Texte intégral — S1
La numérotation suit les 142 sections de l’édition source.
§ 1
Un matin, tandis que je me promenais sous les portiques du xyste, un homme accompagné de plusieurs autres vint à ma rencontre et me salua comme philosophe. Il s’appelait Tryphon, Juif circoncis, réfugié après la guerre récente et séjournant surtout en Grèce, à Corinthe. Il m’expliqua qu’on lui avait appris à ne jamais mépriser ceux qui portent l’habit des philosophes, dans l’espoir de tirer profit de leur conversation. Je lui demandai quel avantage il attendait de la philosophie de plus que de Moïse et des prophètes. Il répondit que la philosophie traite précisément de Dieu, de son gouvernement et de sa providence. Je reconnus que telle devait être sa tâche, tout en observant que beaucoup de philosophes se soucient peu de savoir s’il existe un ou plusieurs dieux, s’ils prennent soin de chacun, ou si l’âme doit rendre compte de sa conduite. Certaines écoles en viennent ainsi, selon moi, à affaiblir la responsabilité morale. Tryphon me demanda alors quelle conception de Dieu et quelle philosophie étaient les miennes.
§ 2
Je lui répondis que la philosophie est réellement un bien immense et précieux devant Dieu, puisqu’elle doit conduire l’homme vers lui. Mais la plupart ont oublié ce qu’elle est vraiment, d’où la multiplication des écoles : platoniciens, stoïciens, péripatéticiens, pythagoriciens et autres. Chacun s’est attaché au nom et à l’autorité de son maître plutôt qu’à la vérité elle-même. Je racontai alors mon propre parcours. Je fus d’abord disciple d’un stoïcien, mais il ne savait rien de Dieu et jugeait cette connaissance inutile. Je le quittai. Un péripatéticien me demanda rapidement de fixer ses honoraires ; je jugeai qu’un tel souci ne convenait guère à un philosophe. J’allai ensuite vers un pythagoricien, qui exigeait comme préparation musique, astronomie et géométrie ; ne possédant pas ces sciences et ne voulant pas attendre des années, je m’éloignai. Enfin, je rencontrai un platonicien réputé. La contemplation des réalités incorporelles et des Idées m’enthousiasma ; je crus progresser chaque jour et, dans mon inexpérience, j’espérai bientôt contempler Dieu lui-même, ce que je pensais être le but de la philosophie de Platon.
§ 3
Cherchant un lieu tranquille près de la mer pour méditer seul, je rencontrai un vieillard d’apparence digne, au caractère doux et grave. Étonné de le voir là, je le regardai avec insistance. Il me demanda ce que je faisais dans cet endroit. Je lui expliquai que j’aimais les lieux où l’on peut dialoguer sans être interrompu et réfléchir aux questions philosophiques. Il me reprocha alors d’aimer peut-être davantage les discours que la vérité et l’action. Je répondis qu’aucune œuvre ne me paraissait plus haute que de laisser la raison gouverner toutes choses et de discerner ainsi les erreurs humaines. Pour moi, la philosophie était connaissance de l’être et du vrai, et le bonheur récompense de cette sagesse. Il me demanda ce que j’appelais Dieu ; je répondis : celui qui demeure toujours identique à lui-même et qui est cause de l’existence de tout le reste. Le vieillard poursuivit : toutes les connaissances ne s’acquièrent pas de la même manière ; certaines dépendent de l’expérience et du témoignage. Comment les philosophes pourraient-ils parler correctement de Dieu s’ils ne l’ont ni vu ni entendu ? Je répondis, à la manière platonicienne, que le divin n’est pas visible aux yeux du corps mais saisissable par l’intelligence.
§ 4
Le vieillard me demanda alors si l’esprit humain possède par lui-même une puissance suffisante pour contempler Dieu, sans être orné par l’Esprit saint. Je lui exposai la conviction platonicienne selon laquelle l’œil de l’intelligence peut contempler l’être véritable, au-delà des formes sensibles. Il me conduisit peu à peu à examiner ce que nous affirmons sur l’âme : voit-elle Dieu parce qu’elle lui est naturellement semblable ? Est-elle divine, immortelle et incorporelle par elle-même ? Il contesta que l’âme puisse posséder sans dépendance ce qui appartient proprement à Dieu. Toute créature, disait-il, existe parce que Dieu le veut et ne saurait être placée sur le même plan que l’Inengendré.
§ 5
Les philosophes, poursuivit le vieillard, ne savent même pas clairement ce qu’est l’âme. Il ne faut donc pas l’appeler immortelle au sens où elle serait sans commencement. Le monde lui-même est créé ; les âmes le sont également. Elles ne disparaissent pourtant pas toutes aussitôt : les âmes des justes demeurent dans un lieu meilleur, tandis que celles des injustes attendent le jugement dans un état inférieur. Celles que Dieu juge dignes continuent de vivre ; les autres sont châtiées aussi longtemps que Dieu le veut. Seul Dieu est inengendré et incorruptible par nature ; tout ce qui vient après lui est créé et dépend de sa volonté. Il n’existe donc pas plusieurs réalités inengendrées égales entre elles : il faut finalement remonter à un seul principe qui soit cause de tout.
§ 6
Je lui demandai alors ce que devenait l’âme si elle n’est pas vie par elle-même. Il répondit : l’âme n’est pas la vie elle-même, mais elle reçoit la vie. Ce qui participe à quelque chose est distinct de ce dont il participe. L’âme vit parce que Dieu veut qu’elle vive ; elle peut donc cesser d’en recevoir la vie si Dieu en décide autrement. De même que l’union du corps et de l’âme n’est pas éternelle, la vie de l’âme n’est pas une propriété indépendante comparable à celle de Dieu. L’immortalité n’est donc pas une possession autonome : elle est un don.
§ 7
Déconcerté, je demandai vers quel maître se tourner si les grands philosophes ne possèdent pas la vérité. Le vieillard me parla alors d’hommes plus anciens que les philosophes, justes, amis de Dieu et remplis de l’Esprit divin : les prophètes. Ils annoncèrent ce qui devait arriver et leurs écrits subsistent encore. Ils n’ont pas parlé par recherche de prestige ni par raisonnement spéculatif, mais comme témoins de ce qu’ils avaient reçu. L’accomplissement de leurs paroles et les œuvres qui les accompagnaient fondent, selon lui, leur crédibilité. Ils glorifiaient le Dieu créateur et annonçaient son Christ. « Prie avant tout, me dit-il, pour que les portes de la lumière te soient ouvertes ; car nul ne comprend ces choses si Dieu et son Christ ne lui donnent de les comprendre. »
§ 8
Après beaucoup d’autres paroles, le vieillard partit en me recommandant de les méditer ; je ne le revis jamais. Mais aussitôt un feu s’alluma dans mon âme : je me pris d’amour pour les prophètes et pour ceux qui sont les amis du Christ. En repensant à ce qu’il m’avait dit, je reconnus dans cette voie la seule philosophie sûre et utile. Voilà comment je suis devenu philosophe. J’aimerais que tous cherchent de même les paroles du Sauveur. Tryphon accueillit avec intérêt mon zèle religieux, mais me répondit que j’aurais mieux fait de rester dans la philosophie de Platon que de suivre des hommes qu’il jugeait sans autorité. Il m’exhorta à recevoir la circoncision, à observer le sabbat, les fêtes et toute la Loi. Quant au Christ, dit-il, même s’il existe déjà quelque part, il demeure inconnu jusqu’à ce qu’Élie vienne l’oindre et le manifester à tous ; les chrétiens, selon lui, se sont fabriqué un Christ et souffrent inutilement pour lui.
Note de collation
- Contexte : mise en place du dialogue chrétien-juif. Les paroles de Tryphon et de Justin sont distinguées ; les objections de Tryphon ne sont pas présentées comme caricature éditoriale du judaïsme.
§ 9
Je répondis à Tryphon que je lui pardonnais ces paroles, car il répétait ce que lui avaient enseigné des maîtres qui, selon moi, ne comprennent pas les Écritures. Je lui proposai de démontrer que notre foi ne repose ni sur des mythes vides ni sur des affirmations sans preuve, mais sur des paroles pleines, à nos yeux, de l’Esprit de Dieu, de puissance et de grâce. Certains de ses compagnons se mirent à rire et à faire du bruit. J’allais partir, mais Tryphon me retint par mon manteau et me demanda d’accomplir ce que j’avais promis. Je posai comme condition que ses amis écoutent calmement. Deux d’entre eux préférèrent s’en aller ; nous gagnâmes alors un endroit du xyste où se trouvaient des sièges de pierre et reprîmes la discussion.
Note de collation
- Contexte : mise en place du dialogue chrétien-juif. Les paroles de Tryphon et de Justin sont distinguées ; les objections de Tryphon ne sont pas présentées comme caricature éditoriale du judaïsme.
§ 10
Je demandai d’abord ce que Tryphon et ses compagnons reprochaient réellement aux chrétiens : seulement de ne pas vivre selon la Loi, de ne pas pratiquer la circoncision charnelle ni le sabbat, ou bien aussi de tenir une conduite moralement condamnable ? Avaient-ils cru les rumeurs selon lesquelles les chrétiens mangeraient de la chair humaine et se livreraient, après avoir éteint les lampes, à des unions interdites ? Tryphon répondit qu’il ne croyait pas ces accusations, qu’il jugeait contraires à la nature humaine. Il connaissait même les préceptes de l’Évangile et les trouvait remarquables, presque trop élevés pour être pratiqués. Ce qui l’étonnait était autre chose : comment les chrétiens pouvaient-ils prétendre honorer Dieu tout en ne gardant ni fêtes, ni sabbats, ni circoncision, et en plaçant leur espérance dans un homme crucifié ? La Loi prescrit pourtant la circoncision et d’autres commandements. Tryphon demanda donc à Justin d’expliquer sur quoi les chrétiens fondent leur espérance s’ils ne gardent pas la Loi.
Note de collation
- Contexte : mise en place du dialogue chrétien-juif. Les paroles de Tryphon et de Justin sont distinguées ; les objections de Tryphon ne sont pas présentées comme caricature éditoriale du judaïsme.
§ 11
Je répondis : « Il n’y a pas, Tryphon, et il n’y aura jamais d’autre Dieu que celui qui a créé et ordonné l’univers. Nous ne pensons pas avoir un Dieu différent du vôtre : c’est le même qui a fait sortir vos pères d’Égypte, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Mais nous ne plaçons pas notre espérance dans Moïse ni dans la Loi, sinon nous agirions comme vous. J’ai lu qu’il devait venir une loi dernière et une alliance supérieure à toutes les autres, que doivent maintenant garder tous ceux qui espèrent l’héritage de Dieu. La loi donnée à l’Horeb était ancienne et destinée à vous ; la nouvelle s’adresse à tous. Une loi nouvelle met fin à celle qui la précédait, comme une alliance nouvelle remplace l’ancienne. Pour nous, le Christ est cette loi éternelle et dernière, cette alliance sûre après laquelle il n’en vient pas d’autre. » Justin cite alors Isaïe : une loi sortira de Dieu, sa justice deviendra lumière des nations et les peuples espéreront en son bras ; puis Jérémie : « Je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle, non comme l’alliance conclue avec leurs pères lorsque je les fis sortir d’Égypte. » Justin affirme voir l’accomplissement de ces annonces dans les hommes de toutes les nations qui, au nom de Jésus Christ crucifié, abandonnent les idoles et persévèrent jusqu’à la mort dans leur confession. Il conclut, selon sa théologie, que ceux qui sont conduits à Dieu par le Christ constituent désormais l’Israël véritable et spirituel, la descendance d’Abraham justifié par la foi avant la circoncision.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 12
Je poursuivis en rappelant encore Isaïe : « Écoutez-moi et votre âme vivra ; je conclurai avec vous une alliance éternelle, les grâces fidèles promises à David. Je l’ai établi comme témoin pour les nations ; des peuples qui ne te connaissaient pas accourront vers toi à cause du Seigneur, le Saint d’Israël. » Justin accuse ensuite ses interlocuteurs d’avoir méprisé cette alliance nouvelle et de demeurer sourds aux prophètes. Il oppose à la circoncision de la chair une seconde circoncision, celle du cœur, et au repos d’un seul jour un sabbat continu : cesser de jurer faussement, de voler, de commettre l’adultère et de pratiquer le mal. Pour lui, le vrai sabbat consiste dans une vie juste, et la purification voulue par Dieu est d’abord morale.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 13
Isaïe, dis-je, ne vous envoyait pas aux bains pour laver le meurtre et les autres péchés : toute l’eau de la mer n’y suffirait pas. Le bain qui sauve est celui de la conversion, par lequel l’homme ne cherche plus à être purifié par le sang des boucs et des brebis, la cendre d’une génisse ou des offrandes de farine, mais par la foi au Christ et par sa mort. Justin cite alors longuement Isaïe 52–54. Le Seigneur dévoile son bras devant toutes les nations ; son Serviteur est élevé mais méprisé, « homme de douleurs », blessé à cause des fautes des hommes, conduit comme une brebis à l’abattoir, ne commettant ni violence ni tromperie. Il porte les péchés d’une multitude et, après son humiliation, reçoit une descendance et un héritage. Puis vient l’annonce adressée à la femme stérile : qu’elle se réjouisse, car ses enfants seront plus nombreux ; qu’elle élargisse sa tente, car sa descendance héritera des nations. Justin lit tout ce passage comme prophétie de la passion du Christ, de la purification par lui et de l’entrée des nations dans le peuple de Dieu.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 14
Par ce bain de la conversion et de la connaissance de Dieu, poursuit Justin, nous avons cru recevoir le baptême annoncé par Isaïe, seul capable de purifier ceux qui se repentent : telle est pour nous l’eau de la vie. Les citernes crevassées dénoncées par Jérémie ne servent à rien. À quoi bon, dit-il, laver seulement la chair ? Il faut laver l’âme de la colère, de l’avidité, de l’envie et de la haine. De même, les pains sans levain signifient pour lui l’abandon de l’ancien levain de la malice et le commencement d’œuvres nouvelles. Justin reprend ensuite Isaïe et les prophètes pour soutenir que la nouvelle alliance appelle les nations, que le vrai jeûne et la vraie purification sont intérieurs et que les prescriptions rituelles doivent être lues comme signes conduisant à cette transformation.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 15
« Apprenez donc, dis-je, à pratiquer le vrai jeûne de Dieu, comme l’enseigne Isaïe, afin de lui plaire. » Justin cite presque tout Isaïe 58 : Dieu reproche à ceux qui jeûnent de poursuivre leurs intérêts, d’opprimer leurs travailleurs, de quereller et de frapper. Courber la tête, porter le sac et coucher sur la cendre ne suffit pas. Le jeûne choisi par Dieu consiste à délier les chaînes injustes, briser les obligations oppressives, libérer ceux qu’on écrase, partager son pain avec l’affamé, accueillir les pauvres sans abri, vêtir celui qui est nu et ne pas se détourner de son prochain. Alors la lumière se lèvera, la justice marchera devant l’homme et Dieu répondra à son appel. Si l’on nourrit de tout son cœur celui qui a faim et relève l’affligé, l’obscurité deviendra lumière et la vie sera comme un jardin irrigué. Justin conclut : voilà pourquoi il faut « circoncire le prépuce du cœur ».
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 16
Justin cite ensuite Moïse : « Circoncisez la dureté de votre cœur et ne raidissez plus votre nuque », puis le Lévitique qui parle d’un « cœur incirconcis ». Il affirme alors que la circoncision charnelle donnée depuis Abraham servait, dans son interprétation, de signe distinctif. Il relie ce signe aux catastrophes qui frappèrent la Judée et à l’interdiction faite aux Juifs d’entrer dans Jérusalem après la guerre. Il ajoute que Dieu, connaissant d’avance l’avenir, aurait préparé ces événements selon la conduite de chacun. Le passage devient alors fortement polémique : Justin accuse collectivement ses interlocuteurs et leurs coreligionnaires d’avoir tué « le Juste », persécuté les prophètes et maudit dans les synagogues ceux qui croient au Christ. Il cite Isaïe 57 dans ce cadre. Ces accusations appartiennent à la controverse chrétienne-juive du IIe siècle et seront contextualisées séparément dans l’édition.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 17
Justin poursuit cette polémique en disant que, selon lui, les autres nations sont moins responsables que les Juifs des préjugés répandus contre le Christ et les chrétiens. Il affirme qu’après la crucifixion et l’annonce de la résurrection, des hommes auraient été envoyés de Jérusalem pour présenter le christianisme comme une secte impie. Il invoque Isaïe : « À cause de vous mon nom est blasphémé parmi les nations », puis d’autres oracles de jugement. Il applique encore au Christ les reproches prophétiques faits aux méchants et rappelle les paroles de Jésus contre les marchands du Temple, les scribes et les pharisiens. Le chapitre est l’un des passages les plus explicitement anti-judaïques du Dialogue ; il doit être conservé comme témoignage de la polémique de Justin, sans être adopté comme description des Juifs ou du judaïsme.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 18
Puisque tu as reconnu, Tryphon, avoir lu les enseignements de notre Sauveur, je n’ai pas cru déplacé d’en rappeler quelques paroles à côté de celles des prophètes. « Lavez-vous et devenez purs ; ôtez le mal de vos âmes. » Voilà, dit Justin, le bain que Dieu commande et la vraie circoncision. Si nous avions compris que la circoncision charnelle, les sabbats et les fêtes étaient nécessaires en eux-mêmes, nous les observerions. Mais nous croyons qu’ils furent prescrits à cause d’une situation historique particulière. Nous supportons pourtant, dit-il, persécutions, supplices et mort, en priant même pour ceux qui nous maltraitent, selon l’enseignement du nouveau législateur. Il serait donc étrange que nous refusions de simples observances inoffensives si nous les jugions vraiment nécessaires.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 19
Tryphon répondit : « C’est justement ce qui nous étonne : vous supportez de telles souffrances et pourtant vous ne gardez pas les autres prescriptions dont nous parlons. » Justin répliqua que la circoncision charnelle n’était pas nécessaire à tous. Adam fut créé incirconcis ; Abel, Énoch, Lot, Noé et Melchisédek furent agréés de Dieu sans elle. Abraham lui-même reçut la circoncision après avoir déjà été reconnu. Justin cite Melchisédek et le psaume annonçant un prêtre éternel selon son ordre. Il en conclut que la circoncision fut donnée spécialement à Israël comme signe. De même, les justes antérieurs à Moïse plurent à Dieu sans observer le sabbat. Justin interprète les sacrifices et le sabbat comme des prescriptions pédagogiques données à un peuple qu’il décrit, dans le langage polémique du texte, comme porté à l’idolâtrie, afin de le rappeler continuellement au Dieu qui l’avait délivré.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 20
Justin ajoute que certaines règles alimentaires avaient aussi, selon lui, une fonction pédagogique : rappeler Dieu jusque dans le manger et le boire. Il cite le veau d’or et le cantique du Deutéronome. Puis il rappelle qu’à Noé Dieu avait permis de manger les animaux, sauf la chair avec son sang. Lorsque son interlocuteur veut discuter l’expression « comme les herbes », Justin répond qu’il n’est pas nécessaire de supposer une distinction rituelle parmi les plantes : certaines ne sont pas mangées parce qu’elles sont amères, dangereuses ou épineuses, non parce qu’elles seraient religieusement impures. De la même manière, il affirme que les interdits alimentaires de la Loi devaient enseigner à Israël à s’abstenir surtout de ce qui est impur au sens moral : injustice et transgression. Il revient ainsi à son thème central : les prescriptions mosaïques sont, dans sa lecture chrétienne, des signes éducatifs et non la forme définitive de la justice.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 21
Justin poursuit : le sabbat et les autres prescriptions ont été donnés, selon lui, comme signes à cause des fautes d’Israël et afin que le nom de Dieu ne soit pas profané parmi les nations. Il cite longuement Ézéchiel 20 : Dieu ordonne de marcher dans ses commandements, de sanctifier ses sabbats comme signe entre lui et son peuple, puis reproche aux fils d’Israël d’avoir profané ces sabbats et rejeté ses prescriptions. Le prophète rappelle aussi que Dieu retint sa colère pour ne pas profaner son nom devant les nations, tout en annonçant dispersion et jugement. Justin utilise ce passage pour soutenir que certaines prescriptions de la Loi ont un caractère disciplinaire et historique plutôt qu’universel.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 22
Justin affirme ensuite que les sacrifices n’ont pas été prescrits parce que Dieu en aurait besoin, mais à cause des fautes et de l’idolâtrie du peuple. Il cite Amos : Dieu rejette fêtes, assemblées, holocaustes et chants lorsqu’ils ne s’accompagnent pas de justice ; il rappelle aussi le culte de Moloch et de Rephan, puis la condamnation du luxe indifférent au malheur de Joseph. Jérémie est cité à son tour : « Je n’ai pas parlé à vos pères de sacrifices et d’holocaustes le jour où je les ai fait sortir d’Égypte. » Enfin, le psaume 49 affirme que Dieu n’a besoin ni de taureaux ni de boucs, puisque toute la création lui appartient : le sacrifice qu’il demande est l’action de grâce et l’obéissance. Justin applique la même logique au Temple de Jérusalem : Dieu ne l’aurait pas voulu par besoin d’une maison, mais comme moyen de détourner le peuple de l’idolâtrie. Il conclut par Isaïe : « Le ciel est mon trône et la terre l’escabeau de mes pieds ; quelle maison pourriez-vous me bâtir ? »
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 23
Justin soutient que, si l’on ne reconnaît pas cette fonction historique des prescriptions, on tombe dans l’absurdité d’imaginer un Dieu différent pour Énoch et les autres justes qui vécurent avant la circoncision, le sabbat et les rites mosaïques. Le même Dieu, dit-il, veut depuis toujours la justice pour tous les hommes ; certaines prescriptions furent ajoutées à cause du péché, sans que sa bonté, sa justice ou sa prévoyance changent. Personne ne lui répond. Justin reprend alors l’enseignement du vieillard rencontré autrefois : les éléments du monde eux-mêmes ne cessent pas leur activité le sabbat. Puisqu’il n’y avait pas besoin de circoncision avant Abraham ni de sabbat, fêtes et sacrifices avant Moïse, il estime qu’ils ne sont pas davantage nécessaires après la venue de Jésus Christ, né selon lui de la Vierge Marie dans la descendance d’Abraham. Abraham fut justifié par la foi alors qu’il était encore incirconcis ; la circoncision lui fut donnée comme signe, non comme source de justice. Justin ajoute que le fait que les femmes ne puissent recevoir cette marque corporelle confirme, dans son argument, qu’elle n’est pas une œuvre morale universelle : hommes et femmes peuvent également pratiquer justice et piété.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 24
Justin affirme qu’il pourrait aussi montrer que le huitième jour possède, dans la lecture chrétienne, un mystère supérieur au septième. Mais il revient à son sujet : le sang de la circoncision ancienne a, selon lui, laissé place au « sang du salut » ; une alliance nouvelle et une autre loi sont sorties de Sion. Jésus Christ, dit-il, accomplit une circoncision spirituelle figurée par les couteaux de pierre de Josué, afin de former un peuple juste, fidèle, attaché à la vérité et à la paix. Justin invite alors tous ceux qui craignent Dieu à marcher dans la lumière du Seigneur et cite Isaïe 65 : Dieu se rend visible à ceux qui ne le cherchaient pas, tandis qu’il étend les mains vers un peuple désobéissant et contradicteur. Il relit ainsi les prophètes comme annonce de l’entrée des nations dans une nouvelle alliance.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 25
Justin affirme que ceux qui se réclament de leur descendance d’Abraham voudront finalement partager l’héritage accordé avec les croyants issus des nations. Il cite alors longuement Isaïe 63–64 sous la forme d’une prière de détresse : « Regarde du ciel… Tu es notre Père, même si Abraham ne nous connaît pas… Pourquoi nous as-tu laissés nous égarer ?… Reviens à cause de tes serviteurs… Nous sommes tous devenus impurs… Sion est devenue un désert, Jérusalem une malédiction, notre sanctuaire a été brûlé. » Justin lit cette lamentation comme confession d’un peuple privé de ses privilèges et demandant miséricorde. Tryphon intervient : « Veux-tu donc dire qu’aucun d’entre nous n’héritera de rien sur la montagne sainte de Dieu ? »
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 26
Justin répond : « Ce n’est pas ce que je dis. » Ceux qui ont persécuté le Christ et persistent sans se repentir, affirme-t-il, ne recevront pas cet héritage ; mais les nations qui croient au Christ et se repentent hériteront avec les patriarches, les prophètes et les justes issus de Jacob, même sans sabbat, circoncision ni fêtes. Il cite Isaïe 42 : le Serviteur est donné comme alliance du peuple et lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles et faire sortir les captifs. Puis Isaïe 62–63 : le salut vient, un peuple saint est racheté, et apparaît celui qui revient d’Édom avec des vêtements rouges, image que Justin relit dans sa christologie. Ce chapitre nuance donc explicitement l’affirmation précédente : Justin ne ferme pas l’héritage aux Juifs comme tels, mais le conditionne, dans son système chrétien, à l’accueil du Christ et à la conversion.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 27
Tryphon reproche à Justin de choisir les passages qui lui conviennent tout en laissant de côté ceux où Isaïe commande expressément le sabbat. Il cite Isaïe 58 : détourner son pied du sabbat, appeler saint le jour de Dieu et s’abstenir de ses propres affaires. Justin répond qu’il n’a pas omis ces textes parce qu’ils le contrediraient, mais parce qu’il estime qu’ils doivent être lus dans la continuité des reproches prophétiques adressés au peuple : Dieu répète les mêmes prescriptions pour le ramener de l’idolâtrie, de l’injustice, de la corruption, de l’abandon des orphelins et des veuves. Justin accumule ensuite les invectives prophétiques contre un peuple qu’il décrit comme dur de cœur, aveugle et infidèle. Il fait enfin remarquer que les prêtres accomplissaient des sacrifices le sabbat et que la circoncision du huitième jour pouvait tomber un sabbat : preuve, selon lui, que le repos sabbatique n’est pas une interdiction absolue de toute action. Il rappelle aussi que les justes antérieurs à Moïse et Abraham plurent à Dieu sans sabbat ni circoncision.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 28
Tryphon reconnaît que cet argument mérite attention et refuse de répondre simplement : « Dieu l’a voulu ainsi », comme si cela suffisait. Justin l’exhorte alors à ne pas rejeter ses démonstrations sous prétexte qu’il est incirconcis. Il cite Jérémie : « Défrichez-vous un champ nouveau… circoncisez-vous pour le Seigneur, circoncisez votre cœur. » Il insiste : la vraie circoncision est celle du cœur. Jérémie place d’ailleurs dans un même jugement l’Égypte, Juda, Édom et Moab, tous pouvant être circoncis dans la chair mais incirconcis de cœur. Justin affirme donc qu’un Scythe ou un Perse qui connaît Dieu, connaît son Christ et pratique la justice possède la circoncision véritable et est ami de Dieu. Il cite ensuite Malachie : du levant au couchant, le nom de Dieu est glorifié parmi les nations et une offrande pure lui est présentée en tout lieu ; puis le psaume : « Un peuple que je ne connaissais pas m’a servi. »
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 29
« Glorifions donc Dieu, nous les nations rassemblées », poursuit Justin, parce qu’il nous a visités par le Roi de gloire. Il affirme que Dieu reçoit désormais avec faveur les sacrifices spirituels des nations ; dès lors, pourquoi un croyant attesté par Dieu aurait-il encore besoin de la circoncision charnelle ou de l’ancien bain rituel s’il a reçu, selon Justin, le baptême dans l’Esprit ? Il souligne que ses arguments ne sont pas inventés par lui : David, Isaïe, Zacharie et Moïse les ont formulés dans les Écritures. Il ajoute de manière polémique que ces Écritures appartiennent davantage aux chrétiens qui y croient qu’à ceux qui les lisent sans, selon lui, en saisir le sens. Il demande enfin qu’on ne reproche pas aux chrétiens l’incirconcision corporelle ni des pratiques ordinaires le sabbat, puisque Dieu lui-même continue d’agir ce jour-là, que les prêtres y accomplissaient le culte et que de nombreux justes furent approuvés avant ces prescriptions.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 30
Justin reproche ensuite à ses interlocuteurs de donner prise à l’accusation selon laquelle Dieu aurait enseigné des règles différentes selon les époques sans raison. Selon lui, les prescriptions particulières adressées à Israël avaient pour but de guérir une maladie spirituelle et de conduire à la conversion, tandis que la parole prophétique demeure permanente après Moïse. Il rappelle le psaume 18, dont les paroles sont « plus douces que le miel », et affirme que les chrétiens y puisent une sagesse pour laquelle ils acceptent même de mourir plutôt que de renier le nom du Christ. Il interprète aussi la prière du psaume demandant d’être gardé des « étrangers » comme une demande de protection contre les esprits mauvais. Enfin, il invoque les exorcismes pratiqués au nom de Jésus Christ crucifié sous Ponce Pilate comme preuve, pour lui, que le Père a donné au Christ une puissance à laquelle les démons eux-mêmes sont soumis.
Note de collation
- Contexte : Justin développe ici une lecture chrétienne de la Loi et de l’alliance dans un cadre polémique du IIe siècle. Les généralisations sur les Juifs appartiennent à sa voix historique et ne sont pas adoptées comme jugement contemporain.
§ 31
Justin reprend le thème de la seconde venue : si tant de puissance accompagne déjà, selon lui, la passion du Christ, combien davantage en accompagnera la venue glorieuse. Il cite longuement Daniel 7 : l’Ancien des jours siège dans le jugement, des myriades le servent, les livres sont ouverts, les bêtes représentant les royaumes terrestres sont jugées, puis vient « comme un fils d’homme » sur les nuées du ciel. Celui-ci reçoit autorité, honneur et royauté ; tous les peuples le servent et son règne ne passe pas. Daniel demande encore l’explication de la quatrième bête et de ses dix cornes ; une autre corne s’élève, fait la guerre aux saints et domine pendant « un temps, des temps et la moitié d’un temps », jusqu’à ce que le jugement lui retire sa puissance et que le royaume soit donné au peuple saint du Très-Haut. Justin applique ce tableau à la venue glorieuse du Christ et au jugement final.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 32
Tryphon répond que ces Écritures conduisent bien à attendre un personnage glorieux, recevant un royaume éternel du Très-Haut comme « fils d’homme » ; mais le Christ des chrétiens, dit-il, fut sans gloire et mourut crucifié, subissant même selon la Loi la malédiction attachée au pendu. Justin réplique qu’il a déjà montré dans Isaïe 53 l’humiliation, les souffrances et la mise à mort du Serviteur, ainsi que deux venues du Christ : la première dans l’abaissement et la seconde dans la gloire. Il ajoute Zacharie : ceux qui l’ont transpercé le reconnaîtront et se lamenteront. Justin annonce alors qu’il va citer le psaume 109 : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : siège à ma droite… Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédek. » Il y voit le Christ élevé à la droite du Père après sa résurrection. Il relie aussi Daniel à l’apparition future de « l’homme d’iniquité », tout en reconnaissant que les calculs de durée restent difficiles.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 33
Justin sait que certains interprètent le psaume 109 à propos du roi Ézéchias. Il rejette cette lecture : Ézéchias n’a jamais été prêtre, encore moins prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédek. Pour Justin, les mots mêmes du psaume désignent Jésus. Melchisédek, prêtre du Dieu Très-Haut et non circoncis, bénit Abraham qui lui donna la dîme ; de même, dit Justin, le Christ est annoncé comme prêtre éternel pour les nations incirconcises, tout en accueillant et bénissant aussi ceux de la circoncision qui viennent à lui dans la foi. La fin du psaume — « il boira au torrent en chemin ; c’est pourquoi il relèvera la tête » — lui paraît annoncer l’humiliation humaine du Christ puis son exaltation.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 34
Justin cite ensuite le psaume 71, que ses interlocuteurs appliquent à Salomon. Il affirme qu’il vise plutôt le Christ, roi éternel. Le psaume demande à Dieu de donner son jugement au roi, annonce qu’il jugera les pauvres avec justice, dominera « de la mer à la mer » et jusqu’aux extrémités du monde, que tous les rois se prosterneront devant lui et que toutes les nations seront bénies en lui. Justin fait remarquer que rien de tout cela ne s’est accompli pleinement en Salomon : tous les rois ne lui furent pas soumis, son règne n’atteignit pas les extrémités du monde et lui-même, selon les Rois, tomba dans l’idolâtrie sous l’influence de ses femmes étrangères. Il oppose cette défaillance aux chrétiens issus des nations qui, affirme-t-il, préfèrent endurer les supplices plutôt que sacrifier aux idoles ou manger des viandes qui leur sont offertes.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 35
Tryphon objecte qu’il connaît justement beaucoup de gens qui se disent chrétiens, confessent Jésus et mangent cependant des viandes offertes aux idoles en affirmant que cela ne leur nuit pas. Justin répond que l’existence de tels groupes ne l’ébranle pas : Jésus lui-même, dit-il, avait annoncé faux prophètes, divisions, hérésies et loups sous des peaux de brebis. Justin distingue donc les disciples de ce qu’il appelle « la doctrine vraie et pure de Jésus Christ » de ceux qui enseignent autrement. Il cite plusieurs groupes chrétiens concurrents de son époque — Marcionites, Valentiniens, Basilidiens, Saturniliens et d’autres — qu’il juge hérétiques et qu’il nomme d’après leurs fondateurs. Ces désignations constituent un témoignage important sur la diversité du christianisme du IIe siècle. Justin ajoute qu’il prie pour ses adversaires et souhaite leur conversion plutôt que leur condamnation.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 36
Tryphon concède pour l’instant que les prophètes peuvent annoncer un Christ souffrant, appelé pierre, puis revenant dans la gloire comme juge, roi et prêtre éternel ; mais il demande encore de prouver que Jésus est bien celui dont parlent ces textes. Justin promet d’y venir au moment approprié. Il veut d’abord montrer que le Christ est appelé par l’Esprit « Dieu », « Seigneur des puissances » et, symboliquement, « Jacob ». Il cite le psaume 23 : « Au Seigneur la terre et tout ce qu’elle contient… Levez vos portes, princes ; élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera. Qui est ce Roi de gloire ? Le Seigneur fort et puissant… le Seigneur des puissances. » Justin affirme que ce texte ne peut viser Salomon ni simplement l’entrée de l’arche dans le Temple. Il l’applique à la résurrection et à l’ascension du Christ : les puissances célestes ouvrent les portes et reconnaissent en lui le Roi de gloire.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 37
Justin poursuit avec le psaume 46 : « Dieu monte au milieu des acclamations, le Seigneur au son de la trompette… Dieu règne sur les nations. » Puis il cite le psaume 98 : le Seigneur règne, siège au-dessus des chérubins et est exalté au-dessus de tous les peuples ; Moïse, Aaron et Samuel invoquent son nom et il leur répond. Pour Justin, ces psaumes désignent encore le Christ comme roi et Seigneur, supérieur même aux grandes figures de l’histoire biblique. Il en fait un argument supplémentaire pour distinguer, dans sa christologie, le Christ glorifié de Salomon ou d’un autre roi historique.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 38
Tryphon s’irrite : il aurait mieux valu, dit-il, suivre les maîtres qui recommandent de ne pas discuter avec les chrétiens. Justin profère, selon lui, des blasphèmes en affirmant que le crucifié était déjà présent avec Moïse et Aaron, qu’il leur parlait dans la colonne de nuée, qu’il devint ensuite homme, fut crucifié, monta au ciel, reviendra sur terre et doit être adoré. Justin répond qu’il sait ses affirmations paradoxales et demande seulement qu’on continue d’examiner les Écritures. Il cite alors le psaume 44 : un roi d’une beauté incomparable reçoit une royauté éternelle ; le texte dit : « Ton trône, ô Dieu, est pour toujours… c’est pourquoi Dieu, ton Dieu, t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes compagnons. » Justin lit ce psaume comme un dialogue où le Messie est à la fois appelé Dieu et reçoit l’onction de Dieu.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 39
Justin dit ne pas s’étonner que ses interlocuteurs le rejettent, puisqu’il estime que les prophètes furent eux aussi rejetés. Il rappelle Élie et les sept mille qui n’avaient pas fléchi le genou devant Baal. De même, affirme-t-il, Dieu diffère encore le jugement parce que chaque jour des hommes quittent l’erreur et deviennent disciples au nom du Christ, recevant des dons spirituels divers : intelligence, conseil, force, guérison, connaissance et enseignement. Tryphon lui répond qu’il délire. Justin invoque alors le psaume : « Il est monté dans les hauteurs, il a emmené des captifs et donné des dons aux hommes. » Tryphon revient finalement à l’enjeu principal : il accepte que les Écritures annoncent un Christ souffrant puis glorieux et demande maintenant la preuve que ce Christ est précisément Jésus. Justin promet d’y répondre après avoir achevé la suite de son raisonnement.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 40
Justin revient alors aux figures de la Loi. L’agneau pascal est, selon lui, une figure du Christ : les croyants oignent symboliquement leur « maison », c’est-à-dire leur propre personne, du sang du Christ. Il souligne aussi que la Pâque ne pouvait être sacrifiée qu’au lieu choisi par Dieu et que, après la destruction de Jérusalem, ce sacrifice cesse de fait. Il voit même dans la manière de rôtir l’agneau — un pieu longitudinal et un autre transversal — une image de la croix. Enfin, les deux boucs du Jour des expiations figureraient les deux venues du Christ : l’un est envoyé au désert, comme le Christ rejeté dans sa première venue ; l’autre est offert, image de sa venue reconnue et du pardon accordé aux pécheurs repentants. Justin rattache de nouveau cette repentance au vrai jeûne d’Isaïe 58.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 41
Justin reprend les prescriptions sacrificielles comme figures chrétiennes. L’offrande de farine prescrite pour la purification du lépreux devient, selon lui, une figure du pain de l’Eucharistie, célébré en mémoire de la passion du Christ et en action de grâce pour la création, la délivrance du mal et la victoire sur les puissances mauvaises. Il cite de nouveau Malachie : Dieu refuse les sacrifices d’Israël mais annonce qu’une offrande pure lui sera présentée en tout lieu parmi les nations. Justin identifie cette « offrande pure » au pain et à la coupe eucharistiques des chrétiens. Il relie ensuite la circoncision du huitième jour à la résurrection de Jésus « le premier jour de la semaine », qui est aussi, dans le cycle hebdomadaire, le huitième jour : la circoncision charnelle devient ainsi pour lui symbole d’une circoncision spirituelle.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 42
Justin interprète aussi les douze clochettes attachées au vêtement du grand prêtre comme figure des douze apôtres, suspendus pour ainsi dire à la puissance du Christ, prêtre éternel. Par leur voix, dit-il, toute la terre a été remplie de la gloire et de la grâce de Dieu ; il cite le psaume 18 : « Leur voix s’est répandue par toute la terre. » Il rapproche encore Isaïe 53 du témoignage apostolique et compare la pluralité des croyants à un seul corps composé de nombreux membres. Il affirme pouvoir montrer de la même manière que de nombreuses prescriptions de Moïse sont types, symboles ou annonces de ce qui devait arriver au Christ et à ceux qui croiraient en lui, mais juge les exemples déjà donnés suffisants et revient au fil principal.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 43
Comme la circoncision commence avec Abraham et le sabbat, les sacrifices, les offrandes et les fêtes avec Moïse, Justin affirme que ces prescriptions devaient aussi prendre fin selon la volonté du Père lors de la venue du Christ, né, selon sa foi, d’une vierge issue d’Abraham, de Juda et de David. Ce Christ est pour lui la loi éternelle et l’alliance nouvelle annoncées pour le monde entier. Les chrétiens reçoivent donc non la circoncision charnelle mais une circoncision spirituelle, liée au baptême. Justin aborde alors le mystère de la naissance du Christ. Il cite Isaïe 53 : « Qui racontera sa génération ? » puis Isaïe 7 : « Voici, la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel. » Il sait que ses interlocuteurs et leurs maîtres lisent plutôt « la jeune femme » et appliquent l’oracle à Ézéchias ; il annonce qu’il défendra la lecture chrétienne d’une naissance virginale.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 44
Justin dit poursuivre cette démonstration afin de n’avoir rien négligé envers ses interlocuteurs. Il les avertit cependant que la seule descendance charnelle d’Abraham ne garantit pas, selon lui, l’héritage promis : il faut ressembler à Abraham dans la foi et discerner quelles prescriptions relevaient de la justice universelle, lesquelles étaient, dans sa lecture, figures du Christ et lesquelles répondaient à la dureté du peuple. Il cite Ézéchiel pour rappeler que même Noé, Daniel et Jacob ne pourraient sauver leurs fils ou leurs filles par leur seule justice, puis Isaïe sur le jugement et le feu qui ne s’éteint pas. Justin exhorte donc ses interlocuteurs à abandonner la confiance dans l’ascendance seule et à chercher, dans son système chrétien, le pardon par la connaissance du Christ, le bain de conversion annoncé par Isaïe et une vie désormais juste.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 45
Tryphon interrompt alors le raisonnement pour poser une question qu’il juge urgente : ceux qui ont vécu fidèlement sous la Loi de Moïse ressusciteront-ils pour la vie avec Jacob, Énoch et Noé ? Justin répond oui. Ézéchiel enseigne que chacun est sauvé par sa propre justice ; de même, ceux qui sous la Loi ont pratiqué ce qui est naturellement bon, juste et pieux seront sauvés. Justin distingue les commandements moraux universels des prescriptions données, selon lui, pour répondre à une situation particulière du peuple. Il affirme que les justes de l’ancienne alliance participeront à la résurrection avec les croyants au Christ. Dans sa christologie, le Christ préexistait avant sa naissance de la Vierge, est venu détruire l’œuvre du serpent et de ses anges, vaincre la mort et conduire les fidèles à l’incorruptibilité et à l’immortalité lors de sa seconde venue.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 46
Tryphon demande alors si des personnes qui croient en Jésus comme Christ mais veulent continuer à observer les prescriptions de Moïse peuvent être sauvées. Justin commence par remarquer qu’il n’est même plus possible de pratiquer toute la Loi : le sacrifice pascal, les deux boucs du jeûne et les autres offrandes ne peuvent être célébrés ailleurs qu’au lieu prescrit. Tryphon cite donc ce qui reste praticable : sabbat, circoncision, nouvelles lunes et ablutions rituelles. Justin rappelle Abraham, Isaac, Jacob, Noé, Job, Sarah, Rébecca, Rachel, Léa et les autres justes antérieurs à Moïse, qui n’observaient pas ces prescriptions et sont pourtant reconnus comme sauvés. Il interprète encore les franges, phylactères et autres signes comme moyens pédagogiques destinés à maintenir constamment le souvenir de Dieu chez un peuple qu’il jugeait exposé à l’idolâtrie.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 47
Tryphon précise alors sa question : si quelqu’un reconnaît Jésus comme Christ, croit en lui, mais souhaite néanmoins observer les prescriptions mosaïques, sera-t-il sauvé ? Justin répond avec une nuance remarquable : « À mon avis, oui », à condition qu’il n’impose pas ces observances aux croyants issus des nations comme nécessaires au salut. Il reconnaît que certains chrétiens refusent même de manger ou de converser avec de tels observants, mais il désapprouve cette attitude. Si des croyants d’origine juive gardent certains usages par faiblesse de conscience, tout en espérant dans le Christ, pratiquant la justice universelle et vivant en communion avec les autres chrétiens sans leur imposer circoncision, sabbat ou autres rites, Justin estime qu’ils doivent être accueillis comme frères. Il refuse en revanche ceux qui contraignent les nations à judaïser ou rompent la communion avec elles. Il pense également que certains non-Juifs ayant adopté ces pratiques tout en confessant le Christ peuvent encore être sauvés ; mais il condamne ceux qui, après l’avoir reconnu, le renient. Ce chapitre constitue un témoignage majeur sur les débats du IIe siècle concernant les chrétiens d’origine juive et l’observance de la Loi.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 48
Tryphon demande maintenant de reprendre le fil principal. Il trouve particulièrement difficile l’affirmation de Justin selon laquelle le Christ préexistait comme Dieu avant les siècles, puis consentit à naître homme d’une vierge : cela lui paraît non seulement paradoxal mais insensé. Justin reconnaît l’étrangeté de cette doctrine. Il précise toutefois que, même s’il échouait à démontrer la préexistence divine et la naissance virginale, cela ne suffirait pas à réfuter l’identification de Jésus comme Messie si celle-ci pouvait être établie autrement. Certains croyants issus du peuple juif, ajoute-t-il, confessent Jésus comme Christ tout en le tenant pour un homme né d’hommes ; Justin ne partage pas leur opinion, même si elle était majoritaire, car il veut suivre ce qu’il estime avoir été annoncé par les prophètes et enseigné par le Christ plutôt que des doctrines humaines.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 49
Tryphon répond que la position de ceux qui voient en Jésus un homme choisi et oint lui paraît plus vraisemblable : tous, dit-il, attendent un Messie humain que viendra oindre Élie. Puisqu’Élie n’est pas encore venu, il refuse d’identifier Jésus au Christ. Justin distingue alors deux venues : avant la grande et redoutable seconde venue, Élie doit effectivement venir ; mais la première manifestation du Christ a déjà eu pour précurseur Jean le Baptiste, dans lequel, selon Justin, agissait le même esprit prophétique qu’en Élie. Il rappelle la prédication de Jean au Jourdain, son annonce d’un plus puissant baptisant dans l’Esprit et le feu, puis son emprisonnement et sa mise à mort par Hérode. Il cite Jésus : « Élie viendra… mais je vous dis qu’Élie est déjà venu », appliqué à Jean. Tryphon trouve étrange que l’esprit d’Élie ait pu être en Jean. Justin invoque alors le transfert de l’esprit de Moïse sur Josué : de même, Dieu pouvait faire reposer sur Jean l’esprit prophétique présent en Élie.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 50
Tryphon remarque que Justin semble aguerri par de nombreuses discussions et capable de répondre rapidement. Il lui demande maintenant de démontrer d’abord qu’il existe, à côté du Créateur de l’univers, un autre personnage appelé Dieu, puis qu’il a accepté de naître d’une vierge. Justin demande encore un instant pour exposer la prophétie sur Jean le Baptiste. Il cite Isaïe 40 : « Consolez mon peuple… voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers… toute chair verra le salut de Dieu. » Il poursuit jusqu’à la proclamation de la grandeur incomparable du Créateur, devant qui les nations sont comme une goutte d’eau. Justin applique cette « voix dans le désert » à Jean, qu’il présente comme le précurseur de Jésus.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 51
Tryphon juge encore ambiguë la prophétie d’Isaïe que Justin applique à Jean le Baptiste. Justin répond que l’absence, selon lui, de prophètes dans le peuple juif après Jean confirme cette lecture. Jean appelait à la conversion au Jourdain ; Jésus vint alors, annonça à son tour la proximité du Royaume, prédit ses souffrances, sa crucifixion, sa résurrection au troisième jour et son retour. Justin rappelle aussi que Jésus avait annoncé l’apparition de faux prophètes et de divisions en son nom. Il cite enfin la parole : « La Loi et les prophètes vont jusqu’à Jean » et l’identification de Jean à l’Élie qui devait venir. Pour Justin, ces faits donnent à la prophétie une réalisation historique suffisante pour sortir du simple domaine de l’hypothèse.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 52
Justin revient à la bénédiction de Jacob sur Juda en Genèse 49. Il y lit l’annonce de deux venues du Christ : la première dans la souffrance, la seconde attendue par les nations. « Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda… jusqu’à ce que vienne celui à qui il est réservé, et lui sera l’attente des nations. » Justin affirme qu’avant Jésus il y eut continuellement, au sein d’Israël, chefs, grands prêtres et prophètes, même durant les périodes d’exil ; après la manifestation et la mort de Jésus, il estime que la succession prophétique et la royauté nationale ont cessé. Il relie aussi l’image du poulain attaché à la vigne et du vêtement lavé dans le vin à la première venue et à la passion du Christ, tandis que les nations devenues croyantes attendent désormais son retour.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 53
Justin développe l’image du poulain et de l’ânesse. Le poulain encore sans joug représente pour lui les nations qui ne portaient pas la Loi ; le Christ les aurait soumises au « joug » de son enseignement par l’intermédiaire des disciples. Il rappelle ensuite l’entrée de Jésus à Jérusalem sur une ânesse et son petit, qu’il rapproche de Zacharie 9 : « Voici ton roi… doux, monté sur un âne et sur le petit d’une ânesse. » L’ânesse déjà soumise au joug figure, dans cette typologie, ceux qui viennent du peuple juif, tandis que le poulain figure les nations. Justin cite encore Zacharie : « Frappe le berger et les brebis seront dispersées », qu’il applique à la dispersion des disciples lors de la crucifixion puis à leur rassemblement après la résurrection.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 54
Justin interprète maintenant la parole de Jacob : « Il lavera son vêtement dans le vin et son manteau dans le sang de la grappe. » Le vêtement du Christ représente, selon lui, ceux qui reçoivent par lui la rémission des péchés. Il explique ensuite l’expression « sang de la grappe » comme un indice de la naissance virginale : le sang du Christ serait réel, mais il ne viendrait pas, selon sa théologie, d’une semence humaine ; de même que le sang de la vigne est produit par l’action de Dieu et non engendré par un homme, le sang du Christ procéderait de la puissance divine. Justin présente cette typologie comme un argument contre l’idée d’un Christ simplement né d’un homme et d’une femme selon le mode ordinaire.
Note de collation
- S1 : bloc messianique et christologique contrôlé comme argument de Justin à partir des prophètes ; les citations scripturaires sont conservées comme il les emploie, sans supposer que son exégèse soit la seule possible.
§ 55
Tryphon accepte de garder en mémoire cette interprétation, mais demande maintenant à Justin de démontrer qu’un autre être peut être appelé Dieu par l’Écriture tout en restant distinct du Créateur de toutes choses. Il précise qu’il ne faut pas invoquer le soleil, la lune ou les faux dieux des nations : lorsque l’Écriture dit « Dieu des dieux » ou « Seigneur des seigneurs », elle ne reconnaît pas selon lui plusieurs vrais dieux, mais affirme la souveraineté du seul Créateur sur ce que les hommes appellent dieux. Justin répond qu’il n’avait justement pas l’intention de s’appuyer sur les idoles. Il promet des textes scripturaires que ses interlocuteurs lisent chaque jour mais interprètent autrement. Son ton devient polémique lorsqu’il affirme que leur incapacité à comprendre vient d’un aveuglement spirituel, tout en concédant qu’un « reste » peut recevoir la grâce du salut. Il demande donc qu’on écoute simplement les passages qu’il va citer.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 56
Justin commence par Genèse 18–19. Moïse, dit-il, rapporte que Dieu apparut à Abraham près du chêne de Mambré accompagné de deux anges envoyés vers Sodome. Justin distingue ce personnage du Père, Créateur de toutes choses, qui demeure selon lui au-dessus des cieux et n’apparaît pas directement. Tryphon objecte d’abord que Dieu aurait pu apparaître avant l’arrivée des trois hommes et que ceux-ci seraient tous des anges. Justin insiste sur celui des trois qui promet de revenir lorsque Sarah aura un fils, puis rapproche cette promesse du récit où « Dieu dit à Abraham » d’écouter Sarah au sujet d’Isaac et d’Agar. Tryphon reconnaît alors que leur première lecture des trois visiteurs doit être réexaminée, sans encore accepter toute la conclusion de Justin. Justin précise sa thèse : l’un des trois, visible sous forme humaine, est appelé à la fois Dieu et Ange parce qu’il annonce la volonté du Créateur ; il est distinct du Père « en nombre », dit Justin, mais non en volonté, puisqu’il ne fait et ne dit que ce que veut le Créateur. Il cite surtout Genèse 19,24 : « Le Seigneur fit pleuvoir sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu de la part du Seigneur, depuis le ciel », qu’il lit comme deux référents : le Seigneur apparu à Abraham et le Seigneur céleste. Il reprend ensuite la séparation des trois visiteurs : deux anges vont à Sodome tandis que le Seigneur reste avec Abraham ; dans son argument, celui qui parle ensuite avec Lot et exerce le jugement reçoit son autorité du Seigneur qui est au ciel.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 57
Tryphon concède que le texte de la Genèse oblige à prendre au sérieux la distinction proposée, mais soulève une difficulté : l’être apparu à Abraham semble avoir mangé la nourriture préparée pour lui. Justin répond que le texte dit bien que les visiteurs ont « mangé », mais qu’il n’est pas nécessaire de comprendre ce verbe comme une digestion humaine ordinaire. Il rappelle le « pain des anges » donné dans le désert et compare l’expression à celle d’un feu qui « dévore » ce qu’il consume. Tryphon admet qu’une lecture non littérale du mode de consommation est possible. Il demande alors à Justin de revenir enfin à sa thèse principale : comment cet être, appelé Dieu et serviteur du Créateur, aurait-il pu naître d’une vierge et devenir homme soumis aux mêmes souffrances que les autres ? Justin demande encore la permission d’accumuler quelques preuves scripturaires sur l’identité de cet être avant d’aborder la naissance ; Tryphon accepte.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 58
Justin affirme qu’il ne cherche pas à gagner par l’art oratoire mais à exposer les Écritures, qu’il dit comprendre par une grâce reçue de Dieu et qu’il souhaite partager gratuitement. Il revient aux récits de Jacob. Dans Genèse 31, l’« ange de Dieu » lui parle en songe et déclare : « Je suis le Dieu qui t’est apparu au lieu de Dieu. » Dans Genèse 32, Jacob lutte avec un homme, reçoit le nom d’Israël et appelle le lieu « Face de Dieu », disant avoir vu Dieu face à face. Dans Genèse 35, Dieu apparaît encore à Jacob à Béthel. Justin rassemble ces désignations — homme, ange, Seigneur, Dieu — et les rapporte à un même personnage qui se manifeste selon diverses formes tout en servant le Père. Il rappelle aussi le songe de l’échelle à Béthel, où le Seigneur se tient au-dessus d’elle et se présente comme le Dieu d’Abraham et d’Isaac. Ces passages servent à construire la notion justinienne d’un médiateur divin préexistant qui apparaît aux patriarches.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 59
Justin passe ensuite au livre de l’Exode. Il demande à ses auditeurs de considérer que le même personnage appelé Ange, Dieu, Seigneur et parfois décrit sous forme humaine auprès d’Abraham et de Jacob apparaît à Moïse dans la flamme du buisson. Il cite le récit : après la mort du roi d’Égypte, Dieu entend le cri d’Israël ; puis l’ange du Seigneur apparaît dans le feu et commande à Moïse de rassembler les anciens en disant : « Le Seigneur, Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, m’est apparu. » Justin souligne que celui que le récit introduit comme « ange » parle ensuite en disant lui-même être le Dieu des patriarches.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 60
Tryphon propose une autre lecture du buisson : l’ange serait celui qui apparaît dans la flamme, tandis que Dieu, distinct de lui, serait celui qui parle à Moïse ; il y aurait donc deux êtres présents dans la vision. Justin répond que, même dans cette hypothèse, le « Dieu » parlant à Moïse n’est pas nécessairement, dans sa lecture, le Créateur suprême lui-même : il peut être le même personnage déjà manifesté à Abraham et Jacob, qui agit selon la volonté du Père. Tryphon reconnaît que cette solution est compatible avec les arguments précédents. Justin va plus loin : l’Exode dit d’abord « l’ange du Seigneur lui apparut dans une flamme de feu », puis « le Seigneur vit qu’il s’approchait » et l’appela du milieu du buisson. Pour lui, la continuité du récit montre qu’il s’agit du même sujet, appelé Ange parce qu’il transmet les paroles du Père, mais aussi Seigneur et Dieu. Cet être reste subordonné, dans la formulation de Justin, au Dieu transcendant au-dessus du monde, dont il accomplit la volonté.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 61
Justin propose un autre témoignage scripturaire à sa doctrine de la préexistence. Avant toute créature, dit-il, Dieu a engendré de lui-même une puissance rationnelle que l’Écriture appelle tour à tour Gloire du Seigneur, Fils, Sagesse, Ange, Dieu, Seigneur, Logos ou Chef de l’armée du Seigneur. Ces noms expriment à la fois son origine du Père et son service de la volonté paternelle. Justin explique cette génération par deux analogies : lorsque nous prononçons une parole, notre raison n’est pas diminuée par la parole engendrée ; et lorsqu’un feu en allume un autre, le premier ne perd rien de sa flamme. Il cite ensuite Proverbes 8 dans la version grecque : la Sagesse dit que le Seigneur l’a établie au commencement de ses voies, avant la terre, les abîmes et les montagnes, qu’elle était auprès de lui lorsqu’il préparait le ciel et qu’elle se réjouissait devant lui. Justin identifie cette Sagesse au Logos divin qu’il tient pour engendré du Père avant les œuvres de la création.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 62
Justin relie cette doctrine aux pluriels de la Genèse : « Faisons l’homme à notre image et selon notre ressemblance », puis « Voici, Adam est devenu comme l’un de nous. » Il refuse d’expliquer ces formules comme un simple pluriel de délibération intérieure de Dieu, comme une adresse aux éléments matériels, ou comme une parole adressée aux anges créateurs. Pour lui, Dieu parle à un autre être personnel et rationnel, distinct « en nombre », celui que Justin vient d’identifier à la Sagesse engendrée avant toutes les créatures. Il rapproche encore cette figure du « chef de l’armée du Seigneur » qui apparaît à Josué près de Jéricho. Josué se prosterne devant lui ; le personnage ordonne d’ôter les sandales parce que le lieu est saint, puis le récit fait parler le Seigneur. Justin y voit une nouvelle manifestation du même Logos préexistant.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 63
Tryphon reconnaît que Justin a construit avec insistance son argument sur la préexistence et lui demande maintenant de démontrer que ce même être a accepté, selon la volonté du Père, de naître d’une vierge, d’être crucifié, de mourir, de ressusciter puis de monter au ciel. Justin répond qu’il a déjà présenté plusieurs prophéties en ce sens. Il revient à Isaïe 53 : « Qui racontera sa génération ? car sa vie est retranchée de la terre », qu’il comprend comme l’annonce d’une origine qui ne se réduit pas à la génération humaine ordinaire. Il rappelle la « grappe » de Genèse 49, le psaume 109 — « avant l’étoile du matin je t’ai engendré… tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédek » — et le psaume 44 : « Ton trône, ô Dieu, est pour toujours… Dieu, ton Dieu, t’a oint. » Justin applique également l’image de la fille appelée à quitter son peuple et la maison de son père à l’Église composée de croyants qui portent désormais le nom de chrétiens.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 64
Tryphon répond : « Qu’il soit pour vous, les nations, Seigneur, Christ et Dieu, si les Écritures le signifient ; mais nous, qui servons le Dieu qui l’a lui-même fait, nous n’avons pas besoin de le confesser ni de l’adorer. » Justin poursuit néanmoins, disant craindre le jugement de Dieu et refuser de condamner d’avance tout membre du peuple juif, puisqu’il peut subsister un reste sauvé par grâce. Il reprend les psaumes déjà cités : le Seigneur règne, Moïse, Aaron et Samuel l’invoquent ; le roi du psaume 71 existe « avant le soleil » et toutes les nations sont bénies en lui ; le psaume 18 parle d’une sortie depuis une extrémité du ciel jusqu’à l’autre. Justin rassemble ces textes pour soutenir que le Christ vient d’en haut, devient homme, retourne au ciel et doit revenir. Dans ce long échange, il insiste aussi sur le fait que ceux d’Israël qui seront sauvés le seront, selon sa christologie, par ce même Christ.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 65
Tryphon oppose alors Isaïe 42,8 : « Je suis le Seigneur Dieu, tel est mon nom ; je ne donnerai pas ma gloire à un autre. » Justin répond qu’il ne peut admettre de contradiction entre les Écritures ; si deux passages semblent s’opposer, il préfère reconnaître qu’il n’a pas encore compris plutôt que déclarer l’Écriture contradictoire. Il restitue donc le contexte d’Isaïe 42 : Dieu appelle son Serviteur dans la justice, le prend par la main, l’établit comme alliance du peuple et lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles et libérer les captifs ; ensuite seulement vient la phrase sur la gloire que Dieu ne donne pas « à un autre » ni aux idoles. Justin en conclut que le Christ n’est pas, dans ce passage, assimilé aux idoles ou à un étranger quelconque : c’est précisément celui à qui Dieu confie mission et gloire. Tryphon reconnaît avoir compris l’argument et lui demande de continuer.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 66
Justin revient alors à Isaïe 7. Achaz refuse de demander un signe, et le prophète s’adresse à la maison de David : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : voici, la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel. » Justin cite la suite concernant l’enfant, Damas, Samarie et le roi d’Assyrie. Il affirme qu’aucun descendant charnel d’Abraham n’a jamais été connu comme né d’une vierge, sinon Jésus selon la confession chrétienne. Ce caractère singulier constitue pour lui le « signe » annoncé par Isaïe.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 67
Tryphon conteste le texte même : l’hébreu, dit-il, ne porte pas « la vierge » mais « la jeune femme », et la prophétie s’accomplit en Ézéchias. Il compare en outre la naissance virginale chrétienne au mythe grec de Persée, né de Danaé après la venue de Zeus sous forme d’or, et recommande à Justin de présenter plutôt Jésus comme un homme né d’hommes puis choisi comme Christ à cause de sa justice. Justin refuse cette comparaison. Il rappelle les points déjà admis dans leur discussion : plusieurs prescriptions mosaïques sont, selon lui, liées à la dureté du peuple ; les justes antérieurs à Moïse sont sauvés sans elles ; les sacrifices n’étaient pas nécessaires à Dieu ; une alliance nouvelle a été promise. Jésus a observé la Loi, dit Justin, non pour être justifié par elle mais pour accomplir le dessein du Père. Il fait ensuite remarquer qu’Isaïe 7 s’adresse précisément à la maison de David, ce qui permet à ses yeux d’articuler la promesse faite à David et la naissance virginale. Le ton devient de nouveau polémique lorsqu’il accuse les maîtres de Tryphon de modifier ou de réinterpréter les textes qui soutiennent la lecture chrétienne.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 68
Tryphon résume son objection : faire naître Dieu comme homme lui paraît presque impossible à croire. Justin répond que, s’il ne disposait que de raisonnements humains, cette objection serait légitime ; mais il demande que les nombreux textes qu’il invoque soient examinés avant d’être rejetés. Tryphon accepte qu’il faille éprouver sérieusement les Écritures. Justin vérifie alors un point de leur accord : reconnaissent-ils dans les Écritures un autre personnage appelé Seigneur et Dieu, en plus du Père créateur, celui que Justin identifie au Christ devenu homme ? Tryphon admet au moins la question telle qu’elle a été établie par leur discussion. Justin relie alors « Qui racontera sa génération ? » à une origine qui ne serait pas simplement une semence humaine. Tryphon objecte que Dieu avait pourtant promis à David de placer sur son trône un descendant « issu de ses reins ». Justin répond qu’Isaïe 7 est justement adressé à la maison de David et explique, selon lui, le mode mystérieux de cette descendance. Il annonce qu’il démontrera que la prophétie vise Jésus et non Ézéchias.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 69
Justin affirme ensuite que les ressemblances entre certains mythes grecs et la foi chrétienne ne réfutent pas celle-ci : dans sa démonologie, le diable aurait imité à l’avance les prophéties bibliques pour créer des contrefaçons. Il cite Dionysos, présenté comme fils de Zeus, lié à la vigne, mis à mort puis remonté au ciel ; Héraclès, fils de Zeus, héros parcourant le monde puis élevé au ciel ; et Asclépios, guérisseur et ressusciteur de morts. Pour Justin, ces récits imitent les figures prophétiques du Christ. Il cite alors Isaïe 35 : le désert fleurira, les yeux des aveugles s’ouvriront, les oreilles des sourds entendront, le boiteux bondira et des eaux jailliront dans le désert. Il applique ces signes aux guérisons et résurrections attribuées à Jésus et voit dans l’eau du désert une image de la connaissance de Dieu répandue parmi les nations. Il ajoute que certains contemporains avaient expliqué ces œuvres comme magie ; Justin les lit au contraire comme signes du Christ et promesse d’une restauration corporelle complète à la résurrection.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 70
Justin poursuit avec les mystères de Mithra. Parce que Mithra est dit né d’un rocher et que les initiations se déroulent dans une grotte, Justin y voit encore une imitation démoniaque de Daniel — la pierre détachée de la montagne sans intervention humaine — et d’Isaïe. Il cite Isaïe 33 : l’homme juste habitera dans une haute caverne de roche solide ; du pain lui sera donné, son eau sera sûre, et il verra le roi dans sa gloire. Justin interprète le pain et la coupe comme une annonce de l’Eucharistie instituée en mémoire du corps et du sang du Christ, et le roi glorieux comme le Christ lors de sa venue future. Il revient enfin au mythe de Persée né d’une vierge : pour lui, cette ressemblance n’est pas un modèle dont les chrétiens auraient tiré leur récit, mais une autre contrefaçon préalable attribuée au serpent trompeur.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 71
Justin affirme ne pas suivre les maîtres juifs de son époque lorsqu’ils s’écartent, selon lui, de la traduction grecque attribuée aux soixante-dix anciens sous Ptolémée. Il va plus loin : il accuse certains responsables d’avoir supprimé de cette tradition des passages qui, à ses yeux, annonçaient trop clairement le Christ crucifié comme Dieu et homme. Conscient que ses interlocuteurs contestent précisément ces textes, il dit préférer construire l’essentiel de sa démonstration à partir de passages qu’ils reconnaissent eux-mêmes. Il rappelle l’unique désaccord textuel déjà discuté, Isaïe 7,14 — « la vierge » contre « la jeune femme » — et renouvelle sa promesse de montrer que l’oracle ne concerne pas Ézéchias. Tryphon lui demande cependant de citer d’abord quelques exemples des passages qu’il prétend avoir été retranchés.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 72
Justin fournit alors plusieurs exemples de ces prétendues suppressions. Il attribue à Esdras, dans une explication de la Pâque, des paroles où la Pâque est appelée « notre Sauveur et notre refuge » et où le peuple est averti qu’il humiliera ce sauveur dans un signe. Il cite ensuite Jérémie 11,19 — « J’étais comme un agneau innocent conduit à l’abattoir… mettons du bois dans son pain et retranchons-le de la terre des vivants » — en affirmant que ce passage aurait récemment disparu de certains exemplaires, bien qu’il subsiste encore dans d’autres. Il mentionne enfin une autre parole qu’il attribue à Jérémie : Dieu se serait souvenu de ses morts et serait descendu vers eux pour leur annoncer son salut. Ces affirmations de critique textuelle reflètent l’état des débats scripturaires connu ou imaginé par Justin au IIe siècle ; elles ne sont pas traitées ici comme constat moderne établi.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 73
Justin ajoute que, dans le psaume 95, les mots « depuis le bois » auraient été retranchés de la phrase : « Dites parmi les nations : le Seigneur a régné depuis le bois. » Pour lui, cette forme du verset annonce la royauté du crucifié. Il récite ensuite l’ensemble du psaume : chant nouveau, proclamation du salut parmi les nations, grandeur du Créateur, adoration universelle et venue du Seigneur pour juger la terre. Tryphon répond que, si des chefs ont réellement supprimé des mots de l’Écriture, Dieu seul le sait, mais que l’accusation lui paraît difficile à croire. Justin reconnaît qu’elle est grave et revient aussitôt à une stratégie plus solide : les nombreux passages conservés et admis par tous suffisent, selon lui, à poursuivre la démonstration. La leçon « depuis le bois » est ainsi conservée comme variante citée par Justin, non comme texte hébreu établi.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
§ 74
Tryphon précise que le psaume 95 lui semble parler du Père créateur du ciel et de la terre, non du Christ souffrant. Justin répond que le psaume invite toute la terre à chanter un chant nouveau et à proclamer quotidiennement le salut de Dieu ; il comprend ce « salut » comme le mystère de la passion du Christ par laquelle le Père sauve l’humanité. Il distingue donc le Dieu Père, à qui la louange est adressée, et celui à qui Dieu accorde après la crucifixion de régner sur la terre. Le texte transmis à cet endroit du Dialogue présente une transition difficile et mêle ensuite d’autres citations scripturaires sur l’abandon d’un peuple infidèle. L’argument général de Justin reste cependant clair : le salut accompli dans le Christ manifeste la gloire du Père et doit être proclamé aux nations.
Note de collation
- Repère textuel : cette partie contient plusieurs discussions sur les variantes ou omissions scripturaires alléguées par Justin. Ces affirmations sont signalées comme données de controverse textuelle ancienne, non comme constat critique moderne automatique.
- Repère critique : le Dialogue transmis comporte autour de cette zone une lacune textuelle importante reconnue par la critique ; la numérotation conservée ne doit pas masquer cette perte.
§ 75
Justin relie maintenant le nom même de Jésus à l’ange envoyé devant Israël dans l’Exode : « Voici, j’envoie mon ange devant toi… sois attentif à lui… car mon nom est sur lui. » Il rappelle que celui qui introduisit les Israélites dans la terre s’appelait d’abord Osée puis reçut de Moïse le nom de Jésus/Josué. Pour Justin, cette modification de nom possède une portée typologique : le nom de Jésus appartient mystérieusement à celui dont l’ange porte le nom divin. Il rappelle encore que les prophètes peuvent être appelés anges ou envoyés de Dieu parce qu’ils transmettent sa parole. Puisqu’un même être divin a pu, selon sa lecture, apparaître sous de nombreuses formes à Abraham, Jacob et Moïse, Justin estime qu’il n’est pas incohérent qu’il ait aussi pu, selon la volonté du Père, naître véritablement comme homme d’une vierge.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 76
Justin reprend Daniel : celui qui reçoit le royaume éternel vient « comme un fils d’homme ». Pour lui, cette expression signifie qu’il apparaît et devient réellement homme sans pourtant provenir d’une semence humaine ordinaire. La pierre détachée sans main dans Daniel 2 exprime la même idée : son origine ne serait pas une œuvre humaine mais la volonté du Père. Il ajoute Isaïe 53 — « Qui racontera sa génération ? » —, le sang de la grappe de Genèse 49 et le titre d’« Ange du grand conseil » d’Isaïe. Ce Christ, affirme Justin, a révélé le dessein du Père concernant les justes, les pécheurs, les hommes et les anges rebelles. Il cite plusieurs paroles de Jésus sur le jugement, l’entrée des nations dans le Royaume et l’exclusion des indignes, ainsi que l’autorité donnée sur les puissances mauvaises. Justin relie enfin ces thèmes à la passion annoncée, à la résurrection au troisième jour et à l’exaltation du Messie.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 77
Tryphon admet que l’accumulation de textes est impressionnante, mais demande à Justin d’achever enfin sa preuve qu’Isaïe 7–8 ne s’applique pas à Ézéchias. Justin retourne l’objection : qu’on lui montre qu’Ézéchias, avant de savoir dire « père » ou « mère », ait pris la puissance de Damas et le butin de Samarie devant le roi d’Assyrie. Selon lui, rien de tel n’est arrivé à un enfant juif. Il propose en revanche une lecture symbolique appliquée à Jésus : dès sa naissance, des mages venus d’Arabie se présentent devant Hérode. Justin identifie métaphoriquement Hérode au « roi d’Assyrie » en raison de son impiété, rappelant que les prophètes utilisent souvent des noms de peuples comme images morales.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 78
Justin développe alors le récit de l’enfance de Jésus. Les mages, venus d’Arabie après avoir vu une étoile, apprennent des anciens que le chef promis doit naître à Bethléem ; ils adorent l’enfant et lui offrent or, encens et myrrhe, puis repartent par un autre chemin. Joseph, qui envisageait de renvoyer Marie lorsqu’il la crut enceinte d’un homme, reçoit en songe l’annonce que l’enfant vient de l’Esprit saint. Justin associe ensuite le recensement sous Quirinius, le voyage de Nazareth à Bethléem et la naissance de Jésus dans une grotte proche du village, où Marie le dépose dans une mangeoire. La grotte lui permet de reprendre Isaïe 33 et le parallèle avec les mystères de Mithra. Il raconte encore la fuite en Égypte et la mise à mort des enfants de Bethléem par Hérode, qu’il rapproche de Jérémie : « Une voix a été entendue à Rama, Rachel pleurant ses enfants. » Enfin, la « puissance de Damas » et le « butin de Samarie » deviennent, dans son exégèse, la puissance démoniaque dont les mages auraient été libérés en venant adorer le Christ. Justin termine par une affirmation de transfert de grâce des anciens maîtres vers les chrétiens, formulation polémique propre à son contexte.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 79
Tryphon, visiblement irrité, déclare les paroles de Dieu saintes mais juge les interprétations de Justin artificielles, voire blasphématoires, notamment parce qu’il parle d’anges devenus mauvais et révoltés contre Dieu. Justin adoucit son ton et dit respecter ce scrupule. Pour justifier sa doctrine des puissances mauvaises, il invoque Daniel, où les anges servent le Fils de l’homme, puis Isaïe, qu’il lit comme parlant de « mauvais anges » en Égypte. Il ajoute Zacharie, où l’Adversaire se tient à la droite du grand prêtre Josué ; Job, où Satan paraît parmi les fils de Dieu ; la Genèse et le serpent trompant Ève ; les magiciens d’Égypte opposés à Moïse ; enfin le psaume affirmant que les dieux des nations sont des démons. Justin veut ainsi montrer que sa démonologie n’est pas, à ses yeux, une invention extérieure aux Écritures.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 80
Tryphon reconnaît que Justin cherche constamment à rattacher ses affirmations aux Écritures et lui pose une nouvelle question : les chrétiens attendent-ils réellement la reconstruction de Jérusalem, le rassemblement de leur peuple et un règne du Christ sur terre avec les patriarches, prophètes et saints ? Justin répond sans détour que lui-même et beaucoup d’autres chrétiens l’attendent effectivement, mais il précise que nombre de chrétiens qu’il considère néanmoins authentiquement pieux ne partagent pas cette conviction. Il distingue ces derniers des groupes qu’il qualifie d’hérétiques et qui, selon lui, blasphèment le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ou refusent la résurrection des morts en enseignant que les âmes montent immédiatement au ciel. Pour Justin, la doctrine correcte comprend la résurrection de la chair et un règne de mille ans dans une Jérusalem reconstruite, embellie et agrandie. Ce chapitre est donc un témoignage capital : Justin professe un millénarisme concret tout en reconnaissant explicitement que cette opinion n’est déjà pas unanime parmi les chrétiens de son temps.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 81
Justin justifie son attente d’un règne millénaire en citant Isaïe 65 : nouveaux cieux et nouvelle terre, Jérusalem devenue joie, disparition des pleurs, longévité exceptionnelle, maisons habitées par ceux qui les bâtissent, vignes dont les planteurs mangent le fruit, paix entre le loup et l’agneau. Il rapproche la formule selon laquelle les jours du peuple seront « comme les jours de l’arbre » de l’histoire d’Adam, qui n’atteignit pas mille ans, et de la parole « un jour du Seigneur est comme mille ans ». Justin invoque surtout l’Apocalypse attribuée à Jean, « l’un des apôtres du Christ », qui annonce selon lui mille ans à Jérusalem pour les croyants au Christ. Après cette période viendront la résurrection universelle et éternelle, puis le jugement. Il rappelle enfin la parole de Jésus selon laquelle, à la résurrection, on ne se marie plus mais on est comme les anges.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 82
Justin affirme que des charismes prophétiques existent encore chez les chrétiens. Il en déduit que les dons autrefois présents, selon lui, en Israël ont été transférés à l’Église. Il reconnaît toutefois que, comme il y eut de faux prophètes parmi les anciens prophètes, il existe aussi maintenant beaucoup de faux prophètes et de faux docteurs parmi les chrétiens. Jésus, dit-il, avait annoncé persécutions, faux christs et tromperies après sa résurrection et son ascension. Justin présente donc la diversité et les dérives internes non comme une réfutation de sa foi mais comme un phénomène lui-même annoncé. Il justifie son activité d’enseignement par l’image d’Ézéchiel : le guetteur doit avertir le pécheur, faute de quoi son sang lui sera demandé. Il affirme parler par crainte de Dieu, non pour l’argent, la gloire ou le plaisir, et concède que des chrétiens peuvent eux aussi se montrer indignes sans que, selon lui, cela autorise à condamner les Écritures ou le Christ.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 83
Justin revient au psaume 109 : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : siège à ma droite… Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédek. » Il rejette l’interprétation qui l’applique à Ézéchias assis à droite du Temple après la menace assyrienne. Certes, reconnaît-il, Jérusalem fut délivrée au temps d’Ézéchias et l’armée assyrienne fut frappée ; mais Ézéchias ne fut jamais prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédek. Justin applique donc le psaume à Jésus : la « verge de puissance » envoyée depuis Jérusalem devient la parole de l’appel et de la conversion diffusée parmi les nations, qui abandonneraient les démons pour croire au Dieu tout-puissant. La parole « avant l’étoile du matin je t’ai engendré » reste pour lui un témoignage de la préexistence du Christ.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 84
Justin revient à Isaïe 7,14. Si l’enfant annoncé devait naître, comme tous les premiers-nés ordinaires, d’une union sexuelle, demande-t-il, en quoi cette naissance serait-elle un « signe » donné par Dieu ? Le véritable signe consiste selon lui en ce que le premier-né de toute création devient réellement enfant dans le sein d’une vierge par la puissance du Créateur. Il rapproche cette possibilité de la création d’Ève à partir d’Adam et de la production des créatures par la parole divine. Justin accuse de nouveau ses interlocuteurs de préférer « la jeune femme » à la traduction grecque « la vierge ». Il distingue les maternités miraculeuses de femmes stériles — la mère de Samuel, Sarah, Élisabeth — de la conception virginale qu’il revendique pour Jésus : si Dieu peut rendre féconde la stérile, soutient-il, il peut également accomplir le signe annoncé par le prophète.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 85
Justin applique encore le psaume 23 — « Levez vos portes… afin qu’entre le Roi de gloire » — non à Ézéchias ou Salomon, mais au Christ ressuscité et monté au ciel, Seigneur des puissances selon la volonté du Père. Il invoque à nouveau les exorcismes pratiqués au nom de Jésus, qu’il présente comme une confirmation expérimentale de l’autorité de ce nom, supérieure selon lui aux noms des rois, patriarches ou prophètes. Il distingue toutefois l’invocation du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qu’il admet puissante. Justin mentionne aussi des pratiques d’exorcistes juifs de son temps faisant usage de procédés rituels qu’il rapproche de ceux des nations. Pour expliquer les « portes éternelles », il invoque les anges et puissances célestes du psaume 148. Un certain Mnaséas, arrivé avec le groupe le deuxième jour, se réjouit d’entendre Justin reprendre certains arguments pour les nouveaux auditeurs. Justin justifie ces répétitions par l’amour des ennemis et cite enfin Isaïe 66 sur Sion enfantant soudainement, Jérusalem consolée et la joie de ses enfants.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 86
Justin rassemble maintenant une longue série de figures liées au bois, au bâton, à la pierre et à l’onction, qu’il interprète comme symboles de la croix et du Christ. Moïse porte un bâton lors de la délivrance d’Israël, fend la mer avec lui, fait jaillir l’eau du rocher et adoucit les eaux amères de Mara au moyen d’un bois. Jacob emploie des baguettes près des abreuvoirs, traverse le fleuve avec son bâton, voit une échelle dressée vers le ciel et oint d’huile la pierre de Béthel. Justin rappelle que le Christ est symbolisé par la pierre et l’oint par excellence, tandis que rois et autres « christs » participent seulement à cette onction. La verge d’Aaron qui fleurit désigne le grand prêtre ; Isaïe annonce une tige issue de la racine de Jessé ; le juste du psaume est comme un arbre près des eaux. Justin évoque encore le chêne de Mambré, les palmiers et sources du désert, le bâton consolateur du psaume 22, et Élisée faisant remonter le fer de la hache au moyen d’un morceau de bois. Il relit ce dernier récit comme symbole du baptême et de la croix, par lesquels les hommes accablés de fautes deviennent, selon lui, une maison de prière. Même le bâton de Juda dans l’histoire de Tamar entre dans cette chaîne typologique.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 87
Tryphon précise qu’il ne pose plus ses questions simplement pour renverser l’argumentation de Justin, mais pour comprendre. Il revient à Isaïe 11 : si le Christ est un Dieu préexistant devenu homme, pourquoi le prophète dit-il que reposera sur lui l’Esprit de Dieu avec sagesse, intelligence, conseil, force, connaissance, piété et crainte de Dieu ? Ne recevrait-il pas alors ce dont il manquait ? Justin juge l’objection pertinente. Sa réponse est que les puissances de l’Esprit ne viennent pas combler une déficience du Christ : elles « reposent » sur lui au sens où leur ancienne distribution prophétique atteint en lui son terme. Les prophètes antérieurs auraient reçu chacun un ou plusieurs dons particuliers — sagesse à Salomon, intelligence et conseil à Daniel, force et piété à Moïse, etc. — tandis qu’avec le Christ cette économie prend fin dans le peuple ancien. Après son ascension, ces mêmes dons sont, selon Justin, redistribués par le Christ aux croyants. Il cite le psaume : « Il est monté dans les hauteurs… il a donné des dons aux hommes », puis Joël : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair. »
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 88
Justin affirme qu’on peut encore voir parmi les chrétiens des hommes et des femmes possédant des dons de l’Esprit. Cela confirme, selon lui, que l’Esprit annoncé par Isaïe ne descendit pas sur Jésus pour suppléer une faiblesse personnelle mais comme signe d’un accomplissement et d’une nouvelle diffusion des dons. Il revient aux mages puis au baptême de Jésus. Jésus grandit comme les autres hommes, exerça les activités appropriées à chaque âge et parvint à environ trente ans lorsque Jean prépara sa venue. Au Jourdain, Justin transmet une tradition selon laquelle un feu s’alluma dans l’eau ; après la sortie de Jésus, l’Esprit descendit comme une colombe et une voix céleste se fit entendre. Le baptême et l’Esprit ne confèrent pas, selon Justin, une puissance dont Jésus aurait manqué : ils rendent son identité reconnaissable aux hommes. Justin rappelle de même que Jésus aurait travaillé comme charpentier, fabriquant charrues et jougs, auxquels il donne une portée symbolique. Il insiste aussi sur la liberté morale des hommes et des anges. Enfin, il applique « Tu es mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré » non à un commencement absolu de l’existence du Christ, mais au moment où sa manifestation devient publiquement connaissable.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 89
Tryphon reconnaît que le peuple juif attend un Messie et que plusieurs passages cités par Justin peuvent effectivement être messianiques. Le nom de Jésus donné à Josué fils de Noun l’a même rendu plus réceptif à certains rapprochements. Mais la crucifixion demeure pour lui un obstacle majeur : la Loi déclare maudit celui qui est suspendu au bois. Il admet que les prophètes annoncent un Messie souffrant, mais demande si cette souffrance peut vraiment prendre la forme honteuse et maudite de la croix. Justin répond qu’Isaïe annonce précisément un personnage méprisé, frappé, compté parmi les sans-loi, conduit comme une brebis à l’abattoir et mis à mort à cause des fautes du peuple. Si ces traits caractérisent le Messie, dit-il, la crucifixion de Jésus devient pour les chrétiens un motif d’identification plutôt qu’une réfutation.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 90
Tryphon demande donc une preuve scripturaire plus précise de la croix elle-même. Justin rappelle que les prophètes révèlent souvent les événements par figures et symboles. Il commence avec la bataille contre Amalec : Josué — portant le nom de Jésus — conduit le combat, tandis que Moïse prie sur la hauteur les deux bras étendus, soutenus par Aaron et Hur. Tant que Moïse conserve cette posture, Israël l’emporte ; lorsqu’il baisse les bras, Amalec reprend l’avantage. Justin interprète la forme du corps de Moïse comme une figure de la croix et souligne que la victoire se produit conjointement sous le nom de Jésus/Josué. Il ajoute que la pierre sur laquelle Moïse est assis possède elle aussi, dans son système typologique, une valeur christologique.
Note de collation
- Contexte doctrinal : typologie, préexistence du Christ et exégèse des figures de l’Ancien Testament sont restituées comme théologie de Justin au IIe siècle.
§ 91
Justin trouve encore une figure de la croix dans la bénédiction de Joseph en Deutéronome 33 : le premier-né du taureau possède des « cornes de licorne » avec lesquelles il frappe les nations jusqu’aux extrémités de la terre. Il décrit même matériellement la croix : une pièce verticale, une traverse dont les extrémités ressemblent à deux cornes, et le petit support central sur lequel repose le crucifié, lui aussi comparable à une corne. Les nations « frappées » par ces cornes deviennent, dans son interprétation, les peuples amenés à la foi par le mystère de la croix. Justin associe encore cette figure à Moïse étendant les bras contre Amalec et au serpent de bronze dressé dans le désert : le serpent lui-même n’est pas objet de foi, mais le signe annonce, selon Justin, la défaite du serpent ancien par le crucifié et la guérison de ceux qui se tournent vers Dieu.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 92
Justin affirme que les paroles et gestes prophétiques ne deviennent réellement intelligibles que par une grâce de compréhension ; les réciter sans pouvoir en rendre raison ne suffit pas. Il reprend alors un argument ancien : Énoch, Noé et d’autres justes plurent à Dieu sans circoncision ni sabbat. Pourquoi Dieu aurait-il ensuite introduit pour Abraham la circoncision, puis sous Moïse le sabbat, les sacrifices et les offrandes, si ces pratiques constituaient depuis toujours la justice universelle ? Justin répond encore par sa thèse disciplinaire : Dieu aurait prévu l’infidélité du peuple et lui aurait donné des signes particuliers, notamment la circoncision, qui le rendraient identifiable jusque dans la dispersion. Abraham lui-même fut déclaré juste par sa foi avant d’être circoncis. Les chrétiens, dit Justin, espèrent donc être agréés par une « circoncision du cœur ». Il affirme que sabbat, sacrifices et lieu cultuel visaient à détourner Israël de l’idolâtrie. Cette section revient ensuite à une polémique collective très dure contre le peuple juif, qui doit être conservée comme argument de Justin et non comme description contemporaine.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 93
Justin distingue ce qui est juste « toujours et partout » des prescriptions particulières. Tous les peuples, dit-il, savent d’une certaine manière que l’adultère, la débauche, le meurtre et les actes semblables sont mauvais, même lorsque des habitudes ou des lois mauvaises obscurcissent ce discernement. Il résume la justice dans deux commandements attribués à Jésus : aimer Dieu de tout son cœur et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même. Celui qui aime Dieu ne rendra pas à un autre l’honneur divin ; celui qui aime son prochain lui veut les mêmes biens qu’à lui-même. Justin définit ainsi le prochain comme tout être humain partageant la même condition rationnelle et sensible. Après cette formulation universaliste, le chapitre retombe toutefois dans une polémique anti-judaïque sévère : Justin accuse collectivement ses interlocuteurs d’idolâtrie, de meurtre des justes, de responsabilité dans la mort du Christ et de malédictions contre ses disciples. Cette tension interne du texte devra être explicitement contextualisée.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 94
Justin répond à l’objection de la « malédiction » du bois par le serpent de bronze. Le même Dieu qui interdit de fabriquer des images ordonne pourtant à Moïse de faire un serpent de bronze et de le dresser comme signe afin que les mordus qui le regardent soient guéris. Pour Justin, Dieu ne se contredit pas : ce signe possède une signification mystérieuse et annonce la croix. Le serpent de bronze figure la destruction de la puissance du serpent et le salut de ceux qui, blessés par les actes mauvais, se tournent vers celui que Dieu envoie. L’un des auditeurs arrivés le deuxième jour reconnaît qu’il n’avait jamais reçu d’explication satisfaisante de cet épisode et demande à Justin de poursuivre. Justin conclut alors que, de même que le serpent de bronze ne rend pas Dieu coupable d’idolâtrie, la malédiction légale portée contre le crucifié ne signifie pas, selon lui, que Dieu maudisse son Christ.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 95
Justin élargit l’argument : la Loi déclare maudit quiconque ne demeure pas dans tout ce qui y est écrit. Personne, affirme-t-il, n’a parfaitement observé tous les commandements ; les peuples non soumis à la Loi commettent eux aussi idolâtrie et autres fautes. Toute l’humanité se trouve donc, dans son raisonnement, sous une forme de malédiction. Le Père aurait voulu que son Christ assume les malédictions de tous, sachant qu’il le ressusciterait après la crucifixion. Justin distingue cette volonté salvifique de la responsabilité morale des acteurs de la passion : agir dans le dessein de Dieu ne rend pas justes ceux qui ont agi avec injustice. Il ajoute qu’un repentir et une reconnaissance du Christ ouvrent, selon lui, le pardon ; mais il accuse ceux qui persistent à maudire le Christ et ses croyants de rester responsables de leurs actes. Le passage est fortement polémique et doit être lu comme théologie chrétienne du IIe siècle, non comme attribution collective de culpabilité à des Juifs ultérieurs.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 96
La phrase « Maudit est quiconque est suspendu au bois » fortifie donc, selon Justin, l’espérance chrétienne au lieu de la détruire. Elle n’exprime pas une malédiction divine contre Jésus ; elle annonce plutôt, dans son interprétation, la manière dont le Messie serait traité comme maudit par ceux qui ne le reconnaîtraient pas. Justin affirme que des chrétiens sont encore maudits dans certaines synagogues et persécutés par d’autres peuples, tandis qu’eux-mêmes appellent leurs adversaires « frères » et prient pour leur conversion. Il rappelle l’enseignement de Jésus sur la prière pour les ennemis et l’imitation du Père qui fait lever son soleil et tomber sa pluie sur justes et injustes. Cette exhortation à la bienveillance coexiste avec les accusations sévères du chapitre et en constitue un contrepoint important.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 97
Justin revient à la figure de Moïse : ses bras restèrent étendus jusqu’au soir, comme Jésus serait resté sur le bois presque jusqu’au soir avant d’être enseveli, puis ressuscité le troisième jour. Il cite le psaume 3 : « Je me suis couché et endormi ; je me suis relevé, car le Seigneur m’a soutenu », puis Isaïe sur Dieu étendant les mains vers un peuple rebelle et sur le tombeau. Surtout, il introduit le psaume 21/22 : « Ils ont percé mes mains et mes pieds… ils se sont partagé mes vêtements et ont tiré au sort ma tunique. » Justin l’applique directement à la crucifixion, aux clous et au partage des vêtements de Jésus. À ses yeux, aucun roi d’Israël n’a connu ce type de mort ; le psaume désigne donc précisément le crucifié.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 98
Justin décide de réciter une longue partie du psaume 21/22 afin d’en montrer, selon lui, l’unité christologique. Il cite le cri d’abandon — « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » —, la confiance des pères, le mépris du peuple, les moqueries, les taureaux et lions qui entourent le juste, le corps qui se défait, la langue collée au palais, les chiens, les mains et pieds percés, les os comptés, le partage des vêtements, puis l’appel au secours et la promesse de proclamer le nom de Dieu au milieu de l’assemblée. Justin veut y entendre à la fois la souffrance réelle d’un homme, sa prière fidèle au Père et l’annonce détaillée de ce qui arrivera au Christ.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 99
Justin commence l’explication détaillée du psaume. Le cri « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » est, dit-il, exactement celui que Jésus prononça sur la croix. La mention du cri « de jour et de nuit » lui évoque aussi la prière de Jésus avant sa passion : « Père, si cela est possible, que cette coupe passe loin de moi ; toutefois non pas comme je veux, mais comme tu veux. » Justin insiste sur la réalité de l’humanité souffrante du Christ. Il refuse toutefois d’interpréter cette prière comme ignorance de ce qui devait arriver. De même que Dieu demande à Adam « Où es-tu ? » ou à Caïn « Où est Abel ? » non parce qu’il ignore la réponse mais pour manifester leur état, le Christ prie et parle afin de révéler sa condition et l’aveuglement de ceux qui pensaient pouvoir le supprimer comme un homme ordinaire.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 100
Justin poursuit : la parole du psaume « Tu habites dans le sanctuaire, louange d’Israël » annonce selon lui la résurrection au troisième jour, acte digne de louange reçu du Père. Il rappelle que le Christ est symboliquement appelé Jacob et Israël, qu’il est fils des patriarches par la Vierge et pourtant premier-né de Dieu avant les créatures. Jésus se nomme « Fils de l’homme » parce qu’il assume la lignée humaine issue de David, Jacob, Isaac, Abraham et finalement Adam ; il est aussi confessé « Fils de Dieu ». Justin énumère encore les titres prophétiques qu’il applique au Logos : Sagesse, Jour, Orient, Épée, Pierre, Tige, Jacob, Israël. Le chapitre culmine dans un parallèle majeur de la théologie ancienne : Ève, encore vierge, reçoit la parole du serpent et engendre désobéissance et mort ; Marie, vierge elle aussi, reçoit avec foi et joie l’annonce de Gabriel et répond : « Qu’il me soit fait selon ta parole. » Par cette obéissance, le Christ vient au monde et détruit, selon Justin, l’œuvre du serpent. Ce parallèle Ève–Marie est l’un des témoignages mariologiques les plus anciens et les plus importants du corpus chrétien du IIe siècle.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 101
Justin poursuit son commentaire du psaume 21/22. Lorsque le psaume dit : « En toi nos pères ont espéré… mais moi, je suis un ver et non un homme, l’opprobre des hommes et le mépris du peuple », il y voit à la fois l’enracinement humain du Christ dans les patriarches, ancêtres de la Vierge, et son entière dépendance à l’égard du Père. Il rapproche cette attitude de la parole de Jésus : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Un seul est bon, mon Père qui est dans les cieux. » Le « ver » méprisé annonce, selon Justin, l’humiliation réelle de Jésus et le mépris qui atteint aussi ceux qui croient en lui. Il applique ensuite les moqueries du psaume — lèvres tordues, têtes secouées, « il a espéré dans le Seigneur, qu’il le délivre » — aux railleries rapportées dans les mémoires apostoliques autour de la crucifixion : « Il s’est dit Fils de Dieu ; qu’il descende… que Dieu le sauve. »
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 102
Justin continue avec les versets sur l’espérance « dès le sein maternel », les taureaux qui entourent, les os dispersés, le cœur fondu comme cire et la langue collée au palais. Il rattache d’abord l’espérance depuis le sein à la protection de l’enfant Jésus : Hérode cherche à le tuer, Joseph emmène alors Marie et l’enfant en Égypte sur ordre divin. Justin répond à l’objection : pourquoi Dieu n’a-t-il pas simplement détruit Hérode ? Parce que, selon lui, Dieu a voulu préserver la liberté des hommes et des anges et conduire l’histoire par des jugements successifs plutôt que supprimer toute possibilité de choix ; il rapproche cela du serpent laissé en existence et de l’épisode de Babel. La langue desséchée devient ensuite figure du silence de Jésus devant Pilate : celui qui auparavant répondait avec force aux controverses cesse volontairement de parler. Justin conclut que même le Fils de Dieu ne met pas son espérance dans une puissance humaine, une lignée ou une sagesse propre, mais enseigne à chercher le salut auprès du Dieu créateur. La fin du passage reprend cependant des accusations collectives sévères contre le peuple juif, propres à la rhétorique polémique de Justin.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 103
Justin applique les « nombreux taureaux » et les « lions rugissants » du psaume à ceux qui arrêtent et jugent Jésus. Les hommes envoyés au mont des Oliviers deviennent les « jeunes taureaux », tandis que les maîtres qui les ont envoyés sont comparés aux taureaux adultes dont ils procèdent. « Il n’y a personne pour me secourir » annonce, selon lui, l’abandon de Jésus par ses disciples. Le lion rugissant peut désigner Hérode, successeur de la dynastie qui avait déjà menacé Jésus enfant, ou encore le diable, appelé serpent dans la Genèse, adversaire dans Job et Zacharie, Satan dans les paroles de Jésus. Justin rappelle alors la tentation après le baptême et interprète le nom même de Satan selon une étymologie ancienne qu’il rattache à l’idée d’apostasie et de serpent. Les images du corps répandu comme de l’eau et du cœur fondu deviennent, pour lui, annonce de l’angoisse de Jésus au mont des Oliviers, où les « mémoires des apôtres » rapportent une sueur semblable à des gouttes de sang. Il insiste ainsi sur la réalité de la souffrance humaine du Christ. Le silence devant ses accusateurs accomplit enfin, selon Justin, l’image de la langue collée au palais.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 104
Justin reprend brièvement les versets : « Tu m’as conduit à la poussière de la mort ; de nombreux chiens m’ont entouré ; une assemblée de malfaiteurs m’a encerclé ; ils ont percé mes mains et mes pieds… ils se sont partagé mes vêtements et ont tiré au sort ma tunique. » Il les interprète comme annonce du mode de condamnation de Jésus. Les « chiens » désignent, dans sa lecture polémique, ceux qui le poursuivent et se rassemblent pour obtenir sa condamnation. Le partage des vêtements après la crucifixion confirme, selon lui, la correspondance entre le psaume et les récits évangéliques.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 105
Justin commente la prière suivante : « Seigneur, ne tiens pas ton secours loin de moi… délivre mon âme de l’épée, mon unique de la main du chien ; sauve-moi de la gueule du lion et des cornes des licornes. » Pour Justin, le terme « unique » rappelle que le Christ est le Fils unique du Père, Logos et puissance engendrés de lui, ensuite devenu homme par la Vierge. Les « cornes de licornes » reprennent sa typologie de la croix. La demande de délivrance de l’épée, du chien et du lion devient aussi, chez Justin, modèle de prière à l’approche de la mort : l’âme doit demander à Dieu de ne pas tomber sous le pouvoir de forces mauvaises. Il invoque l’épisode de la nécromancienne d’Endor et de Samuel pour soutenir que les âmes subsistent après la mort et peuvent, dans sa conception ancienne, être exposées à certaines puissances spirituelles. Jésus lui-même remet son esprit au Père sur la croix. Justin termine en rappelant l’exigence évangélique d’une justice supérieure à celle des scribes et des pharisiens.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 106
Justin poursuit jusqu’à la partie du psaume où le juste promet d’annoncer le nom de Dieu à ses frères et de le louer au milieu de l’assemblée. Il y voit le Christ ressuscité se tenant parmi ses apôtres, qui regrettent de l’avoir abandonné lors de la crucifixion et comprennent ensuite que les prophètes avaient annoncé ses souffrances. Justin rappelle encore que Jésus aurait renommé Simon « Pierre » et les deux fils de Zébédée « Boanergès », fils du tonnerre. Pour lui, ce pouvoir de donner des noms rappelle celui qui donna à Jacob le nom d’Israël et à Osée fils de Noun le nom de Jésus/Josué. Il ajoute deux prophéties : « Une étoile se lèvera de Jacob » et « Voici un homme dont le nom est Orient ». L’étoile apparue à la naissance de Jésus et suivie par les mages venus d’Arabie devient, dans son argumentation, accomplissement de ce motif.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 107
Pour la résurrection au troisième jour, Justin invoque le « signe de Jonas ». Des interlocuteurs demandaient à Jésus un signe ; il aurait répondu qu’aucun autre signe ne serait donné à cette génération que celui de Jonas. Justin comprend cette parole comme annonce voilée de la résurrection après la crucifixion. Il oppose alors la réaction de Ninive à celle de ses interlocuteurs : après trois jours dans le grand poisson, Jonas prêche et la ville entière — roi, habitants et même animaux dans le récit — entre dans le jeûne et la repentance ; Dieu épargne alors Ninive. Justin raconte encore le ricin qui pousse pour ombrager Jonas puis se dessèche, afin de rappeler la leçon finale du livre : si Jonas s’afflige pour une plante qu’il n’a pas cultivée, Dieu peut avoir pitié d’une grande ville remplie d’êtres qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 108
Justin applique ensuite ce parallèle à son propre débat. Selon lui, le « signe de Jonas » appelait encore ses contemporains à la repentance après la résurrection de Jésus, afin que Jérusalem et le peuple échappent au désastre. Il affirme toutefois qu’au lieu de se convertir, des responsables juifs auraient envoyé des hommes dans le monde pour présenter Jésus comme un imposteur galiléen dont les disciples auraient volé le corps et fabriqué le récit de la résurrection. Il relie cette accusation à la tradition de Matthieu sur les gardes du tombeau et l’étend à une campagne contre les chrétiens. Il accuse aussi ses interlocuteurs de continuer à maudire le Christ et ceux qui croient en lui après la destruction de la ville et la dévastation du pays. Ces affirmations sont celles de Justin dans la controverse chrétienne-juive du IIe siècle ; elles ne sont pas présentées par l’édition comme constat historique indépendant ni comme jugement sur les Juifs. Justin conclut néanmoins en disant que les chrétiens ne haïssent pas leurs adversaires et prient au contraire pour qu’ils obtiennent la miséricorde de Dieu.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 109
Justin veut maintenant montrer, par Michée, que les nations abandonneraient leur ancienne conduite après avoir entendu la parole annoncée depuis Jérusalem par les apôtres. Il cite Michée 4 : dans les derniers jours, la montagne du Seigneur sera élevée ; de nombreux peuples diront : « Venez, montons à la montagne du Seigneur… il nous enseignera ses voies. » La Loi sortira de Sion et la parole du Seigneur de Jérusalem. Les nations transformeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en faucilles ; elles n’apprendront plus la guerre. Chacun s’assiéra sous sa vigne et son figuier sans crainte. Dieu rassemblera l’affligée et la rejetée, fera de ce reste une nation forte et régnera sur eux en Sion. Justin applique naturellement cette vision au mouvement chrétien issu de Jérusalem et répandu parmi les nations.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 110
Justin affirme savoir que les maîtres juifs eux-mêmes rapportent cette prophétie au Messie, tout en soutenant qu’il n’est pas encore venu ou qu’il demeure encore inconnu jusqu’à sa manifestation glorieuse. Pour Justin, cette lecture manque la distinction fondamentale entre deux venues : la première, souffrante, sans gloire et crucifiée ; la seconde, glorieuse, depuis les cieux, accompagnée du jugement. Il applique à la première venue l’expansion de la parole partie de Jérusalem : les chrétiens, autrefois engagés dans la violence, auraient transformé leurs armes en instruments de paix et cultivent désormais piété, justice, amour, foi et espérance. Justin voit leur persévérance sous les décapitations, crucifixions, bêtes, chaînes, feu et autres supplices comme signe que personne ne peut les terroriser jusqu’à les faire renier. Plus on coupe les branches de cette vigne, dit-il, plus d’autres repoussent et portent du fruit : le peuple du Christ est cette vigne. Les autres éléments de la prophétie, notamment le rassemblement final et la paix totale, appartiennent pour lui à la seconde venue. La conclusion retombe cependant dans une opposition polémique où il présente les souffrances des Juifs comme méritées et celles des chrétiens comme injustes ; cette comparaison doit rester attribuée à Justin et replacée dans son contexte du IIe siècle.
Note de collation
- Contexte : le ton envers Israël et les maîtres juifs devient parfois très dur. L’édition conserve la voix de Justin mais distingue explicitement polémique antique et position éditoriale contemporaine.
§ 111
Justin reprend les deux venues du Christ sous forme de symboles mosaïques. Il rappelle les deux boucs du Jour des expiations, puis la scène où Moïse reste les bras étendus sur la montagne tandis que Josué, portant le nom de Jésus, conduit le combat contre Amalec. Pour Justin, aucun des deux personnages ne porte à lui seul tout le mystère : l’un figure la croix, l’autre le nom de Jésus, mais la puissance appartiendrait au seul Christ. Celui-ci, bien que crucifié, ne serait donc pas maudit par la Loi ; il sauverait ceux qui demeurent dans sa foi. Justin revient aussi à la Pâque : le sang de l’agneau placé sur les montants et le linteau des portes sauve les premiers-nés d’Israël en Égypte ; de même, selon lui, le sang du Christ délivre de la mort ceux qui croient. Il interprète enfin le cordon écarlate donné à Rahab par les espions de Josué comme autre symbole de ce sang : ceux qui étaient autrefois pécheurs parmi les nations sont sauvés, reçoivent le pardon et sont appelés à ne plus pécher.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 112
Justin reproche à ses interlocuteurs une lecture trop littérale qui, selon lui, réduit la puissance des gestes bibliques. Moïse interdit de fabriquer des images mais dresse ensuite, sur ordre de Dieu, le serpent de bronze ; il faut donc, dit Justin, chercher une signification symbolique plutôt que conclure à une contradiction. Le serpent dressé n’est pas objet de foi : il devient pour Justin figure du crucifié, comme les bras étendus de Moïse et le nom de Jésus/Josué. Il critique ensuite les maîtres qu’il accuse de s’attarder sur des minuties — nombres de mesures, détails de troupeaux ou d’offrandes — tout en négligeant les grands mystères prophétiques. Il leur applique les invectives évangéliques sur les « tombeaux blanchis », le moucheron filtré et le chameau avalé, ainsi que le titre de « guides aveugles ». Le passage relève d’une polémique interreligieuse sévère du IIe siècle et sera présenté comme telle.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 113
Justin revient au changement de nom d’Osée fils de Noun en Jésus/Josué. Ses interlocuteurs, dit-il, cherchent des significations dans les modifications de noms d’Abraham et de Sarah mais ne demandent pas pourquoi Moïse change complètement celui de Josué. Pour Justin, ce nouveau nom prépare le Christ : Josué succède à Moïse, conduit le reste du peuple dans la terre promise et la partage entre ceux qui y entrent, alors que Moïse ne peut accomplir cette entrée. De même, Jésus Christ rassemblerait le peuple dispersé et donnerait un héritage éternel après la résurrection. Josué arrête le soleil et reçoit, selon Justin, une puissance de l’Esprit ; le Jésus préexistant serait celui qui parlait déjà à Moïse, Abraham et aux patriarches, puis naquit de la Vierge Marie. La seconde circoncision opérée par Josué avec des couteaux de pierre devient encore une figure : le Christ, pierre prophétique, circoncit les cœurs par ses paroles, détournant les hommes des idoles et de l’erreur.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 114
Justin explique une règle de lecture prophétique : l’Esprit peut faire accomplir un geste qui devient figure d’un événement futur, ou parler d’un événement futur comme s’il était déjà accompli. Ainsi Isaïe dit : « Il a été conduit comme une brebis à l’abattoir » ou « J’ai étendu mes mains vers un peuple désobéissant » en employant des formes qui présentent prophétiquement le futur comme réalisé. Sans connaître ce procédé, dit Justin, on lit mal les prophètes. Il ajoute qu’il faut aussi comprendre métaphoriquement les anthropomorphismes : lorsque l’Écriture parle des doigts de Dieu, il ne faut pas imaginer le Père avec un corps composé de mains, pieds et âme. Justin revient ensuite à sa « seconde circoncision » par des couteaux de pierre : les paroles du Christ, pierre angulaire et pierre détachée sans main, circoncisent les cœurs de l’idolâtrie et du mal. Le passage se termine par une polémique contre ceux qui, selon lui, refusent la source d’eau vive annoncée par Jérémie.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 115
Justin demande ensuite qu’on lise Zacharie comme une prophétie voilée du Christ : « Réjouis-toi, fille de Sion… je viens habiter au milieu de toi ; de nombreuses nations s’attacheront au Seigneur. » La vision montre aussi Jésus/Josué le grand prêtre devant l’ange du Seigneur, Satan à sa droite, puis la parole : « Que le Seigneur te réprime… n’est-ce pas un tison arraché au feu ? » Justin précise qu’il ne nie pas l’existence historique du grand prêtre Josué au temps de l’exil : il considère cependant sa vision comme une préfiguration de Jésus Christ. Comme Josué le grand prêtre porte des vêtements souillés puis en est débarrassé, les croyants, autrefois couverts de leurs fautes, seraient purifiés par la grâce du Christ. La fin du chapitre reprend un ton polémique agressif à l’égard des objections de ses interlocuteurs ; cette rhétorique doit rester attribuée à Justin.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 116
Justin applique donc la vision de Zacharie aux croyants au Christ, grand prêtre crucifié. Ils auraient porté autrefois les « vêtements souillés » de la débauche et du péché, puis les auraient quittés par la grâce accordée à travers Jésus. Satan cherche encore à les attirer, tandis que la puissance de Dieu envoyée par le Christ le réprime. Eux aussi sont comme des tisons retirés du feu, sauvés à la fois de leurs anciennes fautes et des épreuves présentes. Justin promet aux fidèles qui gardent les commandements les vêtements préparés et le Royaume éternel. Il compare ensuite l’ancien grand prêtre Josué, purifié dans la vision, à la communauté chrétienne devenue, selon lui, « véritable race sacerdotale ». Il relie cette idée à Malachie : partout parmi les nations sont offertes à Dieu des offrandes pures ; or, affirme Justin, Dieu ne reçoit les sacrifices qu’à travers ses prêtres.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 117
Justin identifie précisément les « sacrifices purs » de Malachie à l’Eucharistie chrétienne, action de grâce sur le pain et la coupe célébrée partout dans le monde. Il admet que prières et actions de grâce offertes par les justes constituent les sacrifices véritablement agréables à Dieu, et affirme que les chrétiens ont reçu cette pratique en mémoire à la fois de la nourriture créée et de la passion du Fils. Il rejette l’interprétation selon laquelle Malachie parlerait seulement des prières des Juifs de la diaspora : selon lui, aucune dispersion juive de l’époque du prophète ne correspondait à la diffusion universelle annoncée, tandis que les prières chrétiennes au nom de Jésus se trouveraient déjà parmi de nombreux peuples. Le chapitre constitue ainsi un témoignage majeur sur la compréhension eucharistique de Justin, mais il l’accompagne d’une polémique de substitution où les sacrifices d’Israël sont rejetés au profit de ceux des chrétiens ; cette théologie est conservée comme position de l’auteur du IIe siècle.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 118
Justin exhorte ses interlocuteurs à se repentir avant le grand jour du jugement et reprend plusieurs points déjà exposés : Zacharie sur ceux qui regarderont celui qu’ils ont transpercé, le sacerdoce éternel selon Melchisédek, Isaïe sur la sépulture et la résurrection, et le Christ comme juge des vivants et des morts. Il cite aussi la promesse faite à David par Nathan : Dieu sera Père de son descendant, celui-ci sera son Fils, et son trône sera établi pour toujours. Justin l’applique au Christ, prêtre et roi éternel. Il refuse de lire les sacrifices annoncés pour l’avenir comme retour à des victimes sanglantes : il attend des louanges spirituelles et des actions de grâce. Il interprète enfin Isaïe 52–53 comme annonce du paradoxe d’une nouvelle alliance comprise par des nations auxquelles elle n’avait pas été annoncée. Tryphon lui répond que, même lorsqu’il répète ses arguments pour les nouveaux auditeurs, lui et ses compagnons les écoutent volontiers.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 119
Justin affirme que les chrétiens n’auraient pu comprendre ainsi les Écritures sans une grâce de Dieu. Il cite le cantique du Deutéronome : Israël provoque Dieu avec des dieux étrangers ; Dieu répondra en suscitant la jalousie par « un non-peuple » et « une nation sans intelligence ». Justin applique ces paroles aux chrétiens issus des nations, qu’il décrit comme un nouveau peuple ayant germé après la mise à mort du Juste. Zacharie annonce que de nombreuses nations se joindront au Seigneur ; Isaïe parle d’un peuple saint et racheté. Justin voit en ce peuple la véritable descendance promise à Abraham, non au sens ethnique mais par une foi semblable à la sienne : comme Abraham quitte son pays sur la parole de Dieu et croit jusqu’à être déclaré juste, les croyants quittent leur ancienne manière de vivre et renoncent au monde jusqu’à la mort. Le chapitre formule donc très nettement une théologie de substitution/appropriation de la promesse, opposant le nouveau peuple chrétien à Israël ; elle doit être contextualisée comme construction théologique de Justin et non reprise comme jugement éditorial.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 120
Justin rappelle que la promesse de bénédiction universelle passe par Isaac et Jacob : « En ta descendance toutes les nations de la terre seront bénies. » Il suit ensuite la lignée par Juda, Pharès, Jessé et David jusqu’au Christ né, selon lui, de Marie. Il distingue alors, de manière polémique, ceux du peuple juif qu’il reconnaît comme véritables enfants d’Abraham parce qu’ils appartiennent au Christ et ceux qu’il compare au sable stérile du bord de mer. Genèse 49 devient son texte central : « Le chef ne disparaîtra pas de Juda… jusqu’à ce que vienne celui à qui cela est réservé, et lui sera l’attente des nations. » Justin affirme que cette attente universelle vise Jésus et non Juda. Il mentionne une variante de lecture — « jusqu’à ce que viennent les choses qui lui sont réservées » — mais refuse de bâtir sa preuve sur une leçon contestée : il préfère la formule reconnue selon lui par ses interlocuteurs et le contexte sur l’attente des nations. Il rappelle aussi ses accusations antérieures de suppressions scripturaires, mais dit expressément ne pas vouloir fonder l’argument sur ces textes contestés. La fin revient au jugement final et à une séparation entre ceux qui, de toutes les nations, seront reçus avec les patriarches et ceux qui seront condamnés. Justin ajoute qu’il a lui-même critiqué publiquement des Samaritains de son propre milieu lorsqu’ils suivaient Simon le Mage : il présente cela comme preuve qu’il se veut d’abord attaché à ce qu’il tient pour vrai plutôt qu’à son origine.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 121
Lorsque ses auditeurs gardèrent le silence, Justin poursuivit : David ne dit plus que les nations seront bénies seulement dans la descendance du Christ, mais dans le Christ lui-même. Son nom, dit le psaume, s’élève au-dessus du soleil et toutes les nations sont bénies en lui. Justin voit l’accomplissement de cette parole dans les hommes de toutes origines qui préfèrent souffrir plutôt que renier Jésus. Il oppose la première venue du Christ, humble et méprisée, à sa venue future dans la gloire : celui qui a déjà transformé des peuples entiers et imposé son nom aux puissances mauvaises manifestera alors pleinement sa royauté. Il relit enfin Isaïe 49 : le Serviteur est établi lumière des nations et salut jusqu’aux extrémités de la terre.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 122
Justin refuse l’interprétation selon laquelle les annonces d’Isaïe sur la lumière des nations viseraient seulement les prosélytes du judaïsme. Pour lui, elles concernent les nations éclairées par Jésus. Il cite le Serviteur établi comme alliance et lumière, ouvrant les yeux des aveugles et libérant les captifs. Certains auditeurs protestent en disant que la Loi elle-même éclaire les prosélytes. Justin répond que, si l’ancienne Loi suffisait à cette fonction, l’annonce d’une alliance nouvelle n’aurait aucun sens. Il identifie donc l’alliance nouvelle au Christ et les nations qu’il éclaire à ceux qui deviennent ses disciples.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 123
Justin poursuit : les prosélytes, une fois circoncis, entraient déjà dans le même cadre légal qu’Israël ; ils n’avaient donc pas besoin d’une alliance distincte. Les nations appelées par le Christ constituent, selon lui, un peuple nouveau. Son argument devient ici fortement polémique : il oppose l’aveuglement qu’il attribue à Israël à l’illumination des nations et s’appuie sur Isaïe, Jérémie et Ézéchiel pour parler d’un nouvel Israël. Tryphon lui demande alors directement si les chrétiens sont cet Israël. Justin répond que le Christ lui-même est appelé Jacob et Israël dans les prophètes et que ceux qui sont engendrés pour Dieu par lui reçoivent, par participation, les noms et l’héritage spirituel associés à Israël.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 124
Voyant ses auditeurs troublés par l’expression « enfants de Dieu », Justin cite le psaume : « Vous êtes des dieux et tous fils du Très-Haut. » Il y voit la possibilité offerte aux humains d’entrer dans une filiation divine, tout en restant soumis au jugement comme Adam et Ève. Le Christ, affirme-t-il, se tient dans l’assemblée et juge les hommes. Cette lecture sert à montrer que le langage biblique peut attribuer des titres élevés aux créatures sans confondre leur condition avec celle du Dieu suprême.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 125
Justin demande alors quel sens ses interlocuteurs donnent au nom Israël. Faute de réponse, il expose son interprétation. Il reprend l’épisode de Jacob luttant avec l’être mystérieux et recevant le nom d’Israël. Pour Justin, celui qui donne ce nom le possède d’abord lui-même : il s’agit du Christ préexistant. La blessure de Jacob à la cuisse devient, dans sa lecture typologique, une figure des souffrances du Christ. Ainsi, ceux qui se tournent vers le Père par le Christ participent à l’Israël béni ; la seule descendance charnelle de Jacob ne garantit pas, selon lui, le salut.
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- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 126
Justin accumule ensuite les titres scripturaires qu’il applique au Christ : Ange du grand Conseil, homme, Fils de l’homme, enfant, Christ, Dieu, pierre, sagesse, étoile, Orient, Jacob, Israël, sceptre, fleur et pierre angulaire. Il soutient que ces titres convergent vers le même être, né, souffrant, monté au ciel et destiné à revenir. Il revient aux récits de l’Exode où Dieu apparaît à Abraham, Isaac, Jacob et Moïse, pour défendre la distinction entre le Père invisible et celui qui se manifeste comme Dieu et envoyé de Dieu.
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- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 127
Justin affirme que le Dieu suprême, Père de toutes choses, ne se déplace pas d’un lieu à un autre et n’est pas contenu dans l’espace. Les récits où « le Seigneur » descend, apparaît, parle à Abraham ou à Moïse, ou ferme l’arche de Noé doivent donc, selon lui, être compris autrement. Celui qui se manifeste est le Fils, distinct du Père, Dieu selon la volonté du Père et ange parce qu’il accomplit sa mission. C’est lui encore, dit Justin, qui s’est fait homme et que le récit du buisson ardent annonçait déjà.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 128
Justin reprend les théophanies : le Christ est, selon lui, Seigneur, Dieu et Fils de Dieu, apparaissant autrefois sous forme humaine, angélique ou dans le feu. Il répète volontairement les mêmes passages parce que certains de ses contemporains interprètent la puissance qui apparaît comme une simple manifestation temporaire du Père, comparable à un rayon qui retournerait ensuite dans sa source. Justin refuse cette lecture : pour lui, cette puissance est réellement distincte et demeure personnellement, sans être une fraction retranchée de la substance divine.
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- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 129
Pour préciser cette distinction, Justin revient sur plusieurs textes : « le Seigneur fit pleuvoir de la part du Seigneur » sur Sodome, ou encore « faisons l’homme à notre image ». Il y voit plusieurs personnes réellement distinctes, sans division matérielle de Dieu. Il cite aussi la Sagesse préexistante, engendrée avant les œuvres de la création. Son argument vise à établir que le Fils est engendré avant toutes les créatures et qu’il est numériquement distinct de celui qui l’engendre.
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- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 130
Les auditeurs approuvent, et Justin poursuit avec le cantique de Moïse : « Nations, réjouissez-vous avec son peuple. » Pour lui, les nations sont appelées à partager l’héritage d’Abraham, Isaac, Jacob et des prophètes fidèles. Tous les descendants d’Israël ne sont pourtant pas inclus indistinctement dans ce « peuple », puisque les prophètes annoncent aussi le jugement des infidèles. Justin oppose donc appartenance charnelle et fidélité à Dieu et applique aux croyants issus des nations les promesses de participation au peuple de Dieu.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 131
Justin cite le Deutéronome sur la répartition des nations et l’héritage de Jacob. Il soutient que les nations appelées par le Christ manifestent désormais, par leur fidélité jusque dans la persécution, ce qu’il appelle le véritable Jacob et le véritable Israël. Il rappelle ensuite les bienfaits reçus par Israël dans l’Exode — mer ouverte, colonne de feu, manne, eau du rocher, nuée protectrice — et les relit comme figures du Christ : le serpent élevé, les bras de Moïse et le nom de Josué/Jésus annoncent pour lui la croix et le nom de Jésus.
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- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 132
Justin poursuit le catalogue des signes : malgré les merveilles de l’Exode, Israël fit le veau d’or et se tourna vers les idoles. Il rappelle la conquête du pays sous Josué et s’arrête sur l’épisode de l’arche capturée par les Philistins. Les vaches ramenant l’arche se dirigent vers le champ d’un homme nommé Osée/Josué ; Justin voit dans la répétition de ce nom un nouveau signe annonçant Jésus. L’ensemble de cette section est une lecture typologique qui relie Josué de l’Ancien Testament au Christ.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 133
Le ton devient à nouveau vivement polémique. Justin reproche à ses interlocuteurs les infidélités dénoncées par les prophètes et applique à leur peuple les oracles de jugement d’Isaïe. En même temps, il souhaite explicitement qu’ils obtiennent miséricorde, pardon et salut par la grâce du Christ. Sa logique est donc double : accusation prophétique sévère et appel à la conversion. Les paroles d’Isaïe contre les dirigeants injustes et ceux qui oppriment le pauvre servent de support à cette exhortation.
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- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 134
Justin critique ensuite certains maîtres juifs de son temps qui, selon lui, justifient la pluralité d’épouses en invoquant les patriarches. Il affirme que les mariages de Jacob ne doivent pas être pris comme simple autorisation morale, mais comme figures prophétiques. Rachel et Léa, ainsi que leurs servantes, deviennent dans son interprétation les images de réalités futures. Ce chapitre ouvre donc une longue relecture symbolique de la famille de Jacob appliquée au Christ et aux peuples.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 135
Justin poursuit cette typologie de Jacob. Les deux mariages, les servantes et les enfants annoncent selon lui la réception de peuples différents dans un même héritage. Jacob, persécuté par son frère, devient une figure du Christ et des chrétiens persécutés. Parce que Jacob reçut le nom Israël et que Justin applique aussi ce nom au Christ, il en déduit que ceux qui appartiennent au Christ forment le véritable Israël au sens spirituel.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 136
Justin revient à Isaïe : quand la bénédiction est trouvée dans une grappe, on ne détruit pas toute la grappe à cause de cette bénédiction. Il applique cette image à un reste fidèle et à une descendance nouvelle que Dieu fera surgir de Jacob et de Juda. Il distingue ainsi deux appartenances : l’une selon la chair, l’autre selon la foi et l’Esprit. Cette argumentation s’inscrit dans sa théologie du peuple nouveau et comporte des formulations de substitution qu’il faut replacer dans la controverse chrétienne-juive du IIe siècle.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 137
Justin adresse alors un appel direct à ses interlocuteurs : ne pas insulter le Crucifié, reconnaître dans ses blessures une possibilité de guérison et recevoir la « circoncision du cœur » plutôt que s’appuyer sur le seul signe charnel. Il accuse certains maîtres de propager des railleries contre Jésus dans les synagogues, accusation polémique qui appartient à son contexte apologétique. Il insiste surtout sur l’idée que la circoncision corporelle était un signe, non le principe ultime du salut.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 138
À l’approche du soir, Justin annonce qu’il va conclure mais revient une dernière fois sur le déluge. Les huit personnes sauvées avec Noé deviennent pour lui symbole du « huitième jour », jour de la résurrection du Christ. L’eau, la foi et le bois de l’arche préfigurent le baptême, la foi chrétienne et la croix. Il rattache également le bâton de Moïse ouvrant la mer à cette symbolique du bois. Ainsi, le déluge devient une grande figure du salut chrétien.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 139
Justin trouve encore dans Noé un autre mystère. Noé bénit Sem et Japhet mais maudit Canaan ; Justin lit ensuite l’histoire des peuples à travers ces bénédictions. Les descendants de Sem prennent d’abord possession de Canaan, puis ceux de Japhet leur succèdent. Il interprète ces déplacements comme accomplissement du récit de Genèse 9. Le Christ vient alors, selon lui, appeler indistinctement hommes libres et esclaves, peuples de toute origine, à la repentance, à l’amitié avec Dieu et à un héritage commun dans la terre promise aux saints.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 140
Jacob, poursuit Justin, avait pris pour femmes les deux servantes en plus des deux femmes libres. Il voit là une figure de l’accueil, dans le Christ, de peuples jusque-là considérés comme extérieurs à l’héritage. Il reproche ensuite à ses interlocuteurs de s’appuyer sur leur seule descendance charnelle d’Abraham et cite Isaïe, Ézéchiel et l’Évangile pour affirmer que chacun répond de ses propres œuvres. L’entrée dans le Royaume dépend donc, dans son argument, de la justice et de la foi, non de la généalogie seule.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 141
Justin revient enfin sur la liberté humaine. La crucifixion du Christ et les fautes humaines ne sont pas nécessaires au sens d’un déterminisme imposé par Dieu. Anges et hommes ont été créés libres, capables d’obéir ou de désobéir, et les prophéties annoncent ce que Dieu connaît d’avance sans en être la cause. La conversion demeure toujours possible. Justin prend David comme exemple : son pardon ne fut pas automatique, mais lié à sa repentance. Il revient aussi sur les mariages des patriarches pour soutenir qu’ils relevaient, selon lui, d’une économie symbolique et non d’une permission générale de la polygamie. Après cela, il déclare à Marcus Pompeius qu’il a terminé son exposé.
Note de collation
- S1 : argument final de Justin sur Christ, Israël, nations, typologie et liberté humaine ; les catégories de « véritable Israël » et de remplacement du peuple sont contextualisées comme théologie chrétienne ancienne.
§ 142
Après un moment de silence, Tryphon reconnaît que la rencontre n’avait rien de prémédité et que l’entretien lui a apporté davantage qu’il ne l’espérait. Il regrette que Justin doive bientôt prendre la mer et lui demande de se souvenir d’eux comme d’amis. Justin répond qu’il aurait volontiers poursuivi ces discussions chaque jour. Avant de partir, il exhorte Tryphon et ses compagnons à chercher leur salut avec sérieux et à préférer, selon sa conviction, le Christ aux maîtres qui s’y opposent. Ils se quittent en échangeant des vœux de salut et de bon voyage ; Justin conclut en souhaitant qu’ils reconnaissent Jésus comme le Christ de Dieu.
Note de collation
- Repère littéraire : conclusion pacifiée du Dialogue. Tryphon reconnaît l’intérêt de l’échange et les interlocuteurs se quittent comme des amis, malgré le désaccord doctrinal.