Bibliothèque ancienne · Introduction critique

Sabbat, septième jour et huitième jour

Ce chapitre de l’Épître de Barnabé développe : « Sabbat, septième jour et huitième jour ». Barnabé développe d’abord une herméneutique de l’alliance et de l’Écriture (1–17), puis transmet une forme des Deux Voies (18–20) avant l’exhortation finale (21).

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Texte — sept restitutions

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Clarté

§1 Au sujet du sabbat, il est encore écrit dans les dix paroles données à Moïse au Sinaï : « Sanctifiez le sabbat du Seigneur avec des mains pures et un cœur pur. »

§2 Et ailleurs : « Si mes fils gardent le sabbat, alors je mettrai sur eux ma miséricorde. »

§3 Le récit de la création dit que Dieu accomplit ses œuvres en six jours, acheva au septième, s’y reposa et le sanctifia.

§4 Barnabé interprète les six jours comme six mille ans : pour lui, « un jour du Seigneur » représente mille ans, et l’ensemble de l’histoire atteindra son terme après six mille ans.

§5 Le repos du septième jour correspondrait alors au temps où le Fils viendra mettre fin au règne de l’impie, juger les impies et transformer l’ordre cosmique.

§6 Selon cette lecture, le vrai sabbat ne peut être parfaitement sanctifié maintenant :

§7 il le sera lorsque les croyants auront été justifiés, auront reçu la promesse, que l’iniquité aura disparu et que tout aura été renouvelé par le Seigneur.

§8 Barnabé oppose donc les sabbats présents au sabbat futur qui inaugurera le « huitième jour », commencement d’un autre monde.

§9 C’est pourquoi, dit-il, les chrétiens célèbrent avec joie le huitième jour, celui où Jésus est ressuscité des morts puis s’est manifesté et est monté aux cieux.

Lecture

§1 L’auteur revient encore au sabbat. Parmi les dix paroles données à Moïse sur le Sinaï, il lit : « Sanctifiez le sabbat du Seigneur avec des mains pures et un cœur pur. »

§2 Une autre parole promet la miséricorde à ceux qui gardent ce sabbat.

§3 La création offre alors son modèle : six jours d’œuvre, puis le septième jour achevé, béni et sanctifié par le repos de Dieu.

§4 Barnabé donne à cette semaine une portée eschatologique : les six jours figureraient six mille ans, parce qu’un jour devant le Seigneur équivaut pour lui à mille ans.

§5 Le septième jour représenterait le moment où le Fils viendra abolir le temps de l’impie, juger les impies et renouveler même le soleil, la lune et les étoiles.

§6 Le repos véritable n’est donc pas encore pleinement accessible :

§7 il le sera lorsque la justice sera accomplie, la promesse reçue, l’iniquité supprimée et toutes choses renouvelées.

§8 Barnabé comprend ainsi le sabbat parfait comme un repos encore futur, qui ouvre ensuite le « huitième jour », commencement d’un monde nouveau.

§9 Cette image fonde pour lui la joie chrétienne du huitième jour : Jésus y est ressuscité, puis s’est manifesté et est monté au ciel.

Proclamation

§1 « Sanctifiez le sabbat du Seigneur avec des mains pures et un cœur pur. »

§2 « Si mes fils gardent le sabbat, je mettrai sur eux ma miséricorde. »

§3 Six jours Dieu travailla ; au septième, il acheva, se reposa et sanctifia ce jour.

§4 Barnabé lit alors : six jours — six mille ans ; un jour auprès du Seigneur — mille ans.

§5 Puis vient le septième jour : le Fils met fin au temps de l’impie, juge le mal et renouvelle le monde.

§6 Alors seulement, dit-il, le repos sera entier :

§7 justice reçue, promesse accomplie, iniquité disparue, toutes choses faites nouvelles.

§8 Et du septième surgira le huitième jour, commencement d’un autre monde.

§9 Voilà pourquoi nous nous réjouissons au huitième jour : Jésus y est ressuscité des morts, s’est manifesté et est monté aux cieux.

Déployée

§1 Barnabé ouvre la section par le commandement de sanctifier le sabbat du Seigneur « avec des mains pures et un cœur pur » ; cette formulation appartient à la forme scripturaire qu’il transmet.

§2 Il ajoute une autre parole qui associe la garde du sabbat à la miséricorde accordée par Dieu à ses « fils ».

§3 Il revient ensuite au récit de la création : six jours d’œuvre divine, puis achèvement, repos et sanctification du septième jour.

§4 Il adopte une chronologie symbolique très répandue dans certains milieux anciens : puisque « un jour » peut être comparé à mille ans, les six jours créateurs deviennent la figure de six mille années d’histoire. Cette computation est une construction eschatologique de l’auteur, non une donnée chronologique du texte de Genèse.

§5 Le septième jour devient alors l’image du règne futur : le Fils vient, abolit le temps de « l’impie », juge les impies et transforme l’ordre cosmique.

§6 Barnabé en déduit qu’aucun sabbat présent ne peut encore être sanctifié dans sa plénitude ;

§7 le vrai repos suppose la justification, la réception de la promesse, la disparition de l’iniquité et le renouvellement de toutes choses.

§8 Il relit ainsi la critique prophétique des sabbats cultuels : le sabbat accepté par Dieu serait celui qu’il établira lui-même après l’achèvement de l’histoire. Ce repos ouvre un « huitième jour », c’est-à-dire le commencement d’un monde nouveau.

§9 La pratique chrétienne du premier jour de la semaine est alors exprimée dans ce langage du huitième jour : il est célébré parce qu’il est associé à la résurrection de Jésus, à ses manifestations et à son ascension. Le chapitre unit donc millénarisme symbolique, sabbat eschatologique et mémoire pascale.

Littérale

§1 Encore donc, au sujet du sabbat, il est écrit dans les dix paroles dans lesquelles il parla sur le mont Sinaï à Moïse face à face : « Et sanctifiez le sabbat du Seigneur avec des mains pures et un cœur pur. »

§2 Et dans un autre [passage] il dit : « Si mes fils gardent le sabbat, alors je mettrai ma miséricorde sur eux. »

§3 Il parle du sabbat au commencement de la création : « Et Dieu fit en six jours les œuvres de ses mains, et il acheva au septième jour, et se reposa en lui, et le sanctifia. »

§4 Faites attention, enfants, à ce que signifie « il acheva en six jours ». Il dit ceci : en six mille ans le Seigneur achèvera toutes choses ; car le jour auprès de lui signifie mille ans. Et lui-même me rend témoignage : « Voici, le jour du Seigneur sera comme mille ans. » Donc, enfants, en six jours, dans les six mille ans, toutes choses seront achevées.

§5 « Et il se reposa au septième jour. » Cela signifie : lorsque son Fils, étant venu, abolira le temps de l’impie, jugera les impies et changera le soleil, la lune et les étoiles, alors il se reposera bien au septième jour.

§6 Enfin il dit : « Tu le sanctifieras avec des mains pures et un cœur pur. » Si donc quelqu’un peut maintenant sanctifier le jour que Dieu a sanctifié, étant pur de cœur, nous nous sommes trompés en toutes choses.

§7 Voyez donc qu’alors, nous reposant bien, nous le sanctifierons, lorsque nous le pourrons, nous-mêmes justifiés et ayant reçu la promesse, l’iniquité n’étant plus et toutes choses étant devenues nouvelles par le Seigneur ; alors nous pourrons le sanctifier, ayant nous-mêmes d’abord été sanctifiés.

§8 Enfin il leur dit : « Vos nouvelles lunes et vos sabbats, je ne les supporte pas. » Voyez comment il parle : ce ne sont pas les sabbats actuels qui me sont agréables, mais celui que j’ai fait, dans lequel, ayant fait reposer toutes choses, je ferai le commencement d’un huitième jour, c’est-à-dire le commencement d’un autre monde.

§9 C’est pourquoi aussi nous conduisons le huitième jour dans la joie, en lequel Jésus aussi ressuscita des morts et, s’étant manifesté, monta aux cieux.

Philologique

§1 Le texte articule sabbaton, « sabbat », avec le récit de la création.

§2 La formule « mains pures et cœur pur » n’est pas une citation

§3 verbatim du Décalogue canonique mais appartient à la forme reçue par Barnabé.

§4 Le raisonnement repose sur l’équivalence herméneutique « un jour = mille ans » ; hexakischilioi etè, « six mille ans », construit une semaine cosmique de six millénaires. Il s’agit d’une chronologie symbolique/escha­tologique, non d’une datation historique.

§5 Ho kairos tou anomou, « le temps de l’impie/de l’homme sans loi », est supprimé par la venue du Fils ; le texte associe jugement et transformation cosmique.

§6 La phrase « si quelqu’un peut maintenant sanctifier… nous nous sommes trompés en tout » est volontairement absolue.

§7 La sanctification du sabbat est reportée au moment où les croyants seront justifiés (dikaiôthentes), auront reçu la promesse et où toutes choses seront devenues kainai, « nouvelles ».

§8 L’« huitième jour » (hèmera ogdoè) est explicitement interprété comme archè allou kosmou, « commencement d’un autre monde ».

§9 Le huitième jour est rattaché à la résurrection, aux manifestations puis à l’ascension de Jésus. La formulation ne doit pas être rétroprojetée comme description uniforme de toutes les pratiques dominicales chrétiennes du IIe siècle.

Paraphrase

§1 Barnabé commence par le commandement du sabbat : ce jour doit être sanctifié avec des mains pures et un cœur pur.

§2 Il cite ensuite une promesse de miséricorde pour ceux qui gardent le sabbat.

§3 Puis il relit la semaine de la création : Dieu agit pendant six jours, achève son œuvre au septième, s’y repose et le sanctifie.

§4 Il transforme cette semaine en calendrier symbolique de l’histoire. Pour lui, chaque jour représente mille ans ; six jours annoncent donc six mille années avant l’accomplissement.

§5 Le septième jour devient l’image du temps où le Fils mettra fin au règne du mal, jugera et renouvellera même l’ordre du monde.

§6 Ainsi, le vrai sabbat n’est pas simplement un jour que l’on pourrait déjà observer parfaitement :

§7 c’est le repos final, quand la promesse sera pleinement reçue, que l’injustice aura disparu et que Dieu aura fait toutes choses nouvelles.

§8 Mais Barnabé va encore plus loin : après ce septième jour vient un huitième, symbole d’une création nouvelle.

§9 Il relie ce huitième jour à la pratique chrétienne : c’est le jour de la résurrection de Jésus, le jour qui ouvre pour lui le monde nouveau. Cette lecture appartient à l’eschatologie symbolique de l’auteur ; elle ne constitue pas une chronologie scientifique de l’histoire du monde.

Texte source

§1 Ἔτι οὖν καὶ περὶ τοῦ σαββάτου γέγραπται ἐν τοῖς δέκα λόγοις, ἐν οἷς ἐλάλησεν ἐν τῷ ὄρει Σινᾶ πρὸς Μωϋσῆν κατὰ πρόσωπον· Καὶ ἁγιάσατε τὸ σάββατον κυρίου χερσὶν καθαραῖς καὶ καρδίᾳ καθαρᾷ. §2 καὶ ἐν ἑτέρῳ λέγει· Ἐὰν φυλάξωσιν οἱ υἱοί μου τὸ σάββατον, τότε ἐπιθήσω τὸ ἔλεός μου ἐπ’ αὐτούς. §3 τὸ σάββατον λέγει ἐν ἀρχῇ τῆς κτίσεως· Καὶ ἐποίησεν ὁ θεὸς ἐν ἓξ ἡμέραις τὰ ἔργα τῶν χειρῶν αὐτοῦ, καὶ συνετέλεσεν ἐν τῇ ἡμέρᾳ τῇ ἑβδόμῃ καὶ κατέπαυσεν ἐν αὐτῇ καὶ ἡγίασεν αὐτήν. §4 προσέχετε, τέκνα, τί λέγει τὸ συνετέλεσεν ἐν ἓξ ἡμέραις. τοῦτο λέγει, ὅτι ἐν ἑξακισχιλίοις ἔτεσιν συντελέσει κύριος τὰ σύμπαντα· ἡ γὰρ ἡμέρα παρ’ αὐτῷ σημαίνει χίλια ἔτη. αὐτὸς δέ μοι μαρτυρεῖ λέγων· Ἰδού, ἡμέρα κυρίου ἔσται ὡς χίλια ἔτη. οὐκοῦν, τέκνα, ἐν ἓξ ἡμέραις, ἐν τοῖς ἑξακισχιλίοις ἔτεσιν συντελεσθήσεται τὰ σύμπαντα. §5 Καὶ κατέπαυσεν τῇ ἡμέρᾳ τῇ ἑβδόμῃ. τοῦτο λέγει· ὅταν ἐλθὼν ὁ υἱὸς αὐτοῦ καταργήσει τὸν καιρὸν τοῦ ἀνόμου καὶ κρινεῖ τοὺς ἀσεβεῖς καὶ ἀλλάξει τὸν ἥλιον καὶ τὴν σελήνην καὶ τοὺς ἀστέρας, τότε καλῶς καταπαύσεται ἐν τῇ ἡμέρᾳ τῇ ἑβδόμῃ. §6 πέρας γέ τοι λέγει· Ἁγιάσεις αὐτὴν χερσὶν καθαραῖς καὶ καρδίᾳ καθαρᾷ. εἰ οὖν ἣν ὁ θεὸς ἡμέραν ἡγίασεν νῦν τις δύναται ἁγιάσαι καθαρὸς ὢν τῇ καρδίᾳ, ἐν πᾶσιν πεπλανήμεθα. §7 ἴδε ὅτι ἄρα τότε καλῶς καταπαυόμενοι ἁγιάσομεν αὐτήν, ὅτε δυνησόμεθα αὐτοὶ δικαιωθέντες καὶ ἀπολαβόντες τὴν ἐπαγγελίαν, μηκέτι οὔσης τῆς ἀνομίας, καινῶν δὲ γεγονότων πάντων ὑπὸ κυρίου· τότε δυνησόμεθα αὐτὴν ἁγιάσαι, αὐτοὶ ἁγιασθέντες πρῶτον. §8 πέρας γέ τοι λέγει αὐτοῖς· Τὰς νεομηνίας ὑμῶν καὶ τὰ σάββατα οὐκ ἀνέχομαι. ὁρᾶτε, πῶς λέγει; οὐ τὰ νῦν σάββατα ἐμοὶ δεκτά, ἀλλὰ ὃ πεποίηκα, ἐν ᾧ καταπαύσας τὰ πάντα ἀρχὴν ἡμέρας ὀγδόης ποιήσω, ὅ ἐστιν ἄλλου κόσμου ἀρχήν. §9 διὸ καὶ ἄγομεν τὴν ἡμέραν τὴν ὀγδόην εἰς εὐφροσύνην, ἐν ᾗ καὶ ὁ Ἰησοῦς ἀνέστη ἐκ νεκρῶν καὶ φανερωθεὶς ἀνέβη εἰς οὐρανούς.

Notes textuelles

Place dans l’ouvrage

Dans l’architecture de l’ouvrage

Barnabé développe d’abord une herméneutique de l’alliance et de l’Écriture (1–17), puis transmet une forme des Deux Voies (18–20) avant l’exhortation finale (21).

Parcours de l’unité

Sabbat, septième jour et huitième jourÉpître de Barnabé 15

Clés de lecture

Approfondir : composition, transmission et réception

Témoin de travail

méthodologique

Wikisource, traduction publique de J. B. Lightfoot ; registre local epitre-de-barnabe/source/registry.json

Lecture éditoriale. Le témoin sert à cartographier le chapitre et préparer son introduction ; la validation finale doit revenir au texte critique et aux manuscrits pertinents.

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