais sert au repérage ; la validation finale doit revenir aux témoins grecs, arméniens, slaves et aux éditions critiques pertinentes.
Bibliographie de travail
- R. H. Charles, The Testaments of the Twelve Patriarchs (1908)
- H. C. Kee, Testaments of the Twelve Patriarchs
- Marinus de Jonge, Studies on the Testaments of the Twelve Patriarchs
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.