Père syriaque · IVe siècle · 337

Aphraate — Démonstration V — Sur les guerres

Rareté en français : Rare en français · confiance moyenne

Un traité historique et eschatologique où Aphraate interprète les empires de Daniel à partir des conflits de son temps, tout en concluant explicitement qu’il ne présente pas cette lecture comme une révélation reçue.

État éditorial. S1 · collation directe du syriaque achevée · 25/25 sections · 8 corrections documentées. Les sept restitutions partagent encore une base commune ; leur différenciation fine appartient à S2.

Traduction et édition : Pierre-Alain Savoy.

Contexte de lecture. Les identifications d’empires, la lecture providentialiste du pouvoir romain et les formulations polémiques concernant Israël et le judaïsme appartiennent à l’exégèse chrétienne d’Aphraate au IVe siècle. Elles sont conservées comme témoignage historique et ne constituent pas une analyse politique ni une prise de position éditoriale contemporaine.

Source et contrôle

Texte intégral — S1

La numérotation suit les 25 sections de l’édition source.

§ 1

Une pensée m’est venue en ce temps au sujet du trouble qui doit survenir, et des armées qui se rassemblent pour le combat. Les temps ont été déterminés et établis par Dieu : aux jours des hommes bons et justes, les temps s’accomplissent dans la paix ; aux jours des impies et des pécheurs, ils passent au milieu de nombreuses détresses. Il est écrit qu’un bien doit arriver, et heureux celui par qui il arrive ; un mal aussi doit arriver, mais malheur à celui par qui il vient. Le bien vient au peuple de Dieu, et le bonheur demeure pour l’homme par la main duquel ce bien est accompli. Mais le mal suscité par les armées rassemblées vient par l’action de l’impie qui s’élève dans son orgueil ; une malédiction lui est réservée pour l’avenir. Cependant, mon bien-aimé, ne t’irrite pas contre l’impie qui entraîne beaucoup d’hommes dans le mal : les temps sont fixés, et l’heure est venue pour eux de s’accomplir.

§ 2

Puisque les temps sont mauvais, écoute avec discernement ce que je t’écris sous forme de figures. Il est écrit : « Ce qui est élevé parmi les hommes est abominable devant Dieu. » Il est encore écrit : « Quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. » Jérémie dit aussi : « Que le fort ne se glorifie pas de sa force, ni le riche de ses richesses. » Et le bienheureux Apôtre : « Celui qui se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur. » David dit encore : « J’ai vu l’impie élevé, dressé comme un cèdre du Liban ; je suis passé, et voici qu’il n’était plus ; je l’ai cherché et je ne l’ai pas trouvé. »

§ 3

Tous ceux qui se sont enorgueillis ont été abaissés. Caïn s’éleva contre Abel son frère et le tua ; il fut maudit et devint errant et tremblant sur la terre. Les gens de Sodome s’élevèrent contre Lot ; le feu descendit du ciel sur eux, les consuma et leur ville fut renversée. Ésaü s’éleva contre Jacob et le poursuivit ; pourtant Jacob reçut le droit d’aînesse et les bénédictions d’Ésaü. Les fils de Jacob s’élevèrent contre Joseph ; mais en Égypte ils se prosternèrent devant lui. Pharaon s’éleva contre Moïse et son peuple ; Pharaon fut englouti avec son armée. Dathan et Abiram s’élevèrent contre Moïse et descendirent vivants au séjour des morts. Goliath marcha avec arrogance contre David ; il tomba devant lui et fut abattu. Saül poursuivit David ; il périt par l’épée des Philistins. Absalom s’éleva contre David ; Joab le tua dans la bataille. Ben-Hadad s’éleva contre Achab ; il fut livré aux mains d’Israël. Sennachérib blasphéma contre Ézéchias et contre son Dieu ; son armée devint un amas de cadavres lorsqu’un seul des Veilleurs frappa cent quatre-vingt-cinq mille hommes dans son camp, tandis qu’Ézéchias et Isaïe priaient. Achab s’éleva contre Michée ; il monta au combat et tomba à Ramoth de Galaad. Jézabel s’éleva contre Élie ; les chiens la dévorèrent dans le domaine de Jezréel. Haman s’éleva contre Mardochée ; son iniquité retomba sur sa propre tête. Les Babyloniens s’élevèrent contre Daniel et le jetèrent dans la fosse aux lions ; Daniel en sortit sain et sauf, tandis qu’eux-mêmes y furent précipités. Ils accusèrent aussi Hanania et ses compagnons ; ceux-ci furent jetés dans la fournaise et en sortirent indemnes, tandis que la flamme consuma leurs accusateurs.

§ 4

Nabuchodonosor avait dit : « Je monterai au ciel ; au-dessus des étoiles de Dieu j’élèverai mon trône ; je siégerai sur les hautes montagnes, aux confins du Nord. » Mais Isaïe dit de lui : « Parce que ton cœur s’est ainsi élevé, tu seras précipité au séjour des morts, et tous ceux qui te verront seront frappés de stupeur à ton sujet. » Sennachérib disait de même : « Je monterai jusqu’au sommet des montagnes, aux profondeurs du Liban ; je creuserai et je boirai l’eau, et sous les sabots de mes chevaux j’assécherai tous les fleuves profonds. » Parce qu’il s’élevait ainsi, Isaïe lui répondit : « La hache se glorifie-t-elle contre celui qui s’en sert ? La scie s’élève-t-elle contre celui qui la manie ? Le bâton se dresse-t-il contre celui qui le soulève ? » Sennachérib, tu n’es qu’une hache dans la main de celui qui coupe, une scie dans la main de celui qui scie, un bâton levé pour corriger. Tu as été envoyé contre un peuple impie et chargé de prendre le butin et la proie. Mais après avoir accompli cela, pourquoi t’es-tu élevé contre celui qui te tenait ? Pourquoi as-tu méprisé la ville du Saint et dit aux fils de Jérusalem : « Votre Dieu pourra-t-il vous délivrer de ma main ? » Écoute donc la réponse du Seigneur : « Je briserai l’Assyrien dans mon pays et je le foulerai sur mes montagnes. » Alors la fille de Sion le méprisera et la fille de Jérusalem secouera la tête contre lui. Un anneau sera mis à ses narines et un mors à ses lèvres ; il repartira le cœur brisé, lui qui était venu le cœur hautain. Il fut tué par les mains de ses proches et tomba devant son dieu, dans la maison même où il avait placé sa confiance.

§ 5

Le bélier, lui aussi, s’éleva et devint puissant. Il frappait de sa corne vers l’ouest, le nord et le sud ; il abattait de nombreuses bêtes, et aucune ne pouvait lui résister, jusqu’à ce que vienne de l’ouest un bouc qui frappa le bélier, brisa ses cornes et le foula fortement. Le bélier est le roi des Mèdes et des Perses, c’est-à-dire Darius ; le bouc est Alexandre, fils de Philippe, le Macédonien. Daniel vit le bélier se tenir à l’orient, devant la forteresse de Suse, dans la province d’Élam, près du fleuve Oulaï. Il frappait vers l’ouest, le nord et le sud, et aucune bête ne tenait devant lui. Puis le bouc venu du pays des Grecs se précipita contre lui, le frappa et brisa ses deux cornes, la grande et la petite. Pourquoi est-il dit qu’il brisa ses deux cornes ? Parce qu’il soumit les deux royaumes sur lesquels Darius dominait : le petit, celui des Mèdes, et le grand, celui des Perses. Lorsque Alexandre le Grec arriva, il tua Darius, roi des Mèdes et des Perses. L’ange avait expliqué à Daniel : « Le bélier que tu as vu est le roi des Mèdes et des Perses ; le bouc est le roi des Grecs. » Depuis le temps où les deux cornes du bélier furent brisées jusqu’à ce temps, il y a six cent quarante-huit ans.

Note de collation
  • S1 : le syriaque donne explicitement la petite corne aux Mèdes et la grande aux Perses (ܙܥܘܪܬܐ ܕܡ̈ܕܝܐ ܘܪܒܬܐ ܕܦܪ̈ܣܝܐ). Le texte français suit le syriaque, même si le témoin latin de Parisot inverse ici l’ordre.

§ 6

Les cornes du bélier ont donc été brisées. Et voici que le bouc s’élève à son tour et se dresse contre la quatrième bête, forte et redoutable, dont les dents sont de fer et les griffes de bronze, qui mange, broie et foule de ses pieds ce qui reste. Ô bélier aux cornes brisées, tiens-toi loin de la bête et ne l’excite pas, de peur qu’elle ne te dévore et ne t’écrase. Le bélier n’a pas tenu devant le bouc ; comment tiendrait-il devant cette bête terrible ? Sa bouche profère de grandes choses ; elle se jette sur ce qu’elle rencontre comme un lion sur sa proie. Celui qui provoque le lion devient sa part ; celui qui excite la bête est dévoré ; celui qui tombe sous ses pieds est foulé. Cette bête ne sera pas détruite avant que l’Ancien des jours ne siège sur son trône, que le Fils de l’homme ne s’approche de lui et ne reçoive la domination. Alors la bête sera tuée et son corps détruit. Le royaume du Fils de l’homme sera un royaume éternel et sa domination durera de génération en génération.

§ 7

Toi donc qui t’élèves, cesse et ne te glorifie plus. Si tes richesses élèvent ton cœur, elles ne surpassent pas celles d’Ézéchias ; parce qu’il s’en glorifia devant les Babyloniens, toutes furent emportées à Babylone. Si tu te glorifies de tes fils, ils peuvent être conduits loin de toi, comme les fils du roi Ézéchias furent emmenés et devinrent des hommes de confiance dans le palais du roi de Babylone. Si tu t’enorgueillis de ta sagesse, tu ne surpasses pas le prince de Tyr, auquel Ézéchiel disait : « Es-tu donc plus sage que Daniel ? Ta sagesse pénètre-t-elle les choses cachées ? » Si ton cœur s’élève à cause de la longueur de tes années, elles ne surpassent pas celles du prince de Tyr, qui dirigea la royauté pendant les jours de vingt-deux rois de la maison de Juda, soit quatre cent quarante ans. Malgré cette longue durée, il disait dans son cœur : « Je suis Dieu ; je siège sur le trône de Dieu au cœur des mers. » Mais Ézéchiel lui répondit : « Tu es un homme et non Dieu. » Tant qu’il marcha sans faute parmi les pierres de feu, la miséricorde fut sur lui ; lorsque son cœur s’éleva, le chérubin protecteur le fit périr.

Note de collation
  • S1 : le syriaque ܡܗܝ̈ܡܢܐ désigne ici des hommes de confiance / fidèles du palais. Parisot traduit « eunuchi effecti » ; la traduction française suit le syriaque gouvernant.

§ 8

Quelles sont donc ces « pierres de feu », sinon les fils de Sion et les fils de Jérusalem ? Autrefois, aux jours de David et de Salomon son fils, Hiram était l’ami de la maison d’Israël. Mais lorsqu’ils furent déportés loin de leur pays, il se réjouit de leur malheur, les foula et oublia l’amitié de la maison de David. Je ne dis pas de ma propre pensée que les fils de Juda sont appelés des pierres de feu. Jérémie, dans ses lamentations, dit d’eux : « Les fils de Sion étaient plus précieux que des pierres de grand prix », et encore : « Comment les pierres du sanctuaire ont-elles été dispersées au coin de toutes les rues ! » Un autre prophète dit : « Les pierres saintes ont été répandues sur la terre. » Ces pierres portaient un feu brûlant. Jérémie dit : « La parole du Seigneur est devenue dans mon cœur comme un feu ardent, brûlant dans mes os. » Dieu lui dit aussi : « Voici, je mets ma parole dans ta bouche comme un feu, et ce peuple sera comme du bois. » Et encore : « Mes paroles sortent comme le feu et comme le fer qui brise la pierre. » Voilà pourquoi les prophètes au milieu desquels le prince de Tyr avait marché sont appelés ici des pierres de feu.

§ 9

Il lui dit encore : « Tu étais avec le chérubin oint qui couvre. » Le chérubin est appelé roi, parce qu’il était oint de l’huile sainte et qu’il couvrait tout son peuple, comme le dit Jérémie : « Le souffle de nos narines, l’oint du Seigneur, celui dont nous disions : sous son ombre nous vivrons parmi les nations. » Ils se tenaient sous l’ombre du roi tant qu’il se tenait à leur tête ; lorsque la couronne de leur tête tomba, ils furent privés d’ombre. Si quelqu’un dit que cette parole concerne le Christ, qu’il reçoive sans querelle ce que je lui écris et qu’il se laisse convaincre qu’elle concerne ici le roi. Jérémie dit en effet au sujet du peuple : « Malheur à nous, car la couronne de notre tête est tombée. » Le Christ, lui, n’est pas tombé, puisqu’il s’est relevé le troisième jour. C’est le roi de la maison de Juda qui est tombé, et leur royauté ne fut plus rétablie. Plus loin il est dit : « Je te détruirai, chérubin protecteur. » Le chérubin qui le détruisit est Nabuchodonosor, comme il est écrit : il accomplit son travail contre Tyr, mais ne reçut pas de Tyr le salaire de son armée ; en échange de son travail contre Tyr, le pays d’Égypte lui fut donné. Pourquoi ne reçut-il pas son salaire de Tyr ? Parce que ses richesses s’en allèrent par la mer et que Nabuchodonosor ne les prit pas. C’est alors que le chérubin protecteur, Nabuchodonosor, fit périr le prince de Tyr. Il y a donc ici deux chérubins : l’un oint et protecteur, l’autre protecteur sans être oint. Plus haut il est dit : « Tu étais avec le chérubin oint et protecteur » ; plus bas : « Je te détruirai, chérubin protecteur », sans dire « oint ». Nabuchodonosor n’était pas oint ; David, Salomon et les rois venus après eux l’étaient. Pourquoi Nabuchodonosor est-il appelé protecteur ? À cause de la vision de l’arbre au milieu de la terre : sous lui habitaient toutes les bêtes des champs, dans ses branches demeuraient tous les oiseaux du ciel, et de lui toute chair tirait sa nourriture. Daniel expliqua le songe : « Cet arbre, c’est toi ; sous toi habitent tous les peuples. » Voilà pourquoi il fut le chérubin protecteur qui fit périr le prince de Tyr, parce que celui-ci s’était réjoui de l’exil des fils d’Israël et avait élevé son cœur. Tyr elle-même fut dévastée soixante-dix ans, comme Jérusalem demeura soixante-dix ans dans la désolation.

§ 10

Toi qui t’élèves et te gonfles d’orgueil, que l’arrogance de ton cœur ne te trompe pas au point de te faire dire : « Je monterai contre la terre tranquille et contre la bête puissante. » La bête ne fut pas tuée par le bélier lorsque ses cornes furent brisées. Le bouc brisa les cornes du bélier ; maintenant le bouc est devenu une bête puissante. Lorsque les fils de Japhet tenaient la royauté, ce sont eux qui tuèrent Darius, roi des Perses. Maintenant la quatrième bête a dévoré la troisième. La troisième, ce sont les fils de Japhet ; la quatrième, les fils de Sem, qui sont les fils d’Ésaü. Dans la vision des quatre bêtes, Daniel vit d’abord les fils de Cham, descendance de Nimrod, c’est-à-dire les Babyloniens ; ensuite les Perses et les Mèdes, qui sont des fils de Japhet ; en troisième lieu les Grecs, frères des Mèdes ; en quatrième lieu les fils de Sem, qui sont les fils d’Ésaü. Les fils de Japhet eurent d’abord une association avec les fils de Sem ; puis la domination fut retirée aux fils de Japhet, le plus jeune, et donnée à Sem, l’aîné. Elle demeure ainsi jusqu’à ce jour. Lorsque viendra le temps où s’accomplira la domination des fils de Sem, le Chef issu des fils de Juda recevra le royaume lorsqu’il viendra à sa seconde venue.

§ 11

Dans la vision de Nabuchodonosor que Daniel lui expliqua, le roi vit une statue dressée devant lui. Sa tête était d’or ; sa poitrine et ses bras d’argent ; son ventre et ses cuisses de bronze ; ses jambes et ses pieds de fer mêlé d’argile. Daniel dit à Nabuchodonosor : « C’est toi qui es la tête d’or. » Pourquoi l’appelle-t-il tête d’or ? Parce que s’accomplissait sur lui la parole de Jérémie : « Babylone était une coupe d’or dans la main du Seigneur, qui enivrait toute la terre. » Babylone est aussi appelée la tête de tous les royaumes, puisqu’il est écrit que le commencement du royaume de Nimrod fut Babylone.

§ 12

Daniel dit ensuite que la poitrine et les bras de la statue étaient d’argent. Ils signifient un royaume inférieur au premier : celui de Darius le Mède. Il reçut le royaume après qu’il eut été pesé dans la balance : le royaume de la maison de Nimrod fut pesé et trouvé insuffisant, et Darius le reçut dans cet état. Voilà pourquoi il est dit que son royaume était inférieur. Parce qu’il était déficient, les fils de Madaï ne dominèrent pas sur toute la terre. Le ventre et les cuisses de la statue étaient de bronze, et il est dit : « Le troisième royaume dominera sur toute la terre. » C’est le royaume des fils de Yavân, qui sont des fils de Japhet. Les fils de Yavân se dressèrent contre le royaume de leurs frères, puisque Madaï et Yavân sont tous deux fils de Japhet. Madaï était sans sagesse et insuffisant pour gouverner le royaume, jusqu’à ce que vienne Yavân son frère, sage et habile, pour renverser le royaume. Alexandre, fils de Philippe, domina ainsi sur toute la terre.

§ 13

Les jambes et les pieds de la statue étaient de fer : c’est le royaume des fils de Sem, qui sont les fils d’Ésaü, fort comme le fer. Il est dit : « Comme le fer brise et broie tout, ainsi le quatrième royaume brisera et écrasera tout. » Daniel distingue aussi dans les pieds et les doigts une part de fer et une part d’argile : « Ils se mêleront à la semence humaine, mais ils ne s’attacheront pas l’un à l’autre, comme le fer ne se mêle pas à l’argile. » Cela concerne le quatrième royaume. Dans le royaume des fils d’Ésaü, ce n’était pas nécessairement un roi fils de roi qui se levait pour gouverner. Les fils d’Ésaü se rassemblaient dans une grande ville, établissaient une maison du conseil et, de là, choisissaient comme chef de la cité un homme sage pour gouverner le royaume, afin que, lorsque le gouvernant serait pesé, ils ne soient pas trouvés déficients et que le royaume ne leur soit pas retiré, comme il avait été retiré aux fils orgueilleux de Nimrod et donné aux fils de Madaï. Le roi qui était établi faisait disparaître la descendance du roi précédent, de sorte qu’ils ne s’attachaient pas l’un à l’autre. Quant à la semence humaine comparée à l’argile, voici ce qu’elle signifie : lorsque l’homme était choisi comme roi, il se mêlait alors à la racine du royaume de fer.

§ 14

Daniel montre ensuite qu’aux jours de ces rois le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit ni transmis : c’est le royaume du Roi Messie, qui fera disparaître le quatrième royaume. Plus haut il est dit : « Tu as vu une pierre se détacher sans intervention de mains ; elle frappa la statue à ses pieds de fer et d’argile et les brisa fortement. » Il ne dit pas qu’elle frappa la tête de la statue, ni sa poitrine et ses bras, ni son ventre et ses cuisses, mais ses pieds, parce que, de toute la statue, ce sont seulement les pieds que rencontre la pierre qui vient. Puis il ajoute : « Alors furent brisés ensemble le fer, le bronze, l’argent et l’or. » Après eux, lorsque le Roi Messie régnera, il abattra le quatrième royaume et broiera toute la statue. La statue entière représente le monde : sa tête est Nabuchodonosor ; sa poitrine et ses bras, le roi des Mèdes et des Perses ; son ventre et ses cuisses, le roi des Grecs ; ses jambes et ses pieds, le royaume des fils d’Ésaü. La pierre qui frappa la statue, la broya et remplit ensuite toute la terre est le royaume du Roi Messie, qui abolira les royaumes de ce monde et régnera pour les siècles des siècles.

§ 15

Écoute maintenant la vision de Daniel concernant les quatre bêtes qui montaient de la mer, différentes les unes des autres. La première ressemblait à un lion et avait des ailes d’aigle ; ses ailes furent arrachées, elle fut dressée sur ses pieds comme un homme et reçut un cœur d’homme. La deuxième ressemblait à un ours ; elle se tenait sur un côté et portait trois côtes dans sa gueule entre ses dents. La troisième ressemblait à un léopard ; elle avait quatre ailes et quatre têtes. La quatrième était terrible, extrêmement forte et puissante ; elle avait de grandes dents, mangeait et broyait, puis foulait de ses pieds ce qui restait. La grande mer que Daniel vit, c’est ce monde ; ces quatre bêtes sont les quatre royaumes déjà indiqués plus haut.

§ 16

De la première bête il est dit qu’elle ressemblait à un lion et avait des ailes d’aigle. La première bête est le royaume de Babylone, semblable au lion. Jérémie avait écrit : « Israël était une brebis égarée ; des lions l’ont égarée. Le premier l’a dévorée, le roi d’Assyrie ; et le dernier lui a brisé les os, Nabuchodonosor, roi de Babylone. » Jérémie l’appelle donc lion. Il est dit aussi qu’il avait des ailes d’aigle. Lorsque Nabuchodonosor partit dans le désert avec les bêtes, ses cheveux poussèrent comme ceux de l’aigle. Daniel dit encore : « Ses ailes furent arrachées ; il fut dressé sur ses pieds comme un homme et un cœur d’homme lui fut donné. » Dans la vision de la statue, il avait d’abord été comparé à l’or, le plus précieux de tout ce qui sert dans le monde ; dans celle des bêtes, au lion, le plus fort des animaux ; puis à l’aigle, le plus remarquable des oiseaux. Tout ce qui avait été écrit de lui s’accomplit en lui. Le Seigneur avait dit : « J’ai placé un joug de fer sur le cou de toutes les nations, et elles serviront le roi de Babylone soixante-dix ans ; je lui ai donné aussi les bêtes des champs et les oiseaux du ciel pour qu’ils le servent. » Tant qu’il fut roi à la manière de la tête d’or, les hommes le servirent comme roi ; lorsqu’il sortit au désert, les bêtes le servirent comme un lion ; quand ses cheveux furent comme ceux de l’aigle, les oiseaux du ciel le servirent comme un aigle. Mais lorsqu’il éleva son cœur et ne reconnut pas que la domination lui avait été donnée du ciel, le joug de fer fut brisé du cou des hommes et il partit parmi les bêtes ; à la place d’un cœur de roi, un cœur de lion lui fut donné. Lorsqu’il s’éleva au-dessus des bêtes, le cœur de lion lui fut ôté et un cœur d’oiseau lui fut donné. Quand ses ailes poussèrent comme celles de l’aigle, il s’éleva au-dessus des oiseaux ; alors ses ailes elles-mêmes furent arrachées et un cœur abaissé lui fut donné. Lorsqu’il reconnut enfin que le Très-Haut détient la domination sur les royaumes humains et la donne à qui il veut, il rendit louange comme un fils d’homme.

§ 17

De la seconde bête il est dit : « Elle ressemblait à un ours et se tenait sur un côté. » Lorsque le royaume des Mèdes et des Perses se leva, il se leva à l’orient. Elle avait trois côtes dans sa gueule. Le bélier frappait de sa corne vers l’ouest, le nord et le sud, trois directions du ciel ; il tenait et frappait ces trois directions à la manière des trois côtes dans la gueule de l’ours, jusqu’à ce que le bouc sorte de l’ouest, frappe le bélier et lui ôte les côtes de la gueule.

§ 18

De la troisième bête il est dit qu’elle ressemblait à un léopard, qu’elle avait quatre ailes d’oiseau sur ses flancs et quatre têtes. La troisième bête est Alexandre le Macédonien, car il était fort comme un léopard. Les quatre ailes et les quatre têtes de la bête signifient qu’il donna le royaume à quatre de ses proches pour qu’ils gouvernent après lui. Il vint, tua Darius et régna à sa place.

§ 19

De la quatrième bête il est dit qu’elle était terrible, forte et extrêmement puissante, qu’elle dévorait, broyait et foulait de ses pieds ce qui restait. C’est le royaume des fils d’Ésaü. Après qu’Alexandre le Macédonien eut régné, le royaume des Grecs fut établi, puisque lui-même était grec. Mais la vision de la troisième bête s’accomplit sur lui, la troisième et la quatrième formant ici une même continuité. Alexandre régna douze ans. Après Alexandre, il y eut dix-sept rois grecs ; leurs années furent au nombre de deux cent soixante-neuf, depuis Séleucos Nicator jusqu’à Ptolémée. Puis il y eut les Césars, depuis Auguste jusqu’à Philippe César : vingt-sept rois, dont les années furent deux cent quatre-vingt-treize ; et les années de Sévère furent dix-huit.

Note de collation
  • S1 : les nombres et successions impériales sont conservés comme chronologie d’Aphraate au IVe siècle ; ils ne sont pas présentés comme une chronologie historique moderne.

§ 20

Daniel dit : « Je considérais les dix cornes sur la tête de la bête. » Les dix cornes sont dix rois qui se levèrent en ce temps-là jusqu’à Antiochus. Il dit encore : « Une petite corne monta au milieu de ces dix, et trois tombèrent devant elle. » Lorsque Antiochus s’éleva dans la royauté, il abaissa trois rois. Il s’éleva contre les saints du Très-Haut et contre Jérusalem ; il souilla la maison du Sanctuaire, fit cesser sacrifices et offrandes pendant une semaine et une demi-semaine, c’est-à-dire dix ans et demi ; il fit entrer des débauchés dans la maison du Seigneur, abolit les observances de la Loi, tua des hommes justes et livra leurs corps aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre. Alors s’accomplit la parole de David : « Dieu, les nations sont entrées dans ton héritage, elles ont profané ton saint Temple, elles ont réduit Jérusalem en ruines ; elles ont donné les cadavres de tes serviteurs en nourriture aux oiseaux du ciel et la chair de tes saints aux bêtes de la terre. Elles ont répandu leur sang comme de l’eau autour de Jérusalem, et il n’y avait personne pour les ensevelir. » Cela s’accomplit au temps où furent tués Éléazar, homme âgé et avancé en jours, et les sept fils de la bienheureuse Shmouni, tandis que Judas et ses frères combattaient pour leur peuple et demeuraient dans des cachettes. En ce temps, la corne fit la guerre aux saints, mais leur force finit par l’emporter. Antiochus, homme d’iniquité, prononça des paroles contre le Très-Haut ; il changea les temps et les fêtes, abolit l’alliance d’Abraham, supprima le sabbat du repos et ordonna aux Juifs de ne plus pratiquer la circoncision. C’est pourquoi il est dit de lui : « Il pensera changer les temps, les moments et les lois, et ils seront livrés entre ses mains pour un temps, des temps et la moitié d’un temps. » Ce temps et demi-temps est une semaine et demie, c’est-à-dire dix ans et demi. Il est encore dit : « Le jugement siégea et sa domination lui fut retirée, pour le détruire et le faire périr jusqu’à la fin du royaume. » Le jugement atteignit Antiochus, un jugement venu du ciel : il fut saisi d’une maladie pénible et mauvaise ; à cause de la puanteur de son corps personne ne pouvait s’approcher de lui, tandis que des vers grouillaient, sortaient de lui et mangeaient sa chair. Sa chair se corrompit de son vivant, parce qu’il avait opprimé le ver de Jacob et laissé se corrompre sans sépulture les cadavres des fils de Jérusalem. Il devint impur à ses propres yeux parce qu’il avait souillé le Sanctuaire de Dieu. Il pria et ne fut pas entendu, parce qu’il n’avait pas entendu le gémissement des justes qu’il avait tués. Il écrivit une lettre aux Juifs et les appela ses amis ; mais Dieu n’eut pas pitié de lui, et il mourut dans son tourment.

Note de collation
  • S1 : ܙܢܝ̈ܐ est rendu par « débauchés » (Parisot : scortatores). Le calcul « une semaine et demie = dix ans et demi » est celui du texte d’Aphraate et est conservé comme tel.

§ 21

Daniel dit encore : « Les saints du Très-Haut recevront le royaume. » Que dirons-nous de cela ? Les fils d’Israël ont-ils reçu le royaume du Très-Haut ? Loin de là. Ce peuple est-il venu sur les nuées du ciel ? Cela est passé loin d’eux. Jérémie dit à leur sujet : « Appelez-les argent rejeté, car le Seigneur les a rejetés. » Il dit encore : « Il ne les regardera plus. » Isaïe dit d’eux : « Retirez-vous, retirez-vous ; n’approchez pas de ce qui est impur. » Mais au sujet des saints du Très-Haut il est dit : « Ils hériteront du royaume pour les siècles des siècles. » Ils eurent un peu de repos du joug des rois et des princes après la mort d’Antiochus, jusqu’à l’accomplissement des soixante-deux semaines. Puis vint le Fils de l’homme pour les libérer et les rassembler, mais ils ne le reçurent pas. Il vint chercher du fruit auprès d’eux, et ils ne lui en donnèrent pas, car leurs vignes étaient de la vigne de Sodome et de la plantation de Gomorrhe. Dans leur vigne poussèrent des épines et elle porta des raisins sauvages ; leur vin devint vinaigre et leurs fruits amertume. Les épines ne peuvent devenir tendres, le vinaigre ne retourne pas à la nature du vin, et l’amertume ne se change pas en nature douce.

Note de collation
  • Contexte : cette section contient une polémique chrétienne antijuive du IVe siècle. La traduction restitue la voix historique d’Aphraate sans l’adopter comme jugement éditorial contemporain.

§ 22

Avant cela, Isaïe avait établi sur eux des juges, des hommes de Juda, parmi lesquels avait été plantée une plantation nouvelle et bien-aimée. Ces juges sont ceux qui siègent sur douze trônes et jugent leurs douze tribus. Il leur dit : « Jugez entre moi et ma vigne. Qu’aurais-je dû faire encore à ma vigne que je n’aie fait ? » Voici : je l’ai plantée de ceps choisis, et ils sont devenus pour moi une vigne étrangère. J’ai entouré sa haie de mes Veilleurs célestes ; j’ai bâti sa tour, le Temple saint ; j’ai creusé son pressoir, le baptême des prêtres ; j’ai fait descendre sur elle la pluie, les paroles de mes prophètes ; je l’ai taillée et travaillée pour l’arracher aux œuvres des Amorrites. J’attendais qu’elle produise les raisins de la justice, et elle produisit les raisins sauvages de l’iniquité et du péché ; j’attendais le jugement, et voici l’oppression ; la justice, et voici la clameur. Écoutez donc, hommes juges, ce que je ferai à ma vigne : j’abattrai sa haie et elle sera foulée ; j’arracherai sa tour et elle sera livrée au pillage ; je la laisserai dévastée parce qu’elle a produit des raisins sauvages ; elle ne sera ni cultivée ni taillée ; les épines et les broussailles y pousseront, et j’ordonnerai aux nuées de ne plus faire tomber sur elle la pluie. Les Veilleurs célestes se retirèrent donc de la haie de la vigne ; la tour, leur forte maison de confiance, fut renversée ; le pressoir, purification de leurs fautes, fut détruit. Quand la vigne était encore intacte, elle ne servait déjà pas à l’ouvrage ; maintenant que le feu l’a dévorée et qu’elle est dévastée, comment servirait-elle ? Le feu a mangé ses deux branches et son milieu est dévasté : ses deux branches sont deux royaumes, et son milieu dévasté est Jérusalem. Le maître de la vigne leur envoya de nombreux serviteurs ; ils les tuèrent et ne lui envoyèrent pas les fruits. Après les serviteurs, il envoya le Fils bien-aimé afin qu’il reçoive d’eux du fruit et l’apporte à celui qui l’avait envoyé. Ils le saisirent et le jetèrent hors de la vigne ; ils coupèrent des épines parmi les pousses de la vigne et les enfoncèrent dans ses mains. Il eut faim et leur demanda à manger ; ils lui donnèrent du fiel pris aux fruits de la vigne. Il eut soif et leur demanda à boire ; ils lui donnèrent du vinaigre, et il ne voulut pas boire. Ils tressèrent les épines qui avaient poussé dans la vigne et les posèrent sur la tête du Fils du maître de la vigne. Puisque, depuis qu’elle existait, la vigne avait montré de tels fruits, son maître l’arracha et planta dans la vigne de bons ceps, qui donnent du fruit et réjouissent le vigneron. La vigne, c’est le Christ ; son Père est le vigneron, et les sarments sont ceux qui boivent à sa coupe. Ainsi une vigne fut mise à la place d’une vigne. Quant au royaume, lors de sa venue, il le remit aux Romains, qui sont appelés fils d’Ésaü ; et ces fils d’Ésaü gardent le royaume pour celui qui le leur a donné.

Note de collation
  • Contexte : les correspondances entre Israël, Rome, les « fils d’Ésaü » et le royaume du Christ relèvent de l’exégèse historique d’Aphraate.

§ 23

Le peuple saint a hérité du royaume éternel, lui qui a été choisi à la place du peuple. Il les a rendus jaloux par un peuple qui n’était pas un peuple, et les a irrités par un peuple sans intelligence ; puis il a libéré pour lui le peuple saint. Voici en effet que l’alliance de Dieu libère du joug des rois et des princes. Même si un homme a servi les nations, dès qu’il s’approche de l’alliance de Dieu il devient libre ; mais les Juifs servent en servitude parmi les nations. C’est ainsi qu’il est dit des saints : « Ils hériteront du royaume qui est sous le ciel. » Si cette parole concernait ceux-là, pourquoi servent-ils en servitude parmi les nations ? Et s’ils disent que cela n’est pas encore arrivé, demandons : le royaume donné aux fils des hommes est-il céleste ou terrestre ? Voici que les fils du Royaume sont déjà marqués et qu’ils ont reçu leur liberté à l’égard de ce monde. Quant au royaume qui subsiste maintenant, il ne veut pas s’assujettir à la puissance du Roi qui est venu recevoir son royaume ; mais il garde ses insignes avec honneur, afin que, lorsqu’il viendra abolir le royaume, il ne vienne pas contre eux dans la colère. Lorsque viendra, à sa seconde venue, celui à qui appartient le royaume, il reprendra ce qu’il avait donné ; il sera Roi pour les siècles des siècles et son royaume ne passera pas, car il sera un royaume éternel.

Note de collation
  • Contexte : la théologie de substitution exprimée ici appartient à l’argumentation d’Aphraate au IVe siècle ; elle est conservée comme donnée historique du texte.

§ 24

Au commencement, Dieu donna la royauté aux fils de Jacob et leur soumit les fils d’Ésaü, selon la parole d’Isaac à Ésaü : « Tu serviras Jacob ton frère. » Comme ils ne réussirent plus dans la royauté, il la retira aux fils de Jacob et la donna aux fils d’Ésaü jusqu’à ce que vienne celui à qui elle appartient ; alors ils rendront le dépôt à celui qui l’a donné et ne s’en empareront pas, et le gardien du royaume sera soumis à celui auquel tout est soumis. Voilà pourquoi ce royaume des fils d’Ésaü ne sera pas livré aux armées rassemblées qui veulent monter contre lui : le royaume est gardé pour celui qui l’a donné, et lui-même le garde. Au sujet de ce que je t’ai écrit, mon bien-aimé — que le royaume des fils d’Ésaü est gardé pour celui qui l’a donné — ne sois pas partagé : ce royaume ne sera pas vaincu, car un homme puissant dont le nom est Jésus vient avec force, et son armure porte toute la force du royaume. Examine et vois qu’il fut lui aussi inscrit avec eux dans le recensement ; et de même qu’il fut inscrit avec eux dans le recensement, ainsi il les aide. Son signe s’est multiplié en ce lieu ; ils revêtent son armure et ne sont pas vaincus dans la bataille. Si tu me dis : « Pourquoi, aux jours des rois qui les précédèrent, la bête fut-elle vaincue et soumise ? », c’est parce que les chefs et les rois qui gouvernaient alors le royaume des fils d’Ésaü ne voulurent pas conduire avec eux au combat l’homme qui était inscrit avec eux dans le recensement. C’est pourquoi la bête fut quelque peu soumise, mais elle ne fut pas tuée.

Note de collation
  • Contexte : la lecture providentialiste du pouvoir romain et son lien avec Jésus appartiennent à l’interprétation d’Aphraate, non à une analyse politique moderne.

§ 25

Tout ce que je t’ai écrit, mon bien-aimé, au sujet de ce qui est consigné dans Daniel, je ne l’ai pas conduit jusqu’à une limite définitive ; je me suis plutôt arrêté avant la limite. Si quelqu’un dispute à ce sujet, dis-lui que ces paroles ne sont pas enfermées dans une clôture, car les paroles de Dieu sont sans fin et ne s’épuisent jamais. Il est insensé de dire : « Elles ne vont que jusque-là. » On ne doit pourtant ni leur ajouter ni leur retrancher ; mais les richesses de Dieu sont insondables et sans mesure. Si tu prends de l’eau à la mer, on ne verra pas ce qui lui manque ; si tu prends du sable au rivage, son nombre ne diminue pas ; si tu comptes les étoiles du ciel, tu n’arriveras pas à leur total ; si tu allumes un feu à un incendie, l’incendie n’en est pas diminué. De même, si tu reçois de l’Esprit du Christ, le Christ n’est pas diminué ; et si le Christ habite en toi, il n’est pas enfermé en toi seul, pas plus que le soleil qui entre par les fenêtres de ta maison ne vient tout entier uniquement chez toi. Toutes ces choses ont été créées par la parole de Dieu : comprends donc que personne n’a atteint le fond de cette parole et n’en atteindra jamais la limite. Ne querelle donc pas à leur sujet en disant : « Il en est ainsi et pas autrement. » Reçois plutôt ce que je t’ai donné et interroge aussi nos frères, les fils de notre foi. N’écoute pas celui qui se moque des paroles de son frère tout en prétendant que les siennes seules sont sages. Et ce que je t’ai écrit au sujet des armées qui s’agitent pour la guerre, je ne te l’ai pas présenté comme une révélation qui m’aurait été donnée. Souviens-toi plutôt de la parole placée au commencement : « Celui qui s’élève sera abaissé. » Si des armées victorieuses montent, sache que c’est la correction de Dieu et que, même si elles l’emportent, elles seront jugées avec justice. Souviens-toi pourtant que la bête doit être détruite en son temps. Toi, mon frère, applique-toi maintenant à implorer la miséricorde, afin que la paix soit donnée au peuple de Dieu.

Repères éditoriaux

Cette publication correspond au premier niveau publiable S1. La traduction est complète et collationnée à la source ; l’appareil critique et la différenciation stylistique des sept restitutions seront enrichis aux étapes suivantes.

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