Bibliothèque ancienne · Introduction critique

Uriel répond : limites du savoir humain

Uriel répond : limites du savoir humain. Les chapitres 3–10 constituent le cœur dialogué de l’apocalypse : Esdras interroge Uriel sur la justice divine, l’histoire, le jugement et le destin d’Israël.

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Texte — sept restitutions

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Clarté

§1 L’ange qui m’avait été envoyé, appelé Uriel, me répondit.

§2 Il me dit : « Ton cœur veut aller trop loin dans les questions de ce monde : penses-tu pouvoir comprendre la voie du Très-Haut ? »

§3 Je répondis : « Oui, mon seigneur. » Il reprit : « J’ai été envoyé pour te montrer trois voies et te proposer trois comparaisons.

§4 Si tu peux m’en expliquer une seule, alors je te montrerai la voie que tu désires connaître et je t’enseignerai pourquoi le cœur humain est mauvais. »

§5 Je dis : « Parle, mon seigneur. » Il me répondit : « Va, pèse le feu, mesure le souffle du vent ou fais revenir le jour qui est passé. »

§6 Je répondis : « Quel être humain pourrait faire cela ? Pourquoi m’interroger sur des choses impossibles ? »

§7 Il dit : « Si je t’avais demandé combien il y a de demeures au cœur de la mer, combien de sources à l’origine de l’abîme, combien de courants au-dessus du firmament ou quelles sont les issues du paradis,

§8 tu aurais pu me répondre : “Je ne suis pas descendu dans l’abîme ni dans le séjour des morts, et je ne suis jamais monté au ciel.”

§9 Mais je ne t’ai interrogé que sur le feu, le vent et le jour que tu viens de traverser : des choses qui font partie de ton monde. Et pourtant tu n’as pas su me répondre.

§10 Tu ne comprends même pas pleinement ce qui t’appartient depuis ta jeunesse ;

§11 comment ton esprit pourrait-il contenir la voie du Très-Haut et, dans un monde corrompu, comprendre l’incorruptible ? » À ces mots, je tombai face contre terre.

§12 Je lui dis : « Il vaudrait mieux ne pas être nés que vivre dans l’impiété, souffrir et ne pas comprendre pourquoi. »

§13 Il me répondit : « Imagine une forêt dont les arbres se réunissent pour délibérer.

§14 Ils disent : “Allons faire la guerre à la mer, qu’elle se retire devant nous et que nous prenions sa place pour étendre notre forêt.”

§15 De même, les vagues de la mer décident : “Montons combattre la forêt afin de nous faire là-bas un nouveau domaine.”

§16 Mais le projet de la forêt échoue : le feu vient et la consume.

§17 Le projet des vagues échoue aussi : le sable se dresse et les arrête.

§18 Si tu devais juger les deux, lequel déclarerais-tu juste et lequel condamnerais-tu ? »

§19 Je répondis : « Les deux projets sont absurdes. La terre a été donnée à la forêt, et la mer est le lieu des vagues. »

§20 Il me dit : « Tu as bien jugé. Pourquoi ne portes-tu pas le même jugement sur toi-même ?

§21 La terre appartient à ceux qui vivent sur la terre, et ils ne peuvent comprendre que les réalités terrestres ; ceux qui sont au-dessus des cieux comprennent les réalités d’en haut. »

§22 Je répondis : « Je t’en prie, mon seigneur, pourquoi m’a-t-il donc été donné de comprendre ?

§23 Je ne voulais pas interroger sur les choses célestes, mais sur ce qui nous arrive chaque jour : pourquoi Israël est-il humilié par les nations, pourquoi le peuple aimé est-il livré aux impies, pourquoi la Loi de nos pères paraît-elle ruinée et les alliances écrites comme disparues ?

§24 Nous traversons ce monde comme des sauterelles ; notre vie est comme une vapeur, et nous ne semblons même plus dignes de recevoir miséricorde.

§25 Que fera donc Dieu pour son nom, qui a été invoqué sur nous ? Voilà ma question. »

§26 Il me répondit : « Si tu subsistes, tu verras ; si tu vis assez longtemps, tu seras souvent étonné : ce monde se hâte vers sa fin.

§27 Il ne peut contenir ce qui a été promis aux justes pour les temps à venir, car le présent est rempli de tristesse et de faiblesse.

§28 Le mal dont tu m’interroges a été semé, mais sa moisson n’est pas encore venue.

§29 Tant que ce qui a été semé n’a pas été moissonné et que le lieu où le mal a poussé n’a pas disparu, le champ où le bien doit être semé ne peut apparaître.

§30 Dès le commencement, une mauvaise semence a été semée dans le cœur d’Adam. Vois combien d’impiété elle a produite jusqu’à aujourd’hui, et combien elle en produira encore jusqu’à la moisson.

§31 Mesure toi-même tout le fruit mauvais qu’un seul grain de cette semence a fait naître.

§32 Quand les épis qui en sont sortis seront innombrables, quelle immense aire de battage faudra-t-il ! »

§33 Je répondis : « Jusqu’à quand ? Quand ces choses arriveront-elles ? Pourquoi nos années sont-elles si courtes et si mauvaises ? »

§34 Il me dit : « Ne cherche pas à te hâter plus que le Très-Haut. Tu te hâtes pour toi-même ; le Très-Haut agit pour la multitude.

§35 Les âmes des justes, dans leurs lieux de garde, n’ont-elles pas elles aussi demandé : “Jusqu’à quand devons-nous attendre ? Quand viendra le fruit de notre récompense ?”

§36 L’archange Jérémihel leur a répondu : “Quand sera complet le nombre de ceux qui vous ressemblent ; car Dieu a pesé le monde sur la balance,

§37 il a mesuré les temps et compté les époques. Rien ne sera déplacé ni réveillé avant que la mesure fixée soit accomplie.” »

§38 Je répondis : « Seigneur souverain, nous sommes pourtant tous pleins d’impiété.

§39 N’est-ce pas à cause de nous que la moisson des justes est retardée, à cause des péchés de ceux qui habitent sur la terre ? »

§40 Il me dit : « Interroge une femme enceinte : quand ses neuf mois sont accomplis, peut-elle encore retenir l’enfant en elle ? »

§41 Je répondis : « Non, mon seigneur. » Il reprit : « Dans le séjour des morts, les réserves où demeurent les âmes ressemblent à une matrice.

§42 Comme la femme qui enfante se hâte d’être délivrée du travail de l’accouchement, ces lieux se hâtent de rendre ce qui leur a été confié

§43 depuis le commencement. Alors te sera montré ce que tu désires voir. »

§44 Je répondis : « Si j’ai trouvé grâce devant toi, si cela est possible et si j’en suis digne,

§45 montre-moi encore ceci : y a-t-il plus de temps à venir qu’il n’en est déjà passé ?

§46 Ce qui est passé, je le connais ; ce qui vient, je l’ignore. »

§47 Il me dit : « Tiens-toi à ma droite et je te montrerai l’explication de cette comparaison. »

§48 Je me tins là et regardai : une fournaise ardente passa devant moi. Quand la flamme fut passée, il ne resta que de la fumée.

§49 Ensuite, un nuage chargé d’eau passa devant moi et déversa une pluie violente ; quand l’averse fut passée, il ne resta que quelques gouttes.

§50 Il me dit : « Réfléchis : de même que la pluie est beaucoup plus abondante que les gouttes qui restent, et le feu plus grand que la fumée, de même la plus grande mesure du temps est déjà passée ; ce qui reste est comparable aux gouttes et à la fumée. »

§51 Je priai et dis : « Vivrai-je jusqu’à ces jours ? Et qui sera vivant alors ? »

§52 Il me répondit : « Je peux t’indiquer une partie des signes sur lesquels tu m’interroges ; mais je n’ai pas été envoyé pour te révéler la durée de ta vie, et je ne la connais pas. »

Lecture

§1 L’ange qui m’avait été envoyé, nommé Uriel, me répondit.

§2 « Ton cœur, dit-il, s’aventure trop loin dans les questions de ce siècle. Crois-tu donc pouvoir saisir la voie du Très-Haut ? »

§3 Je répondis : « Oui, mon seigneur. » Il reprit : « J’ai été envoyé pour te montrer trois voies et placer devant toi trois paraboles.

§4 Si tu peux m’en rendre compte d’une seule, je te montrerai à mon tour la voie que tu désires contempler et je t’apprendrai pourquoi le cœur porte le mal. »

§5 Je dis : « Parle, mon seigneur. » Alors il me dit : « Va donc peser le feu, mesurer le souffle du vent ou ramener le jour qui s’est écoulé. »

§6 Je répondis : « Qui, parmi ceux qui sont nés, en serait capable ? Pourquoi donc m’interroger ainsi ? »

§7 Il me dit : « Si je t’avais demandé combien de demeures se trouvent au cœur de la mer, combien de sources à l’origine de l’abîme, combien de courants au-dessus du firmament, ou quelles sont les issues du paradis,

§8 tu m’aurais peut-être répondu : “Je ne suis descendu ni dans l’abîme ni dans le séjour des morts, et je ne suis jamais monté aux cieux.”

§9 Mais je ne t’ai parlé que du feu, du vent et du jour par lequel tu as passé, choses dont tu ne peux te séparer ; et tu n’as pas su me répondre.

§10 Tu ne peux donc pas comprendre pleinement ce qui a grandi avec toi ;

§11 comment ton vase pourrait-il contenir la voie du Très-Haut ? Comment, déjà effrayé par un siècle corrompu, comprendrais-tu l’incorruption ? » À ces mots, je tombai la face contre terre.

§12 Je lui dis : « Mieux aurait valu pour nous ne jamais venir au monde que d’y vivre dans l’impiété, de souffrir et de ne pas savoir pourquoi. »

§13 Il me répondit : « Les arbres d’une forêt de plaine partirent un jour et tinrent conseil.

§14 Ils dirent : “Allons faire la guerre à la mer ; qu’elle se retire devant nous, et nous nous ferons là de nouvelles forêts.”

§15 De leur côté, les vagues de la mer tinrent conseil : “Montons combattre la forêt de la plaine afin de nous faire là-bas un autre domaine.”

§16 Mais le dessein de la forêt fut vain : le feu vint et la consuma.

§17 Et le dessein des vagues fut pareillement vain : le sable se dressa et leur barra le passage.

§18 Si tu avais eu à les juger, lequel aurais-tu déclaré juste et lequel condamné ? »

§19 Je répondis : « Tous deux ont formé un projet vain. La terre a été donnée à la forêt, et la mer aux vagues qui l’habitent. »

§20 Il reprit : « Tu as bien jugé. Pourquoi ne sais-tu pas te juger toi-même ?

§21 Comme la terre est le domaine de la forêt et la mer celui de ses vagues, ainsi les habitants de la terre ne peuvent saisir que ce qui appartient à la terre, tandis que les habitants des hauteurs comprennent ce qui est au-dessus des cieux. »

§22 Je répondis : « Je t’en prie, mon seigneur : pourquoi donc m’a-t-il été donné une intelligence qui cherche à comprendre ?

§23 Je ne voulais pas interroger sur les voies d’en haut, mais sur ce qui nous traverse chaque jour : Israël livré à la honte des nations, le peuple aimé remis aux tribus impies, la Loi de nos pères conduite à la ruine, et les alliances écrites comme introuvables.

§24 Nous passons hors de ce siècle comme des sauterelles ; notre vie est vapeur, et nous ne sommes même pas dignes de recevoir miséricorde.

§25 Que fera-t-il donc pour son nom, invoqué sur nous ? Voilà ce que je demandais. »

§26 Il me répondit : « Si tu subsistes, tu verras ; si tu vis, tu t’étonneras souvent, car ce siècle se hâte de passer.

§27 Il ne peut porter ce qui a été promis aux justes pour les temps à venir, tant il est rempli de tristesse et d’infirmité.

§28 Le mal dont tu m’interroges a été semé, mais sa moisson n’est pas encore venue.

§29 Tant que la semence mauvaise n’a pas été moissonnée et que le lieu où elle a été semée n’a pas disparu, le champ où le bien sera semé ne peut apparaître.

§30 Dès l’origine, un grain de mauvaise semence fut semé dans le cœur d’Adam. Combien d’impiété a-t-il fait naître jusqu’ici, et combien encore jusqu’à l’aire de battage !

§31 Considère donc combien de fruits d’impiété a produits ce seul grain.

§32 Et lorsque des épis sans nombre auront poussé, quelle vaste aire faudra-t-il pour eux ! »

§33 Je répondis : « Jusqu’où cela ira-t-il, et quand ? Pourquoi nos années sont-elles peu nombreuses et mauvaises ? »

§34 Il me dit : « Ne presse pas ton esprit plus vite que le Très-Haut. Toi, tu te hâtes pour toi-même ; le Très-Haut agit en vue d’une multitude.

§35 Les âmes des justes, dans leurs réserves, n’ont-elles pas elles aussi demandé : “Jusqu’à quand resterons-nous dans l’attente ? Quand viendra le fruit de l’aire où doit paraître notre récompense ?”

§36 L’archange Jérémihel leur répondit : “Quand sera accompli le nombre de ceux qui vous sont semblables. Car Dieu a pesé le siècle sur la balance,

§37 il a mesuré les temps et compté les époques. Il ne déplacera ni ne réveillera rien avant que la mesure annoncée soit pleine.” »

§38 Je répondis : « Seigneur souverain, mais nous sommes tous, nous aussi, remplis d’impiété.

§39 Ne serait-ce pas à cause de nous que l’aire des justes tarde, à cause des péchés des habitants de la terre ? »

§40 Il me dit : « Va donc demander à une femme enceinte : lorsque ses neuf mois sont accomplis, son sein peut-il encore retenir l’enfant ? »

§41 Je répondis : « Non, mon seigneur. » Il reprit : « Dans le séjour des morts, les réserves des âmes ressemblent au sein d’une mère.

§42 Comme celle qui enfante se hâte d’être délivrée de la nécessité de l’accouchement, ainsi ces réserves se hâtent de rendre ce qui leur fut confié

§43 depuis le commencement. Alors te sera montré ce que tu désires contempler. »

§44 Je répondis : « Si j’ai trouvé grâce devant toi, si cela est possible et si je suis digne de le demander,

§45 montre-moi encore si ce qui doit venir est plus long que ce qui est passé, ou si la plus grande part est déjà derrière nous.

§46 Car je connais ce qui est passé ; ce qui doit venir m’est inconnu. »

§47 Il me dit : « Tiens-toi à ma droite, et je te montrerai l’interprétation de la parabole. »

§48 Je me tins là et vis passer devant moi une fournaise en feu. Quand la flamme fut passée, je regardai : il ne demeurait que la fumée.

§49 Après cela passa un nuage chargé d’eau, qui déversa une pluie très violente ; quand l’averse eut passé, il ne resta que des gouttes.

§50 Il me dit : « Réfléchis : comme la pluie est plus abondante que les gouttes restantes et le feu plus grand que la fumée, ainsi la mesure déjà passée l’emporte de beaucoup ; il ne reste que les gouttes et la fumée. »

§51 Je priai et dis : « Penses-tu que je vivrai jusqu’à ces jours ? Qui donc vivra alors ? »

§52 Il me répondit : « Quant aux signes dont tu m’interroges, je peux t’en dire une part. Mais pour ta propre vie, je n’ai pas été envoyé te renseigner, et je ne le sais pas. »

Proclamation

§1 L’ange envoyé vers moi — Uriel — me répondit.

§2 « Ton cœur va trop loin ! Tu veux sonder ce siècle et comprendre la voie du Très-Haut ? »

§3 Je dis : « Oui, mon seigneur. » Il répondit : « Trois voies, trois paraboles : voilà ce que je dois te montrer.

§4 Explique-m’en une seule, et je te montrerai la voie que tu désires voir ; je t’enseignerai pourquoi le cœur porte le mal. »

§5 Je dis : « Parle ! » Il dit : « Pèse le feu ! Mesure le vent ! Fais revenir le jour qui est passé ! »

§6 Je répondis : « Quel mortel le pourrait ? »

§7 Il reprit : « Si je t’avais demandé les demeures de la mer, les sources de l’abîme, les courants au-dessus du firmament, les portes du paradis,

§8 tu aurais dit : “Je ne suis descendu ni dans l’abîme ni chez les morts ; je ne suis jamais monté au ciel.”

§9 Mais je t’ai parlé du feu, du vent, du jour que tu viens de vivre — et tu ne sais pas répondre !

§10 Tu ne connais pas même ce qui a grandi avec toi ;

§11 comment contiendrais-tu la voie du Très-Haut ? Comment, au milieu d’un monde corrompu, saisirais-tu l’incorruptible ? » Je tombai face contre terre.

§12 « Mieux vaudrait ne pas être nés, dis-je, que vivre dans l’impiété, souffrir et ne pas savoir pourquoi ! »

§13 Il répondit : « Une forêt tint conseil.

§14 “Allons combattre la mer ! Qu’elle recule et que sa place devienne forêt !”

§15 Les vagues dirent à leur tour : “Montons contre la forêt ! Prenons sa terre !”

§16 Mais le feu vint — et la forêt fut consumée.

§17 Le sable se dressa — et la mer fut arrêtée.

§18 Si tu étais juge, qui condamnerais-tu ? »

§19 Je dis : « Les deux ! La forêt a reçu la terre, la mer a reçu ses vagues. »

§20 « Tu juges bien. Alors pourquoi ne te juges-tu pas toi-même ?

§21 À la terre, les choses de la terre ; aux hauteurs, les choses d’en haut. »

§22 Je dis : « Mais pourquoi m’avoir donné le désir de comprendre ?

§23 Je ne demande pas les secrets du ciel. Je demande pourquoi Israël est humilié, pourquoi le peuple aimé est livré, pourquoi la Loi paraît détruite et les alliances perdues.

§24 Nous passons comme des sauterelles ; notre vie est vapeur ; et même la miséricorde nous semble hors d’atteinte.

§25 Que fera-t-il pour son nom qui repose sur nous ? »

§26 Il répondit : « Vis — et tu verras. Ce siècle se hâte de passer.

§27 Il ne peut porter ce qui est promis aux justes : il est rempli de tristesse et d’infirmité.

§28 Le mal est semé. La moisson n’est pas encore venue.

§29 Tant que le mal n’est pas moissonné et que son champ n’a pas disparu, le champ du bien ne peut apparaître.

§30 Un grain mauvais fut semé dans le cœur d’Adam. Vois tout ce qu’il a produit — et tout ce qu’il produira encore jusqu’à l’aire !

§31 Un seul grain : quel fruit d’impiété !

§32 Des épis innombrables : quelle immense aire de battage ! »

§33 Je dis : « Jusqu’à quand ? Quand ? Pourquoi nos années sont-elles si courtes et si mauvaises ? »

§34 « Ne cours pas plus vite que le Très-Haut. Toi, tu te hâtes pour toi ; lui agit pour la multitude.

§35 Les justes eux-mêmes demandent dans leurs réserves : “Jusqu’à quand ? Quand viendra notre récompense ?”

§36 Jérémihel leur répond : “Quand le nombre de vos semblables sera complet. Dieu a pesé le siècle,

§37 mesuré les temps, compté les époques. Rien ne s’éveillera avant l’accomplissement de la mesure.” »

§38 Je dis : « Mais nous sommes tous pleins d’impiété !

§39 Nos péchés ne retardent-ils pas la moisson des justes ? »

§40 Il dit : « Une femme arrivée au neuvième mois peut-elle retenir encore son enfant ? »

§41 « Non. » — « Ainsi les réserves des âmes, dans le séjour des morts, sont comme une matrice.

§42 Comme la femme pressée d’enfanter, elles se hâtent de rendre ce qui leur fut confié

§43 depuis le commencement. Alors tu verras ce que tu désires. »

§44 Je dis : « Si j’ai trouvé grâce, si cela est possible, si j’en suis digne,

§45 dis-moi : reste-t-il plus de temps qu’il n’en est passé ?

§46 Le passé, je le connais ; l’avenir, non. »

§47 « Tiens-toi à ma droite. Regarde. »

§48 Une fournaise passa. La flamme disparut ; il ne resta que la fumée.

§49 Un nuage passa, déversa sa pluie ; après l’averse, il ne resta que des gouttes.

§50 « Comprends : la pluie dépasse les gouttes, le feu dépasse la fumée. Ainsi, la plus grande mesure est passée ; il ne reste que quelques gouttes, un peu de fumée. »

§51 Je dis : « Vivrai-je jusque-là ? Qui vivra en ces jours ? »

§52 Il répondit : « Je peux te parler en partie des signes. Mais de ta vie, je n’ai reçu aucun message. Je ne sais pas. »

Déployée

§1 L’ange qui m’avait été envoyé, nommé Uriel, me répondit.

§2 « Ton cœur, dit-il, s’aventure trop loin dans les questions de ce monde présent. Crois-tu donc pouvoir saisir la manière d’agir du Très-Haut ? »

§3 Je répondis : « Oui, mon seigneur. » Il reprit : « J’ai été envoyé pour te montrer trois voies et placer devant toi trois paraboles.

§4 Si tu peux m’en rendre compte d’une seule, je te montrerai à mon tour la voie que tu désires contempler et je t’apprendrai pourquoi le cœur porte le mal. »

§5 Je dis : « Parle, mon seigneur. » Alors il me dit : « Va donc peser le feu, mesurer le souffle du vent ou ramener le jour qui s’est écoulé. »

§6 Je répondis : « Qui, parmi ceux qui sont nés, en serait capable ? Pourquoi donc m’interroger ainsi ? »

§7 Il me dit : « Si je t’avais demandé combien de demeures se trouvent au cœur de la mer, combien de sources à l’origine de l’abîme, combien de courants au-dessus du firmament, ou quelles sont les issues du paradis,

§8 tu m’aurais peut-être répondu : “Je ne suis descendu ni dans l’abîme ni dans le séjour des morts, et je ne suis jamais monté aux cieux.”

§9 Mais je ne t’ai parlé que du feu, du vent et du jour par lequel tu as passé, choses dont tu ne peux te séparer ; et tu n’as pas su me répondre.

§10 Tu ne peux donc pas comprendre pleinement ce qui a grandi avec toi ;

§11 comment ton vase pourrait-il contenir la voie du Très-Haut ? Comment, déjà effrayé par un siècle corrompu, comprendrais-tu l’incorruption ? » À ces mots, je tombai la face contre terre.

§12 Je lui dis : « Mieux aurait valu pour nous ne jamais venir au monde que d’y vivre dans l’impiété, de souffrir et de ne pas savoir pourquoi. »

§13 Il me répondit : « Les arbres d’une forêt de plaine partirent un jour et tinrent conseil.

§14 Ils dirent : “Allons faire la guerre à la mer ; qu’elle se retire devant nous, et nous nous ferons là de nouvelles forêts.”

§15 De leur côté, les vagues de la mer tinrent conseil : “Montons combattre la forêt de la plaine afin de nous faire là-bas un autre domaine.”

§16 Mais le dessein de la forêt fut vain : le feu vint et la consuma.

§17 Et le dessein des vagues fut pareillement vain : le sable se dressa et leur barra le passage.

§18 Si tu avais eu à les juger, lequel aurais-tu déclaré juste et lequel condamné ? »

§19 Je répondis : « Tous deux ont formé un projet vain. La terre a été donnée à la forêt, et la mer aux vagues qui l’habitent. »

§20 Il reprit : « Tu as bien jugé. Pourquoi ne sais-tu pas te juger toi-même ?

§21 Comme la terre est le domaine de la forêt et la mer celui de ses vagues, ainsi les habitants de la terre ne peuvent saisir que ce qui appartient à la terre, tandis que les habitants des hauteurs comprennent ce qui est au-dessus des cieux. »

§22 Je répondis : « Je t’en prie, mon seigneur : pourquoi donc m’a-t-il été donné une intelligence qui cherche à comprendre ?

§23 Je ne voulais pas interroger sur les choses célestes, mais sur ce qui nous arrive chaque jour : pourquoi Israël est-il humilié par les nations, pourquoi le peuple aimé est-il livré aux impies, pourquoi la Loi de nos pères paraît-elle ruinée et les alliances écrites comme disparues ?

§24 Nous passons hors de ce siècle comme des sauterelles ; notre vie est vapeur, et nous ne sommes même pas dignes de recevoir miséricorde.

§25 Que fera-t-il donc pour son nom, invoqué sur nous ? Voilà ce que je demandais. »

§26 Il me répondit : « Si tu subsistes, tu verras ; si tu vis, tu t’étonneras souvent, car ce siècle se hâte de passer.

§27 Il ne peut porter ce qui a été promis aux justes pour les temps à venir, tant il est rempli de tristesse et d’infirmité.

§28 Le mal dont tu m’interroges a été semé, mais sa moisson n’est pas encore venue.

§29 Tant que la semence mauvaise n’a pas été moissonnée et que le lieu où elle a été semée n’a pas disparu, le champ où le bien sera semé ne peut apparaître.

§30 Dès l’origine, un grain de mauvaise semence fut semé dans le cœur d’Adam. Combien d’impiété a-t-il fait naître jusqu’ici, et combien encore jusqu’à l’aire de battage !

§31 Considère donc combien de fruits d’impiété a produits ce seul grain.

§32 Et lorsque des épis sans nombre auront poussé, quelle vaste aire faudra-t-il pour eux ! »

§33 Je répondis : « Jusqu’où cela ira-t-il, et quand ? Pourquoi nos années sont-elles peu nombreuses et mauvaises ? »

§34 Il me dit : « Ne presse pas ton esprit plus vite que le Très-Haut. Toi, tu te hâtes pour toi-même ; le Très-Haut agit en vue d’une multitude.

§35 Les âmes des justes, dans leurs lieux de garde, n’ont-elles pas elles aussi demandé : “Jusqu’à quand devons-nous attendre ? Quand viendra le fruit de notre récompense ?”

§36 Les âmes des justes sont représentées dans des « réserves » où elles attendent l’accomplissement du nombre de leurs semblables. L’archange Jérémihel répond que le monde, les temps et les époques sont mesurés ; le jugement ne surgira pas avant l’accomplissement de cette mesure.

§37 il a mesuré les temps et compté les époques. Il ne déplacera ni ne réveillera rien avant que la mesure annoncée soit pleine.” »

§38 Je répondis : « Seigneur souverain, mais nous sommes tous, nous aussi, remplis d’impiété.

§39 Ne serait-ce pas à cause de nous que l’aire des justes tarde, à cause des péchés des habitants de la terre ? »

§40 Il me dit : « Va donc demander à une femme enceinte : lorsque ses neuf mois sont accomplis, son sein peut-il encore retenir l’enfant ? »

§41 Je répondis : « Non, mon seigneur. » Il reprit : « Dans le séjour des morts, les réserves où demeurent les âmes ressemblent à une matrice.

§42 Comme celle qui enfante se hâte d’être délivrée de la nécessité de l’accouchement, ainsi ces réserves se hâtent de rendre ce qui leur fut confié

§43 depuis le commencement. Alors te sera montré ce que tu désires contempler. »

§44 Je répondis : « Si j’ai trouvé grâce devant toi, si cela est possible et si je suis digne de le demander,

§45 montre-moi encore si ce qui doit venir est plus long que ce qui est passé, ou si la plus grande part est déjà derrière nous.

§46 Car je connais ce qui est passé ; ce qui doit venir m’est inconnu. »

§47 Il me dit : « Tiens-toi à ma droite, et je te montrerai l’interprétation de la parabole. »

§48 Je me tins là et vis passer devant moi une fournaise en feu. Quand la flamme fut passée, je regardai : il ne demeurait que la fumée.

§49 Après cela passa un nuage chargé d’eau, qui déversa une pluie très violente ; quand l’averse eut passé, il ne resta que des gouttes.

§50 Il me dit : « Réfléchis : de même que la pluie est beaucoup plus abondante que les gouttes qui restent, et le feu plus grand que la fumée, de même la plus grande mesure du temps est déjà passée ; ce qui reste est comparable aux gouttes et à la fumée. »

§51 Je priai et dis : « Penses-tu que je vivrai jusqu’à ces jours ? Qui donc vivra alors ? »

§52 Il me répondit : « Quant aux signes dont tu m’interroges, je peux t’en dire une part. Mais pour ta propre vie, je n’ai pas été envoyé te renseigner, et je ne le sais pas. »

Littérale

§1 Et l’ange qui avait été envoyé vers moi, dont le nom était Uriel, me répondit,

§2 et il me dit : « Dépassant, ton cœur a dépassé dans ce siècle, et tu penses comprendre la voie du Très-Haut ? »

§3 Et je dis : « Oui, mon seigneur. » Et il me répondit et dit : « Trois voies j’ai été envoyé te montrer, et trois similitudes placer devant toi.

§4 Si tu m’en annonces une de celles-ci, moi aussi je te montrerai la voie que tu désires voir, et je t’enseignerai pourquoi le cœur est mauvais. »

§5 Et je dis : « Parle, mon seigneur. » Et il me dit : « Va, pèse-moi le poids du feu, ou mesure-moi le souffle du vent, ou rappelle-moi le jour qui est passé. »

§6 Et je répondis et dis : « Qui parmi les nés pourra faire cela, pour que tu m’interroges sur ces choses ? »

§7 Et il me dit : « Si je t’avais interrogé : Combien de demeures sont au cœur de la mer, ou combien de veines à l’origine de l’abîme, ou combien de veines au-dessus du firmament, ou quelles sont les sorties du paradis,

§8 tu m’aurais peut-être dit : Dans l’abîme je ne suis pas descendu, ni encore dans l’enfer/séjour des morts, ni jamais dans les cieux je ne suis monté.

§9 Maintenant pourtant je ne t’ai interrogé que sur le feu et le vent et le jour par lequel tu es passé, et sans lesquels tu ne peux être séparé, et tu ne m’as pas répondu à leur sujet.

§10 Et il me dit : « Ce qui est tien, avec toi depuis la jeunesse, tu ne peux le connaître,

§11 et comment ton vase pourra-t-il contenir la voie du Très-Haut ? Et déjà effrayé par un siècle corrompu, comprendre l’incorruption ? » Et lorsque j’eus entendu cela, je tombai sur ma face,

§12 et je lui dis : « Il était meilleur pour nous de ne pas être présents que, venus, de vivre dans les impiétés, de souffrir et de ne pas comprendre pour quelle raison. »

§13 Et il me répondit et dit : « Je partis vers une forêt d’arbres de la plaine, et ils pensèrent une pensée,

§14 et dirent : Venez, allons et faisons la guerre à la mer, afin qu’elle se retire devant nous, et faisons-nous d’autres forêts.

§15 Et pareillement les vagues de la mer elles-mêmes pensèrent une pensée et dirent : Venez, montant, combattons la forêt de la plaine, afin que là aussi nous achevions pour nous une autre région.

§16 Et la pensée de la forêt fut vaine, car le feu vint et la consuma.

§17 Pareillement aussi la pensée des vagues de la mer : le sable se dressa et l’arrêta.

§18 Si donc tu étais juge de ceux-ci, lequel commencerais-tu à justifier ou lequel à condamner ? »

§19 Et je répondis et dis : « Tous deux ont pensé une pensée vaine, car la terre a été donnée à la forêt, et le lieu de la mer pour porter ses vagues. »

§20 Et il me répondit et dit : « Tu as bien jugé ; et pourquoi n’as-tu pas jugé pour toi-même ?

§21 De même en effet que la terre a été donnée à la forêt et la mer à ses vagues, ceux qui habitent sur la terre peuvent seulement comprendre les choses qui sont sur la terre, et ceux qui sont au-dessus des cieux, celles qui sont au-dessus de la hauteur des cieux. »

§22 Et je répondis et dis : « Je te prie, seigneur, afin que me soit donnée une intelligence pour comprendre.

§23 Car je n’ai pas voulu interroger sur les voies supérieures, mais sur celles qui passent par nous chaque jour : parce qu’Israël a été donné à l’opprobre des nations, le peuple que tu as aimé donné aux tribus impies, la Loi de nos pères conduite à la destruction, et les dispositions écrites ne sont nulle part.

§24 Et nous passons du siècle comme des sauterelles, et notre vie comme une vapeur, et nous ne sommes pas dignes d’obtenir miséricorde.

§25 Mais que fera-t-il pour son nom qui a été invoqué sur nous ? Voilà ce que j’ai demandé. »

§26 Et il me répondit et dit : « Si tu es, tu verras ; et si tu vis, souvent tu t’étonneras, car se hâtant, le siècle se hâte de passer.

§27 Il ne peut porter ce qui a été promis dans les temps justes, car ce siècle est plein de tristesse et d’infirmités.

§28 Car le mal dont tu m’interroges a été semé, et sa moisson n’est pas encore venue.

§29 Si donc ce qui a été semé n’est pas moissonné et si ne s’en va pas le lieu où le mal a été semé, le champ où le bien est semé ne viendra pas.

§30 Car le grain de la mauvaise semence a été semé dans le cœur d’Adam dès le commencement ; et combien d’impiété a-t-il engendré jusqu’à maintenant et engendrera-t-il jusqu’à ce que vienne l’aire.

§31 Estime donc auprès de toi combien de fruit d’impiété a engendré un grain de mauvaise semence.

§32 Quand auront été semés des épis dont il n’est pas de nombre, quelle grande aire commenceront-ils à faire ! »

§33 Et je répondis et dis : « Jusqu’où et quand cela ? Pourquoi nos années sont-elles peu nombreuses et mauvaises ? »

§34 Et il me répondit et dit : « Ne te hâte pas en esprit au-dessus du Très-Haut ; toi en effet tu te hâtes à cause de toi-même, mais le Très-Haut pour beaucoup.

§35 N’est-ce pas au sujet de ces choses que les âmes des justes ont interrogé dans leurs réserves, disant : Jusqu’à quand espérerai-je ainsi ? Et quand vient le fruit de l’aire de notre récompense ?

§36 Et Jérémihel l’archange leur répondit et dit : Quand sera rempli le nombre de ceux qui vous sont semblables, car dans la balance il a pesé le siècle,

§37 et par mesure il a mesuré les temps et par nombre il a compté les temps, et il ne bougera ni ne réveillera jusqu’à ce que soit remplie la mesure annoncée. »

§38 Et je répondis et dis : « Ô Souverain Seigneur, mais nous tous aussi sommes pleins d’impiété.

§39 Et peut-être à cause de nous l’aire des justes est-elle empêchée, à cause des péchés des habitants de la terre. »

§40 Et il me répondit et dit : « Va et interroge une femme enceinte : lorsqu’elle a accompli ses neuf mois, sa matrice peut-elle encore retenir le fœtus en elle-même ? »

§41 Et je dis : « Elle ne peut pas, seigneur. » Et il me dit : « Dans le séjour des morts, les réserves des âmes sont comparées à une matrice.

§42 Car comme celle qui enfante se hâte d’échapper à la nécessité de l’accouchement, ainsi celles-ci se hâtent de rendre ce qui a été confié

§43 depuis le commencement. Alors te sera montré ce que tu désires voir. »

§44 Et je répondis et dis : « Si j’ai trouvé grâce devant tes yeux, et si cela est possible, et si je suis apte,

§45 montre-moi encore ceci : s’il y a plus à venir que le passé, ou si davantage est passé sur nous,

§46 car ce qui est passé je le sais, mais ce qui doit être je l’ignore. »

§47 Et il me dit : « Tiens-toi sur le côté droit, et je te montrerai l’interprétation de la similitude. »

§48 Et je me tins et je vis : voici une fournaise ardente passa devant moi ; et lorsque passa la flamme, je vis : voici, la fumée resta.

§49 Et après cela passa devant moi un nuage plein d’eau et il envoya une pluie d’un grand élan ; et lorsque passa l’élan de la pluie, des gouttes restèrent en elle.

§50 Et il me dit : « Pense en toi-même. Comme la pluie croît davantage que les gouttes, et le feu davantage que la fumée, ainsi a surabondé la mesure qui est passée ; mais restent les gouttes et la fumée. »

§51 Et je priai et dis : « Penses-tu que je vive jusqu’à ces jours, ou qui sera en ces jours ? »

§52 Il me répondit et dit : « Des signes au sujet desquels tu m’interroges, je peux t’en dire en partie ; mais au sujet de ta vie je n’ai pas été envoyé pour te dire, et je ne sais pas. »

Philologique

§1 Et l’ange qui avait été envoyé vers moi, dont le nom était Uriel, me répondit,

§2 et il me dit : « Dépassant, ton cœur a dépassé dans cet âge, et tu penses comprendre la voie du Très-Haut ? »

§3 Et je dis : « Oui, mon seigneur. » Et, me répondant, il dit : « Trois voies j’ai été envoyé te montrer, et trois similitudes placer devant toi.

§4 Si tu m’en annonces une de celles-ci, moi aussi je te montrerai la voie que tu désires voir, et je t’enseignerai pourquoi le cœur est mauvais. »

§5 Et je dis : « Parle, mon seigneur. » Et il me dit : « Va, pèse-moi le poids du feu, ou mesure-moi le souffle du vent, ou rappelle-moi le jour qui est passé. »

§6 Et moi, répondant, je dis : « Qui parmi les êtres nés pourra faire cela, pour que tu m’interroges sur ces choses ? »

§7 Et il me dit : « Si je t’avais interrogé : Combien de demeures sont au cœur de la mer, ou combien de veines à l’origine de l’abîme, ou combien de veines au-dessus du firmament, ou quelles sont les sorties du paradis,

§8 tu m’aurais peut-être dit : Dans l’abîme je ne suis pas descendu, ni encore dans l’séjour des morts, ni jamais dans les cieux je ne suis monté.

§9 Maintenant pourtant je ne t’ai interrogé que sur le feu et le vent et le jour par lequel tu es passé, et sans lesquels tu ne peux être séparé, et tu ne m’as pas répondu à leur sujet.

§10 Et il me dit : « Ce qui est tien, avec toi depuis la jeunesse, tu ne peux le connaître,

§11 et comment ton vase pourra-t-il contenir la voie du Très-Haut ? Et déjà effrayé par un siècle corrompu, comprendre l’incorruption ? » Et lorsque j’eus entendu cela, je tombai face contre terre,

§12 et je lui dis : « Il était meilleur pour nous de ne pas être présents que, venus, de vivre dans les impiétés, de souffrir et de ne pas comprendre pour quelle raison. »

§13 Et, me répondant, il dit : « Je partis vers une forêt d’arbres de la plaine, et ils formèrent un dessein,

§14 et dirent : Venez, allons et faisons la guerre à la mer, afin qu’elle se retire devant nous, et faisons-nous d’autres forêts.

§15 Et pareillement les vagues de la mer elles-mêmes formèrent un dessein et dirent : Venez, montant, combattons la forêt de la plaine, afin que là aussi nous achevions pour nous une autre région.

§16 Et la pensée de la forêt fut vaine, car le feu vint et la consuma.

§17 Pareillement aussi la pensée des vagues de la mer : le sable se dressa et l’arrêta.

§18 Si donc tu étais juge de ceux-ci, lequel commencerais-tu à justifier ou lequel à condamner ? »

§19 Et moi, répondant, je dis : « Tous deux ont pensé une pensée vaine, car la terre a été donnée à la forêt, et le lieu de la mer pour porter ses vagues. »

§20 Et, me répondant, il dit : « Tu as bien jugé ; et pourquoi n’as-tu pas jugé pour toi-même ?

§21 De même en effet que la terre a été donnée à la forêt et la mer à ses vagues, ceux qui habitent sur la terre peuvent seulement comprendre les choses qui sont sur la terre, et ceux qui sont au-dessus des cieux, celles qui sont au-dessus de la hauteur des cieux. »

§22 Et moi, répondant, je dis : « Je te prie, seigneur, afin que me soit donnée une intelligence pour comprendre.

§23 Car je n’ai pas voulu interroger sur les voies supérieures, mais sur celles qui passent par nous chaque jour : parce qu’Israël a été donné à l’opprobre des nations, le peuple que tu as aimé donné aux tribus impies, la Loi de nos pères conduite à la destruction, et les dispositions écrites ne sont nulle part.

§24 Et nous passons de l’âge comme des sauterelles, et notre vie comme une vapeur, et nous ne sommes pas dignes d’obtenir miséricorde.

§25 Mais que fera-t-il pour son nom qui a été invoqué sur nous ? Voilà ce que j’ai demandé. »

§26 Et, me répondant, il dit : « Si tu es, tu verras ; et si tu vis, souvent tu t’étonneras, car se hâtant, l’âge se hâte de passer.

§27 Il ne peut porter ce qui a été promis dans les temps justes, car cet âge est plein de tristesse et d’infirmités.

§28 Car le mal dont tu m’interroges a été semé, et sa moisson n’est pas encore venue.

§29 Si donc ce qui a été semé n’est pas moissonné et si ne s’en va pas le lieu où le mal a été semé, le champ où le bien est semé ne viendra pas.

§30 Car le grain de la mauvaise semence a été semé dans le cœur d’Adam dès le commencement ; et combien d’impiété a-t-il engendré jusqu’à maintenant et engendrera-t-il jusqu’à ce que vienne l’aire.

§31 Estime donc auprès de toi combien de fruit d’impiété a engendré un grain de mauvaise semence.

§32 Quand auront été semés des épis dont il n’est pas de nombre, quelle grande aire commenceront-ils à faire ! »

§33 Et moi, répondant, je dis : « Jusqu’où et quand cela ? Pourquoi nos années sont-elles peu nombreuses et mauvaises ? »

§34 Et, me répondant, il dit : « Ne te hâte pas en esprit au-dessus du Très-Haut ; toi en effet tu te hâtes à cause de toi-même, mais le Très-Haut pour beaucoup.

§35 N’est-ce pas au sujet de ces choses que les âmes des justes ont interrogé dans leurs réserves, disant : Jusqu’à quand espérerai-je ainsi ? Et quand vient le fruit de l’aire de notre récompense ?

§36 Et Jérémihel l’archange leur répondit et dit : Quand sera rempli le nombre de ceux qui vous sont semblables, car dans la balance il a pesé l’âge,

§37 et par mesure il a mesuré les temps et par nombre il a compté les temps, et il ne bougera ni ne réveillera jusqu’à ce que soit remplie la mesure annoncée. »

§38 Et moi, répondant, je dis : « Ô Souverain Seigneur, mais nous tous aussi sommes pleins d’impiété.

§39 Et peut-être à cause de nous l’aire des justes est-elle empêchée, à cause des péchés des habitants de la terre. »

§40 Et, me répondant, il dit : « Va et interroge une femme enceinte : lorsqu’elle a accompli ses neuf mois, sa matrice peut-elle encore retenir le fœtus en elle-même ? »

§41 Et je dis : « Elle ne peut pas, seigneur. » Et il me dit : « Dans le séjour des morts, les réserves des âmes sont comparées à une matrice.

§42 Car comme celle qui enfante se hâte d’échapper à la nécessité de l’accouchement, ainsi celles-ci se hâtent de rendre ce qui a été confié

§43 depuis le commencement. Alors te sera montré ce que tu désires voir. »

§44 Et moi, répondant, je dis : « Si j’ai trouvé grâce devant tes yeux, et si cela est possible, et si je suis apte,

§45 montre-moi encore ceci : s’il y a plus à venir que le passé, ou si davantage est passé sur nous,

§46 car ce qui est passé je le sais, mais ce qui doit être je l’ignore. »

§47 Et il me dit : « Tiens-toi sur le côté droit, et je te montrerai l’interprétation de la similitude. »

§48 Et je me tins et je vis : voici une fournaise ardente passa devant moi ; et lorsque passa la flamme, je vis : voici, la fumée resta.

§49 Et après cela passa devant moi un nuage plein d’eau et il envoya une pluie d’un grand élan ; et lorsque passa l’élan de la pluie, des gouttes restèrent en elle.

§50 Et il me dit : « Pense en toi-même. Comme la pluie croît davantage que les gouttes, et le feu davantage que la fumée, ainsi a surabondé la mesure qui est passée ; mais restent les gouttes et la fumée. »

§51 Et je priai et dis : « Penses-tu que je vive jusqu’à ces jours, ou qui sera en ces jours ? »

§52 Il me répondit et dit : « Des signes au sujet desquels tu m’interroges, je peux t’en dire en partie ; mais au sujet de ta vie je n’ai pas été envoyé pour te dire, et je ne sais pas. »

Paraphrase

§1 L’ange qui m’avait été envoyé, appelé Uriel, me répondit.

§2 Il me dit : « Ton cœur veut aller trop loin dans les questions de ce monde : penses-tu pouvoir comprendre la voie du Très-Haut ? »

§3 Je répondis : « Oui, mon seigneur. » Il reprit : « J’ai été envoyé pour te montrer trois voies et te proposer trois comparaisons.

§4 Si tu peux m’en expliquer une seule, alors je te montrerai la voie que tu désires connaître et je t’enseignerai pourquoi le cœur humain est mauvais. »

§5 Je dis : « Parle, mon seigneur. » Il me répondit : « Va, pèse le feu, mesure le souffle du vent ou fais revenir le jour qui est passé. »

§6 Je répondis : « Quel être humain pourrait faire cela ? Pourquoi m’interroger sur des choses impossibles ? »

§7 Il dit : « Si je t’avais demandé combien il y a de demeures au cœur de la mer, combien de sources à l’origine de l’abîme, combien de courants au-dessus du firmament ou quelles sont les issues du paradis,

§8 tu aurais pu me répondre : “Je ne suis pas descendu dans l’abîme ni dans le séjour des morts, et je ne suis jamais monté au ciel.”

§9 Mais je ne t’ai interrogé que sur le feu, le vent et le jour que tu viens de traverser : des choses qui font partie de ton monde. Et pourtant tu n’as pas su me répondre.

§10 Tu ne comprends même pas pleinement ce qui t’appartient depuis ta jeunesse ;

§11 comment ton esprit pourrait-il contenir la voie du Très-Haut et, dans un monde corrompu, comprendre l’incorruptible ? » À ces mots, je tombai face contre terre.

§12 Je lui dis : « Il vaudrait mieux ne pas être nés que vivre dans l’impiété, souffrir et ne pas comprendre pourquoi. »

§13 Il me répondit : « Imagine une forêt dont les arbres se réunissent pour délibérer.

§14 La forêt voudrait envahir la mer et transformer son espace en terre boisée.

§15 La mer voudrait à son tour submerger la forêt et faire de sa terre un domaine marin.

§16 Mais le feu met fin au rêve de la forêt,

§17 et le sable arrête le projet de la mer.

§18 Si tu devais juger les deux, lequel déclarerais-tu juste et lequel condamnerais-tu ? »

§19 Je répondis : « Les deux projets sont absurdes. La terre a été donnée à la forêt, et la mer est le lieu des vagues. »

§20 Il me dit : « Tu as bien jugé. Pourquoi ne portes-tu pas le même jugement sur toi-même ?

§21 La terre appartient à ceux qui vivent sur la terre, et ils ne peuvent comprendre que les réalités terrestres ; ceux qui sont au-dessus des cieux comprennent les réalités d’en haut. »

§22 Je répondis : « Je t’en prie, mon seigneur, pourquoi m’a-t-il donc été donné de comprendre ?

§23 Je ne voulais pas interroger sur les choses célestes, mais sur ce qui nous arrive chaque jour : pourquoi Israël est-il humilié par les nations, pourquoi le peuple aimé est-il livré aux impies, pourquoi la Loi de nos pères paraît-elle ruinée et les alliances écrites comme disparues ?

§24 Nous traversons ce monde comme des sauterelles ; notre vie est comme une vapeur, et nous ne semblons même plus dignes de recevoir miséricorde.

§25 Que fera donc Dieu pour son nom, qui a été invoqué sur nous ? Voilà ma question. »

§26 Il me répondit : « Si tu subsistes, tu verras ; si tu vis assez longtemps, tu seras souvent étonné : ce monde se hâte vers sa fin.

§27 Il est trop chargé de tristesse et de faiblesse pour porter encore la réalité promise aux justes.

§28 Le mal est semé. La moisson n’est pas encore venue.

§29 Avant que le champ du bien apparaisse, il faut que le cycle du mal arrive à sa moisson.

§30 Un grain mauvais fut semé dans le cœur d’Adam. Vois tout ce qu’il a produit — et tout ce qu’il produira encore jusqu’à l’aire !

§31 Le fruit est devenu beaucoup plus grand que le grain initial.

§32 Et plus les épis se multiplient, plus la moisson finale paraît vaste.

§33 Je répondis : « Jusqu’à quand ? Quand ces choses arriveront-elles ? Pourquoi nos années sont-elles si courtes et si mauvaises ? »

§34 Il me dit : « Ne cherche pas à te hâter plus que le Très-Haut. Tu te hâtes pour toi-même ; le Très-Haut agit pour la multitude.

§35 Les âmes des justes, dans leurs lieux de garde, n’ont-elles pas elles aussi demandé : “Jusqu’à quand devons-nous attendre ? Quand viendra le fruit de notre récompense ?”

§36 L’archange Jérémihel leur a répondu : “Quand sera complet le nombre de ceux qui vous ressemblent ; car Dieu a pesé le monde sur la balance,

§37 il a mesuré les temps et compté les époques. Rien ne sera déplacé ni réveillé avant que la mesure fixée soit accomplie.” »

§38 Je répondis : « Seigneur souverain, nous sommes pourtant tous pleins d’impiété.

§39 N’est-ce pas à cause de nous que la moisson des justes est retardée, à cause des péchés de ceux qui habitent sur la terre ? »

§40 Il me dit : « Interroge une femme enceinte : quand ses neuf mois sont accomplis, peut-elle encore retenir l’enfant en elle ? »

§41 Je répondis : « Non, mon seigneur. » Il reprit : « Dans le séjour des morts, les réserves où demeurent les âmes ressemblent à une matrice.

§42 Comme la femme qui enfante se hâte d’être délivrée du travail de l’accouchement, ces lieux se hâtent de rendre ce qui leur a été confié

§43 depuis le commencement. Alors te sera montré ce que tu désires voir. »

§44 Je répondis : « Si j’ai trouvé grâce devant toi, si cela est possible et si j’en suis digne,

§45 reste-t-il davantage à parcourir, ou la plus grande partie de l’histoire est-elle déjà passée ?

§46 Le passé est visible ; l’avenir ne l’est pas.

§47 Il me dit : « Tiens-toi à ma droite et je te montrerai l’explication de cette comparaison. »

§48 Une fournaise passe : après le feu, il ne reste que de la fumée.

§49 Puis une grande pluie tombe : après l’averse, il ne reste que quelques gouttes.

§50 Il me dit : « Réfléchis : de même que la pluie est beaucoup plus abondante que les gouttes qui restent, et le feu plus grand que la fumée, de même la plus grande mesure du temps est déjà passée ; ce qui reste est comparable aux gouttes et à la fumée. »

§51 Je priai et dis : « Vivrai-je jusqu’à ces jours ? Et qui sera vivant alors ? »

§52 Il me répondit : « Je peux t’indiquer une partie des signes sur lesquels tu m’interroges ; mais je n’ai pas été envoyé pour te révéler la durée de ta vie, et je ne la connais pas. »

Source latine

§1 Et respondit ad me angelus qui missus est ad me, cui nomen Urihel, §2 et dixit mihi: Excedens excessit cor tuum in saeculo hoc, et conprehendere cogitas viam Altissimi? §3 Et dixi: Ita, domine meus. Et respondit mihi et dixit: Tres vias missus sum ostendere tibi et tres similitudines proponere coram te. §4 De quibus si mihi renuntiaveris unam ex his, et ego tibi demonstrabo viam quam desideras videre, et doceam te quare cor malignum. §5 Et dixi: Loquere, domine meus. Et dixit ad me: Vade, pondera mihi ignis pondus, aut mensura mihi flatum venti, aut revoca mihi diem quae praeteriit. §6 Et respondi et dixi: Quis natorum poterit facere, ut me interroges de his? §7 Et dixit ad me: Si eram interrogans te dicens: Quantae habitationes sunt in corde maris, aut quantae venae sunt in principio abyssi, aut quantae venae sunt super firmamentum, aut qui sint exitus paradisi, §8 dicebas fortassis mihi: In abyssum non descendi neque in infernum adhuc, neque in caelis umquam ascendi. §9 Nunc autem non interrogavi te nisi de igne et vento et diem per quem transisti, et sine quibus separari non potes, et non respondisti mihi de eis. §10 Et dixit mihi: Tu quae tua sunt te cum coadulescentia non potes cognoscere, §11 et quomodo poterit vas tuum capere Altissimi viam? ... Et iam exterritus corrupto saeculo intellegere incorruptionem? Et cum haec audissem, cecidi in faciem meam §12 et dixi illi: Melius erat nos non adesse, quam advenientes vivere in impietatibus et pati et non intellegere de qua re. §13 Et respondit ad me et dixit: Proficiscens profectus sum ad silvam lignorum campi, et cogitaverunt cogitationem §14 et dixerunt: Venite et eamus et faciamus ad mare bellum, ut recedat coram nos, et faciamus nobis alias silvas. §15 Et similiter fluctus maris et ipsi cogitaverunt cogitationem et dixerunt Venite ascendentes debellemus silvam campi, ut et ibi consummemus nobismet ipsis aliam regionem. §16 Et factus est cogitatus silvae in vano, venit enim ignis et consumpsit eam. §17 Similiter et cogitatus fluctuum maris, stetit enim harena et prohibuit eam. §18 Si enim eras iudex horum, quem incipiebas iustificare aut quem condemnare? §19 Et respondi et dixi: Utrique vanam cogitationem cogitaverunt, terra enim data est silvae, et maris locus portare fluctus suos. §20 Et respondit ad me et dixit: Bene tu iudicasti, et quare non iudicasti tibimet ipso? §21 Quemadmodum enim terra silvae data est et mare fluctibus suis, et qui super terram inhabitant quae sunt super terram intellegere solummodo possunt, et qui super caelos super altitudinem caelorum. §22 Et respondi et dixi: Deprecor te, domine, ut mihi datus est sensus intellegendi. §23 Non enim volui interrogare de superioribus viis, sed de his quae pertranseunt per nos cotidie, propter quod Israhel datus est in obprobrium gentibus, quem dilexisti populum datus est tribubus impiis, et lex patrum nostrorum in interitum deducta est, et dispositiones scriptae nusquam sunt. §24 Et pertransivimus de saeculo ut lucustae, et vita nostra ut vapor, et nec digni sumus misericordiam consequi. §25 Sed quid faciet nomini suo quod invocatum est super nos? Et his interrogavi. §26 Et respondit ad me et dixit: Si fueris videbis, et si vixeris frequenter miraberis, quoniam festinans festinat saeculum pertransire. §27 Non capiet portare quae in temporibus iustis repromissa sunt, quoniam plenum maestitia est saeculum hoc et infirmitatibus. §28 Seminatum est enim malum, de quibus me interrogas de ea, et necdum venit destrictio ipsius. §29 Si ergo non messum fuerit quod seminatum est, et discesserit locus ubi seminatum est malum, non veniet ager ubi seminatum est bonum. §30 Quoniam granum seminis mali seminatum est in corde Adam ab initio, et quantum impietatis generavit usque nunc et generabit usque cum veniat area. §31 Aestima autem apud te, granum mali seminis quantum fructum impietatis generaverit. §32 Quando seminatae fuerint spicae quarum non est numerus, quam magnam aream incipient facere. §33 Et respondi et dixi: Quo et quando haec? Quare modici et mali anni nostri? §34 Et respondit ad me et dixit: Non festina spiritu super Altissimum; tu enim festinas propter temet ipsum spiritum, nam Excelsus pro multis. §35 Nonne de his interrogaverunt animae iustorum in promptuariis suis dicentes: Usquequo spero sic? Et quando venit fructus areae mercedis nostrae? §36 Et respondit ad ea Hieremihel archangelus et dixit: Quando impletus fuerit numerus similium vobis, quoniam in statera ponderavit saeculum §37 et mensura mensuravit tempora et numero numeravit tempora, et non commovet nec excitabit usque dum impleatur praedicta mensura. §38 Et respondi et dixi: O dominator domine, sed et nos omnes pleni sumus impietate. §39 Et ne forte propter nos inpediatur iustorum area, propter peccata inhabitantium super terram. §40 Et respondit ad me et dixit: Vade et interroga praegnantem, si quando impleverit novem menses suos, adhuc poterit matrix eius retinere fetus in semet ipsa. §41 Et dixi: Non potest, domine. Et dixit ad me: In inferno promptuaria animarum matrici adsimilata sunt. §42 Quemadmodum enim festinavit quae parit effugere necessitatem partus, sic et haec festinat reddere ea quae commendata sunt §43 ab initio. Tunc tibi demonstrabitur de his quae concupiscis videre. §44 Et respondi et dixi: Si inveni gratiam ante oculos tuos, et si possibile est, et si idoneus sum, §45 demonstra mihi et hoc, si plus quam praeteriti habet venire aut plura pertransierunt super nos, §46 quoniam quod pertransivit scio, quid autem futuri sit ignoro. §47 Et dixit ad me: Sta super dexteram partem et demonstrabo tibi interpretationem similitudinis. §48 Et steti et vidi, et ecce fornax ardens transiit coram me; et factum est cum transiret flamma, et vidi et ecce superavit fumus. §49 Et post hoc transiit coram me nubes plena aquae et inmisit pluviam impetu multam; et cum transisset impetus pluviae, et superaverunt in ea guttae. §50 Et dixit ad me: Cogita tibi. Sicut enim crescit pluvia amplius quam guttae, et ignis amplius quam fumus, sic superabundavit quae transivit mensura, superaverunt autem guttae et fumus. §51 Et oravi et dixi: Putas vivo usque in diebus illis, vel quis erit in diebus, illis? §52 Respondit ad me et dixit: De signis de quibus me perrogas, ex parte possum tibi dicere, de vita autem tua non sum missus dicere tibi, sed nescio.

Notes textuelles

Place dans l’ouvrage

Dans l’architecture de l’ouvrage

Les chapitres 3–10 constituent le cœur dialogué de l’apocalypse : Esdras interroge Uriel sur la justice divine, l’histoire, le jugement et le destin d’Israël.

Parcours de l’unité

Uriel répond : limites du savoir humain4 Esdras 4

Clés de lecture

Approfondir : composition, transmission et réception

Établissement du texte

contrôlé

Latin critique du noyau 4 Esdras (chapitres 3–14) : Online Critical Pseudepigrapha, texte latin établi sur le témoin de base Weber, fichier source contrôlé par empreinte SHA-256.

Lecture éditoriale. Le texte critique OCP/Weber gouverne la traduction du noyau ; Fritzsche et les éditions anciennes servent de contrôles ponctuels lorsque l’appareil le requiert. Aucune traduction moderne ne sert de pivot.

Composition stratifiée

établi dans ses grandes lignes

La forme latine en 16 chapitres encadre le noyau juif des chapitres 3–14 par des compositions chrétiennes en 1–2 et 15–16.

Lecture éditoriale. Le lecteur doit toujours savoir quelle strate de l’œuvre il lit.

Couche textuelle

contrôlé

Ce chapitre appartient à 4 Esdras — noyau apocalyptique.

Lecture éditoriale. La traduction conserve la couche reçue dans son identité propre ; les relations avec les autres couches sont traitées dans l’appareil S5.

Limites de la connaissance et attente des justes

contrôlé

Uriel répond par des énigmes sur les limites du savoir humain ; le chapitre nomme Jérémihel en 4,36, emploie infernum pour le séjour des morts en 4,41 et conclut par les images de la pluie/gouttes et du feu/fumée en 4,50.

Lecture éditoriale. Les termes eschatologiques sont traduits selon leur contexte antique sans projection automatique de catégories doctrinales plus tardives ; les images temporelles sont conservées comme argument du dialogue, non comme calendrier prédictif.

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