Texte intégral — S1
La numérotation suit les 69 sections de l’édition source.
§ 1
Je vais t’écrire, mon bien-aimé, au sujet des questions que tu m’as posées : la bénédiction cachée dans la grappe, à cause de laquelle la vigne ne fut pas détruite ; la présence, à chaque génération, de justes sur la terre ; la bénédiction qui traverse les générations jusqu’à son accomplissement ; la raison pour laquelle les prières des justes sont parfois entendues et parfois non ; enfin le compte des générations anciennes jusqu’au temps où Jérusalem fut détruite et où la grâce passa aux nations. Il est bon d’examiner ces choses, mais plus encore de craindre Dieu d’un cœur pur : ceux qui le craignent avancent par une porte étroite et un chemin resserré.
Note de collation
- Repère : le traité répond à plusieurs questions à la fois — « grappe » d’Isaïe 65,8, permanence des justes, efficacité variable de l’intercession et chronologie des générations.
§ 2
Avant tout, mon bien-aimé, il nous faut craindre le jugement de Dieu et prendre au sérieux les paroles du Vivificateur : de toute parole vaine les hommes rendront compte au jour du jugement ; par nos paroles nous serons justifiés ou condamnés. La bouche peut devenir un piège pour l’homme. Paul rappelle que tous comparaîtront devant le tribunal du Christ pour recevoir selon ce qu’ils auront fait, bien ou mal. C’est donc avec crainte et tremblement qu’il faut travailler à son salut, car il est redoutable de tomber entre les mains du Dieu vivant et le jour du Seigneur est terrible.
§ 3
Parce que le premier homme écouta le serpent, la malédiction entra et atteignit ses descendants. L’accès à l’arbre de vie fut fermé afin qu’Adam ne mange pas et ne vive éternellement dans sa condition blessée. Mais l’arbre de vie, dans la bonté divine, étendit ses rameaux au-delà de la clôture et offrit son fruit. Aphraate y voit le mystère de la bénédiction cachée dans la grappe : à cause du fruit béni, le reste de la vigne est épargné jusqu’au temps fixé. Les justes deviennent ainsi comme un ferment dans le monde : à cause d’eux un espace demeure ouvert pour la conversion des pécheurs. Le blé et l’ivraie croissent ensemble jusqu’au temps de la moisson, sous le même soleil, la même pluie et le même souffle, témoignant d’un seul Créateur.
Note de collation
- S1 : l’image de la bénédiction cachée dans la grappe est le principe directeur du traité ; Aphraate l’étend aux justes qui, selon lui, retardent le jugement du monde.
- Contexte doctrinal : l’insistance sur un seul Créateur sert aussi à réfuter les conceptions dualistes présentes dans l’environnement religieux de l’auteur.
§ 4
Cette réalité, dit Aphraate, se voit déjà dans les générations anciennes. Les dix générations issues d’Adam furent gardées durant la vie de Mathusalem ; lorsqu’il mourut, vint le déluge, tandis que Noé fut préservé pour renouveler le monde. Après Noé, la patience de Dieu se prolongea encore jusqu’à Abraham. Les Amorites ne furent pas détruits avant que leur faute soit arrivée à sa mesure. Israël fut gardé par l’intercession de Moïse et d’Aaron ; après leur mort, les épreuves s’accrurent. Myriam avait chanté après la mer, mais lorsqu’elle mourut l’eau manqua au peuple. Sous Ézéchias la délivrance fut accordée ; après la disparition des justes, de nouvelles calamités survinrent. Aphraate en conclut que la présence des justes retarde souvent le jugement.
Note de collation
- Repère : Aphraate distingue l’efficacité de l’intercession de l’idée d’une prière qui obligerait Dieu ; le jugement et le dessein divin peuvent limiter ce qui est accordé.
§ 5
Quand la mesure du péché est pleine, la prière même des justes ne détourne plus le jugement. Dieu dit à Jérémie que même si Moïse et Samuel se tenaient devant lui, il ne reviendrait pas vers ce peuple. À Ézéchiel il annonce que même Noé, Job et Daniel ne sauveraient alors ni fils ni fille, mais seulement leur propre vie par leur justice. Aphraate explique ainsi pourquoi les prières autrefois efficaces peuvent ne plus être exaucées dans une autre situation : ce n’est pas que la justice des intercesseurs soit devenue vaine, mais le temps du jugement est arrivé.
Note de collation
- Repère : Aphraate distingue l’efficacité de l’intercession de l’idée d’une prière qui obligerait Dieu ; le jugement et le dessein divin peuvent limiter ce qui est accordé.
§ 6
Jérémie pouvait se demander lui aussi pourquoi Moïse et Samuel avaient autrefois été entendus alors que sa propre prière ne l’était pas. Moïse s’était tenu plusieurs fois dans la brèche pour le peuple, et Samuel avait intercédé lorsqu’Israël demanda un roi et rejeta la royauté de Dieu. Mais la patience divine a une mesure : Dieu fait comprendre à Jérémie que, dans la situation présente, même Moïse et Samuel ne pourraient détourner la sentence.
Note de collation
- Repère : Aphraate distingue l’efficacité de l’intercession de l’idée d’une prière qui obligerait Dieu ; le jugement et le dessein divin peuvent limiter ce qui est accordé.
§ 7
Les justes eux-mêmes ne sont pas entendus en toute circonstance. Moïse, dont la prière avait tant de fois délivré Israël, supplia pour entrer dans la terre promise ; Dieu lui répondit : « Cela te suffit ; ne me parle plus de cette affaire. » Aphraate voit là une discipline personnelle : les justes peuvent être corrigés ici afin de ne pas être condamnés au jour du jugement. La prière n’est donc pas une puissance mécanique qui oblige Dieu ; elle demeure soumise à sa justice et à son dessein.
Note de collation
- Repère : Aphraate distingue l’efficacité de l’intercession de l’idée d’une prière qui obligerait Dieu ; le jugement et le dessein divin peuvent limiter ce qui est accordé.
§ 8
Je l’affirme avec confiance, mes frères : depuis le commencement et jusqu’à la fin, il se trouve toujours sur la terre des justes et des hommes droits. Le Christ n’est pas venu appeler les justes, mais les pécheurs à la conversion ; les bien-portants n’ont pas besoin du médecin. Les affamés et les assoiffés viennent recevoir gratuitement l’eau, le vin et le lait annoncés par le prophète. Paul lui aussi parle du lait donné aux nouveau-nés dans le Christ.
§ 9
Le prophète avait annoncé ce grand mystère : « Vous tous qui avez soif, venez aux eaux. » Celui qui accomplit les prophètes reprend l’appel : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. » Le vin et le lait sont donnés gratuitement, à l’opposé des faux prophètes et des prêtres qui enseignent pour un salaire. Jésus dit à ses envoyés : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement », et Paul se glorifie d’annoncer gratuitement l’Évangile du Christ.
§ 10
Il ne faut donc pas douter qu’il y ait toujours des justes sur la terre. À cause d’eux, Dieu fait lever son soleil sur les bons et les méchants et fait tomber la pluie. Ils sont le sel de la terre ; si le sel perd sa force, la corruption se répand. Ils sont au monde comme l’âme au corps, comme les yeux qui donnent l’orientation, comme une source qui garde vivant un jardin, comme le levain qui fait lever toute la pâte, comme des pilotes qui conduisent le navire au milieu des vagues. Si les justes disparaissaient entièrement, dit Aphraate, les impies eux-mêmes ne pourraient subsister.
§ 11
Si quelqu’un demande : « Puisqu’il y a des justes sur la terre, pourquoi leur prière n’est-elle pas toujours exaucée dans les temps de détresse ? », qu’il se souvienne de Moïse, dont la prière sauva souvent tout le peuple mais qui ne fut pas exaucé pour lui-même. Plus encore, regarde Jésus : par lui Dieu réconcilie sa création, et pourtant, à l’heure de la passion, il pria : « Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi. » Cette prière ne fut pas exaucée, non par impuissance, mais parce qu’il devait mourir pour nous donner le gage de la résurrection. Sa mort fortifie notre espérance et sa résurrection l’accomplit. Il partagea réellement notre condition — naissance, fatigue, faim, sommeil, souffrance et tentation — afin de pouvoir secourir ceux qui sont éprouvés.
Note de collation
- Repère : Aphraate distingue l’efficacité de l’intercession de l’idée d’une prière qui obligerait Dieu ; le jugement et le dessein divin peuvent limiter ce qui est accordé.
§ 12
Apprends donc que même les plus grands justes peuvent ne pas recevoir ce qu’ils demandent pour eux-mêmes. Un testament n’est confirmé qu’après la mort de celui qui l’a établi : Moïse mourut avant l’entrée d’Israël dans l’héritage promis, et Jésus mourut dans notre terre mortelle afin de confirmer pour nous l’héritage de la vie. Ressuscité, il prépare une demeure à ses disciples. La transfiguration en donne un signe : Moïse représente ceux qui meurent et ressusciteront ; Élie, qui n’a pas goûté la mort, figure ceux qui seront encore vivants à la venue du Christ. Si Moïse, le grand prophète, et Jésus lui-même ont traversé une prière non exaucée selon leur désir immédiat, ceux qui prient aujourd’hui sans recevoir ce qu’ils demandent ne doivent pas se scandaliser.
Note de collation
- Repère : Aphraate distingue l’efficacité de l’intercession de l’idée d’une prière qui obligerait Dieu ; le jugement et le dessein divin peuvent limiter ce qui est accordé.
§ 13
Tiens donc pour certain qu’il y a des justes sur la terre et que le monde subsiste en partie à cause de leur bonté. Si toute justice disparaissait, la colère déborderait et le monde se dissoudrait. Les justes sont cachés au milieu du monde comme le grain béni dans une grappe : à cause de ce grain, on ne détruit pas toute la grappe. Ainsi la parole d’Isaïe — « Ne la détruis pas, car une bénédiction est en elle » — devient pour Aphraate l’image des justes conservés au milieu des générations.
Note de collation
- Contexte : ces sections emploient une théologie chrétienne de la bénédiction transférée d’Israël aux nations, caractéristique de la polémique du IVe siècle. Elle est conservée comme voix historique d’Aphraate et ne constitue pas une position éditoriale contemporaine sur les Juifs ou le judaïsme.
§ 14
Au commencement, la bénédiction fut gardée en Adam puis en Seth et dans les générations qui suivirent. Lorsque toute chair corrompit sa voie, elle demeura en Noé, juste au milieu d’une génération perverse, et fut comme enfermée dans l’arche. Après le déluge, elle passa à Sem. Noé bénit Sem et annonça que Japhet habiterait dans ses tentes, tandis que Canaan fut maudit. Noé vécut encore de nombreuses années après le déluge, et la bénédiction fut ainsi préservée jusqu’au temps d’Abraham.
Note de collation
- Contexte : ces sections emploient une théologie chrétienne de la bénédiction transférée d’Israël aux nations, caractéristique de la polémique du IVe siècle. Elle est conservée comme voix historique d’Aphraate et ne constitue pas une position éditoriale contemporaine sur les Juifs ou le judaïsme.
§ 15
Abraham naquit à Ur des Chaldéens, passa par Harrân puis fut appelé vers Canaan. Aphraate suit ensuite avec minutie les années de Sem, Abraham, Isaac et Jacob afin de montrer comment la bénédiction traverse les générations sans s’interrompre. Elle passe de Sem à Abraham, puis à Isaac, Jacob et Juda ; lorsque Jacob descend en Égypte, cette bénédiction est déjà portée dans la lignée de Juda et se transmet à travers ses descendants.
Note de collation
- Contexte : ces sections emploient une théologie chrétienne de la bénédiction transférée d’Israël aux nations, caractéristique de la polémique du IVe siècle. Elle est conservée comme voix historique d’Aphraate et ne constitue pas une position éditoriale contemporaine sur les Juifs ou le judaïsme.
§ 16
Après Aminadab, la bénédiction se déploie à la fois dans la royauté et dans le sacerdoce : d’un côté Naassôn et sa lignée, de l’autre Éléazar et Phinées. De Naassôn viennent Salmon, Booz, Obed, Jessé et David. Booz prend Ruth la Moabite pour épouse, et de cette union vient la maison de David, dont Aphraate fait sortir le Christ roi. Il rappelle aussi que Dieu n’a pas rejeté Lot : par Ruth la Moabite et Naama l’Ammonite, des femmes étrangères entrent dans la lignée royale. Salomon eut de nombreuses femmes, mais Roboam est expressément relié à Naama l’Ammonite.
Note de collation
- Contexte : ces sections emploient une théologie chrétienne de la bénédiction transférée d’Israël aux nations, caractéristique de la polémique du IVe siècle. Elle est conservée comme voix historique d’Aphraate et ne constitue pas une position éditoriale contemporaine sur les Juifs ou le judaïsme.
§ 17
La bénédiction demeure ensuite dans la maison de David malgré les fautes des rois. Salomon pèche, mais son royaume n’est pas entièrement retranché ; Abias, Asa, Josaphat et leurs successeurs sont maintenus à cause de la promesse. Joas est préservé alors que la maison royale est frappée ; Amasias, Ozias, Joatham et Achaz commettent à leur tour des fautes, mais la lignée n’est pas supprimée. Ézéchias, lui, prie et reçoit délivrance et guérison : Aphraate voit en lui un porteur particulièrement manifeste de la bénédiction transmise.
Note de collation
- Contexte : ces sections emploient une théologie chrétienne de la bénédiction transférée d’Israël aux nations, caractéristique de la polémique du IVe siècle. Elle est conservée comme voix historique d’Aphraate et ne constitue pas une position éditoriale contemporaine sur les Juifs ou le judaïsme.
§ 18
Certains, dit Aphraate, reprochent à Ézéchias d’avoir craint la mort. Mais sa peine venait aussi de ce qu’il n’avait pas encore de fils et qu’il se demandait si la bénédiction, transmise à travers quarante-six générations, allait s’éteindre avec lui. Isaïe lui annonça pourtant une prolongation de vie, et Manassé naquit ensuite. Aphraate rapproche cette prolongation de celle accordée à Job : les années et les biens de Job furent doublés ici-bas, tandis que ses enfants lui seront rendus pleinement dans le monde des justes. Dieu, artisan de sa créature, demeure libre d’ajouter ou de retrancher selon son dessein.
Note de collation
- Contexte : ces sections emploient une théologie chrétienne de la bénédiction transférée d’Israël aux nations, caractéristique de la polémique du IVe siècle. Elle est conservée comme voix historique d’Aphraate et ne constitue pas une position éditoriale contemporaine sur les Juifs ou le judaïsme.
§ 19
Manassé, fils impie d’un père juste, régna longtemps et fit beaucoup de mal, mais la bénédiction demeura dans sa descendance. Amon marcha dans ses voies ; puis vint Josias, dont la mémoire fut bénie et qui purifia le pays. Parce que le jugement approchait, Josias fut retiré avant le mal. Son fils Joachaz ne porta pas la bénédiction et fut emmené en Égypte. Joakim régna ensuite ; sous lui Nabuchodonosor imposa sa domination et emmena Daniel et ses compagnons. Après sa révolte, Joakim mourut dans l’ignominie. Joachin, en qui Aphraate voit encore la bénédiction, fut conduit à Babylone et y demeura prisonnier trente-sept ans. La bénédiction passa alors par Salathiel puis Zorobabel, au temps du retour d’exil sous Cyrus.
Note de collation
- Contexte : ces sections emploient une théologie chrétienne de la bénédiction transférée d’Israël aux nations, caractéristique de la polémique du IVe siècle. Elle est conservée comme voix historique d’Aphraate et ne constitue pas une position éditoriale contemporaine sur les Juifs ou le judaïsme.
§ 20
Lorsque la bénédiction revint de Babylone à Jérusalem, le royaume babylonien prit fin et Cyrus régna. Aphraate suit alors la généalogie de Zorobabel jusqu’à Joseph. Joseph est appelé père de Jésus sans être son géniteur charnel ; Jésus naît de Marie, de la maison de David, par l’Esprit Saint. Aphraate dit ainsi que le nom de la paternité arrive jusqu’à Joseph, celui du sacerdoce jusqu’à Jean, et que le Christ reçoit de Marie la chair et la naissance. Pour lui, le grain de bénédiction caché dans la grappe atteint alors son accomplissement dans le Christ ; après sa venue et sa mort, la vieille vigne est livrée au jugement selon la lecture polémique de l’auteur.
Note de collation
- Contexte : ces sections emploient une théologie chrétienne de la bénédiction transférée d’Israël aux nations, caractéristique de la polémique du IVe siècle. Elle est conservée comme voix historique d’Aphraate et ne constitue pas une position éditoriale contemporaine sur les Juifs ou le judaïsme.
§ 21
Aphraate récapitule maintenant les soixante-trois générations qu’il compte d’Adam à la naissance du Christ. Il énumère la lignée depuis Adam, Seth, Énos, Caïnân, Mahalalel, Jared, Hénoch, Mathusalem, Lamek et Noé, puis Sem et les patriarches jusqu’à Abraham, Isaac, Jacob et Juda ; il poursuit par Pharès, la lignée de Booz et David, les rois de Juda, l’exil, Zorobabel et les descendants qui conduisent à Joseph, puis à Jésus, Fils de Dieu né de la Vierge. Cette liste est la charpente de son calcul de la bénédiction transmise de génération en génération.
§ 22
Aphraate commence ensuite le calcul détaillé des années. Adam, créé par Dieu, engendra Seth à cent trente ans et vécut encore huit cents ans, pour un total de neuf cent trente ans. Selon son calcul, Adam atteignit ainsi la neuvième génération et mourut durant la vie de Lamek, père de Noé.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 23
Seth vécut cent cinq ans avant d’engendrer Énos, puis encore huit cent sept ans : neuf cent douze ans au total. Aphraate le fait vivre jusqu’à peu avant la naissance de Noé et le situe dans la huitième génération de cette chaîne chronologique.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 24
Énos engendra Caïnân à quatre-vingt-dix ans et vécut encore huit cent quinze ans, soit neuf cent cinq ans. Aphraate calcule qu’il atteignit les premières années de la vie de Noé, plusieurs siècles avant le déluge, et qu’il mourut dans la huitième génération selon son décompte.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 25
Caïnân vécut soixante-dix ans avant d’engendrer Mahalalel, puis huit cent quarante ans encore, soit neuf cent dix ans. Aphraate poursuit le même calcul en rapportant sa mort aux années de Noé et à la distance qui le sépare du déluge.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 26
Mahalalel engendra Jared à soixante-cinq ans, puis vécut encore huit cent trente ans, atteignant huit cent quatre-vingt-quinze ans. Aphraate situe sa mort dans la chronologie précédant le déluge et poursuit ainsi la continuité des générations.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 27
Jared engendra Hénoch à cent soixante-deux ans et vécut encore huit cents ans, soit neuf cent soixante-deux ans. Selon le calcul d’Aphraate, il atteint une époque relativement proche du déluge et meurt dans la cinquième génération de la série qu’il est en train de suivre.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 28
Hénoch engendra Mathusalem à soixante-cinq ans. Après avoir marché avec Dieu, il fut enlevé à l’âge de trois cent soixante-cinq ans. Aphraate souligne ici l’exception : Hénoch ne connaît pas la mort ordinaire, mais est transféré au lieu de vie.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 29
Mathusalem engendra Lamek à cent quatre-vingt-sept ans et vécut encore sept cent quatre-vingt-deux ans, atteignant neuf cent soixante-neuf ans. Aphraate le fait vivre jusqu’à l’année même du déluge ; Noé est alors âgé de six cents ans. Cette coïncidence renforce chez lui l’idée que la disparition d’un juste peut précéder immédiatement un jugement.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 30
Lamek engendra Noé à cent quatre-vingt-deux ans et vécut encore cinq cent quatre-vingt-quinze ans, soit sept cent soixante-dix-sept ans. Aphraate calcule qu’il mourut quelques années avant le déluge, tandis que Mathusalem lui survécut encore brièvement. La succession des générations conduit ainsi directement à Noé et au renouvellement du monde.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 31
Aphraate replace maintenant Noé dans toute la chronologie antédiluvienne. Il calcule les années de Noé par rapport aux morts d’Énos, Caïnân, Mahalalel, Jared, Mathusalem et Lamek. Mathusalem meurt l’année même du déluge ; Lamek, père de Noé, quelques années auparavant. Noé entre dans l’arche à six cents ans, y demeure un peu plus d’une année selon le compte d’Aphraate, puis vit encore trois cent cinquante ans après le déluge. Il meurt à neuf cent cinquante ans, alors qu’Abraham est déjà vivant.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 32
Sem, âgé de cent ans, engendre Arphaxad deux ans après le déluge et vit encore cinq cents ans, soit six cents ans au total. Aphraate le fait vivre jusqu’à l’époque d’Isaac et même de Jacob, de sorte que Sem devient pour lui un témoin vivant reliant directement le monde d’avant le déluge aux patriarches.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 33
Arphaxad engendre Shélah à trente-cinq ans et vit encore quatre cent trois ans, soit quatre cent trente-huit ans. Aphraate situe sa mort durant la vie d’Isaac et continue ainsi son calcul de la transmission sans rupture entre les générations.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 34
Shélah engendre Héber à trente ans puis vit encore quatre cent trois ans, soit quatre cent trente-trois ans. Sa vie se prolonge, selon Aphraate, jusque dans les années de Jacob, ce qui resserre encore la chaîne qui relie Sem aux patriarches.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 35
Héber engendre Péleg à trente-quatre ans et vit encore quatre cent trente ans, soit quatre cent soixante-quatre ans. Aphraate le fait survivre à Isaac et rattache ainsi le nom même d’Héber à une longue continuité de la bénédiction au sein des générations.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 36
Péleg engendre Réou à trente ans et vit encore deux cent neuf ans, soit deux cent trente-neuf ans. Sa mort est rapportée aux premières années d’Abraham, dans la sixième génération du calcul postdiluvien d’Aphraate.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 37
Réou engendre Seroug à trente-deux ans et vit encore deux cent sept ans, soit deux cent trente-neuf ans. Aphraate le fait mourir quand Abraham a soixante-dix-huit ans, peu après la sortie d’Abraham de Harrân.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 38
Seroug engendre Nahor à trente ans et vit encore deux cents ans, soit deux cent trente ans. Aphraate situe sa mort lorsque Abraham a environ cent un ans, au temps où Isaac vient de naître.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 39
Nahor engendre Térah à vingt-neuf ans et vit encore cent dix-neuf ans, soit cent quarante-huit ans. Aphraate place sa mort durant la jeunesse d’Abraham et poursuit son enchaînement générationnel depuis le déluge.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 40
Térah engendre Abraham à soixante-dix ans et vit encore cent trente-cinq ans, soit deux cent cinq ans. Aphraate situe sa mort lorsque Abraham a cent trente-cinq ans, c’est-à-dire après la naissance d’Isaac et avant la génération suivante. Le calcul aboutit ainsi au patriarche autour duquel se concentre désormais la bénédiction.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 41
Abraham vécut cent ans avant d’engendrer Isaac, puis encore soixante-quinze ans : cent soixante-quinze ans au total. Aphraate situe sa mort durant l’adolescence de Jacob et poursuit ainsi son calcul de la bénédiction transmise dans la lignée patriarcale.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 42
Isaac engendra Jacob à soixante ans puis vécut encore cent vingt ans, soit cent quatre-vingts ans. Aphraate rapporte sa mort aux années de Jacob et de Joseph : Isaac meurt après le retour de Jacob de Harrân, mais avant la descente de toute la famille en Égypte.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 43
Jacob avait soixante-dix-sept ans lorsqu’il quitta la maison d’Isaac et environ quatre-vingt-quatre lorsqu’il prit Léa et Rachel pour femmes. Aphraate énumère ses douze fils, nés de Léa, Rachel, Bilha et Zilpa, et rappelle que Jacob mourut en Égypte à cent quarante-sept ans, après y avoir vécu dix-sept ans. Cette génération devient le point de passage de la bénédiction vers les tribus d’Israël.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 44
Aphraate rassemble ensuite ses grands totaux chronologiques. D’Adam à la sortie de Noé de l’arche, il compte mille six cent cinquante et un ans. Du déluge à l’alliance avec Abraham, puis de la promesse faite à Abraham à l’entrée de Jacob en Égypte, il additionne de nouvelles périodes. Il retient aussi les quatre cent trente ans associés par Paul à la promesse et à la Loi. Ces sommes reflètent le système chronologique ancien d’Aphraate et ses sources scripturaires.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 45
Après l’Exode, Aphraate énumère les durées attribuées à Moïse, Josué, aux juges, aux périodes d’oppression et à Samuel. Il cherche à relier sans lacune la sortie d’Égypte à l’établissement de la royauté. Les chiffres sont ceux de son calcul scripturaire et comportent des harmonisations propres à l’Antiquité ; l’objectif est moins une chronologie critique moderne que la continuité du dessein divin.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 46
Aphraate poursuit avec les rois : David et Salomon, puis Roboam, Abias, Asa, Josaphat, Joram, Ochozias, Athalie, Joas, Amasias, Ozias, Joatham, Achaz, Ézéchias, Manassé et leurs successeurs jusqu’à Sédécias. Il ajoute les années de domination babylonienne, la captivité, le repos de la terre et le retour sous Cyrus. Il calcule aussi les « semaines » conduisant jusqu’à la destruction de Jérusalem. Cette chronologie sert sa lecture théologique de l’histoire.
Note de collation
- Chronologie : les nombres et synchronismes sont ceux du calcul scripturaire ancien d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme chronologie historique moderne.
§ 47
Selon Aphraate, la bénédiction cachée dans l’ancien peuple passe désormais aux nations. Il applique à ce transfert les paroles de Jésus sur le Royaume donné à un peuple qui en produira les fruits, sa présence avec les disciples jusqu’à la fin du monde et l’Esprit demeurant en eux. Cette section développe explicitement une théologie chrétienne de substitution propre au IVe siècle. Aphraate ajoute que les disciples ne doivent pas s’étonner d’être haïs ou persécutés : le monde a traité le Christ de la même manière.
Note de collation
- Contexte : ces sections emploient une théologie chrétienne de la bénédiction transférée d’Israël aux nations, caractéristique de la polémique du IVe siècle. Elle est conservée comme voix historique d’Aphraate et ne constitue pas une position éditoriale contemporaine sur les Juifs ou le judaïsme.
§ 48
Le don de Dieu est immense et librement offert. Le Christ appelle : « Demandez et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez. » Le trésor divin ne s’épuise pas lorsque les hommes y puisent. Dieu prend plaisir à ceux qui demandent avec confiance et les invite encore à revenir. Pour Aphraate, la grâce se caractérise précisément par cette abondance qui ne diminue pas lorsqu’elle est donnée.
§ 49
Et Dieu a donné plus encore que ce qui lui était demandé : il a envoyé l’Innocent dans notre condition pour vaincre le Malin et justifier les débiteurs. Le Fort a pris la ressemblance de notre faiblesse ; il a revêtu un corps tiré de la poussière et l’a élevé. Aphraate compare son œuvre au sel qui empêche la corruption. Le Fils accepte une mort semblable à la nôtre afin de nous faire vivre. Si Dieu n’a pas épargné son propre Fils, demande Aphraate, quel don plus grand pourrait-il encore refuser ?
§ 50
Le don est admirable : le Roi est sorti de son lieu pour venir guérir les hommes. Il a porté un corps faible comme le nôtre, supporté nos opprobres puis emporté avec lui ce corps comme un gage. « Vous êtes en moi et moi en vous », dit le Christ ; Paul affirme que Dieu nous a fait asseoir avec lui dans les cieux. Le corps humain assumé puis glorifié par le Christ devient pour Aphraate le commencement et la garantie de notre propre résurrection : là où il est, il promet que nous serons nous aussi.
§ 51
Grand est le don de Dieu qui demeure auprès de nous comme un gage reçu du Roi et gardé jusqu’à la fin. Ce gage est le Fils de l’homme : le corps pris de Marie, issu de notre humanité et élevé jusqu’au Roi. Ce corps, autrefois faible comme le nôtre, a été rendu puissant et glorieux. Aphraate voit donc dans l’humanité glorifiée du Christ la garantie que notre propre chair peut être élevée.
§ 52
Nous nous réjouissons en toi, Fils bien-aimé, médecin venu parmi nous, qui as déposé ton Esprit comme remède dans nos corps. Nous confessons la miséricorde du Père qui t’a envoyé afin que, par la mort de son Unique, nous ayons la vie. À Dieu appartient de donner ; à nous de demander. À lui la vie et la grâce ; à nous de fuir la mort et le mal. Ses trésors n’ont pas de fin et personne ne peut atteindre la profondeur de sa sagesse.
§ 53
Aphraate se tourne alors vers Dieu dans une longue prière. Il rappelle l’enseignement du Christ : prier sans se lasser, veiller pour ne pas entrer en tentation et demander avec confiance. Il ne s’appuie pas sur ses propres œuvres ni sur une justice personnelle, mais sur la miséricorde divine. Il demande à Dieu de regarder son peuple humilié, ses sanctuaires dévastés, ses autels renversés, le sang versé et la dispersion. Le Fils avait été envoyé alors même que les hommes ne le demandaient pas : combien plus, maintenant qu’ils prient, peuvent-ils implorer la compassion.
Note de collation
- Contexte historique : la prière est liée aux persécutions des chrétiens dans l’Empire sassanide sous Shapur II ; le §69 date explicitement le traité en 345 et évoque destructions d’églises et martyrs.
§ 54
La prière évoque alors les délivrances bibliques : Dieu a entendu Moïse et renversé Pharaon ; il a entendu Aaron et arrêté le fléau ; il a soutenu Josué, Samson, David, Élie et les prophètes ; il a délivré Ézéchias de Sennachérib, secouru Asa et Josaphat, entendu Jonas dans les profondeurs, Daniel parmi les lions, Hanania et ses compagnons dans la fournaise, Mardochée et Esther dans la détresse, Jérémie dans la citerne. Aphraate invoque ces précédents pour demander une délivrance dans la persécution présente.
Note de collation
- Contexte historique : la prière est liée aux persécutions des chrétiens dans l’Empire sassanide sous Shapur II ; le §69 date explicitement le traité en 345 et évoque destructions d’églises et martyrs.
§ 55
Le sanctuaire est dévasté, les prêtres ont été frappés et le peuple est humilié. Aphraate prie pour les pauvres, les étrangers et les épuisés qui n’ont plus d’appui. Il confesse que les cieux, la terre, le jour, la nuit, le soleil, la lune, les vents, les animaux et les mers appartiennent tous à Dieu et accomplissent son ordre. Il demande donc à Dieu de manifester sa puissance afin que les nations sachent qu’il n’y a personne semblable à lui. Il rappelle encore les délivrances accordées aux Maccabées et aux combattants fidèles d’autrefois.
Note de collation
- Contexte historique : la prière est liée aux persécutions des chrétiens dans l’Empire sassanide sous Shapur II ; le §69 date explicitement le traité en 345 et évoque destructions d’églises et martyrs.
§ 56
Que ta miséricorde se réveille, prie Aphraate, et que ta compassion se manifeste. Donne un avenir au peuple dépouillé ; relève ta demeure et rassemble ce qui a été dispersé. Que le sang des justes crie devant toi et que ta présence repose de nouveau parmi les tiens. Toi qui fais lever le soleil sur bons et méchants et qui, de génération en génération, nourris les affamés et enrichis les pauvres, tu es le premier et le dernier : le Dieu des générations passées comme de celles qui viennent.
Note de collation
- Contexte historique : la prière est liée aux persécutions des chrétiens dans l’Empire sassanide sous Shapur II ; le §69 date explicitement le traité en 345 et évoque destructions d’églises et martyrs.
§ 57
Vers qui irions-nous pour être entendus ? Qui pourrait nous secourir et recevoir notre prière ? Tu es notre Dieu. Aphraate demande que le sang injustement versé ne soit pas oublié et que la justice ne supprime jamais la miséricorde. Chez Dieu, bonté et justice ne sont pas opposées : elles demeurent ensemble dans ses mains. C’est sur cette union qu’il fonde son espérance.
Note de collation
- Contexte historique : la prière est liée aux persécutions des chrétiens dans l’Empire sassanide sous Shapur II ; le §69 date explicitement le traité en 345 et évoque destructions d’églises et martyrs.
§ 58
Nous t’adorons, Dieu incréé, toi qui nous as créés du néant à ton image et nous as donné de ton souffle. Notre vie et notre mort sont dans tes mains. L’homme devant toi est comme une vapeur qui monte puis disparaît. Si tu le veux, nous sommes ; si tu détournes ton visage, nous périssons. La terre, les astres, les vents, les oiseaux et les poissons demeurent chacun dans l’ordre que tu leur as donné : toute la création subsiste par ta volonté.
§ 59
Nous te louons, toi dont la gloire dépasse toute représentation. Aucun ouvrage de nos mains ne peut te contenir et aucune image ne peut épuiser ta ressemblance. Nous te connaissons comme Père parce que tu nous as fait naître, comme Roi et Dieu parce que tu nous as appelés ; pourtant ta grandeur excède le regard et le langage. Et voici le paradoxe : celui que les cieux ne contiennent pas habite dans le cœur humble. Tu demeures dans les justes, les paisibles, les repentants et les pauvres ; tu accueilles même comme un prêt ce qui est donné à l’indigent.
Note de collation
- Repère doctrinal : Aphraate affirme la transcendance de Dieu tout en parlant de sa présence dans les justes ; il met en garde contre les spéculations qui prétendent dépasser ce qui a été reçu.
§ 60
Aphraate ramène enfin la confession à ce qui doit rester simple : un seul Dieu, un seul Esprit, une seule foi, un seul baptême. Il avertit contre la volonté de multiplier les spéculations au-delà de ce qui a été reçu. Ceux qui prétendent enfermer le mystère dans leurs propres constructions finissent, selon lui, par obscurcir leur intelligence. La vraie sagesse confesse ce qui est donné et accepte les limites de la connaissance humaine.
Note de collation
- Repère doctrinal : Aphraate affirme la transcendance de Dieu tout en parlant de sa présence dans les justes ; il met en garde contre les spéculations qui prétendent dépasser ce qui a été reçu.
§ 61
Ne prétends pas connaître ce que tu n’as jamais vu, dit Aphraate à celui qui fabrique des spéculations. Tu n’es pas monté au-dessus des cieux ni descendu dans les profondeurs. Le feu, l’eau, le soleil, la lune, les étoiles, les vents et les nuages sont des créatures établies pour le service du monde ; elles suivent l’ordre qui leur a été donné sans discernement moral. Le feu brûle ce qu’on lui présente, l’eau lave, le soleil éclaire même ce qui est impur. Nous qui confessons un seul Dieu devons plutôt glorifier sa majesté, Jésus son Fils qui nous a appelés à lui, et l’Esprit vivant et saint. À Dieu, à son Fils et à son Esprit soit la gloire dans l’Église et dans l’assemblée sainte.
Note de collation
- Repère doctrinal : Aphraate affirme la transcendance de Dieu tout en parlant de sa présence dans les justes ; il met en garde contre les spéculations qui prétendent dépasser ce qui a été reçu.
§ 62
Ce qui est demandé devant Dieu, ce n’est pas seulement de dire qu’il est un, mais d’unir à la foi l’obéissance aux commandements. Celui qui confesse Dieu de sa bouche tout en le reniant par ses actes rend sa confession vide. Si Dieu dit : « Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas » et que l’homme fait le contraire, il agit comme si le Dieu qui a donné ces commandements n’était pas réel pour lui. Aphraate étend ce principe à chaque commandement : la foi véritable doit devenir conduite.
Note de collation
- S1 : Aphraate lie explicitement confession de l’unicité de Dieu et obéissance concrète ; la foi verbale sans les actes correspondants est pour lui une contradiction.
§ 63
Le Vivificateur a surtout commandé de ne pas prononcer de faux serment. Celui qui croit qu’il n’y a qu’un seul Dieu ne peut prendre son nom pour garantir un mensonge. Jésus avertit de ne jurer ni par le ciel, trône de Dieu, ni par la terre, marchepied de ses pieds, ni par Jérusalem, ville du grand Roi, ni même par sa propre tête. Pour Aphraate, le baptisé porte déjà sur lui le nom du Père, du Fils et de l’Esprit : il ne doit donc pas transformer sa tête en instrument de mensonge. Que votre parole soit simplement « oui, oui » ou « non, non ». Le faux serment est particulièrement grave parce qu’il fait appel à Dieu pour soutenir ce qui n’est pas vrai.
Note de collation
- Repère disciplinaire : le long développement sur les serments applique Matthieu 5 à la vie chrétienne et relit la chute de Jérusalem à travers la violation du serment de Sédécias ; cette causalité est celle de l’exégèse d’Aphraate.
§ 64
Aphraate illustre cette gravité par l’histoire des derniers rois de Juda. Des rois avaient commis idolâtrie, meurtre ou adultère ; mais il insiste ici sur le poids du serment violé. Nabuchodonosor avait d’abord laissé Joakim puis Joachin sous engagement, et leur révolte entraîna leur chute. Avec Sédécias, un pacte solennel fut conclu : roi, prêtres et chefs jurèrent par le Dieu d’Israël autour d’un sacrifice, passant entre les morceaux de la victime. Ils promirent de ne pas se révolter, puis rompirent leur serment. Jérémie et Ézéchiel les avertirent de respecter cet engagement, mais ils refusèrent d’écouter.
Note de collation
- Repère disciplinaire : le long développement sur les serments applique Matthieu 5 à la vie chrétienne et relit la chute de Jérusalem à travers la violation du serment de Sédécias ; cette causalité est celle de l’exégèse d’Aphraate.
§ 65
Ézéchiel dénonça depuis Babylone le serment méprisé, et Jérémie exhorta encore Sédécias à se soumettre afin de sauver la ville. Les avertissements ne furent pas reçus. L’armée chaldéenne assiégea Jérusalem de la neuvième à la onzième année de Sédécias ; la ville fut prise, le Temple et les maisons furent brûlés, les objets sacrés emportés. Sédécias fut capturé près de Jéricho, ses fils tués devant lui, ses yeux crevés et lui-même conduit prisonnier à Babylone. Aphraate relit tout ce désastre comme conséquence théologique du serment mensonger et de l’infidélité au pacte.
Note de collation
- Repère disciplinaire : le long développement sur les serments applique Matthieu 5 à la vie chrétienne et relit la chute de Jérusalem à travers la violation du serment de Sédécias ; cette causalité est celle de l’exégèse d’Aphraate.
§ 66
C’est pourquoi notre Sauveur nous avertit de ne pas nous livrer aux serments. Celui qui habitue sa bouche à jurer s’expose continuellement à tomber, et sa langue finit par passer presque automatiquement au serment. Aphraate constate avec douleur que beaucoup de chrétiens jurent faussement ou forcent d’autres à jurer. En agissant ainsi, dit-il, ils se font du mal à eux-mêmes et à leurs frères, en transgressant l’enseignement du Christ.
Note de collation
- Repère disciplinaire : le long développement sur les serments applique Matthieu 5 à la vie chrétienne et relit la chute de Jérusalem à travers la violation du serment de Sédécias ; cette causalité est celle de l’exégèse d’Aphraate.
§ 67
Ne plaçons aucune espérance définitive dans ce monde : tout ce qu’il contient est bâti sur le sable. Ses plaisirs passent rapidement. Les hommes y entrent nus et en sortent comme ils y sont venus. Les richesses passent à d’autres ; les enfants peuvent mourir, être emmenés ou devenir une cause de douleur ; les amis changent ; maisons, plantations et villes peuvent être perdues ; les époux meurent et les trésors accumulés profitent à d’autres. Même les vêtements recherchés deviennent vêtements de deuil. Notre véritable trésor doit donc être placé dans le lieu promis par Dieu : là où est notre trésor, là aussi doit être notre pensée. Aucune sagesse n’est supérieure à la crainte de Dieu.
Note de collation
- Repère ascétique : l’instabilité du monde sert à déplacer l’espérance vers le « trésor » promis par Dieu, non à nier la valeur des biens créés en eux-mêmes.
§ 68
Je t’ai écrit, mon bien-aimé, cette petite démonstration en répondant à ce que tu avais demandé et en ajoutant aussi ce qui pouvait être utile à toi comme à moi. Que celui qui donne se réjouisse et que celui qui reçoit rende gloire. Celui qui sème dans l’espérance attend le fruit, et la terre travaillée réjouit le cultivateur. Celui qui possède et donne ne s’appauvrit pas ; celui qui possède et refuse de donner se comporte comme un spoliateur. Aphraate reprend aussi la parabole des mines : celui qui fait fructifier ce qu’il a reçu obtient davantage, tandis que celui qui l’enfouit perd même ce qu’il croyait garder. Le trésor du Seigneur est donné pour circuler et porter du fruit.
Note de collation
- Repère éditorial : la conclusion reprend le motif du don reçu qui doit porter du fruit ; elle éclaire aussi la manière dont Aphraate conçoit son propre travail d’enseignement.
§ 69
J’écrivais cette lettre pour toi, mon ami, au mois d’Ab, l’an 656 du règne d’Alexandre fils de Philippe, correspondant à la trente-sixième année de Shapur, roi des Perses. C’était la cinquième année depuis la destruction des églises, l’année d’un grand massacre de martyrs dans la région orientale. J’avais déjà composé les vingt-deux premières Démonstrations, disposées selon l’ordre des lettres. Lis, apprends et souviens-toi de ton ami. — Fin de la Démonstration sur la grappe.
Note de collation
- Contexte historique : la prière est liée aux persécutions des chrétiens dans l’Empire sassanide sous Shapur II ; le §69 date explicitement le traité en 345 et évoque destructions d’églises et martyrs.