Père syriaque · IVe siècle · 337

Aphraate — Démonstration I — Sur la foi

Rareté en français : Rare en français · confiance moyenne

Un des premiers grands témoins de la littérature chrétienne syriaque : la foi y est pensée comme le fondement sur lequel s’élève toute la vie spirituelle.

État éditorial. S1 · collation directe du syriaque achevée · 20/20 sections · 22 corrections documentées. Les sept restitutions partagent encore une base commune ; leur différenciation fine appartient à S2.

Traduction et édition : Pierre-Alain Savoy.

Contexte de lecture. Certaines formulations polémiques concernant Israël et le judaïsme appartiennent à l’argumentation chrétienne du IVe siècle. Elles sont conservées comme témoignage historique d’Aphraate et ne constituent pas une prise de position éditoriale contemporaine.

Source et contrôle

Texte intégral — S1

La numérotation suit les 20 sections de l’édition source.

§ 1

J’ai reçu ta lettre, mon bien-aimé, et sa lecture m’a rempli de joie, car tu as tourné ta pensée vers ces recherches. Ce que tu m’as demandé est donné gratuitement et reçu gratuitement. Celui qui possède quelque chose et veut le retenir loin de celui qui le cherche verra précisément ce qu’il retient lui être ôté. Celui qui reçoit par grâce doit, lui aussi, donner par grâce. Ainsi, mon bien-aimé, je t’écrirai sur ce que tu m’as demandé, selon ce que ma petitesse a pu saisir. Et même ce que tu ne m’as pas demandé, je demanderai à Dieu de m’aider à te l’expliquer. Écoute donc, mon bien-aimé : ouvre-moi les yeux intérieurs de ton cœur et les perceptions spirituelles de ton intelligence à ce que je vais te dire.

Note de collation
  • ܥܝ̈ܢܝ ܠܒܟ ܓܘܝ̈ܬܐ = « les yeux intérieurs de ton cœur » ; correction de l’ajout « oreilles » hérité du contrôle anglais.

§ 2

La foi est composée de nombreuses réalités et elle se pare de nombreuses couleurs. Elle ressemble à un édifice construit de nombreux éléments : sa construction s’élève peu à peu jusqu’à son achèvement. Sache, mon bien-aimé, que l’on pose des pierres dans les fondations d’un bâtiment, puis que tout l’édifice s’élève sur elles jusqu’à être achevé. Ainsi, la Pierre véritable, notre Seigneur Jésus Christ, est le fondement de toute notre foi. Sur lui, sur cette Pierre, la foi est posée ; et sur la foi s’élève tout l’édifice jusqu’à son accomplissement. La fondation est le commencement de toute construction. Lorsqu’un homme s’approche de la foi, il est placé sur la Pierre, c’est-à-dire sur notre Seigneur Jésus Christ. Alors son édifice n’est pas ébranlé par les vagues, les vents ne l’endommagent pas et les tempêtes ne le font pas tomber, parce qu’il s’élève sur le roc de la Pierre véritable. Et si j’appelle le Christ « Pierre », ce n’est pas une idée venue de moi : les prophètes, avant moi, l’ont déjà appelé ainsi. Je vais te le montrer.

Note de collation
  • ܓ̈ܘܢܐ = couleurs ; l’image chromatique est restaurée.

§ 3

Écoute maintenant ce qu’il en est de la foi posée sur la Pierre et de l’édifice qui s’élève sur elle. D’abord, l’homme croit ; lorsqu’il croit, il aime ; lorsqu’il aime, il espère ; lorsqu’il espère, il est justifié ; lorsqu’il est justifié, il est rendu parfait ; lorsqu’il est rendu parfait, il parvient à son accomplissement. Quand tout son édifice s’est élevé, qu’il est achevé et rendu parfait, l’homme devient alors une maison et un temple où le Christ demeure. Ainsi parle Jérémie le prophète : « Temple du Seigneur, temple du Seigneur, temple du Seigneur, vous l’êtes, si vous rendez bonnes vos voies et vos œuvres. » Et Dieu dit encore par le prophète : « Je demeurerai en eux et je marcherai au milieu d’eux. » Le bienheureux Apôtre dit lui aussi : « Vous êtes le temple de Dieu, et l’Esprit du Christ demeure en vous. » Et notre Seigneur dit encore à ses disciples : « Vous êtes en moi, et moi je suis en vous. »

Note de collation
  • Chaîne croire → aimer → espérer → être justifié → être parfait → être accompli : ordre contrôlé directement.

§ 4

Quand la maison est devenue une demeure, l’homme commence alors à se préoccuper de ce qui convient à Celui qui habite l’édifice. Si un roi, ou un homme honoré auquel est attaché un nom royal, venait loger dans une maison, il faudrait y préparer tout ce qui convient à la royauté et tout le service dû à l’honneur du roi. Un roi ne vient pas demeurer dans une maison dépourvue de tout bien : il faut lui réserver ce qu’elle a de meilleur et ne rien y laisser manquer. Si quelque chose manque dans la maison où le roi séjourne, le gardien de la maison est livré à la mort, parce qu’il n’a pas préparé le service du roi. De même, que l’homme devenu maison et demeure du Christ considère ce qui est nécessaire au service du Christ qui habite en lui, et par quelles choses il peut lui plaire. D’abord, il bâtit son édifice sur la Pierre, qui est le Christ. Sur cette Pierre est posée la foi, et sur la foi s’élève tout l’édifice. Pour la demeure, il faut un jeûne pur, affermi par la foi ; il faut une prière pure, reçue par la foi ; il faut l’amour, uni à la foi ; il faut encore l’aumône, donnée par la foi. Il faut l’humilité, que la foi embellit ; la virginité, aimée dans la foi ; la sainteté, plantée dans la foi ; la sagesse, acquise par la foi ; l’hospitalité, qui abonde par la foi ; la simplicité, mêlée à la foi ; la patience, rendue parfaite par la foi ; la longanimité, acquise par la foi ; le deuil, manifesté par la foi ; enfin la pureté, gardée par la foi. Toutes ces réalités sont demandées par la foi posée sur le roc de la Pierre véritable, qui est le Christ. Telles sont les œuvres requises pour le Christ Roi, qui demeure dans les hommes construits par ces œuvres.

Note de collation
  • ܡܟܝܟܘܬܐ = humilité ; ܐܒܝܠܘܬܐ = deuil/affliction ; ܕܟܝܘܬܐ = pureté. La peine capitale du gardien (ܠܡܘܬܐ ܡܫܬܠܡ) est rétablie.

§ 5

Peut-être diras-tu : si le Christ est posé comme fondement, comment peut-il aussi habiter dans l’édifice une fois celui-ci achevé ? Le bienheureux Apôtre affirme pourtant les deux. Il dit : « Comme un sage architecte, j’ai posé le fondement. » Puis il précise clairement quel est ce fondement : « Nul ne peut poser un autre fondement que celui qui est déjà posé, Jésus Christ. » Et que le Christ habite aussi dans cet édifice, c’est ce qu’atteste la parole rappelée plus haut : Jérémie appelle les hommes des temples et dit que Dieu demeure en eux. L’Apôtre dit : « L’Esprit du Christ demeure en vous. » Et notre Seigneur dit : « Moi et mon Père, nous sommes un. » Ainsi s’accomplit cette parole : le Christ demeure dans les hommes, c’est-à-dire dans ceux qui croient en lui, et il est en même temps le fondement sur lequel s’élève tout l’édifice.

Note de collation
  • Double fonction christologique — fondement et habitant — contrôlée sans modification.

§ 6

Mais je dois revenir à ce que je disais : les prophètes appellent le Christ « la Pierre ». Déjà David disait de lui : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la tête de l’édifice. » Comment les bâtisseurs ont-ils rejeté cette Pierre, qui est le Christ ? Ils l’ont rejetée devant Pilate lorsqu’ils ont dit : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous. » Notre Seigneur l’a encore montré dans la parabole de l’homme de haute naissance parti recevoir la royauté avant de revenir régner sur les siens : ses concitoyens envoyèrent derrière lui des messagers pour dire : « Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous. » C’est ainsi qu’ils rejetèrent la Pierre, qui est le Christ. Et comment est-elle devenue la tête de l’édifice ? Parce qu’elle a été placée au-dessus de l’édifice des nations, et que tout leur édifice s’élève sur elle. Qui sont donc les bâtisseurs ? Les prêtres et les pharisiens : ils ne bâtissaient pas un édifice solide, mais renversaient ce qui était construit, comme il est écrit chez Ézéchiel : « Il bâtissait un mur de séparation, mais eux l’ébranlaient pour le faire tomber. » Et encore : « J’ai cherché parmi eux un homme qui relève la clôture et se tienne sur la brèche devant moi en faveur du pays, afin que je ne le détruise pas ; et je n’en ai pas trouvé. » Isaïe aussi a prophétisé au sujet de cette Pierre : « Ainsi parle le Seigneur : voici que je pose en Sion une pierre choisie, dans un angle précieux, tête du mur de fondation. » Puis il ajoute : « Celui qui croit en elle ne craindra pas. » Et encore : « Celui qui tombera sur cette pierre sera brisé ; celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera. » Le peuple de la maison d’Israël est tombé sur elle, et elle est devenue pour lui une ruine durable. Elle tombera encore sur la statue et l’écrasera. Mais les nations ont cru en elle et ne craignent pas.

Note de collation
  • La scène devant Pilate ne contient pas le verbe « livrer » ; la formule d’Isaïe conserve « tête du mur de fondation ».

§ 7

Ainsi il montre que cette Pierre a été placée à la fois comme tête du mur et comme fondement. Mais si elle a été posée comme fondement, comment est-elle aussi devenue la tête du mur ? Lorsque notre Seigneur est venu, il a posé sa foi sur la terre comme une fondation ; puis elle s’est élevée au-dessus de tous les cieux comme la tête du mur, et tout l’édifice a été achevé avec ses pierres, depuis le bas jusqu’au sommet. Cette foi dont je dis qu’il l’a posée sur la terre, David l’avait annoncée d’avance au sujet du Christ : « La foi germera de la terre. » Et pour ce qui est d’en haut, il dit encore : « La justice s’est penchée du haut des cieux. »

Note de collation
  • ܗܝܡܢܘܬܐ = foi dans la citation du Psaume ; on ne normalise pas en « vérité », lecture courante d’autres traditions.

§ 8

Daniel, lui aussi, a parlé de cette Pierre, qui est le Christ : « Une pierre se détacha de la montagne sans l’action d’une main ; elle frappa la statue, et toute la terre en fut remplie. » Il annonçait ainsi d’avance que toute la terre serait remplie du Christ. Et voici qu’en effet la foi du Christ remplit les extrémités de la terre, comme le dit David : « Le son de l’Évangile du Christ s’est répandu sur toute la terre. » Lorsque le Christ envoya ses apôtres, il leur dit : « Allez, faites des disciples de toutes les nations, et ils croiront en moi. » Le prophète Zacharie a lui aussi prophétisé au sujet de cette Pierre qui est le Christ : « J’ai vu une pierre principale, d’égalité et de miséricorde. » Pourquoi dit-il « principale » ? Parce que, dès le commencement, le Christ était auprès de son Père. Et pourquoi parle-t-il de « miséricorde » ? Parce que, venu dans le monde, le Christ a dit à ses disciples : « Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres. » Il leur a dit encore : « Je vous ai appelés mes amis. » Et le bienheureux Apôtre dit : « Dieu nous a aimés dans l’amour de son Fils. » En vérité, le Christ nous a aimés et s’est livré pour nous.

Note de collation
  • ܕܫܘܝܘܬܐ ܘܕܪ̈ܚܡܐ = « d’égalité et de miséricorde » ; formulation propre à la citation/interprétation d’Aphraate.

§ 9

Il a encore montré clairement ce qu’est cette Pierre : « Voici, sur cette pierre j’ouvrirai sept yeux. » Quels sont donc ces sept yeux ouverts sur la Pierre ? C’est manifestement l’Esprit de Dieu qui a reposé sur le Christ selon sept opérations, comme l’a dit le prophète Isaïe : « L’Esprit de Dieu reposera et demeurera sur lui : esprit de sagesse et d’intelligence, de conseil et de force, de connaissance et de crainte du Seigneur. » Voilà les sept yeux ouverts sur la Pierre ; ce sont aussi « les sept yeux du Seigneur qui parcourent toute la terre ».

Note de collation
  • Les sept yeux sont explicitement interprétés comme l’Esprit de Dieu en sept opérations ; séquence contrôlée.

§ 10

C’est encore du Christ qu’il est dit qu’il a été donné comme lumière à toutes les nations. Le prophète Isaïe dit : « Je t’ai donné comme lumière pour toutes les nations, afin que tu sois mon salut jusqu’aux extrémités de la terre. » David dit également : « Ta parole est une lampe pour mes pieds et une lumière sur mes sentiers. » Or la Parole et le discours du Seigneur, c’est le Christ, comme il est écrit au commencement de l’Évangile de notre Sauveur : « Au commencement était la Parole. » Et au sujet de la lumière, le même Évangile rend ce témoignage : « La lumière brillait dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie. » Que signifie donc : « La lumière brillait dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie » ? C’est le Christ : sa lumière a brillé au milieu du peuple de la maison d’Israël, mais ce peuple n’a pas accueilli la lumière du Christ, puisqu’il n’a pas cru en lui. Il est écrit en effet : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. » Notre Seigneur les a aussi appelés ténèbres lorsqu’il a dit à ses disciples : « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le dans la lumière » — c’est-à-dire : que votre lumière brille parmi les nations, puisqu’elles ont reçu la lumière du Christ, lui qui est la lumière des nations. Il dit encore à ses apôtres : « Vous êtes la lumière du monde », et : « Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Il a encore montré qu’il est lui-même la lumière : « Marchez tant que la lumière est avec vous, avant que les ténèbres ne vous surprennent » ; « Croyez en la lumière, afin de devenir des fils de lumière » ; et encore : « Je suis la lumière du monde. » Il dit aussi : « Personne n’allume une lampe pour la mettre sous un boisseau, sous un lit ou dans un endroit caché ; on la place sur le lampadaire, afin que tous voient sa lumière. » La lampe qui resplendit est le Christ, comme l’a dit David : « Ta parole est une lampe pour mes pieds et une lumière sur mes sentiers. »

Note de collation
  • Chaîne lumière/Parole et citations évangéliques contrôlée ; les harmonisations d’Aphraate sont conservées.

§ 11

Le prophète Osée dit encore : « Allumez pour vous une lampe et cherchez le Seigneur. » Et notre Seigneur Jésus Christ dit : « Quelle femme, ayant dix drachmes et en perdant une, n’allume une lampe, ne balaie la maison et ne cherche la drachme qu’elle a perdue ? » Que représente cette femme ? Manifestement, l’assemblée de la maison d’Israël, à qui les dix commandements avaient été donnés. Elle a perdu le premier commandement, celui par lequel Dieu l’avait avertie : « Je suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai fait monter du pays d’Égypte. » Ayant perdu ce premier commandement, elle ne pouvait plus garder les neuf autres, car les neuf dépendent du premier. Il était impossible, en adorant Baal, de garder les neuf commandements. Ils ont donc perdu le premier commandement comme cette femme avait perdu une drachme sur dix. C’est pourquoi le prophète leur criait : « Allumez pour vous une lampe et cherchez le Seigneur. » Isaïe dit encore : « Cherchez le Seigneur ; lorsque vous l’aurez trouvé, invoquez-le ; lorsqu’il est proche, que le pécheur abandonne sa voie et l’homme injuste sa pensée. » La lampe a donc brillé, mais eux n’ont pas cherché par elle le Seigneur leur Dieu. Sa lumière a brillé dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l’ont pas saisie. La lampe a été placée sur le lampadaire, mais ceux qui étaient dans la maison n’ont pas vu sa lumière. Et que signifie que la lampe ait été placée sur le lampadaire ? Manifestement, son élévation sur la croix. Alors toute la maison s’est obscurcie pour eux. Lorsqu’ils l’ont crucifié, la lumière s’est retirée d’eux et elle a brillé parmi les nations. Depuis la sixième heure, où ils le crucifièrent, jusqu’à la neuvième, il y eut des ténèbres sur tout le pays d’Israël. Le soleil se coucha en plein midi et la terre s’obscurcit en plein jour, comme il est écrit chez le prophète Zacharie : « En ce jour-là, dit le Seigneur, je ferai coucher le soleil à midi et j’obscurcirai la terre en plein jour. »

Note de collation
  • Aphraate attribue explicitement à Zacharie la formule correspondant, dans le texte biblique reçu, à Amos 8,9 ; attribution de l’auteur conservée, écart signalé.

§ 12

Je reviens maintenant à mon premier sujet, la foi, sur laquelle s’élèvent toutes les bonnes œuvres de l’édifice. Et lorsque j’ai parlé de cet édifice, je n’ai rien introduit d’étranger : le bienheureux Apôtre écrit dans la première lettre aux Corinthiens : « Comme un sage architecte, j’ai posé le fondement ; mais chacun bâtit dessus. » L’un bâtit avec de l’argent, de l’or et des pierres précieuses ; un autre avec du roseau, de la paille et du chaume. Au dernier jour, l’édifice sera éprouvé par le feu. L’or, l’argent et les pierres précieuses subsisteront au milieu du feu, parce qu’ils forment un édifice solide ; mais la paille, le roseau et le chaume seront livrés au feu et brûleront. Que sont donc l’or, l’argent et les pierres précieuses avec lesquels l’édifice s’élève ? Ce sont manifestement les bonnes œuvres de la foi, qui subsisteront au milieu du feu, parce que le Christ demeure dans cet édifice solide et le garde du feu. Considérons et comprenons aussi l’exemple que Dieu nous a donné dans ce monde, afin que soient confirmées pour nous les promesses de l’autre monde. Pensons aux trois justes jetés au milieu du feu sans être brûlés : Hanania, Azaria et Misaël. Le feu n’eut aucun pouvoir sur eux, parce qu’ils avaient bâti un édifice solide : ils rejetèrent l’ordre du roi Nabuchodonosor et n’adorèrent pas l’image qu’il avait faite. En revanche, ceux qui transgressèrent le commandement de Dieu furent aussitôt dominés par le feu et brûlés sans pitié. Les gens de Sodome brûlèrent comme paille, roseau et chaume. Nadab et Abihou furent eux aussi brûlés pour avoir transgressé le commandement de Dieu. Deux cent cinquante hommes qui offraient l’encens furent brûlés. Deux chefs et les cent hommes qui les accompagnaient furent encore brûlés lorsqu’ils s’approchèrent de la montagne où se tenait Élie, lui qui monta au ciel dans un char de feu. Les calomniateurs furent également consumés parce qu’ils avaient creusé une fosse pour des hommes justes. Ainsi, mon bien-aimé, les justes seront éprouvés par le feu comme l’or, l’argent et les pierres précieuses, tandis que les injustes brûleront comme paille, roseau et chaume. Le feu aura pouvoir sur eux et ils brûleront, selon la parole du prophète Isaïe : « Par le feu, le Seigneur jugera et éprouvera toute chair. » Et encore : « Vous sortirez et vous verrez les cadavres des hommes qui se sont révoltés contre moi ; leur ver ne mourra pas, leur feu ne s’éteindra pas, et ils seront un objet de stupeur pour toute chair. »

Note de collation
  • ܒܗܢܐ ܥܠܡܐ / ܕܗܘ ܥܠܡܐ = « ce monde / l’autre monde » ; correction d’une interprétation fautive « ancienne économie ».

§ 13

L’Apôtre a encore expliqué pour nous cet édifice et son fondement : « Nul ne peut poser un autre fondement que celui qui est déjà posé, Jésus Christ. » Il dit aussi que la foi est unie à l’espérance et à l’amour : « Ces trois demeurent : la foi, l’espérance et l’amour. » Il montre ainsi que la foi est posée d’abord sur un fondement assuré.

Note de collation
  • Foi, espérance, amour et fondement : ordre et lexique contrôlés.

§ 14

Parce qu’Abel eut la foi, son offrande fut agréée. Parce qu’Hénoch plut à Dieu par sa foi, il fut retiré de la mort. Parce que Noé crut, il fut préservé du déluge. Par sa foi, Abraham reçut la bénédiction, et sa foi lui fut comptée comme justice. Parce qu’Isaac crut, il fut aimé. À cause de sa foi, Jacob fut gardé. À cause de sa foi, Joseph fut éprouvé dans les eaux de la contestation puis délivré de son épreuve, et son Seigneur établit en lui un témoignage, comme le dit David : « Il établit un témoignage en Joseph. » Moïse, lui aussi, accomplit par la foi de nombreux prodiges et œuvres de puissance. Par sa foi, il frappa les Égyptiens de dix plaies. Par la foi, il partagea la mer, fit traverser son peuple et engloutit les Égyptiens au milieu des eaux. Par la foi, il jeta le bois dans les eaux amères, qui devinrent douces. Par la foi, il fit descendre la manne et rassasia son peuple. Par la foi, il étendit les mains et vainquit Amalek, comme il est écrit : « Ses mains demeurèrent fermes dans la foi jusqu’au coucher du soleil. » Par la foi encore, il monta sur le mont Sinaï et jeûna deux fois pendant quarante jours. Enfin, par la foi, il vainquit Sihôn et Og, rois des Amorites.

Note de collation
  • Aphraate associe Joseph aux « eaux de la contestation » (ܡܝܐ ܕܚܪܝܢܐ) ; anomalie conservée et non corrigée silencieusement.

§ 15

C’est une chose admirable, mon bien-aimé, un immense prodige que Moïse accomplit à la mer Rouge lorsque, par la foi, les eaux furent divisées et se dressèrent comme des montagnes ou de puissantes falaises. Arrêtées par le commandement, elles demeurèrent immobiles ; elles furent contenues comme dans des vases et liées en hauteur comme dans les profondeurs. Leur fluidité ne franchit pas sa limite : elles changèrent, pour ainsi dire, la condition de leur nature. Les créatures privées de raison devinrent obéissantes. Les vagues se figèrent et attendirent l’heure du jugement, jusqu’à ce que le peuple ait traversé. Merveille : les flots restaient immobiles, attendant le commandement et la sentence. Les fondations cachées depuis les âges du monde apparurent, et ce qui avait été liquide depuis le commencement devint soudain terre sèche. Les portes levèrent leurs têtes, les portes éternelles s’élevèrent. La colonne de lumière entra et illumina tout le camp. Le peuple traversa par la foi, et le jugement de justice s’accomplit sur Pharaon, son armée et ses chars.

Note de collation
  • ܥܡܘܕܐ ܕܢܘܗܪܐ = « colonne de lumière » ; le latin Parisot a columna ignis, mais le syriaque primaire gouverne la traduction.

§ 16

De même, Josué fils de Noun partagea le Jourdain par sa foi, et les fils d’Israël traversèrent comme aux jours de Moïse. Sache, mon bien-aimé, que ce passage du Jourdain fut ouvert trois fois par la séparation des eaux : d’abord par Josué fils de Noun, ensuite par Élie, enfin par Élisée. Le récit de l’Écriture montre que c’est près du passage faisant face à Jéricho qu’Élie fut enlevé au ciel. Quand Élisée revint après l’avoir suivi, il partagea le Jourdain et le traversa ; alors les fils des prophètes de Jéricho vinrent à sa rencontre et dirent : « L’esprit d’Élie repose sur Élisée. » Le peuple avait déjà traversé à ce même endroit aux jours de Josué, puisqu’il est écrit : « Le peuple traversa en face de Jéricho. » Par la foi, Josué fils de Noun fit aussi tomber les murailles de Jéricho sans difficulté. Par la foi encore, il détruisit trente et un rois et donna leur pays en héritage aux fils d’Israël. Par sa foi, il étendit les mains vers le ciel et arrêta le soleil à Gabaon et la lune dans la vallée d’Ayalôn : ils suspendirent leur course et demeurèrent immobiles. Mais cela suffit. Tous les justes, nos pères, furent victorieux dans leurs œuvres par la foi, comme le bienheureux Apôtre en témoigne : « Par la foi, ils triomphèrent. » Salomon dit encore : « Beaucoup d’hommes sont appelés miséricordieux, mais un homme fidèle, qui le trouvera ? » Et Job dit : « Je ne laisserai pas mon intégrité s’éloigner de moi ; je persévérerai dans ma justice. »

Note de collation
  • Triple passage du Jourdain, Jéricho, trente et un rois et arrêt des astres : séquence contrôlée.

§ 17

Notre Sauveur disait aussi à chacun de ceux qui s’approchaient de lui pour être guéris : « Qu’il vous soit fait selon votre foi. » Quand l’aveugle s’approcha, il lui demanda : « Crois-tu que je puisse te guérir ? » L’aveugle répondit : « Oui, Seigneur, je crois », et sa foi lui ouvrit les yeux. À l’homme dont le fils était malade, il dit : « Crois, et ton fils vivra. » Celui-ci répondit : « Je crois, Seigneur ; viens au secours de ma petite foi », et par sa foi son fils fut guéri. De même, lorsque le serviteur du roi s’approcha de lui, son jeune serviteur fut guéri à cause de sa foi, car il avait dit à notre Seigneur : « Dis seulement une parole, et mon jeune serviteur sera guéri. » Notre Seigneur admira sa foi, et il lui advint selon sa foi. Lorsque le chef de la synagogue le supplia pour sa fille, il lui dit : « Crois seulement avec fermeté, et ta fille vivra. » Il crut, et sa fille revint à la vie et se releva. Lorsque Lazare mourut, notre Seigneur dit à Marthe : « Si tu crois, ton frère ressuscitera. » Marthe lui répondit : « Oui, Seigneur, je crois », et il le releva après quatre jours. Simon, appelé Céphas, fut lui aussi nommé le roc ferme à cause de sa foi. Et lorsque notre Seigneur confia à ses apôtres le mystère du baptême, il leur dit : « Celui qui croit et est baptisé vivra ; celui qui ne croit pas sera condamné. » Il leur dit encore : « Si vous croyez sans douter, rien ne vous sera impossible. » Quand notre Seigneur marchait sur les vagues de la mer, Simon marcha lui aussi avec lui par la foi ; mais dès qu’il douta dans sa foi et commença à s’enfoncer, notre Seigneur l’appela « homme de peu de foi ». Lorsque les apôtres demandèrent quelque chose à notre Seigneur, ils ne lui demandèrent rien d’autre que ceci : « Augmente notre foi. » Il leur répondit : « S’il y avait en vous de la foi, même une montagne se déplacerait devant vous. » Et il leur dit encore : « Ne doutez pas, de peur de vous enfoncer au milieu du monde, comme Simon, ayant douté, commença à s’enfoncer au milieu de la mer. » Il dit enfin : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui croient : ils parleront des langues nouvelles, ils chasseront les démons, ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront guéris. »

Note de collation
  • ܙܥܘܪܬܐ = petite ; ܥܒܕ ܡܠܟܐ = serviteur du roi ; ܐܪܙܐ ܕܡܥܡܘܕܝܬܐ = mystère du baptême. Les harmonisations évangéliques sont laissées à Aphraate.

§ 18

Approchons-nous donc de la foi, mon bien-aimé, puisque ses puissances sont si nombreuses. La foi fit monter jusqu’aux cieux et triompha du déluge. Elle rendit fécondes les femmes stériles. Elle délivra du glaive. Elle fit remonter de la fosse. Elle enrichit les pauvres. Elle libéra les captifs. Elle délivra les persécutés. Elle fit descendre le feu. Elle partagea la mer. Elle fendit le rocher et donna à boire aux assoiffés. Elle rassasia les affamés. Elle releva les morts et les fit remonter du Shéol. Elle apaisa les vagues. Elle guérit les malades. Elle vainquit des armées. Elle renversa des murailles. Elle ferma la gueule des lions et éteignit la flamme du feu. Elle abaissa les orgueilleux et éleva les humbles à l’honneur. Toutes ces œuvres de puissance furent accomplies par la foi.

Note de collation
  • Le nom « Hénoch » n’apparaît pas dans cette phrase du syriaque ; l’explicitation du témoin anglais est retirée.

§ 19

Voici donc ce qu’est la foi : qu’un homme croie en Dieu, Seigneur de tout, qui a fait les cieux, la terre, les mers et tout ce qu’ils contiennent ; qui a créé Adam à son image ; qui a donné la Loi à Moïse ; qui a répandu de son Esprit sur les prophètes ; qui, enfin, a envoyé son Christ dans le monde. Il faut encore croire à la résurrection des morts et croire au mystère du baptême. Telle est la foi de l’Église de Dieu. Et l’homme doit se séparer de l’observance des heures, des sabbats, des nouvelles lunes et des saisons, des divinations, des sortilèges, des arts chaldéens et de la magie ; de la fornication et des chants ; des doctrines vaines, qui sont des instruments du Malin ; de la séduction des paroles mielleuses ; du blasphème et de l’adultère. Il ne doit pas porter de faux témoignage ni parler avec une langue double. Telles sont les œuvres de la foi posée sur la Pierre véritable, qui est le Christ, sur lequel tout l’édifice s’élève.

Note de collation
  • ܐܪܙܐ = mystère ; ܙܡܪܐ = chant. Le cadre ascétique et polémique est traduit comme document du IVe siècle, sans actualisation.

§ 20

Il y aurait encore beaucoup à dire, mon bien-aimé, sur la foi d’après les Livres saints. Mais de cette abondance, je n’ai écrit que ces quelques choses pour les rappeler à ton amour, afin que tu connaisses, que tu fasses connaître, que tu croies et qu’à ton tour on te croie. Lorsque tu auras lu et appris les œuvres de la foi, puisses-tu devenir semblable à cette terre cultivée où la bonne semence est tombée et qui a produit du fruit cent, soixante et trente pour un. Et lorsque tu viendras auprès de ton Seigneur, puisse-t-il t’appeler serviteur bon, prudent et fidèle, afin qu’en raison de l’abondance de ta foi tu entres dans le Royaume de ton Seigneur. Ainsi s’achève la Démonstration sur la foi.

Note de collation
  • Le colophon ܫܠܡܬ ܬܚܘܝܬܐ ܕܗܝܡܢܘܬܐ est rétabli : « Ainsi s’achève la Démonstration sur la foi. »

Repères éditoriaux

Cette publication correspond au premier niveau publiable S1. La traduction est complète et collationnée à la source ; l’appareil critique et la différenciation stylistique des sept restitutions seront enrichis aux étapes suivantes.

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