Bibliothèque ancienne · Introduction critique
L’aveugle et le boiteux : corps, âme et jugement
Parabole de l’aveugle et du boiteux : séparés, ils semblent incapables d’agir ; réunis, ils répondent ensemble de leur œuvre. Le fragment sert à penser la réunion du corps et de l’âme au jugement.
Texte — sept restitutions
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Clarté
§1 Un roi avait enrôlé tous les hommes de son royaume ; il ne lui restait que deux civils, l’un boiteux et l’autre aveugle. Chacun demeurait séparément.
§2 Le roi célébra les noces de son fils et invita tous ceux de son royaume, mais il négligea les deux civils, le boiteux et l’aveugle. Irrités, ils projetèrent de se venger du roi.
§3 Le roi possédait un jardin. De loin, l’aveugle dit au boiteux : « Quelle part de pain avons-nous reçue avec les foules invitées à la fête ? Viens donc : puisqu’il nous a traités ainsi, vengeons-nous de lui. »
§4 Le boiteux demanda : « Comment ? » L’aveugle répondit : « Allons dans son jardin et détruisons ce qui s’y trouve. » Le boiteux dit : « Comment le pourrais-je, puisque je suis boiteux et incapable d’y marcher ? » L’aveugle répondit : « Et moi, que puis-je faire si je ne vois pas où je vais ? Trouvons donc un moyen. »
§5 Le boiteux arracha de l’herbe proche, en tressa une corde et la lança vers l’aveugle : « Tiens-la et viens vers moi en suivant la corde. » Quand l’aveugle l’eut rejoint, le boiteux lui dit : « Deviens mes jambes et porte-moi ; moi, je deviendrai tes yeux et, d’en haut, je te guiderai à droite et à gauche. »
§6 Ayant fait ainsi, ils descendirent dans le jardin. Qu’ils aient réellement causé du dommage ou non, leurs traces apparurent dans le jardin.
§7 Après les noces, les invités descendirent dans le jardin et furent stupéfaits d’y trouver ces traces. Ils dirent au roi : « Tous les hommes de ton royaume sont des soldats et il n’y a pas de civil. D’où viennent donc des traces de civils dans le jardin ? »
§8 Le roi s’étonna. Il fit appeler l’aveugle et lui demanda : « Es-tu descendu dans le jardin ? » Celui-ci répondit : « Hélas, seigneur ! Tu vois notre faiblesse ; tu sais que je ne vois pas où je marche. »
§9 Le roi alla ensuite vers le boiteux et lui demanda : « Es-tu descendu dans mon jardin ? » Celui-ci répondit : « Seigneur, veux-tu attrister mon âme en me rappelant mon infirmité ? » Le jugement resta alors sans issue.
§10 Que fit alors le juge juste ? Ayant compris comment ils s’étaient associés, il plaça le boiteux sur l’aveugle et les interrogea tous deux sous le fouet ; ils ne purent plus nier.
§11 Ils s’accusèrent l’un l’autre. Le boiteux dit à l’aveugle : « N’est-ce pas toi qui m’as porté et emmené ? » L’aveugle dit au boiteux : « N’est-ce pas toi qui es devenu mes yeux ? »
§12 Ainsi le corps est joint à l’âme et l’âme au corps pour répondre de leur œuvre commune ; alors le jugement devient complet pour l’un et l’autre, corps et âme, selon les actes accomplis, bons ou mauvais.
Lecture
§1 Dans le royaume d’un roi, tous étaient au service militaire, sauf deux hommes : un boiteux et un aveugle, qui vivaient chacun de leur côté.
§2 Quand le roi maria son fils, tout le royaume fut invité à la fête, sauf le boiteux et l’aveugle. Blessés par ce mépris, ils décidèrent de lui rendre le mal qu’ils estimaient avoir subi.
§3 Le roi avait un jardin. L’aveugle interpella le boiteux : « Nous n’avons reçu aucune part du banquet. Puisqu’il nous a exclus, faisons-lui payer ce mépris. »
§4 Le boiteux objecta qu’il ne pouvait marcher ; l’aveugle, qu’il ne pouvait voir. Chacun était incapable d’accomplir seul le projet. Ils décidèrent donc d’unir leurs capacités.
§5 Le boiteux attira l’aveugle jusqu’à lui au moyen d’une corde tressée. Puis ils conclurent leur alliance : l’aveugle porterait le boiteux, et le boiteux guiderait l’aveugle.
§6 Ils entrèrent ensemble dans le jardin ; quoi qu’ils y aient fait, des empreintes révélèrent leur passage.
§7 À leur retour du banquet, les invités découvrent les empreintes et signalent au roi l’impossible : des traces de ceux qui, en principe, n’avaient pas pu entrer.
§8 Interrogé séparément, l’aveugle se défend en invoquant une incapacité réelle : comment aurait-il pu pénétrer seul dans le jardin qu’il ne pouvait voir ?
§9 Le boiteux oppose à son tour son incapacité physique. Pris séparément, aucun des deux ne peut être convaincu.
§10 Le roi reconstitua leur coopération en remettant le boiteux sur les épaules de l’aveugle ; l’unité de leur action devenait alors manifeste.
§11 Une fois réunis, les deux hommes révèlent eux-mêmes la part prise par chacun dans l’action.
§12 De même, au jugement, l’âme et le corps sont réunis parce que la vie humaine fut leur œuvre commune ; tous deux répondent ensemble du bien et du mal accomplis.
Proclamation
§1 Un roi avait enrôlé tout son royaume. Deux hommes seulement restaient à l’écart : un boiteux et un aveugle.
§2 Le roi fit les noces de son fils. Tous furent invités, sauf les deux hommes. Alors ils s’irritèrent : « Vengeons-nous du roi ! »
§3 Le roi avait un jardin. L’aveugle dit au boiteux : « Où était notre part de pain ? Puisqu’il nous a oubliés, vengeons-nous ! »
§4 « Allons ravager son jardin. » — « Je ne peux pas marcher. » — « Et moi, je ne peux pas voir. Trouvons un moyen ensemble. »
§5 Le boiteux tressa une corde : « Viens jusqu’à moi. Porte-moi ; je serai tes yeux, tu seras mes jambes. »
§6 Ils descendirent au jardin. Qu’ils aient détruit ou non, leurs traces les dénonçaient.
§7 Les invités trouvèrent les traces : « Tous sont soldats dans ton royaume ; d’où viennent donc ces empreintes de civils ? »
§8 Le roi demanda à l’aveugle : « Es-tu allé au jardin ? » — « Seigneur, tu sais que je ne vois même pas où je vais ! »
§9 Le roi demanda au boiteux : « Es-tu allé dans mon jardin ? » — « Seigneur, veux-tu me faire souffrir en me rappelant mon infirmité ? » Et le jugement s’arrêta.
§10 Le juste juge remit le boiteux sur l’aveugle : ensemble, ils ne pouvaient plus nier.
§11 « Tu m’as porté ! » — « Et toi, tu as été mes yeux ! »
§12 Comme l’aveugle et le boiteux, âme et corps sont réunis : le jugement porte sur leur œuvre commune, bonne ou mauvaise.
Déployée
§1 Un roi avait mobilisé tous les hommes de son royaume. Deux seulement étaient restés hors du service : un boiteux et un aveugle, qui vivaient séparément.
§2 Lorsque le roi célébra les noces de son fils, il convia tout le royaume mais laissa de côté ces deux hommes. Se sentant méprisés, ils décidèrent de lui rendre le mal qu’ils estimaient avoir reçu.
§3 Le roi possédait un jardin. L’aveugle dit de loin au boiteux : « Quelle part du pain de fête avons-nous reçue avec les autres invités ? Puisqu’il nous a traités ainsi, allons nous venger de lui. »
§4 Le boiteux demanda comment faire. L’aveugle proposa d’entrer dans le jardin et d’y détruire ce qui s’y trouvait. Le boiteux répondit qu’il ne pouvait marcher ; l’aveugle rappela qu’il ne pouvait voir. Ils cherchèrent donc un moyen d’unir leurs capacités.
§5 Le boiteux tressa une corde avec l’herbe voisine et attira l’aveugle jusqu’à lui. Puis il lui dit : « Porte-moi et deviens mes jambes ; moi, je deviendrai tes yeux et je te guiderai d’en haut, à droite et à gauche. »
§6 Ainsi associés, ils descendirent dans le jardin. Qu’ils y aient ou non effectivement commis le dommage projeté, leurs traces y apparurent.
§7 Après les noces, les convives descendirent dans le jardin et s’étonnèrent de ces empreintes. Ils dirent au roi : « Tous les hommes de ton royaume sont enrôlés et il n’y a pas de civil ; d’où viennent donc ces traces de civils ? »
§8 Le roi fit comparaître l’aveugle et lui demanda s’il était descendu dans le jardin. Celui-ci répondit : « Seigneur, tu connais mon incapacité : je ne vois pas où je marche. »
§9 Le roi interrogea ensuite le boiteux. Celui-ci répondit : « Seigneur, veux-tu m’affliger en me rappelant mon infirmité ? » Pris séparément, leurs deux plaidoyers laissaient le jugement sans issue.
§10 Le juste juge comprit alors comment ils s’étaient associés. Il remit le boiteux sur celui qui le portait et les interrogea ensemble ; ils ne purent plus nier leur action commune.
§11 Ils s’accusèrent réciproquement : le boiteux rappela que l’aveugle l’avait porté, et l’aveugle que le boiteux lui avait servi d’yeux.
§12 Ainsi le corps est réuni à l’âme et l’âme au corps pour répondre de leur œuvre commune ; le jugement porte pleinement sur les deux, selon les œuvres accomplies, bonnes ou mauvaises.
Littérale
§1 Un certain roi avait dans son royaume tous les hommes enrôlés ; il n’avait comme civils que deux seulement, un boiteux et un aveugle, et chacun d’eux était assis et habitait séparément.
§2 Le roi, ayant célébré les noces de son propre fils, invita tous ceux de son royaume ; mais il méprisa les deux civils, le boiteux et l’aveugle. Eux s’indignèrent en eux-mêmes et pensèrent à préparer un complot contre le roi.
§3 Le roi avait un paradis ; de loin l’aveugle disait au boiteux : « Quelle était donc notre part de pain avec les foules invitées à la réjouissance ? Viens donc : comme il nous a traités, vengeons-nous de lui. »
§4 L’autre demanda : « De quelle manière ? » Il dit : « Allons dans son jardin et faisons disparaître ce qui est dans le jardin. » L’autre dit : « Comment le puis-je, étant boiteux et ne pouvant y mettre le pied ? » L’aveugle dit : « Et moi, puis-je faire quelque chose sans voir où je vais ? Mais trouvons un artifice. »
§5 Ayant arraché l’herbe voisine et tressé une corde, il la lança à l’aveugle et dit : « Tiens et viens vers moi au moyen de la corde. » Quand il eut fait ce qui lui avait été indiqué et fut arrivé, il dit : « Deviens pour moi des jambes et porte-moi ; moi, je deviendrai pour toi des yeux, te guidant d’en haut à droite et à gauche. »
§6 Ayant fait cela, ils descendirent dans le jardin ; ensuite, qu’ils aient commis une injustice ou qu’ils n’en aient pas commis, néanmoins les traces apparurent dans le jardin.
§7 Ceux qui s’étaient réjouis, ayant quitté les noces et étant descendus dans le jardin, furent frappés d’étonnement en y trouvant les traces ; ils annoncèrent cela au roi : « Tous sont soldats dans ton royaume et il n’y a aucun civil. D’où donc des traces de civils dans le jardin ? »
§8 Le roi s’étonna ; il fit venir l’aveugle et lui demanda : « N’es-tu pas descendu dans le jardin ? » Il répondit : « Hélas, seigneur ! Tu vois notre incapacité ; tu sais que je ne vois pas où je marche. »
§9 Puis, étant venu vers le boiteux, il lui demanda aussi : « Es-tu descendu dans mon jardin ? » Il répondit : « Seigneur, veux-tu rendre mon âme amère à cause de mon infirmité ? » Et dès lors le jugement demeurait inactif.
§10 Que fait donc le juge juste ? Ayant reconnu de quelle manière ils s’étaient tous deux attelés, il place le boiteux sur l’infirme et les examine tous deux à coups de fouet ; ils ne peuvent nier.
§11 Chacun convainquait l’autre : le boiteux disait à l’aveugle : « N’est-ce pas toi qui m’as porté et emmené ? » et l’aveugle au boiteux : « N’es-tu pas toi-même devenu mes yeux ? »
§12 Ainsi le corps est joint à l’âme et l’âme au corps pour la conviction de l’œuvre commune ; et le jugement devient complet concernant les deux, corps et âme, pour les œuvres accomplies, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.
Philologique
§1 Un certain roi avait, dans son royaume, tous les hommes enrôlés ; il n’avait que deux non-enrôlés, un boiteux et un aveugle, chacun assis et demeurant séparément.
§2 Le roi ayant fait les noces de son propre fils appela tous ceux de son royaume, mais dédaigna les deux non-enrôlés, le boiteux et l’aveugle ; ceux-ci s’indignèrent en eux-mêmes et méditèrent de tramer quelque chose contre le roi.
§3 Le roi avait un paradis. De loin, l’aveugle disait au boiteux : « Quelle part de pain avions-nous avec les foules appelées à la réjouissance ? Viens donc : comme il nous a traités, rendons-lui la pareille. »
§4 L’autre demanda : « De quelle manière ? » Il répondit : « Allons dans son paradis et faisons disparaître ce qui s’y trouve. » Le boiteux dit : « Comment le puis-je, boiteux et incapable d’y mettre le pied ? » L’aveugle répondit : « Et moi, puis-je faire quoi que ce soit sans voir où je vais ? Mais trouvons un artifice. »
§5 Ayant arraché de l’herbe proche et tressé une corde, le boiteux la lança à l’aveugle : « Tiens-la et viens vers moi par la corde. » Quand il fut arrivé : « Deviens pour moi des pieds et porte-moi ; moi, je deviendrai pour toi des yeux, te guidant d’en haut à droite et à gauche. »
§6 Ayant fait cela, ils descendirent dans le paradis ; ensuite, qu’ils aient commis une injustice ou qu’ils n’en aient pas commis, néanmoins les traces apparurent dans le paradis.
§7 Ceux qui avaient pris part à la réjouissance, revenant des noces et descendant dans le paradis, furent frappés d’étonnement en y trouvant les traces. Ils annoncèrent au roi : « Tous sont soldats dans ton royaume et il n’y a aucun non-enrôlé ; d’où donc des traces de non-enrôlés dans le paradis ? »
§8 Le roi s’étonna. Il fit venir l’aveugle et lui demanda : « N’es-tu pas descendu dans le paradis ? » Il répondit : « Hélas, seigneur ! Tu vois notre faiblesse ; tu sais que je ne vois pas où je marche. »
§9 Puis il vint au boiteux et lui demanda : « Es-tu descendu dans mon paradis ? » Il répondit : « Seigneur, veux-tu rendre mon âme amère à cause de mon infirmité ? » Dès lors le jugement demeurait inactif.
§10 Que fait donc le juge juste ? Ayant reconnu comment tous deux avaient été attelés ensemble, il place le boiteux sur l’infirme qui le portait et examine les deux ensemble ; ils ne peuvent nier.
§11 Chacun convainc l’autre : le boiteux dit à l’aveugle : « N’est-ce pas toi qui m’as porté et emmené ? » et l’aveugle au boiteux : « N’es-tu pas toi-même devenu mes yeux ? »
§12 Ainsi le corps est joint à l’âme et l’âme au corps pour la mise en évidence de l’œuvre commune ; le jugement devient complet pour les deux, corps et âme, au sujet des œuvres accomplies, bonnes ou mauvaises.
Paraphrase
§1 Dans un royaume où presque tous servaient le roi, deux hommes restaient à l’écart : l’un ne pouvait marcher, l’autre ne pouvait voir, et ils vivaient séparés.
§2 Quand le roi célébra les noces de son fils, il invita tout le monde sauf eux. Blessés d’être exclus, ils décidèrent de se venger.
§3 Le roi avait un jardin. L’aveugle dit au boiteux : « Nous n’avons rien reçu de la fête ; allons donc toucher à ce qui appartient au roi. »
§4 Le boiteux répondit : « Je ne peux pas marcher. » L’aveugle dit : « Et moi, je ne peux pas voir. » Alors ils comprirent qu’ensemble ils pouvaient faire ce qu’aucun des deux ne pouvait accomplir seul.
§5 Le boiteux fit venir l’aveugle jusqu’à lui avec une corde : « Porte-moi ; tu seras mes jambes, et moi je serai tes yeux. Je te dirai où aller. »
§6 Ils entrèrent ainsi dans le jardin. Peu importe ici l’étendue du dommage : leurs empreintes suffisaient à montrer qu’ils y étaient allés ensemble.
§7 Après la fête, les invités trouvèrent ces traces et avertirent le roi : elles ne pouvaient venir que des deux hommes restés hors du service.
§8 Interrogé seul, l’aveugle répondit avec raison qu’il ne pouvait pas se diriger lui-même.
§9 Interrogé seul, le boiteux rappela qu’il ne pouvait pas marcher. Tant qu’on les considérait séparément, chacun semblait innocent.
§10 Le roi reconstitua alors leur association : il plaça le boiteux sur l’aveugle. Ensemble, ils ne pouvaient plus nier ce qu’ils avaient fait.
§11 En accusant l’autre, chacun révéla sa propre participation : l’un avait porté, l’autre avait guidé.
§12 Il en va ainsi du corps et de l’âme : puisqu’ils ont agi ensemble dans la vie, ils répondent ensemble des œuvres accomplies, bonnes ou mauvaises.
Texte source
§1 βασιλεύς τις ἐν τῇ αὐτοῦ βασιλείᾳ πάντας εἶχεν ἐστρατευμένους, παγανὸν δὲ οὐκ εἶχεν ἀλλ᾽ ἢ μόνον δύο, ἕνα χωλὸν καὶ ἕνα τυφλόν, καὶ ἕκαστος <αὐτῶν> κατ᾽ ἰδίαν ἐκαθέζετο καὶ κατ᾽ ἰδίαν ὤͺκει. §2 γάμους δὲ ποιήσας ὁ βασιλεὺς τῷ ἰδίῳ υἱῷ ἐκάλεσε πάντας τοὺς ἐν τῇ αὐτοῦ βασιλείᾳ, περιεφρόνησε δὲ τῶν δύο παγανῶν, τοῦ τε χωλοῦ καὶ τοῦ τυφλοῦ· οἱ δὲ ἠγανάκτησαν ἐν ἑαυτοῖς καὶ ἐπιβουλὴν ἐργάσασθαι τῷ βασιλεῖ ἐπενόουν. §3 παράδεισον δὲ εἶχεν ὁ βασιλεύς, καὶ ἀπὸ μήκοθεν ὁ τυφλὸς ἐλάλει τῷ χωλῷ λέγων “πόσον ἦν ἡμῶν τὸ κλάσμα τοῦ ἄρτου μετὰ τῶν ὄχλων τῶν κληθέντων εἰς τὴν εὐφρασίαν; δεῦρο τοίνυν, καθὼς ἐποίησεν ἡμῖν, ἀμυνώμεθα αὐτόν.” §4 ὁ δὲ ἕτερος ἠρώτα “ποίῳ τρόπῳ”; ὁ δὲ εἶπεν “ἀπέλθωμεν εἰς τὸν παράδεισον αὐτοῦ καὶ ἀφανίσωμεν ἐκεῖ τὰ τοῦ παραδείσου.” ὁ δὲ εἶπεν “καὶ πῶς δύναμαι, χωλὸς ὢν καὶ μὴ δυνάμενος ἐπισαίνειν”; ὁ δὲ τυφλὸς ἔφη “αὐτὸς ἐγὼ δύναμαί τι πράττειν μὴ ὁρῶν ποῦ ἀπέρχομαι; ἀλλὰ τεχνασώμεθα.” §5 τίλας χόρτον τὸν πλησίον καὶ πλέξας σχοινίον ἠκόντισε τῷ τυφλῷ καὶ εἶπεν “κράτει, καὶ δεῦρο πρὸς τὸ σχοινίον πρός με.” ὡς δὲ ἐποίησεν ὃ προετράπη, ὅτε ἔφθασε λέγει “δεῦρό μοι γενοῦ πόδες καὶ βάστασόν με, καὶ γίνομαί σοι ὀφθαλμοί, ἄνωθεν ὁδηγῶν σε δεξιὰ καὶ εὐώνυμα.” §6 τοῦτο δὲ ποιήσαντες κατέβησαν εἰς τὸν παράδεισον· εἶτα λοιπὸν εἴτε ἠδίκησαν εἴτε καὶ οὐκ ἠδίκησαν, ὅμως τὰ ἴχνη πέφηνεν ἐν τῷ παραδείσῳ. §7 καταλύσαντες δὲ ἐκ τῶν γάμων οἱ εὐφρανθέντες καταβάντες εἰς τὸν παράδεισον ἐξεπλάγησαν τὰ ἴχνη εὑρόντες ἐν τῷ παραδείσῳ καὶ ταῦτα ἀνήγγειλαν τῷ βασιλεῖ, λέγοντες “ἅπαντες στρατιῶται ἐν τῇ βασιλείᾳ σου καὶ οὐδείς ἐστι παγανός. πόθεν τοίνυν ἴχνη παγανῶν ἐν τῷ παραδείσῳ”; §8 ὁ δὲ ἐθαύμασε, [καὶ] ὡς μὲν ἡ παραβολὴ δηλονότι τοῦ ἀποκρύφου λέγει ὡς πρὸς τὸν ἄνθρωπον αἰνιττομένη, ὁ θεὸς δὲ οὐδὲν ἀγνοεῖ. ἡ δὲ διήγησις λέγει ὡς μετεστείλατο τὸν χωλὸν καὶ τὸν τυφλὸν καὶ ἠρώτησε τὸν τυφλόν “μὴ σὺ κατῆλθες εἰς τὸν παράδεισον”; ὁ δὲ ἔφη “οἴμοι, κύριε· ὁρᾷς ἡμῶν τὴν ἀδυναμίαν, οἶδας ὅτι <οὐχ> ὁρῶ ποῦ βαδίζω.” §9 εἶτα ἐλθὼν ἐπὶ τὸν χωλὸν καὶ αὐτὸν ἠρώτα “σὺ κατῆλθες εἰς τὸν παράδεισόν μου”; ὁ δὲ ἀποκριθεὶς εἶπεν “ὦ κύριε, πικρᾶναί μου τὴν ψυχὴν ἐν τῷ μέρει τῆς ἀδυναμίας βούλει.” καὶ λοιπὸν ἡ κρίσις ἀργεῖ. §10 τί οὖν ποιεῖ ὁ κριτὴς ὁ δίκαιος; ἀναγνοὺς ποίῳ τρόπῳ ἀμφότεροι ἐζεύχθησαν ἐπιτίθησι τὸν χωλὸν τῷ πηρῷ καὶ τοὺς ἀμφοτέρους ἐτάζει μάστιξι, καὶ οὐ δύνανται ἀρνήσασθαι. §11 ἑκάτεροι ἀλλήλους ἐλέγχουσιν, ὁ μὲν χωλὸς λέγων τῷ τυφλῷ “οὐ σύ με ἐβάστασας καὶ ἀπήνεγκας”; καὶ ὁ τυφλὸς τῷ χωλῷ “οὐκ αὐτὸς ὀφθαλμοί μου γέγονας”; §12 οὕτως τὸ σῶμα τῇ ψυχῇ καὶ ἡ ψυχὴ τῷ σώματι εἰς ἔλεγχον τῆς κοινῆς ἐργασίας συνάπτεται, καὶ ἡ κρίσις τελεία γίνεται περὶ ἀμφοτέρων, σώματός τε καὶ ψυχῆς, τῶν ἔργων [τῶν] γεγενημένων εἴτε ἀγαθῶν εἴτε φαύλων.
Notes textuelles
- Épiphane, Panarion 64.70, introduit explicitement une parabole tirée de l’« apocryphe propre » d’Ézéchiel. Son commentaire apologétique est distingué du noyau narratif attribué à l’apocryphe.
- L’unité OCP 9 insère une remarque d’Épiphane entre le récit et l’interrogatoire. Cette remarque du citateur n’est pas intégrée dans la restitution continue du fragment.
- L’application corps/âme appartient au passage transmis par Épiphane et est conservée comme conclusion explicite de la parabole.
Place dans l’ouvrage
Dans le corpus conservé
Fragment 1 sur 5. Numérotation éditoriale : elle ne suppose aucun enchaînement narratif continu entre les fragments.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire d’abord le témoin transmis ; distinguer la citation attribuée à Ézéchiel du commentaire ou du cadre du citateur.
Approfondir : composition, transmission et réception
Statut du témoin
Parabole de l’aveugle et du boiteux : séparés, ils semblent incapables d’agir ; réunis, ils répondent ensemble de leur œuvre. Le fragment sert à penser la réunion du corps et de l’âme au jugement.
Lecture éditoriale. La traduction conserve les limites documentaires du fragment ; les variantes et problèmes d’attribution restent dans l’appareil.
Bibliographie de travail
- Online Critical Pseudepigrapha, Apocryphon of Ezekiel
- Apparat critique Bible Savoy S5
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.