Texte intégral — S1
La numérotation suit les 23 sections de l’édition source.
§ 1
J’ai entendu un reproche qui m’a profondément troublé. Les païens disent de ce peuple rassemblé d’entre toutes les nations : « S’ils ont un Dieu, pourquoi ne venge-t-il pas son peuple ? » Et les Juifs eux-mêmes nous reprochent notre persécution. Un homme tenu pour sage parmi eux me cita la parole de Jésus sur la foi comme un grain de moutarde capable de déplacer une montagne : pourquoi donc, demanda-t-il, personne parmi vous ne prie-t-il de manière à faire cesser vos persécuteurs ?
Note de collation
- Contexte : ouverture polémique contre un interlocuteur juif et argumentation sur Israël/Jérusalem propres au IVe siècle ; elles sont conservées comme données historiques de l’auteur, non comme position contemporaine.
§ 2
Voyant qu’il parlait contre notre voie, je compris qu’il n’accepterait pas facilement l’interprétation de la parole qu’il avait citée. Je l’interrogeai donc à mon tour sur la Loi et les Prophètes. Il affirma que Dieu demeure avec Israël même dans la dispersion. Je lui rappelai alors la promesse d’Isaïe : passer par les eaux sans être submergé et par le feu sans être brûlé. Si cette parole devait être prise sans interprétation, lui dis-je, qu’un juste de ton peuple traverse donc la mer ou marche dans le feu sans dommage. Ainsi chacun doit reconnaître que les paroles de l’Écriture demandent intelligence.
Note de collation
- Contexte : ouverture polémique contre un interlocuteur juif et argumentation sur Israël/Jérusalem propres au IVe siècle ; elles sont conservées comme données historiques de l’auteur, non comme position contemporaine.
§ 3
Je l’interrogeai encore sur la parole d’Ézéchiel annonçant que Sodome et ses filles seraient comme autrefois, et Jérusalem avec ses filles comme auparavant. Il expliqua cela comme une restauration glorieuse de Jérusalem et une soumission de Sodome. Je répondis que tout le passage est prononcé dans la colère et le reproche. Ézéchiel y déclare même Sodome plus juste que Jérusalem. Aphraate en tire une argumentation polémique : si Jérusalem devait être rétablie selon cette parole, elle le serait dans la condition de Sodome qu’elle a surpassée en péché.
Note de collation
- Contexte : ouverture polémique contre un interlocuteur juif et argumentation sur Israël/Jérusalem propres au IVe siècle ; elles sont conservées comme données historiques de l’auteur, non comme position contemporaine.
§ 4
Aphraate poursuit par un long calcul chronologique depuis la destruction de Sodome jusqu’à la construction puis aux destructions de Jérusalem. Il veut montrer que Sodome, pourtant déclarée moins coupable que Jérusalem dans son interprétation d’Ézéchiel, n’a pas été restaurée. Il additionne les années depuis Abraham, l’Égypte, l’Exode, Salomon, Babylone et l’époque romaine afin d’appuyer son argument.
Note de collation
- Contexte : ouverture polémique contre un interlocuteur juif et argumentation sur Israël/Jérusalem propres au IVe siècle ; elles sont conservées comme données historiques de l’auteur, non comme position contemporaine.
§ 5
Tout ce calcul, dit-il, vise ceux qui affirment qu’un nouveau rassemblement d’Israël leur est promis. Aphraate soutient que l’expression « comme autrefois » signifie pour Sodome et Jérusalem un retour à l’état de désolation qui précédait leur habitation. Il identifie la montagne de Jérusalem au lieu où Abraham lia Isaac puis où David acquit l’aire destinée au Temple, et maintient que la prophétie d’Ézéchiel est une parole de colère.
Note de collation
- Contexte : ouverture polémique contre un interlocuteur juif et argumentation sur Israël/Jérusalem propres au IVe siècle ; elles sont conservées comme données historiques de l’auteur, non comme position contemporaine.
§ 6
Si Dieu avait voulu laisser à Sodome une espérance de restauration, poursuit Aphraate, il ne l’aurait pas détruite par le feu et le soufre, mais l’aurait livrée à un royaume pour la châtier temporairement. Il compare ensuite les annonces de restauration concernant Élam, Tyr, Sidon, Ammon, Moab et Édom avec les oracles de chute durable sur Babylone et, selon sa lecture, Jérusalem. Cette construction sert à défendre sa thèse polémique sur la permanence de la désolation.
Note de collation
- Contexte : ouverture polémique contre un interlocuteur juif et argumentation sur Israël/Jérusalem propres au IVe siècle ; elles sont conservées comme données historiques de l’auteur, non comme position contemporaine.
§ 7
À ceux qui reprochent aux chrétiens d’être persécutés sans être délivrés, Aphraate répond que l’histoire biblique d’Israël elle-même est remplie de longues périodes d’oppression : Égypte, Madian, Moab, Ammon, Philistins, Assyriens et Babyloniens. Les coups et les épreuves, dit-il, n’impliquent donc pas l’absence de Dieu. Il cite les prophètes pour rappeler que la persécution et la discipline peuvent accompagner l’histoire d’un peuple croyant.
Note de collation
- Contexte : ouverture polémique contre un interlocuteur juif et argumentation sur Israël/Jérusalem propres au IVe siècle ; elles sont conservées comme données historiques de l’auteur, non comme position contemporaine.
§ 8
Tout ce qui précède, explique-t-il, répondait au reproche lancé contre les chrétiens. Il va désormais parler directement de ceux qui sont persécutés : leur récompense est grande, tandis que les persécuteurs finissent dans le mépris. La suite du traité rassemble donc une série de figures bibliques pour montrer que le juste persécuté précède le Christ et trouve en lui son accomplissement.
§ 9
Jacob fut persécuté par Ésaü, Joseph par ses frères. Jacob reçut la bénédiction ; Joseph fut élevé et ses frères s’inclinèrent devant lui. Aphraate fait ensuite de Joseph une figure détaillée de Jésus : aimé du père, envoyé vers ses frères, menacé de mort, descendu dans la fosse puis relevé, vendu à cause de Juda comme Jésus fut livré par Judas, silencieux devant ses juges, dépouillé de ses vêtements, élevé vers l’âge de trente ans, nourricier du peuple et finalement reconnu dans sa grandeur.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 10
Moïse aussi fut persécuté comme Jésus. Enfant, il fut caché pour échapper à la mort ; Jésus fut emmené en Égypte pour échapper à Hérode. Moïse délivra son peuple de Pharaon ; Jésus délivre les nations de l’esclavage du Malin. Aphraate multiplie les parallèles : l’agneau pascal et le véritable Agneau, la manne et le pain de vie, le bois qui adoucit les eaux et la croix, la Loi et l’alliance, les mains étendues contre Amalec et la croix, le rocher et Simon Pierre, l’imposition des mains et le don de l’Esprit, enfin l’ascension de Moïse sur la montagne et celle du Christ vers le Père.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 11
Josué fils de Noun fut lui aussi persécuté, et Aphraate le rapproche de Jésus. Josué vainquit ceux qui l’opposaient et partagea un héritage ; Jésus promet la terre de la vie. Josué arrêta le soleil ; lors de la passion de Jésus le soleil s’obscurcit. Rahab fut sauvée ; l’Église issue des nations reçoit la vie. Jéricho tombe au septième jour ; Aphraate y voit une figure de l’achèvement du monde. Acan est retranché pour son vol ; Judas est séparé des disciples. Josué laisse un témoignage à son peuple ; Jésus laisse son enseignement aux apôtres.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 12
Jephté fut chassé de la maison de son père par ses frères puis devint chef de son peuple. Aphraate y voit une figure du Christ rejeté par les siens puis établi roi des nations. Il rapproche également le vœu sacrificiel de Jephté du sacrifice du Christ offert pour les peuples.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 13
David fut persécuté après avoir été oint, comme Jésus après son baptême. David régna d’abord sur une partie du peuple puis sur tout Israël ; Jésus commence avec un petit nombre de croyants et son règne s’étend aux nations. David épargna Saul son ennemi, pleura sa mort et transmit ensuite le royaume à Salomon ; Aphraate rapproche ces gestes de l’amour des ennemis enseigné par Jésus, de ses larmes sur Jérusalem et de la transmission des clefs à Simon avant son ascension.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 14
Élie fut persécuté par Jézabel ; Jésus, dit Aphraate, fut poursuivi par ceux qui s’opposaient à lui. Élie ferma le ciel, vainquit les serviteurs de Baal, ressuscita le fils d’une veuve et nourrit celle-ci avec peu de nourriture. Jésus ressuscita des morts, nourrit des foules et vainquit les puissances du mal. Élie fut enlevé ; Jésus monta vers son Père. Élisée reçut l’esprit d’Élie ; les apôtres reçurent le souffle de Jésus.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 15
Élisée fut lui aussi persécuté. Il annonça l’abondance à Samarie, nourrit cent hommes avec peu de pain, secourut une veuve et manifesta la puissance de Dieu jusque dans des signes sur l’eau, l’huile, le fer et le bois. Aphraate met ces récits en parallèle avec le pain donné par Jésus aux foules, le vin de Cana, la libération des nations endettées par le péché et la vie rendue à ceux qui étaient morts spirituellement.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 16
Ézéchias fut persécuté et insulté par Sennachérib ; Jésus fut insulté par ses adversaires. Ézéchias pria et fut délivré ; Aphraate rapproche cette victoire de celle du Christ sur l’Adversaire. Le recul du soleil au temps de la maladie d’Ézéchias répond à l’obscurcissement du soleil lors de la passion. Ézéchias reçut une prolongation de vie mais mourut encore ; Jésus ressuscité, lui, n’est plus soumis à la mort.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 17
Josias fut persécuté et mourut sous les coups de Pharaon. Il purifia le pays et le Temple, glorifia le nom de Dieu et déchira ses vêtements devant l’iniquité du peuple. Aphraate relie ces gestes à Jésus purifiant le Temple, glorifiant le Père, annonçant le jugement et à la déchirure du voile. Comme les filles d’Israël pleurèrent Josias, des femmes pleurèrent aussi sur Jésus.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 18
Daniel fut persécuté par les Chaldéens et jeté dans la fosse aux lions ; Jésus fut accusé, descendu au séjour des morts puis relevé. La fosse de Daniel fut scellée comme le tombeau de Jésus fut gardé. Daniel sortit vivant et ses accusateurs furent confondus ; Jésus ressuscita. Daniel interpréta les visions des rois, intercéda pour ses compagnons et annonça les temps concernant Jérusalem ; Aphraate voit en Jésus celui qui accomplit les visions et reçoit toute autorité.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 19
Hanania, Azaria et Mishaël furent persécutés par Nabuchodonosor et jetés dans la fournaise, mais le feu ne les domina pas. Aphraate rapproche leur délivrance de la descente du Christ dans le lieu de la mort et de sa remontée victorieuse. Ils refusèrent l’image du roi ; le Christ détourne les nations des idoles. Leur délivrance amena les peuples à glorifier Dieu ; de même la résurrection du Christ devient pour Aphraate motif de louange parmi les nations.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
§ 20
Mardochée fut persécuté par Haman. Par sa prière, son jeûne et l’action d’Esther, son peuple fut délivré. Aphraate rapproche Mardochée du Christ et Esther de l’Église : celle-ci trouve grâce auprès du roi et reçoit délivrance. L’honneur préparé pour Haman revient à Mardochée ; de même, dit Aphraate, le Christ reçoit la gloire tandis que ses adversaires sont abaissés. Cette section culmine dans une application polémique de la passion.
Note de collation
- S1 : la structure typologique « juste persécuté → Christ » est conservée explicitement ; il s’agit de l’exégèse d’Aphraate, non d’une reconstruction historique moderne.
- Contexte : la fin de la section applique Matthieu 27,25 dans un cadre anti-judaïque ancien ; cette réception historique est contextualisée et n’est pas adoptée éditorialement.
§ 21
Je t’ai écrit, mon bien-aimé, ces mémoriaux concernant Jésus persécuté et les justes persécutés afin de consoler ceux qui souffrent aujourd’hui pour lui. Jésus avait averti ses disciples qu’ils seraient persécutés comme lui. Il leur promit aussi, lorsqu’ils seraient conduits devant gouverneurs et rois, une bouche et une sagesse venant de l’Esprit. Aphraate voit ce même Esprit à l’œuvre chez Jacob, Joseph, Moïse, Josué, David, Élie, Élisée, Michée, Jérémie, Daniel, ses compagnons, Mardochée et Esther.
§ 22
Écoute encore les noms des martyrs, des confesseurs et des persécutés : Abel tué, Jacob fugitif, Joseph vendu, Moïse exilé, Josué en guerre, Jephté, Samson, Gédéon, Barak, David poursuivi par Saul, Samuel, Ézéchias, Élie, Élisée, Michée, Jérémie, Daniel, Hanania et ses compagnons, Mardochée et Esther. Aphraate ajoute Judas Maccabée et ses frères, les sept frères martyrisés avec leur mère, ainsi qu’Éléazar. Tous deviennent pour lui une grande nuée de témoins.
§ 23
Grand et excellent est, selon Aphraate, le témoignage de Jésus, qui surpasse dans l’épreuve et la confession tous ceux qui l’ont précédé ou suivi. Après lui viennent Étienne, Pierre, Paul, Jacques, Jean et les autres apôtres qui confessèrent leur foi jusqu’au martyre. Aphraate évoque encore les grandes persécutions subies par les Églises d’Occident sous Dioclétien, puis les souffrances de sa propre époque. Il conclut que cette « nuée » de confesseurs est pour les croyants un honneur et une consolation au milieu de la persécution.
Note de collation
- Repère historique : Aphraate relie les persécutions de son temps à celles subies auparavant sous Dioclétien ; le passage constitue un témoin important de la conscience chrétienne syriaque du IVe siècle.