Père syriaque · IVe siècle · 337

Aphraate — Démonstration XIII — Sur le sabbat

Rareté en français : Rare en français · confiance moyenne

Aphraate défend une lecture du sabbat comme repos accordé aux créatures soumises au labeur, puis déplace l’accent vers le repos spirituel : soulager les accablés et accomplir la volonté de Dieu.

État éditorial. S1 · collation directe du syriaque achevée · 13/13 sections · 0 corrections documentées. Les sept restitutions partagent encore une base commune ; leur différenciation fine appartient à S2.

Traduction et édition : Pierre-Alain Savoy.

Contexte de lecture. Le traité contient une controverse chrétienne contre l’observance juive du sabbat et une reconstruction exégétique propre de la vie de Noé. Ces éléments sont conservés comme témoignages du IVe siècle et distingués d’une conclusion historique ou d’une prise de position contemporaine.

Source et contrôle

Texte intégral — S1

La numérotation suit les 13 sections de l’édition source.

§ 1

Le Seigneur ordonna à Moïse, son serviteur, que les fils d’Israël gardent le jour du sabbat. Il leur dit : « Pendant six jours tu feras ton travail ; le septième jour sera sabbat, repos saint pour le Seigneur ton Dieu. Car en six jours le Seigneur fit le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent ; au septième jour il cessa et se reposa. C’est pourquoi Dieu bénit le septième jour et le sanctifia. » Il leur prescrivit encore que se reposent le serviteur, la servante, le bœuf, l’âne, le mercenaire, l’étranger et tout animal soumis au travail. Aphraate annonce qu’il va donc examiner le sabbat, comme il a déjà examiné la circoncision et la Pâque.

Note de collation
  • Contexte : Aphraate développe ici une controverse chrétienne contre l’observance juive du sabbat. Cette argumentation appartient au IVe siècle et est conservée comme donnée historique, sans adhésion éditoriale contemporaine.

§ 2

Le sabbat, dit Aphraate, n’a pas été placé comme frontière entre la mort et la vie ni entre la justice et le péché : il fut donné comme repos. Au temps où il devait être observé, le repos concernait non seulement les hommes, mais aussi les animaux. Si le sabbat produisait par lui-même la justice, demande-t-il, quel mérite un animal tirerait-il de son observation ? Il développe alors une comparaison volontairement provocatrice : les bêtes ne sont pas soumises aux commandements moraux donnés à l’homme et ne recevront pas de récompense pour avoir cessé de travailler. Le repos sabbatique vise donc, selon lui, à soulager la créature fatiguée, non à conférer automatiquement la justice.

§ 3

J’ai écrit cela, poursuit Aphraate, pour montrer que le sabbat a été donné comme repos à toute créature soumise au labeur. Les réalités qui ne se fatiguent pas ne cessent pas leur activité le jour du sabbat : le soleil poursuit sa course, la lune son chemin, les étoiles avancent, les vents soufflent, les nuages se déplacent, les oiseaux volent, les sources jaillissent, les vagues se meuvent, l’éclair brille, le tonnerre retentit, les arbres produisent et toute croissance poursuit son œuvre. Nous ne voyons donc, dit-il, que les hommes et les animaux soumis au travail recevoir ce repos.

§ 4

Si le sabbat avait été donné pour justifier, il aurait d’abord été confié à Adam afin qu’il devienne juste par son observance. Or Dieu lui donna un autre commandement : ne pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Tant qu’Adam n’était pas soumis au travail, le sabbat ne lui fut pas imposé. Après sa désobéissance, il reçut au contraire la peine du labeur : travailler la terre, peiner et finalement mourir. Aphraate en conclut que le sabbat répond d’abord à la condition de l’homme soumis au travail.

§ 5

Si la justice venait du sabbat, Hénoch aurait été déclaré agréable à Dieu pour l’avoir observé, et Noé aurait été appelé juste à cause de lui. Mais l’Écriture dit à Noé : « Je t’ai vu juste et intègre dans cette génération. » Aphraate affirme que sa justice consistait dans son innocence au milieu d’une génération corrompue. Il développe alors une reconstruction ascétique de l’histoire de Noé : voyant, selon lui, le mélange de la descendance de Seth avec celle de Caïn, Noé aurait différé le mariage afin de préserver une lignée juste destinée à renouveler le monde après le déluge.

Note de collation
  • Repère exégétique : la reconstruction de la vie familiale de Noé et le calcul généalogique qui l’accompagne sont propres à l’interprétation d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme une conclusion historique moderne.

§ 6

Aphraate poursuit son calcul généalogique. Sem, premier-né de Noé, engendra Arphaxad deux ans après le déluge alors qu’il avait cent ans. Il en déduit que Noé engendra Sem à un âge avancé et utilise la série des âges patriarcaux pour soutenir que Noé n’avait pas pris femme dans sa jeunesse. Il rappelle les générations d’Adam à Noé — Seth, Énos, Qénan, Mahalaléel, Yéred, Hénoch, Mathusalem et Lamek — afin d’étayer cette chronologie. Toute cette démonstration sert son argument principal : la justice de Noé ne reposait pas sur l’observance du sabbat.

Note de collation
  • Repère exégétique : la reconstruction de la vie familiale de Noé et le calcul généalogique qui l’accompagne sont propres à l’interprétation d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme une conclusion historique moderne.

§ 7

Si Noé avait pris femme avant que Dieu ne lui parle, poursuit Aphraate, il aurait engendré des enfants comme ses pères avant lui. Mais, selon son interprétation, il attendit afin de ne pas mêler sa descendance à la lignée maudite de Caïn. Lorsque Dieu lui annonça qu’il détruirait la génération corrompue et le sauverait, Noé prit femme parmi la descendance bénie, engendra Sem, Cham et Japhet, puis entreprit l’arche. Il aurait ensuite veillé à ce que ses fils prennent eux aussi des femmes de la lignée juste avant d’entrer dans l’arche. Aphraate présente cette continence et cette fidélité comme la cause morale de la préservation de Noé, non l’observance du sabbat.

Note de collation
  • Repère exégétique : la reconstruction de la vie familiale de Noé et le calcul généalogique qui l’accompagne sont propres à l’interprétation d’Aphraate ; ils ne sont pas présentés comme une conclusion historique moderne.

§ 8

De Noé naquit ensuite Abraham, homme de foi et tête des justes. Il observa, dit Aphraate, la volonté de Dieu avant même que la Loi ne soit donnée. Isaac, Jacob et les patriarches ne furent pas justifiés par le sabbat, mais par la foi. L’Écriture dit d’Abraham : « Il crut à Dieu, et cela lui fut compté comme justice. » Joseph, lui aussi, fut déclaré juste non parce qu’il gardait le sabbat, mais parce qu’il refusa le péché avec la femme de son maître en disant : « Comment ferais-je ce grand mal et pécherais-je contre Dieu ? »

§ 9

Si le sabbat avait réellement été la frontière entre la mort et la vie, il aurait été donné aux justes anciens dont Aphraate vient de parler. Mais il fut prescrit pour que se reposent serviteurs, servantes, mercenaires, étrangers et animaux, afin que ceux qui peinent soient soulagés de leur travail. Dieu prend soin de toute sa création. Aphraate invoque l’année sabbatique laissée aux pauvres et aux bêtes des champs, le commandement de laisser partir la mère d’un nid, les psaumes qui parlent des petits du corbeau et des animaux nourris par Dieu, ainsi que Job sur l’onagre et l’aigle. Le sabbat manifeste donc pour lui la sollicitude de Dieu envers la création fatiguée.

§ 10

Écoute encore cette parole : « En six jours Dieu fit le ciel et la terre, puis il cessa et se reposa de toutes ses œuvres ; c’est pourquoi il bénit le septième jour. » Aphraate refuse d’y voir la fatigue de Dieu. Dieu ne sommeille ni ne dort, il ne se lasse pas. Le langage du repos signifie simplement qu’il acheva son œuvre créatrice et cessa de créer de cette manière. De même, lorsque l’Écriture dit que les péchés du peuple « fatiguent » Dieu, il ne s’agit pas d’une fatigue corporelle. Ces expressions doivent être comprises avec discernement. Si Dieu, qui ne se fatigue pas, a néanmoins marqué l’achèvement par le repos, combien plus les créatures soumises au labeur ont-elles besoin de repos.

Note de collation
  • S1 : « Dieu se reposa » est explicitement interprété comme cessation/achèvement de l’œuvre créatrice, non comme fatigue divine.

§ 11

Comprends donc, mon bien-aimé, que Dieu n’a ni peiné ni été épuisé en créant ses œuvres. « Par la parole du Seigneur les cieux furent affermis, et par le souffle de sa bouche toute leur puissance. » Il forma l’homme, mais toutes les créatures vinrent à l’existence par sa parole, sans effort ni fatigue. Ainsi faut-il comprendre : « Dieu cessa de toutes ses œuvres et se reposa le septième jour. » Isaïe dit qu’il ne se fatigue ni ne se lasse et que son intelligence est insondable. Lorsque d’autres passages disent que les péchés du peuple l’ont « fatigué », il s’agit d’un langage figuré. La Loi est bonne lorsqu’elle est comprise avec intelligence.

§ 12

Écoute maintenant ce que je veux te montrer au sujet du sabbat. De même qu’Aphraate a contesté la gloire placée dans la circoncision seule, il conteste ici celle qui est placée dans l’observance extérieure du sabbat. Josué mena le combat contre Jéricho ; les Maccabées, après avoir d’abord refusé de combattre le jour du sabbat et subi de lourdes pertes, décidèrent de se défendre lorsqu’on les attaquerait ce jour-là. Les prêtres eux-mêmes accomplissaient au Temple, le sabbat, les sacrifices, l’abattage des victimes, le bois et le feu sans être considérés comme coupables. Pour Aphraate, ces exemples montrent que le sabbat fut donné pour le repos et non comme règle absolue détachée de toute nécessité ou du service de Dieu.

Note de collation
  • Contexte : Aphraate développe ici une controverse chrétienne contre l’observance juive du sabbat. Cette argumentation appartient au IVe siècle et est conservée comme donnée historique, sans adhésion éditoriale contemporaine.

§ 13

Écoute enfin quel est le sabbat qui plaît à Dieu. Isaïe dit : « Voici mon repos : donnez du repos à ceux qui sont accablés. » Il parle aussi de ceux qui gardent le sabbat, tiennent fermement l’alliance et choisissent ce que Dieu veut. Pour Aphraate, le vrai repos n’est donc pas seulement l’arrêt corporel du travail, mais l’accomplissement de la volonté de Dieu et le rejet de l’iniquité. Il rappelle que l’on peut observer extérieurement le sabbat tout en pratiquant l’injustice. Le sabbat véritable devient alors le repos de Dieu : faire ce qui lui plaît, soulager ceux qui peinent et entrer finalement dans le repos promis où toute la création sera renouvelée. C’est ainsi qu’il conclut sa démonstration contre ceux qui se glorifient du sabbat sans en saisir, selon lui, la finalité.

Note de collation
  • Contexte : Aphraate développe ici une controverse chrétienne contre l’observance juive du sabbat. Cette argumentation appartient au IVe siècle et est conservée comme donnée historique, sans adhésion éditoriale contemporaine.
  • Repère doctrinal : le « vrai sabbat » est ici défini comme repos accordé aux accablés, choix de la volonté de Dieu et entrée eschatologique dans son repos.

Repères éditoriaux

Cette publication correspond au premier niveau publiable S1. La traduction est complète et collationnée à la source ; l’appareil critique et la différenciation stylistique des sept restitutions seront enrichis aux étapes suivantes.

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