Père syriaque · IVe siècle · 337

Aphraate — Démonstration VI — Sur les fils de l’Alliance

Rareté en français : Rare en français · confiance moyenne

Un document majeur sur les Bnay Qyama, mouvement ascétique du christianisme syriaque ancien : discipline, virginité, combat intérieur, baptême et présence de l’Esprit.

État éditorial. S1 · collation directe du syriaque achevée · 20/20 sections · 6 corrections documentées. Les sept restitutions partagent encore une base commune ; leur différenciation fine appartient à S2.

Traduction et édition : Pierre-Alain Savoy.

Contexte de lecture. Le titre français suit le syriaque Bnay Qyama (« fils de l’Alliance »), plus précis que le latin tardif De Monachis. Plusieurs passages, notamment §§3 et 6, utilisent une rhétorique ascétique ancienne fortement négative envers les femmes ; d’autres exposent l’anthropologie, la pneumatologie et l’eschatologie propres à Aphraate. Ils sont conservés comme témoignages historiques du IVe siècle, sans adhésion éditoriale contemporaine.

Source et contrôle

Texte intégral — S1

La numérotation suit les 20 sections de l’édition source.

§ 1

La parole que je vais dire est digne d’être reçue : réveillons-nous de notre sommeil en ce temps, élevons nos cœurs avec nos mains vers Dieu dans les cieux, de peur que le maître de la maison ne vienne soudain et ne nous trouve endormis. Veille et souviens-toi du glorieux Époux ; prépare ta lampe avec son huile, afin d’entrer avec lui dans la chambre nuptiale. Réveille-toi et enlève de tes yeux le sommeil ; prends garde que la porte ne soit fermée devant toi. Préparons de l’huile pour nos lampes afin de sortir à sa rencontre dans la joie. Préparons des provisions pour notre voyage, sur la route étroite et resserrée. Dépouillons-nous et rejetons loin de nous toute souillure afin de revêtir les vêtements du banquet. Faisons fructifier l’argent que nous avons reçu afin d’être appelés de bons serviteurs. Persévérons dans la prière afin de traverser le lieu de la crainte. Purifions notre cœur de l’iniquité afin de voir le Très-Haut dans sa gloire. Soyons miséricordieux, comme il est écrit, afin que Dieu ait miséricorde de nous. Soyons en paix entre nous afin d’être appelés frères du Christ. Ayons faim de justice afin d’être rassasiés à la table de son Royaume. Devenons le sel de la vérité, de peur de devenir nourriture du serpent. Purifions notre semence des épines afin qu’elle porte au centuple. Bâtissons sur le roc afin que vents et flots ne renversent pas notre maison. Soyons des vases d’honneur, afin que le Seigneur nous trouve utiles à son service. Vendons ce que nous possédons pour acquérir la perle précieuse ; plaçons notre trésor dans le ciel afin qu’à notre départ il nous y soit ouvert. Visitons le Seigneur dans ses malades afin qu’il nous fasse tenir à sa droite. Renonçons à nous-mêmes et aimons le Christ, qui nous a aimés jusqu’à se livrer pour nous. Honorons l’Esprit du Christ afin de recevoir de lui la grâce. Devenons étrangers au monde, comme le Christ n’était pas du monde. Soyons humbles et patients afin d’hériter de la terre de vie. Soyons fidèles dans son service afin qu’il nous établisse ministres dans la demeure des saints. Présentons sa prière avec pureté afin qu’elle monte devant le Seigneur de majesté. Participons à ses souffrances afin de vivre avec lui dans sa résurrection. Portons son signe sur notre corps afin d’échapper à la colère qui vient. Revêtons le casque du salut afin de ne pas tomber blessés dans le combat ; ceignons nos reins de vérité afin de ne pas être trouvés faibles dans l’arène. Réveillons le Christ qui est en nous afin qu’il apaise les tempêtes. Prenons le bouclier contre le Malin, avec la préparation de l’Évangile de notre Sauveur. Recevons du Seigneur le pouvoir de fouler serpents et scorpions. Éloignons de nous colère, fureur et méchanceté ; que les injures disparaissent de la bouche avec laquelle nous prions Dieu. Ne maudissons pas, afin d’échapper à la malédiction de la Loi. Devenons des ouvriers diligents pour recevoir notre salaire avec les premiers ; supportons le poids du jour afin d’obtenir une récompense abondante. Ne soyons pas des ouvriers oisifs : le Seigneur nous a embauchés dans sa vigne. Soyons de bons sarments de la vraie vigne, afin de ne pas en être retranchés. Devenons une bonne odeur, afin que notre parfum se répande vers ceux qui nous entourent. Soyons pauvres dans ce monde afin d’enrichir beaucoup de la doctrine du Seigneur. N’appelons personne sur terre notre père, afin d’être fils du Père qui est dans les cieux. Quand nous n’aurons rien, alors nous posséderons tout ; quand personne ne nous connaîtra, nous aurons beaucoup d’amis auprès de Dieu. Réjouissons-nous toujours dans notre espérance, afin que notre espérance, notre Sauveur, se réjouisse en nous. Jugeons-nous nous-mêmes avec justice, afin de ne pas baisser les yeux devant les juges qui siégeront sur les trônes pour juger les tribus. Prenons les armes du combat, la préparation de l’Évangile. Frappons à la porte du ciel afin qu’elle nous soit ouverte. Demandons avec insistance la miséricorde dont nous avons besoin. Cherchons son Royaume et sa justice, afin que le reste nous soit donné. Méditons les réalités d’en haut, là où le Christ a été élevé, et quittons ce monde qui n’est pas le nôtre pour parvenir au lieu où nous sommes invités. Levons les yeux vers le haut afin de contempler la splendeur qui paraîtra ; élevons nos ailes comme l’aigle, vers le lieu où se trouve le Corps. Préparons au Roi des offrandes désirables : le jeûne et la prière. Gardons son gage avec intégrité afin qu’il nous établisse sur toute la maison de son trésor ; celui qui trompe au sujet de son gage n’entre pas dans la maison du trésor. Gardons avec soin le corps du Christ afin que nos corps se relèvent au son de la trompette. Soyons attentifs à la voix de l’Époux afin d’entrer avec lui dans la chambre nuptiale. Préparons des présents pour son banquet et sortons à sa rencontre dans la joie, vêtus de l’habit saint, afin de prendre place parmi les élus. Celui qui ne porte pas le vêtement nuptial sera jeté dans les ténèbres extérieures ; celui qui s’excuse du banquet n’en goûtera pas ; celui qui aime ses champs et son commerce se prive de la cité des saints. Celui dont la vigne ne produit pas de fruit sera arraché. Celui qui a reçu l’argent de son Seigneur doit le rendre avec profit. Celui qui veut acquérir le trésor doit acheter le champ. Celui qui a reçu la bonne semence doit nettoyer sa terre des épines. Celui qui veut être pêcheur doit jeter sans relâche son filet. Celui qui veut recevoir la couronne doit courir comme un vainqueur. Celui qui descend dans l’arène doit s’exercer contre son adversaire. Celui qui veut combattre doit prendre les armes nécessaires et les manier avec constance. Celui qui veut imiter les anges doit se rendre étranger aux agitations des hommes. Celui qui porte le joug des saints doit éloigner de lui le commerce. Celui qui veut posséder son âme doit écarter les possessions de ce monde. Celui qui aime la demeure céleste ne doit pas travailler comme si sa demeure de terre était permanente. Celui qui attend d’être enlevé dans les nuées ne doit pas se parer de montures splendides. Celui qui attend le banquet de l’Époux ne doit pas aimer les banquets de ce siècle. Celui qui espère la table préparée doit rejeter l’ivresse. Celui qui se prépare au festin ne doit pas inventer d’excuses. Celui qui a reçu la bonne semence ne doit pas laisser le Malin semer l’ivraie. Celui qui commence à bâtir une tour doit d’abord en calculer le coût, de peur de devenir la risée des passants. Celui qui bâtit sur le roc doit creuser profondément ses fondations afin que les tempêtes ne le renversent pas. Celui qui veut fuir les ténèbres doit marcher tant qu’il a la lumière. Celui qui redoute l’hiver doit se préparer dès l’été. Celui qui désire entrer dans le repos doit préparer son viatique pour le sabbat. Celui qui demande pardon au Seigneur doit pardonner à son débiteur. Celui qui remet cent deniers recevra de son Seigneur la remise de dix mille talents. Celui qui dépose l’argent de son Seigneur chez le changeur ne sera pas appelé serviteur mauvais. Celui qui aime l’humilité héritera de la terre de vie ; celui qui fait la paix est fils de Dieu. Celui qui connaît la volonté de son Seigneur doit l’accomplir. Celui qui purifie son cœur de la tromperie verra le Roi dans sa beauté. Celui qui reçoit l’Esprit du Christ doit embellir son homme intérieur. Celui qui est appelé temple de Dieu doit purifier son corps de toute souillure. Celui qui attriste l’Esprit du Christ ne relèvera pas la tête hors de la détresse. Celui qui porte le Corps du Christ doit garder son propre corps de toute impureté. Celui qui a dépouillé le vieil homme ne doit pas retourner à ses anciennes œuvres. Celui qui a revêtu l’homme nouveau doit préserver son âme de toute honte. Celui qui a revêtu l’armure depuis les eaux doit prendre ses armes afin de ne pas être vaincu. Celui qui porte le bouclier contre le Malin doit se garder de ses traits. Celui qui s’abandonne à l’acédie ne plaît pas à son Seigneur. Celui qui étudie la Loi de son Seigneur ne doit pas être emporté par les soucis de ce siècle. Celui qui médite la Loi sera comme un arbre planté près des eaux ; celui qui place sa confiance dans le Seigneur sera comme un arbre auprès du fleuve. Celui qui met sa confiance dans l’homme reçoit la malédiction. Celui que l’Époux a invité doit préparer son âme ; celui qui a allumé sa lampe doit veiller à ce qu’elle ne s’éteigne pas ; celui qui attend le cri doit garder de l’huile dans son vase ; celui qui garde la porte doit attendre son Seigneur. Celui qui aime la virginité doit ressembler à Élie. Celui qui porte le joug des saints doit s’asseoir seul et garder le silence. Celui qui aime la paix doit attendre son Seigneur dans l’espérance de la vie.

Note de collation
  • S1 : réintégration d’une série d’exhortations présentes dans le syriaque (§1) et condensées par erreur en S0 : provisions pour la route étroite, vêtements du banquet, argent confié, persévérance dans la prière, purification du cœur et miséricorde.

§ 2

Notre adversaire, mon bien-aimé, est habile ; celui qui lutte contre nous est rusé. Il se prépare surtout contre les hommes vigoureux et victorieux afin de les renverser. Les faibles sont déjà à lui : il ne combat pas ceux qui sont captifs et sa proie. Celui qui a des ailes s’envole loin de lui, et ses flèches ne l’atteignent pas. Les spirituels le voient venir et ne craignent pas ses armes. Les fils de lumière ne craignent pas les ténèbres, qui fuient devant la lumière. S’il rampe contre eux comme un serpent, ils deviennent le sel qu’il ne peut manger ; s’il est comparé à l’aspic, ils ressemblent aux petits enfants qui le foulent. S’il les attaque par le désir de la chair, ils le vainquent par le jeûne à l’exemple de notre Sauveur. S’il combat par la convoitise des yeux, ils lèvent les yeux vers les hauteurs du ciel. S’il veut les prendre par les séductions de l’oreille, ils ne l’écoutent pas. S’il vient ouvertement au combat, ils revêtent leurs armes et se dressent contre lui. S’il les attaque par le sommeil, ils se réveillent, veillent, psalmodient et prient. S’il les séduit par les richesses, ils les distribuent aux pauvres ; si une douceur de ce monde les sollicite, ils n’en goûtent pas, sachant qu’elle est amère. Et s’il les enflamme par le désir d’Ève, ils vivent seuls et ne demeurent pas avec les filles d’Ève.

§ 3

C’est par Ève que l’Adversaire entra auprès d’Adam, et Adam fut trompé par sa simplicité. Il s’approcha de Joseph par la femme de son maître, mais Joseph reconnut sa ruse et refusa de l’écouter. Par une femme il combattit Samson jusqu’à lui enlever son naziréat. Ruben était le premier-né de ses frères, et l’Adversaire jeta sur lui une tache par la femme de son père. Aaron était le grand prêtre d’Israël, et à cause de Marie sa sœur il envia Moïse. Moïse lui-même, envoyé pour faire sortir le peuple d’Égypte, emmena avec lui « l’instigatrice des maux » ; le Seigneur le rencontra et voulut le faire mourir, jusqu’à ce qu’il la renvoie en Madian. David remportait la victoire dans tous ses combats, mais par une fille d’Ève une tache fut trouvée en lui. Amnon était beau d’apparence ; le désir de sa sœur l’enlaça, et Absalom le tua à cause de ce qu’il avait fait à Tamar. Salomon fut élevé au-dessus de tous les rois de la terre, mais ses femmes détournèrent son cœur lorsqu’il vieillit. Par Jézabel, fille d’Ethbaal, l’iniquité d’Achab se multiplia et il fut profondément souillé. L’Adversaire éprouva Job dans ses enfants et ses biens ; n’ayant pu le vaincre, il revint avec une autre arme et fit parler contre lui la femme qui avait fait tomber Adam : « Maudis Dieu », lui dit-elle ; mais Job repoussa son conseil. Asa lui aussi vainquit cette attaque lorsque sa mère voulut le détourner : il la destitua de sa dignité et détruisit son idole. Jean était le plus grand des prophètes ; cependant Hérode le fit mourir à cause de la danse d’une « fille d’Ève ». Haman était riche et troisième après le roi ; sa femme le poussa à vouloir détruire les Juifs. Zimri était prince de la tribu de Siméon ; Cozbi, fille des princes de Madian, le corrompit, et à cause de cette affaire vingt-quatre mille d’Israël tombèrent en un seul jour.

Note de collation
  • Contexte : Aphraate emploie ici une rhétorique ascétique fortement négative à l’égard des femmes (« instigatrice des maux », « fille d’Ève »). Elle est restituée comme donnée historique du IVe siècle, sans adhésion éditoriale.

§ 4

C’est pourquoi, mes frères, si un homme qui s’est lié par l’Alliance, s’est consacré à la continence et a choisi la vie solitaire veut qu’une femme, elle aussi fille de l’Alliance, demeure avec lui, il lui serait meilleur de l’épouser ouvertement plutôt que d’être entraîné par le désir. Il en va de même pour la femme : si elle ne peut demeurer séparée de l’homme solitaire, il vaut mieux qu’elle se marie ouvertement. Qu’une femme demeure avec une femme, et un homme avec un homme. Même un mari qui a décidé de vivre dans la continence ne doit pas garder son épouse auprès de lui, de peur de revenir à sa vie ancienne et d’être tenu pour adultère à son engagement. Le conseil que je donne à moi-même et à vous, bien-aimés fils de l’Alliance qui ne prenez pas femme, à vous aussi vierges qui ne vous donnez pas à un homme, et à tous ceux qui aiment la sainteté, est juste et convenable : chacun doit, même si cela lui coûte, demeurer dans la solitude. Il convient à celui qui a pris le joug du Christ de le garder dans la pureté, selon la parole : « Il est bon pour l’homme de porter le joug dès sa jeunesse ; qu’il s’assoie seul et garde le silence, puisqu’il l’a pris sur lui. »

§ 5

Il est écrit de Moïse, mon bien-aimé, qu’après que le Saint se fut révélé à lui, il aima la sainteté et la continence. Depuis qu’il fut consacré, sa femme ne le servit plus ; Josué fils de Noun devint son serviteur dès sa jeunesse. De Josué il est encore écrit qu’il ne quittait pas la Tente. Or aucune femme ne servait dans la Tente de l’Alliance ; la Loi ne permettait pas aux femmes d’entrer dans la Tente, mais lorsqu’elles venaient prier elles priaient à son entrée et repartaient. Il était aussi prescrit aux prêtres, pendant le temps de leur service, de demeurer dans la continence et de ne pas s’unir à leurs femmes. Élie demeurait tantôt au mont Carmel, tantôt près du torrent Kerith, et un serviteur le servait. Parce que son cœur était dans le ciel, les oiseaux du ciel lui apportaient sa nourriture ; parce qu’il ressemblait aux anges, les anges lui apportèrent pain et eau lorsqu’il fuyait devant Jézabel ; parce que toute sa pensée était placée dans le ciel, il fut enlevé au ciel dans un char de feu. Élisée marcha sur les traces de son maître ; lorsqu’il demeurait dans la chambre préparée par la Shunamite, un disciple le servait. La femme disait : « Voici, c’est un saint prophète de Dieu qui passe constamment chez nous » ; c’est pourquoi elle disposa pour lui un lit, une table, un siège et une lampe. Que dirons-nous encore de Jean ? Bien qu’il vécût parmi les hommes, il garda magnifiquement sa virginité et reçut l’esprit d’Élie. Le bienheureux Apôtre disait encore de lui-même et de Barnabé : « N’avons-nous pas le droit de manger et de boire et de conduire avec nous une femme sœur ? » Mais, pour ceux qui ont choisi cette voie, cela n’est ni nécessaire ni convenable.

§ 6

C’est pourquoi, mes frères, nous savons et voyons que, depuis le commencement, c’est par la femme que l’Adversaire eut une entrée auprès des hommes, et que jusqu’à la fin il accomplit son œuvre par elle. Elle est en effet l’arme de Satan ; par elle il combat les athlètes, par elle il joue continuellement, car elle fut pour lui comme une cithare dès le premier jour. À cause d’elle fut posée la malédiction de la Loi ; à cause d’elle fut donnée la sentence de mort : elle enfante des fils dans la douleur et les livre à la mort ; à cause d’elle la terre fut maudite pour produire épines et chardons. Désormais, avec la venue du fruit de la bienheureuse Marie, les épines ont été arrachées, la sueur essuyée, la malédiction clouée à la croix et l’épée retirée de l’arbre de vie. Le paradis est promis aux bienheureux, aux vierges et à ceux qui gardent la continence ; le fruit de l’arbre de vie est offert aux croyants. La porte est ouverte à ceux qui accomplissent la volonté de Dieu ; la source et la manne sont données à ceux qui ont soif de justice. La table est dressée, le veau gras immolé, la coupe du salut préparée, le banquet prêt, et l’Époux s’approche. Les apôtres lancent l’invitation : beaucoup sont appelés. Préparez-vous donc, élus. La lumière joyeuse s’est levée ; des vêtements qui ne sont pas faits de main d’homme sont préparés. Le cri approche, les tombeaux s’ouvrent, les morts se relèvent et les vivants s’envolent à la rencontre du Roi. La table est prête, la trompette appelle, les anges se hâtent et le trône du Juge est dressé. Celui qui a travaillé se réjouit ; celui qui a chuté tremble. Les fils de la droite exultent, ceux de la gauche pleurent. Les uns resplendissent dans la lumière ; les autres gémissent dans les ténèbres. Le temps de la grâce est passé et vient le jugement ; l’hiver est arrivé et l’été s’en est allé ; le sabbat du repos est venu et le travail a cessé ; la nuit s’enfuit et la lumière règne ; l’aiguillon de la mort est brisé et la mort engloutie par la vie. Ceux qui vont au Royaume se réjouissent et louent. Ceux qui n’ont pas pris épouse seront servis, selon son image ascétique, par les anges du ciel ; ceux qui ont gardé la chasteté se reposeront dans le sanctuaire du Très-Haut, et l’Unique engendré réjouira les solitaires. Là il n’y aura plus homme ni femme, esclave ni libre, mais tous seront fils du Très-Haut. Les vierges chastes, fiancées au Christ, porteront leurs lampes lumineuses et entreront avec lui dans la chambre de l’Époux. Aphraate oppose alors fortement leur vocation aux conditions du mariage terrestre : leurs vêtements ne vieillissent pas, leur beauté est renouvelée à la résurrection et leur Époux ne s’éloigne jamais.

Note de collation
  • S1 : suppression de la glose éditoriale introduite en S0 afin de restituer directement la voix d’Aphraate.
  • Contexte : le début du §6 généralise sur les femmes dans des termes misogynes caractéristiques de cette argumentation ascétique ancienne. Le passage est conservé comme document historique et ne constitue pas une position éditoriale contemporaine.

§ 7

Vous donc, vierges qui vous êtes fiancées au Christ, si l’un des fils de l’Alliance vous dit : « Je demeurerai avec toi et tu me serviras », répondez-lui : « Je suis fiancée à un homme qui est Roi, et c’est lui que je sers. Si j’abandonne son service pour te servir, mon Époux se mettra en colère contre moi, me fera la guerre et me chassera de sa maison. Puisque tu cherches de moi un honneur et voudrais que je reçoive aussi de toi un honneur, prends garde que nous ne nous causions mutuellement du dommage. Ne mets pas du feu dans ton sein, de peur de brûler tes vêtements. Que toi tu demeures dans ton honneur, et moi seule dans le mien. Prépare pour toi ce que l’Époux a disposé pour le banquet éternel et prépare ton âme pour aller à sa rencontre ; moi, j’achèterai de l’huile afin d’entrer avec les vierges sages et de ne pas rester dehors avec les insensées. »

§ 8

Écoute donc, mon bien-aimé, ce que j’écris : ces choses conviennent aux solitaires, aux fils de l’Alliance, aux vierges et aux consacrés. Avant tout, celui qui a pris le joug doit avoir une foi ferme, comme je te l’ai écrit dans le premier discours ; qu’il soit attentif au jeûne et à la prière, qu’il brûle d’amour pour le Christ, qu’il soit humble, ferme et sage. Que sa parole soit douce et paisible, sa volonté droite envers tous, ses mots pesés. Qu’il mette une garde à sa bouche afin de ne pas prononcer de paroles blessantes. Qu’il éloigne le rire irréfléchi. Qu’il n’aime pas l’ornement des vêtements, ne se préoccupe pas de cultiver sa chevelure ni de se parfumer. Qu’il ne recherche pas les banquets, les vêtements précieux ni l’abondance du vin. Qu’il chasse les pensées orgueilleuses. Qu’il éloigne de lui la langue trompeuse, la jalousie, la dispute et les lèvres mensongères. Qu’il n’écoute pas une accusation contre quelqu’un absent avant d’en avoir vérifié la vérité. Qu’il tienne la moquerie pour une faute détestable. Qu’il ne pratique ni l’usure ni le profit cupide. Qu’il se maîtrise lui-même sans chercher à dominer autrui. Qu’il éloigne le tumulte et les propos indécents. Qu’il ne raille pas celui qui se repent de ses péchés ; qu’il ne se moque pas du frère qui jeûne et ne couvre pas de honte celui qui ne peut jeûner. Là où sa parole est reçue, qu’il parle ; là où elle ne l’est pas, qu’il garde le silence. Qu’il ne s’abaisse pas à mendier pour satisfaire son ventre. Qu’il confie son secret à celui qui craint Dieu et se garde du malveillant. Qu’il ne fréquente pas l’homme pervers, ne discute pas avec celui qui insulte afin que le nom de son Seigneur ne soit pas blasphémé à cause de lui, et qu’il s’éloigne du calomniateur. Qu’il ne cherche pas à plaire aux autres par des paroles flatteuses. Voilà ce qui convient aux fils de l’Alliance qui ont reçu le joug céleste et sont disciples du Christ : les disciples du Christ doivent ressembler à leur Seigneur.

§ 9

Prenons donc exemple, mon bien-aimé, sur notre Vivificateur. Alors qu’il était riche, il s’est fait pauvre ; alors qu’il était élevé, il a abaissé sa grandeur ; lui dont la demeure était dans les hauteurs n’avait pas de lieu où reposer sa tête. Celui qui doit venir sur les nuées monta sur un ânon pour entrer à Jérusalem. Dieu et Fils de Dieu, il prit la forme de serviteur. Lui qui était au-dessus de tout labeur fut fatigué par le voyage. Lui qui est la source qui étanche la soif eut soif et demanda de l’eau. Lui qui est l’abondance et le rassasiement de notre faim eut faim lorsqu’il alla au désert pour être tenté. Le Gardien qui ne dort pas dormit et s’endormit dans la barque au milieu de la mer. Celui qui était servi dans la demeure de son Père reçut le service des hommes. Lui, le médecin de tous les malades, eut les mains percées de clous. Sa bouche disait le bien, et on lui donna du fiel à manger. Lui qui n’avait blessé ni fait de mal à personne reçut des blessures et supporta l’opprobre. Le Vivificateur de tous les mortels se livra lui-même à la mort de la croix.

§ 10

Notre Sauveur nous a montré en lui toute cette humilité. Humilions-nous donc nous aussi, bien-aimés. Lorsque notre Seigneur vint hors de sa condition propre, il marcha dans notre nature ; demeurons dans notre condition afin qu’au jour de la justice il nous fasse participer à la sienne. Notre Seigneur a pris de nous un gage et s’en est allé, et il nous a laissé un gage de lui-même. Il a pris notre corps et l’a porté auprès du Roi ; il nous a laissé son Esprit, afin que par lui nous puissions recevoir la promesse. Le Fils du Roi est auprès de nous, et notre corps est auprès du Roi. Nous qui sommes pauvres, que ferons-nous donc pour le Fils du Roi qui demeure chez nous ? Il ne nous demande qu’une chose : que nous ornions nos temples pour lui, afin qu’au temps accompli, lorsqu’il retournera auprès de son Père, il puisse témoigner de nous que nous l’avons honoré. Lorsqu’il vint à nous, il ne possédait rien de notre nature et nous ne possédions rien de la sienne. Lorsque Gabriel annonça la bonne nouvelle à Marie, sa mère, la Parole vint d’en haut, devint chair et habita parmi nous. Lorsqu’elle retourna à celui qui l’avait envoyée, elle emporta ce qu’elle n’avait pas apporté : notre humanité. Ainsi l’Apôtre dit que Dieu nous a ressuscités et nous a fait asseoir avec le Christ dans les cieux. Et lorsqu’il retourna au Père, il nous envoya son Esprit et nous dit : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde. » Le Christ est assis à la droite de son Père et habite en même temps dans les croyants. Il est en haut et en bas par la sagesse du Père ; il demeure dans beaucoup tout en étant un. Il se partage entre les fidèles sans subir aucune diminution. Il est en nous, et nous sommes en lui, comme il a dit : « Vous êtes en moi et je suis en vous », et encore : « Moi et le Père, nous sommes un. »

§ 11

Quelqu’un, dont l’intelligence est inférieure à la connaissance, pourra contester cela et dire : « Puisqu’il n’y a qu’un Christ et qu’un Père, comment le Christ et son Père demeurent-ils dans les hommes qui croient ? Comment les justes deviennent-ils des temples de Dieu où il demeure ? Faudrait-il qu’il y ait autant de Christs et de dieux que de fidèles ? » Écoute, mon bien-aimé, comment répondre. Que celui qui parle ainsi apprenne à partir des choses visibles. Tout le monde sait qu’il n’y a qu’un soleil fixé dans le ciel et que ses rayons se répandent sur la terre. Sa lumière entre par beaucoup de portes et de fenêtres ; partout où tombe son éclat, même s’il n’occupe que la largeur d’une main, on l’appelle lumière du soleil, tandis que le soleil demeure dans le ciel. Dirons-nous pour cela qu’il y a plusieurs soleils ? Il en va de même de la mer : tu peux en prendre une coupe et la répartir dans mille récipients ; dans chacun, tu l’appelles toujours eau. De même encore, tu allumes à un feu des feux dans de nombreux lieux, et le feu dont tu les as tirés ne diminue pas. Tu peux aussi prendre de la poussière de la terre et la disperser ici ou là : la terre n’en est pas amoindrie. Ainsi Dieu et son Christ, bien qu’ils soient un, demeurent dans beaucoup d’hommes sans quitter le ciel et sans subir aucune diminution. Si même le soleil, créature de Dieu, peut répandre sa puissance sans être diminué, combien davantage la puissance de Dieu !

§ 12

Je veux encore te rappeler, mon bien-aimé, ce qui est écrit. Lorsque Moïse trouvait trop lourd de conduire seul le camp, le Seigneur lui dit : « Je prendrai de l’Esprit qui est sur toi et je le mettrai sur soixante-dix anciens d’Israël. » Lorsque Dieu prit de l’esprit qui était sur Moïse et que les soixante-dix en furent remplis, Moïse fut-il diminué ? Son esprit était-il de telle nature qu’on pût réellement lui en enlever une part ? Le bienheureux Apôtre enseigne de même que Dieu a distribué de l’Esprit du Christ et envoyé les prophètes, sans que le Christ subisse aucune diminution ; le Père ne lui a pas donné l’Esprit avec mesure. Les prophètes reçurent de l’Esprit du Christ chacun selon ce qu’il pouvait porter. Aujourd’hui encore il est répandu sur toute chair : fils et filles prophétisent, vieillards et jeunes gens, serviteurs et servantes. Quelque chose du Christ est en nous, et le Christ demeure dans le ciel à la droite du Père. Il n’a pas reçu l’Esprit avec mesure : le Père l’aime et a tout remis entre ses mains. Jean dit : « Le Père n’a pas donné l’Esprit au Fils avec mesure ; il l’a aimé et a tout remis entre ses mains. » Le Seigneur dit aussi : « Tout m’a été remis par mon Père », et encore que le Père a remis au Fils tout jugement. L’Apôtre dit que tout a été soumis au Christ, sauf le Père qui lui a soumis toutes choses ; et lorsque toutes choses lui auront été soumises, le Fils lui-même sera soumis à Dieu son Père, afin que Dieu soit tout en tous.

§ 13

Notre Seigneur témoigne de Jean qu’il est plus grand que les prophètes. Pourtant Jean reçut l’Esprit selon une mesure : il reçut la même mesure qu’Élie. De même qu’Élie demeurait au désert, Jean fut conduit par l’Esprit de Dieu et demeura au désert, dans les montagnes et les cavernes. Des oiseaux nourrissaient Élie ; Jean mangeait des sauterelles ailées. Élie portait une ceinture de peau autour des reins ; Jean portait lui aussi une ceinture de cuir. Jézabel poursuivit Élie ; Hérodiade poursuivit Jean. Élie reprit Achab ; Jean reprit Hérode. Élie partagea le Jourdain ; Jean ouvrit le baptême. L’esprit d’Élie reposa en double mesure sur Élisée ; Jean posa sa main sur notre Sauveur, et notre Sauveur reçut l’Esprit sans mesure. Élie ouvrit le ciel et monta ; Jean vit les cieux ouverts et l’Esprit de Dieu descendre et reposer sur notre Sauveur. Élisée reçut une double part de l’esprit d’Élie ; notre Sauveur reçut ce qui venait de Jean et ce qui venait du ciel. Élisée prit le manteau d’Élie ; notre Sauveur reçut l’imposition de la main du prêtre. Élisée fit de l’huile à partir de l’eau ; notre Sauveur fit du vin à partir de l’eau. Élisée rassasia cent hommes avec peu de pain ; notre Sauveur rassasia cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, avec peu de pain. Élisée purifia Naaman le lépreux ; notre Sauveur en purifia dix. Élisée maudit des enfants et des ours les dévorèrent ; notre Sauveur bénit les enfants. Des enfants insultèrent Élisée ; des enfants louèrent notre Sauveur en criant : « Hosanna ! » Élisée maudit Guéhazi son disciple ; notre Sauveur prononça une malédiction contre Judas son disciple, mais bénit ses autres disciples. Élisée releva un seul mort ; notre Sauveur en releva trois. Un mort revécut sur les os d’Élisée ; lorsque notre Sauveur descendit dans la demeure des morts, il vivifia et releva beaucoup de morts. Nombreux sont encore les signes accomplis par l’Esprit du Christ, cet Esprit dont les prophètes avaient reçu.

Note de collation
  • S1 : restauration de la chaîne comparative complète Élie–Jean–Élisée–Christ d’après le syriaque, notamment l’imposition de la main de Jean et la formule « Esprit sans mesure ».

§ 14

C’est pourquoi, mon bien-aimé, nous avons nous aussi reçu de l’Esprit du Christ, et le Christ habite en nous, comme l’Esprit l’a dit par la bouche du prophète : « J’habiterai en eux et je marcherai au milieu d’eux. » Préparons donc nos temples pour l’Esprit du Christ et ne l’attristons pas, de peur qu’il ne s’éloigne de nous. Souvenez-vous de la parole de l’Apôtre : « N’attristez pas l’Esprit Saint, par lequel vous avez été marqués pour le jour de la rédemption. » Nous recevons l’Esprit du Christ au baptême : à l’heure où les prêtres invoquent l’Esprit, le ciel s’ouvre, il descend sur les eaux, et ceux qui sont baptisés le revêtent. Ceux qui naissent selon le corps n’ont pas encore reçu cet Esprit jusqu’à ce qu’ils viennent à la régénération de l’eau. Dans la première naissance ils reçoivent la vie de l’âme ; dans la seconde, celle du baptême, ils reçoivent l’Esprit Saint immortel qui vient de Dieu. Lorsque les hommes meurent, l’âme liée au corps demeure avec lui dans l’état de mort, tandis que l’Esprit céleste qu’ils ont reçu retourne à sa nature, au Christ. C’est pourquoi l’Apôtre dit : « Le corps est semé psychique et ressuscite spirituel », et encore : « Lorsque nous aurons quitté le corps, nous serons auprès du Seigneur. » Celui qui a gardé l’Esprit du Christ dans la pureté sera reconnu par cet Esprit : celui-ci témoignera que le corps dans lequel il est venu l’a gardé dans la sainteté, et il demandera au Christ de ressusciter ce corps pour s’y unir de nouveau. Mais de l’homme qui a attristé l’Esprit reçu dans l’eau, l’Esprit se retire avant sa mort et retourne au Christ en témoignant contre lui. Lorsque viendra l’accomplissement et que sonnera la résurrection, l’Esprit qui aura été gardé dans la pureté recevra de sa source une grande puissance, se tiendra aux portes des tombeaux de ceux qui l’ont gardé et attendra le cri. Lorsque les portes des cieux s’ouvriront devant le Roi, que la trompette sonnera et que retentiront les cors, l’Esprit ouvrira les tombeaux, relèvera les corps et les revêtira de la gloire qu’il aura apportée. L’esprit de l’âme sera alors absorbé par l’Esprit céleste ; celui-ci prendra possession du corps et tout l’homme deviendra spirituel. La mort sera engloutie par la gloire ; cet homme, enlevé par l’Esprit, s’envolera à la rencontre du Roi et le recevra dans la joie. Ainsi le Christ se montrera bienveillant envers le corps qui aura gardé son Esprit dans la pureté.

Note de collation
  • Contexte : la distinction entre « esprit psychique » et « Esprit céleste », ainsi que la description de leur devenir après la mort, relève de l’anthropologie et de la pneumatologie propres à Aphraate.

§ 15

Cet Esprit, mon bien-aimé, que les prophètes ont reçu et que nous avons reçu nous aussi, n’est pas à tout moment manifestement auprès de ceux qui l’ont reçu : tantôt il va vers celui qui l’a envoyé, tantôt il revient vers celui qui l’a reçu. Écoute ce que dit notre Seigneur : « Ne méprisez aucun de ces petits qui croient en moi, car leurs anges dans les cieux voient toujours la face de mon Père. » Ainsi l’Esprit va et se tient devant Dieu, contemple sa face et accuse devant lui celui qui fait du tort au temple qu’il habite.

§ 16

Je veux te montrer par les Écritures que l’Esprit n’est pas continuellement manifesté de la même manière chez ceux qui l’ont reçu. Il est écrit que l’Esprit du Seigneur se retira de Saül, cet Esprit qu’il avait reçu lors de son onction, parce qu’il l’avait attristé ; Dieu permit qu’un esprit de trouble le tourmente. Lorsque Saül était agité, David jouait de la cithare, l’Esprit Saint revenait sur David et l’esprit mauvais s’éloignait de Saül. Mais l’Esprit reçu par David n’était pas non plus manifesté en lui à chaque instant : lorsqu’il jouait, il venait sur lui ; et s’il avait toujours gouverné toute sa conduite, David ne serait pas tombé avec la femme d’Urie. Aussi, lorsqu’il confessa son péché, il pria : « Ne retire pas de moi ton Esprit Saint. » Il est encore écrit d’Élisée que lorsqu’on joua de la cithare, l’Esprit vint sur lui et il prophétisa : « Ainsi dit le Seigneur : vous ne verrez ni vent ni pluie, mais ce torrent se remplira de fosses. » Lorsque la Shunamite vint à lui pour son fils mort, il dit : « Le Seigneur me l’a caché et ne me l’a pas révélé. » Mais lorsque le roi d’Israël envoya un messager pour le tuer, l’Esprit l’en avertit avant son arrivée : « Voici, ce fils d’iniquité a envoyé quelqu’un pour m’ôter la tête. » L’Esprit lui révéla aussi l’abondance qui devait venir le lendemain à Samarie et lui fit connaître que Guéhazi avait pris de l’argent et l’avait caché.

§ 17

C’est pourquoi, mon bien-aimé, lorsque l’Esprit Saint s’éloigne de l’homme qui l’a reçu, l’Adversaire cherche à combattre cet homme jusqu’à ce que l’Esprit revienne, afin de le renverser et de faire que l’Esprit s’éloigne entièrement de lui. Tant que l’Esprit est avec l’homme, Satan redoute de s’en approcher. Considère notre Seigneur : bien qu’il fût né de l’Esprit, il ne fut pas tenté avant d’avoir reçu publiquement l’Esprit d’en haut au baptême ; alors l’Esprit le conduisit pour être tenté par Satan. Il en va ainsi de l’homme : lorsqu’il constate que son cœur n’est plus enflammé par l’Esprit et qu’il tombe vers les pensées de ce monde, qu’il sache qu’il ne garde pas l’Esprit comme il le faut. Qu’il se lève donc, prie et veille afin que l’Esprit de Dieu revienne vers lui et qu’il ne soit pas vaincu par l’Adversaire. Le voleur ne perce pas une maison avant de savoir que son maître est sorti. Ainsi Satan ne peut entrer dans cette maison qu’est notre corps tant que l’Esprit du Christ y demeure. Le voleur écoute d’abord : s’il entend la voix du maître à l’intérieur, il s’éloigne ; s’il constate que le maître est sorti, il vient, perce la maison et vole. De même Satan observe. S’il entend chez l’homme des paroles honteuses, la colère, la querelle ou les disputes, il comprend que cet homme n’est plus gouverné par la présence du Christ, entre et accomplit sa volonté. Le Christ demeure chez les doux et les humbles, chez ceux qui tremblent devant ses paroles : « Sur qui porterai-je mon regard, sinon sur l’homme paisible et humble qui tremble devant mes paroles ? » Et le Seigneur dit : « Celui qui garde mes commandements et mon amour, nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure. » Si Satan voit un homme veiller, prier et méditer jour et nuit la Loi de son Seigneur, il s’éloigne, sachant que le Christ est avec lui. Tu demanderas : « Combien y a-t-il donc de Satans, puisqu’il combat tant d’hommes ? » Comprends-le par les images que je t’ai données au sujet du Christ présent en beaucoup sans être diminué. Une maison entière est illuminée par un petit rayon de soleil qui entre par sa fenêtre ; de même l’homme qui donne place à quelque chose de Satan peut en être tout obscurci. L’Apôtre dit : « Satan lui-même se transforme en ange de lumière ; rien d’étonnant donc si ses ministres se transforment en ministres de justice. » Et notre Seigneur dit aux apôtres : « Je vous ai donné le pouvoir de fouler toute l’armée de l’ennemi. » Les Écritures montrent qu’il a une armée et des ministres. Il envoie ses serviteurs dans le monde pour combattre. Mais sache qu’il ne peut plus combattre ouvertement comme auparavant, car depuis la venue de notre Vivificateur une puissance a été établie contre lui : il agit comme un ravisseur et un voleur.

§ 18

Je veux maintenant t’expliquer, mon bien-aimé, cette parole de l’Apôtre dont certains enseignements trompeurs font une occasion de chute : « Il y a un corps psychique et il y a un corps spirituel. » Il est encore écrit : « Le premier Adam devint une âme vivante ; le dernier Adam, un Esprit vivifiant. » Certains en concluent qu’il y aurait deux Adam étrangers l’un à l’autre. Mais l’Apôtre dit encore : « De même que nous avons porté l’image de l’Adam terrestre, nous porterons l’image de l’Adam céleste. » L’Adam terrestre est celui qui a péché ; l’Adam céleste est notre Vivificateur et Seigneur Jésus Christ. Ceux qui reçoivent l’Esprit du Christ porteront donc la ressemblance de l’Adam céleste. Le psychique sera absorbé par le spirituel. Mais l’homme qui attriste l’Esprit du Christ ressuscitera dans son état psychique, car il n’aura pas avec lui l’Esprit céleste pour absorber ce qui est psychique ; il demeurera dans sa condition propre, sans être revêtu de l’Esprit. Celui qui aura honoré l’Esprit et l’aura gardé dans la pureté sera protégé par l’Esprit Saint au jour de la résurrection ; tout l’homme deviendra spirituel et ne sera pas trouvé nu. L’Apôtre dit : « Pourvu que, revêtus, nous ne soyons pas trouvés nus », et encore, dans la forme du texte qu’Aphraate cite : « Nous dormirons tous, mais dans la résurrection nous ne serons pas tous transformés. » Et : « Il faut que ce mortel revête l’immortalité et que ce corruptible revête l’incorruptibilité ; alors s’accomplira la parole : la mort a été engloutie dans la victoire. » Il dit encore : « En un instant, en un clin d’œil, les morts ressusciteront incorruptibles et nous serons transformés. » Ceux qui seront transformés revêtiront la forme de l’Adam céleste et deviendront spirituels ; ceux qui ne seront pas transformés demeureront dans la condition de l’Adam terrestre. Les premiers seront élevés vers le ciel par l’Esprit qu’ils auront revêtu et hériteront du Royaume préparé pour eux dès le commencement ; ceux qui demeurent psychiques resteront sur la terre inférieure dans le poids de leurs corps, retourneront au séjour des morts, et là seront les pleurs et le grincement des dents.

Note de collation
  • S1 : la citation de 1 Co 15 est traduite selon la forme textuelle réellement transmise par Aphraate : « nous dormirons tous, mais … nous ne serons pas tous transformés », et non selon la formulation habituelle des traductions françaises modernes.
  • S1 : restitution de la fin de la section sur le séjour des morts, omise en S0.

§ 19

En t’écrivant ces choses, mon bien-aimé, je les rappelle aussi à ma propre âme. Aime donc la virginité : elle est une part céleste, une communion avec les Veilleurs du ciel. Rien ne lui est comparable, et le Christ demeure en ceux qui la gardent ainsi. Le temps de l’été approche ; le figuier a produit ses bourgeons et ses feuilles, et les signes annoncés par notre Sauveur ont commencé à s’accomplir : « Nation se lèvera contre nation et royaume contre royaume ; il y aura des famines, des pestes et des terreurs venues du ciel. » Voici que toutes ces choses surviennent en nos jours.

Note de collation
  • Contexte : Aphraate interprète les guerres, famines et signes de son propre temps comme accomplissement eschatologique ; il s’agit de sa lecture du IVe siècle.

§ 20

Lis donc ce que je t’ai écrit, toi et les frères, fils de l’Alliance, qui aimez la virginité. Garde-toi de ceux qui se moquent. Car celui qui raille ou tourne son frère en dérision accomplit contre lui la parole écrite dans l’Évangile : lorsque notre Seigneur voulut demander compte aux avares et aux pharisiens, il est écrit qu’ils aimaient l’argent et se moquaient de lui. Ainsi aujourd’hui ceux qui ne reçoivent pas ces choses les tournent en dérision. Lis donc et apprends ; applique-toi à la lecture et à l’action, et que la Loi du Seigneur soit ta méditation en tout temps. Quand tu auras lu cette lettre, je t’en conjure par ta vie, mon bien-aimé : lève-toi, prie, et dans ta prière souviens-toi de moi, pécheur.

Repères éditoriaux

Cette publication correspond au premier niveau publiable S1. La traduction est complète et collationnée à la source ; l’appareil critique et la différenciation stylistique des sept restitutions seront enrichis aux étapes suivantes.

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