Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Ruben 2 — esprits, discernement et conduite
Ce chapitre poursuit le testament de Ruben autour de esprits, discernement et conduite. La parole paternelle relit l’expérience du patriarche pour orienter la conduite de ses descendants.
Texte — sept restitutions
Une seule analyse du texte source gouverne les sept restitutions. La version Lecture est ouverte par défaut.
Clarté
§1 Pendant mon repentir, mes enfants, je compris qu’il existe sept esprits d’égarement.
§2 Sept esprits de Béliar agissent contre l’être humain ; ils sont à la tête des œuvres mauvaises de la jeunesse.
§3 Sept autres esprits ont été donnés à l’être humain lors de sa création, afin que toute son activité puisse s’accomplir par eux.
§4 Le premier est l’esprit de vie, par lequel l’être humain est constitué ; le deuxième, la vue, avec laquelle naît le désir.
§5 Le troisième est l’ouïe, avec laquelle vient l’instruction ; le quatrième, l’odorat, lié au goût, à l’air que l’on attire et à la respiration.
§6 Le cinquième est la parole, avec laquelle vient la connaissance.
§7 Le sixième est le goût, par lequel on reçoit nourriture et boisson ; de là vient aussi la force, car les aliments soutiennent la vigueur du corps.
§8 Le septième est l’esprit de la génération et de l’union sexuelle ; à cause de l’amour du plaisir, des péchés s’y attachent.
§9 C’est le dernier dans l’ordre de la création, mais le premier à se manifester dans la jeunesse ; il est rempli d’ignorance et conduit le jeune homme comme un aveugle vers une fosse, ou comme une bête vers un précipice.
Lecture
§1 Mes enfants, au temps de mon repentir, je discernai sept esprits qui entraînent l’être humain dans l’erreur.
§2 Il y a sept esprits de Béliar qui combattent l’homme et prennent la tête des égarements propres à la jeunesse.
§3 Mais sept esprits appartiennent aussi à l’ordre de la création : par eux s’exerce toute l’activité humaine.
§4 Le premier est celui de la vie, par lequel l’être humain reçoit sa constitution ; le deuxième est la vue, qui ouvre la voie au désir.
§5 Le troisième est l’ouïe, qui rend possible l’apprentissage ; le quatrième est l’odorat, lié aux perceptions du goût, à l’entrée de l’air et au souffle.
§6 Le cinquième est la parole, par laquelle se forme la connaissance.
§7 Le sixième est le goût : grâce à lui nous recevons nourriture et boisson, et notre force se maintient, puisque les aliments soutiennent notre vigueur.
§8 Le septième est lié à la génération et à l’union sexuelle ; l’attachement au plaisir y devient facilement l’occasion du péché.
§9 Cet esprit vient en dernier dans l’ordre de la création, mais il s’éveille le premier dans la jeunesse. Parce qu’il s’accompagne d’ignorance, il peut mener le jeune homme comme un aveugle vers un trou ou comme un animal vers le bord d’un ravin.
Proclamation
§1 Mes enfants, dans mon repentir, j’ai vu sept esprits d’égarement.
§2 Sept esprits de Béliar combattent l’être humain ; ils marchent en tête des fautes de la jeunesse.
§3 Mais sept esprits aussi appartiennent à la création : par eux l’être humain agit.
§4 Premier : l’esprit de vie, qui nous constitue. Deuxième : la vue, où s’éveille le désir.
§5 Troisième : l’ouïe, qui reçoit l’enseignement. Quatrième : l’odorat, avec les saveurs, l’air aspiré et le souffle.
§6 Cinquième : la parole, qui conduit à la connaissance.
§7 Sixième : le goût, qui reçoit nourriture et boisson ; car la force du corps se soutient par les aliments.
§8 Septième : la génération et l’union sexuelle ; et l’amour du plaisir y entraîne le péché.
§9 Dernier dans la création, mais premier dans la jeunesse ! Plein d’ignorance, il conduit le jeune comme un aveugle vers la fosse, comme une bête vers le précipice.
Déployée
§1 Mes enfants, tandis que je vivais le temps de mon repentir, je pris conscience de sept « esprits » qui figurent les puissances d’égarement à l’œuvre dans la conduite humaine.
§2 Sept esprits de Béliar sont présentés comme adversaires de l’être humain : ils prennent la tête des œuvres mauvaises de la jeunesse.
§3 Il distingue en même temps sept esprits appartenant à la structure même de la création humaine, c’est-à-dire sept facultés par lesquelles toute action humaine devient possible.
§4 Le premier est l’esprit de vie, principe de la constitution de la personne ; le deuxième est la faculté de voir, avec laquelle peut naître le désir de ce qui est aperçu.
§5 Le troisième est l’ouïe, qui permet de recevoir l’enseignement ; le quatrième est l’odorat, présenté avec les perceptions gustatives, l’aspiration de l’air et la respiration.
§6 Le cinquième est la faculté de parler : elle rend possible la connaissance formulée et transmise.
§7 Le sixième est le goût, par lequel l’être humain reçoit aliments et boissons ; le texte lui rattache la force corporelle, puisque la vigueur se maintient par la nourriture.
§8 Le septième concerne la génération et l’union sexuelle ; lorsque la recherche du plaisir la gouverne, elle devient occasion de péchés.
§9 Cette faculté est décrite comme dernière dans l’ordre de la création mais première dans l’expérience de la jeunesse : lorsqu’elle demeure sans connaissance ni maîtrise, elle entraîne le jeune comme un aveugle vers une fosse, ou comme un animal vers le vide.
Littérale
§1 Et maintenant, mes enfants, écoutez-moi au sujet des sept esprits de l’égarement que j’ai contemplés dans mon repentir.
§2 Sept esprits de Béliar ont été donnés contre l’homme, et eux sont les têtes des œuvres de la jeunesse.
§3 Et sept autres esprits ont été donnés à l’homme depuis la création, afin que par eux soit toute œuvre humaine.
§4 Premier, l’esprit de vie, avec lequel la constitution est créée ; deuxième, l’esprit de vision, avec lequel vient le désir.
§5 Troisième, l’esprit d’audition, avec lequel vient l’enseignement ; quatrième, l’esprit d’odorat, avec lequel sont données les saveurs pour l’attraction de l’air et la respiration.
§6 Cinquième, l’esprit de parole, avec lequel vient la connaissance.
§7 Sixième, l’esprit de goût, avec lequel vient la nourriture des aliments et des boissons, et la force est créée en lui, car dans les aliments est la subsistance de la force.
§8 Septième, l’esprit de semence et d’union, avec lequel, par l’amour du plaisir, se rassemblent les péchés.
§9 C’est pourquoi il est dernier de la création et premier de la jeunesse, parce qu’il est rempli d’ignorance ; et il conduit le jeune homme comme un aveugle vers une fosse et comme une bête vers un précipice.
Philologique
§1 Puis maintenant, mes enfants, écoutez-moi concernants sept esprits de l’égarement que j’ai contemplés dans mon repentir.
§2 Sept esprits de Béliar ont été donnés contre l’être humain, et eux sont les têtes des œuvres de la jeunesse.
§3 Puis sept autres esprits ont été donnés à l’être humain depuis la création, pour que par eux soit toute œuvre humaine.
§4 Premier, l’esprit de vie, avec lequel la constitution est créée ; deuxième, l’esprit de vision, avec lequel vient le désir.
§5 Troisième, l’esprit d’audition, avec lequel vient l’enseignement ; quatrième, l’esprit d’odorat, avec lequel sont données les saveurs pour l’attraction de l’air et la respiration.
§6 Cinquième, l’esprit de parole, avec lequel vient la connaissance.
§7 Sixième, l’esprit de goût, avec lequel vient la nourriture des aliments et des boissons, et la force est créée en lui, car dans les aliments est la subsistance de la force.
§8 Septième, l’esprit de semence et d’union, avec lequel, par l’amour du plaisir, se rassemblent les péchés.
§9 C’est pourquoi il est dernier de la création et premier de la jeunesse, parce qu’il est rempli d’ignorance ; et il conduit le jeune comme un aveugle vers une fosse et comme une bête vers un précipice.
Paraphrase
§1 Ruben explique à ses fils que, durant ses années de repentir, il a réfléchi aux forces qui orientent ou désorientent la vie humaine.
§2 Il présente d’abord sept puissances mauvaises, placées sous la figure de Béliar, qui exploitent particulièrement l’inexpérience de la jeunesse.
§3 Puis il décrit sept facultés humaines fondamentales, données avec la création et nécessaires à toute activité.
§4 La vie rend possible l’existence ; la vue ouvre notre perception du monde mais peut aussi éveiller le désir.
§5 L’ouïe permet d’apprendre ; l’odorat participe à notre rapport sensible au monde et au souffle vital.
§6 La parole nous permet de former, exprimer et transmettre la connaissance.
§7 Le goût conduit à recevoir nourriture et boisson, grâce auxquelles le corps conserve sa force.
§8 La faculté sexuelle assure la génération, mais la recherche du plaisir peut la détourner et devenir source de faute.
§9 Ruben insiste surtout sur le danger de l’immaturité : une puissance forte, éveillée avant que le jugement soit formé, peut mener le jeune sans discernement comme un aveugle au bord d’une fosse.
Notes textuelles
- Béliar est la figure adversative traditionnelle de la littérature juive du Second Temple ; le nom est conservé comme élément du monde symbolique du texte.
- La série des « esprits » fonctionne ici comme une anthropologie des facultés humaines ; il ne faut pas imposer au passage une taxonomie psychologique moderne.
- συνουσία désigne l’union ou relation sexuelle ; φιληδονία l’amour ou la recherche du plaisir.
Place dans l’ouvrage
Dans le Testament
Chapitre 2 sur 7 du Testament de Ruben, centré dans l’ensemble sur repentance, désir et maîtrise de soi.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire comme testament pseudépigraphique : récit autobiographique, exhortation morale et prophétie y sont volontairement articulés.
- Les formulations chrétiennes éventuelles doivent être examinées au cas par cas et non présumées pour tout le chapitre.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Sefaria API working witness; English text based on R. H. Charles 1908
Lecture éditoriale. Le témoin anglais sert au repérage ; la validation finale doit revenir aux témoins grecs, arméniens, slaves et aux éditions critiques pertinentes.
Bibliographie de travail
- R. H. Charles, The Testaments of the Twelve Patriarchs (1908)
- H. C. Kee, Testaments of the Twelve Patriarchs
- Marinus de Jonge, Studies on the Testaments of the Twelve Patriarchs
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.