Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Juda 15 — désir, sexualité et maîtrise de soi
Ce chapitre poursuit le testament de Juda autour de désir, sexualité et maîtrise de soi. La parole paternelle relit l’expérience du patriarche pour orienter la conduite de ses descendants.
Texte — sept restitutions
Une seule analyse du texte source gouverne les sept restitutions. La version Lecture est ouverte par défaut.
Clarté
§1 Celui qui se livre à la débauche peut être dépouillé même de sa royauté et devenir esclave de son désir, comme cela m’est arrivé.
§2 J’ai donné mon bâton, c’est-à-dire le soutien de ma tribu ; ma ceinture, c’est-à-dire ma force ; et le diadème, c’est-à-dire la gloire de ma royauté.
§3 Après m’être repenti de cela, je ne pris plus ni vin ni viande jusqu’à ma vieillesse et je renonçai aux réjouissances.
§4 Un ange de Dieu me montra que, de génération en génération, les femmes peuvent dominer aussi bien le roi que le pauvre.
§5 Au roi elles enlèvent sa gloire, à l’homme fort sa puissance, et au pauvre même le peu qui soutient sa pauvreté.
Lecture
§1 Celui qui se livre à la porneia et se trouve dépouillé de la royauté n’en sort pas facilement, devenu esclave de cette porneia, comme moi-même j’ai été dépouillé.
§2 Car j’ai donné mon bâton, c’est-à-dire le soutien de ma tribu ; ma ceinture, c’est-à-dire la puissance ; et le diadème, c’est-à-dire la gloire de ma royauté.
§3 M’étant repenti de ces choses, je ne pris plus vin ni viande jusqu’à ma vieillesse et ne recherchais plus aucune réjouissance.
§4 Un ange de Dieu me montra pour les âges que les femmes dominent aussi bien le roi que le pauvre.
§5 Elles enlèvent au roi sa gloire, à l’homme courageux sa force, et au pauvre le moindre soutien de sa pauvreté.
Proclamation
§1 Celui qui devient esclave de la débauche peut perdre jusqu’à sa royauté : moi aussi, j’ai été dépouillé.
§2 Mon bâton — soutien de ma tribu — je l’ai donné ; ma ceinture — ma force — je l’ai donnée ; mon diadème — gloire de ma royauté — je l’ai donné.
§3 Alors je me repentis : plus de vin, plus de viande jusqu’à la vieillesse ; plus de réjouissances.
§4 Un ange de Dieu me montra combien le désir peut renverser le roi comme le pauvre.
§5 Il peut enlever au roi sa gloire, au fort sa puissance, au pauvre jusqu’à son dernier soutien.
Déployée
§1 Juda interprète les objets remis à Tamar comme le symbole d’un dépouillement : l’homme qui devient esclave de la porneia peut perdre jusqu’aux signes de sa dignité et de sa royauté.
§2 Il explicite cette symbolique : le bâton représente l’appui de la tribu, la ceinture la force, le diadème la gloire royale.
§3 Il affirme avoir répondu à cette expérience par une pénitence austère, renonçant au vin, à la viande et aux réjouissances jusqu’à sa vieillesse.
§4 Le texte généralise ensuite son expérience en une affirmation négative sur le pouvoir des femmes sur les hommes, affirmation qui appartient à la rhétorique morale antique du passage et doit être distinguée d’une description universelle des femmes.
§5 Cette généralisation est développée selon trois statuts sociaux : roi, homme fort et pauvre, chacun pouvant perdre ce qui constitue sa sécurité ou son prestige.
Littérale
§1 Celui qui se livre à la porneia et est dénudé de la royauté ne sort pas, ayant été asservi à la porneia, comme moi aussi j’ai été dénudé.
§2 Car j’ai donné mon bâton, c’est-à-dire le soutien de ma tribu ; et ma ceinture, c’est-à-dire la puissance ; et le diadème, c’est-à-dire la gloire de ma royauté.
§3 Et m’étant repenti de ces choses, je ne pris ni vin ni viande jusqu’à la vieillesse, et je ne vis aucune réjouissance.
§4 Et l’ange de Dieu me montra jusqu’à l’âge que même sur un roi et sur un pauvre les femmes exercent leur domination.
§5 Et du roi elles enlèvent la gloire, de l’homme courageux la puissance, et du pauvre le moindre soutien de la pauvreté.
Philologique
§1 Le porneuōn, celui qui pratique la porneia, est décrit comme gymnoumenos tēs basileias, « dépouillé de la royauté », puis dedoulōmenos, asservi à la porneia ; Juda applique cette image à lui-même.
§2 Il relit les trois gages de Tamar symboliquement : rhabdos comme stērigma de la tribu, zōnē comme dynamis, diadēma comme doxa de la royauté.
§3 Sa metanoia se traduit par une abstinence de vin, de viande et d’euphrosynē jusqu’à la vieillesse.
§4 La phrase suivante généralise en disant que les femmes katakyrieuousin, « dominent », le roi comme le pauvre ; il s’agit d’une généralisation rhétorique du texte antique, non d’une conclusion anthropologique de la traduction.
§5 La triade finale décrit la perte de doxa, dynamis et stērigma selon le statut de l’homme.
Paraphrase
§1 Juda donne aux gages laissés à Tamar une signification symbolique : il voit dans cet épisode la perte momentanée de sa dignité, comme si le désir avait pris le pouvoir sur lui.
§2 Le bâton, la ceinture et le diadème deviennent ainsi dans son récit les images du soutien, de la force et de la royauté qu’il estime avoir compromis.
§3 Il raconte avoir réagi par une longue discipline pénitentielle, marquée par l’abstinence et le renoncement aux plaisirs.
§4 Il formule ensuite une généralisation très large et négative sur les femmes, typique de certaines exhortations morales antiques ; cette rhétorique doit être lue comme telle et non comme une vérité universelle sur les femmes.
§5 Son point moral est que le désir incontrôlé peut faire perdre à chacun — puissant, fort ou pauvre — ce qui lui est le plus précieux.
Texte source
§1 Ὁ πορνεύων καὶ γυμνούμενος τῆς βασιλείας οὐκ ἐξέρχεται, δουλωθεὶς τῇ πορνείᾳ, ὡς κἀγὼ γυμνωθείς. §2 Ἔδωκα γὰρ τὴν ῥάβδον μου, τουτέστι τὸ στήριγμα τῆς ἐμῆς φυλῆς: καὶ τὴν ζώνην μου, τουτέστι τὴν δύναμιν: καὶ τὸ διάδημα, τουτέστι τὴν δόξαν τῆς βασιλείας μου. §3 Καίγε μετανοήσας ἐπὶ τούτοις, οἶνον καὶ κρέας οὐκ ἔλαβον ἕως γήρως, καὶ πᾶσαν εὐφροσύνην οὐκ εἶδον. §4 Καὶ ἔδειξέ μοι ὁ ἄγγελος τοῦ Θεοῦ ἕως τοῦ αἰῶνος ὅτι καὶ βασιλεῖ, καὶ πτωχῷ, αἱ γυναῖκες κατακυριεύουσι, §5 καὶ τοῦ μὲν βασιλέως αἴρουσι τὴν δόξαν, τοῦ δὲ ἀνδρείου τὴν δύναμιν, καὶ τοῦ πτωχοῦ τὸ τῆς πτωχείας ἐλάχιστον στήριγμα.
Notes textuelles
- Traduction directe du grec ; Charles 1908 demeure l’édition de contrôle. La transcription grecque publique sert à normaliser l’OCR ; une édition grecque critique ultérieure sert uniquement de témoin de segmentation.
- La généralisation négative sur « les femmes » appartient à la rhétorique morale antique du texte transmis ; elle est conservée comme telle et ne constitue pas une affirmation éditoriale de Bible Savoy.
Place dans l’ouvrage
Dans le Testament
Chapitre 15 sur 26 du Testament de Juda, centré dans l’ensemble sur force, royauté, désir et fidélité.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire comme testament pseudépigraphique : récit autobiographique, exhortation morale et prophétie y sont volontairement articulés.
- Les formulations chrétiennes éventuelles doivent être examinées au cas par cas et non présumées pour tout le chapitre.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Sefaria API working witness; English text based on R. H. Charles 1908
Lecture éditoriale. Le témoin anglais sert au repérage ; la validation finale doit revenir aux témoins grecs, arméniens, slaves et aux éditions critiques pertinentes.
Bibliographie de travail
- R. H. Charles, The Testaments of the Twelve Patriarchs (1908)
- H. C. Kee, Testaments of the Twelve Patriarchs
- Marinus de Jonge, Studies on the Testaments of the Twelve Patriarchs
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.