Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Folie de l’orgueil humain devant le Créateur
Ce chapitre de 1 Clément développe : « Folie de l’orgueil humain devant le Créateur ». 1 Clément répond à une crise d’autorité et de concorde à Corinthe : exemples scripturaires, humilité, ordre cosmique et communautaire, ministères, amour, repentance et grande prière finale.
Texte — sept restitutions
Une seule analyse du texte source gouverne les sept restitutions. La version Lecture est ouverte par défaut.
Clarté
§1 Des hommes insensés, sans intelligence, stupides et sans instruction se moquent de nous et nous tournent en dérision, parce qu’ils veulent s’élever dans leurs propres pensées.
§2 Mais que peut un mortel ? Quelle force possède celui qui est né de la terre ?
§3 Il est écrit : « Aucune forme n’était devant mes yeux ; je percevais seulement un souffle et j’entendais une voix. »
§4 « Un mortel serait-il pur devant le Seigneur ? Un homme serait-il irréprochable par ses œuvres, puisque Dieu ne se fie même pas à ses serviteurs et discerne quelque défaut chez ses anges ?
§5 Même le ciel n’est pas pur devant lui ; combien moins ceux qui habitent des maisons d’argile, nous qui sommes nous-mêmes faits de la même argile ! Comme une mite les frappe ; du matin au soir ils cessent d’être, et parce qu’ils ne peuvent se secourir eux-mêmes, ils périssent.
§6 Il souffle sur eux, et ils meurent faute de sagesse.
§7 Appelle donc : quelqu’un te répondra-t-il ? Vers lequel des saints anges te tourneras-tu ? La colère fait mourir l’insensé et la jalousie met à mort l’égaré.
§8 J’ai vu des insensés prendre racine, mais aussitôt leur demeure a été dévorée.
§9 Que leurs fils soient loin du salut ; qu’ils soient écrasés aux portes par de plus faibles, sans personne pour les délivrer. Ce qui leur avait été préparé, les justes le mangeront, et eux-mêmes ne seront pas délivrés de leurs maux. »
Lecture
§1 Ceux qui manquent de sagesse et de discernement peuvent nous ridiculiser parce qu’ils cherchent à se grandir eux-mêmes.
§2 Pourtant, que vaut la puissance d’un mortel, lui qui est tiré de la terre ?
§3 L’Écriture dit : « Je ne distinguais aucune forme ; seulement un souffle passait et une voix se faisait entendre. »
§4 « Un être humain peut-il se prétendre pur devant le Seigneur, irréprochable à cause de ses propres œuvres ? Dieu lui-même ne met pas une confiance absolue dans ses serviteurs et trouve à reprendre jusque chez ses anges.
§5 Même les cieux ne sont pas purs devant lui ; à plus forte raison ceux qui habitent des demeures d’argile et sont eux-mêmes faits d’argile. Fragiles comme devant la mite, ils disparaissent entre le matin et le soir ; incapables de se sauver eux-mêmes, ils périssent.
§6 Un souffle les emporte, et ils meurent faute de sagesse.
§7 Appelle si tu veux : qui te répondra ? Vers lequel des saints anges te tourneras-tu ? La colère tue l’insensé, et la jalousie fait mourir celui qui s’égare.
§8 J’ai vu l’insensé s’enraciner, mais sa demeure fut soudain consumée.
§9 Ses enfants restent loin du salut ; ils sont accablés sans libérateur. Ce qu’il préparait revient aux justes, tandis que lui ne peut échapper au mal. »
Proclamation
§1 Les insensés rient et se moquent, parce qu’ils veulent s’élever eux-mêmes.
§2 Mais qu’est-ce qu’un mortel ? Quelle force a l’enfant de la terre ?
§3 Il est écrit : « Je ne voyais aucune forme ; un souffle passait, une voix se faisait entendre. »
§4 « Un mortel serait-il pur devant le Seigneur ? Un homme serait-il irréprochable par lui-même ? Même ses serviteurs ne sont pas au-dessus de tout examen, même ses anges ne sont pas sans défaut devant lui.
§5 Le ciel lui-même n’est pas pur à ses yeux ; combien moins ceux qui habitent l’argile et sont faits d’argile ! En un jour ils passent ; sans pouvoir se sauver eux-mêmes, ils périssent.
§6 Un souffle : et leur vie s’achève, faute de sagesse.
§7 Appelle : qui répondra ? La colère tue l’insensé, la jalousie tue l’égaré.
§8 J’ai vu l’insensé prendre racine ; soudain sa demeure fut consumée.
§9 Ses fils restent loin du salut ; nul ne vient les délivrer. Les justes reçoivent ce qu’il avait préparé, et lui ne peut échapper au mal. »
Déployée
§1 L’auteur oppose l’orgueil des moqueurs à la fragilité réelle de toute condition humaine : certains tournent les croyants en dérision pour exalter leur propre jugement.
§2 Mais cette prétention se heurte à une question fondamentale : quelle puissance autonome possède réellement un être mortel, né de la terre ?
§3 Une longue citation scripturaire développe alors cette limite humaine : le témoin ne voit aucune forme stable, seulement un souffle et une voix.
§4 Aucun mortel ne peut se déclarer absolument pur devant le Seigneur ni fonder son innocence sur ses propres œuvres ; devant Dieu, même les serviteurs célestes restent des créatures soumises à son jugement.
§5 Si même le ciel n’est pas pur devant lui, combien plus fragiles sont les humains, comparés à des habitants de maisons d’argile et eux-mêmes façonnés d’argile : leur existence peut se défaire en un jour, et ils ne disposent pas en eux-mêmes du pouvoir de se sauver de la mort.
§6 Un simple souffle suffit à mettre fin à leur vie lorsqu’ils sont dépourvus de sagesse.
§7 Le texte poursuit : nul appui créé ne peut abolir cette condition ; la colère et la jalousie conduisent l’insensé à sa perte.
§8 Une prospérité qui paraît s’enraciner peut être détruite soudainement.
§9 Même la descendance de l’insensé peut subir les conséquences de cette chute ; ce qu’il accumulait passe aux justes, tandis qu’il ne trouve pas de délivrance dans le mal qu’il s’est attiré.
Littérale
§1 Des insensés, inintelligents, fous et sans instruction se moquent de nous et nous raillent, voulant s’élever eux-mêmes dans leurs pensées.
§2 Car que peut un mortel ? Ou quelle est la force d’un né de la terre ?
§3 Car il est écrit : Il n’y avait pas de forme devant mes yeux, sinon un souffle, et j’entendais une voix.
§4 Quoi donc ? Un mortel sera-t-il pur devant le Seigneur ? Ou un homme sera-t-il irréprochable à partir de ses œuvres, s’il ne met pas sa confiance dans ses serviteurs et s’il a conçu quelque chose de tortueux au sujet de ses anges ?
§5 Le ciel non plus n’est pas pur devant lui ; laisse donc ceux qui habitent des maisons d’argile, dont nous aussi sommes faits de la même argile. Une mite les a frappés à la manière d’une mite, et du matin jusqu’au soir ils ne sont plus ; faute de pouvoir se porter secours à eux-mêmes, ils ont péri.
§6 Il a soufflé sur eux et ils ont pris fin, parce qu’ils n’avaient pas de sagesse.
§7 Appelle donc, si quelqu’un t’obéira, ou si tu verras quelqu’un des saints anges ; car la colère tue l’insensé et la jalousie met à mort l’égaré.
§8 Moi, j’ai vu des insensés jeter des racines, mais aussitôt leur demeure fut dévorée.
§9 Que leurs fils soient loin du salut ; qu’ils soient écrasés aux portes par des plus faibles, et il n’y aura personne qui délivre. Car ce qui leur a été préparé, des justes le mangeront ; eux-mêmes ne seront pas délivrés des maux.
Philologique
§1 Les aphrones, asynetoi, môroi et apaideutoi — insensés, sans intelligence, fous et sans formation — nous chleuazousin et myktèrizousin, raillent et tournent en dérision, parce qu’ils veulent s’élever eux-mêmes dans leurs dianoiai, pensées.
§2 Que peut en effet un thnètos, mortel, et quelle ischys, force, possède un gègenès, né de la terre ?
§3 L’Écriture dit : aucune morphè, forme, n’était devant mes yeux ; seulement une aura, souffle, et une phônè, voix, étaient perçues.
§4 Le passage demande si un brotos, mortel, peut être katharos, pur, devant le Seigneur, ou un homme amemptos, irréprochable, à partir de ses propres œuvres ; le raisonnement étend la dépendance créaturelle jusqu’aux serviteurs et aux anges.
§5 Même l’ouranos, ciel, n’est pas dit pur devant Dieu ; combien moins ceux qui habitent des oikiai pèlinai, maisons d’argile, eux-mêmes issus de la même argile. Leur fragilité est exprimée par l’image du sès, la mite : entre le matin et le soir ils cessent d’être, incapables de se secourir eux-mêmes.
§6 Un souffle les atteint et ils meurent, la formule liant leur perte à l’absence de sophia, sagesse.
§7 L’appel à un éventuel répondant ou à l’un des hagioi angeloi souligne l’absence de recours autonome ; orgè, colère, et zèlos, jalousie, conduisent l’insensé et l’égaré à la mort.
§8 L’insensé peut sembler rhizas ballein, jeter des racines, mais sa diaita, demeure ou établissement, est aussitôt consumée.
§9 Sa descendance demeure loin de la sôtèria, salut ; aucune délivrance ne vient, tandis que ce qui avait été préparé est mangé par les justes et que les auteurs du mal ne trouvent pas d’exemption à ses conséquences.
Paraphrase
§1 Ceux qui se croient supérieurs peuvent rire des autres et les mépriser, mais leur arrogance repose sur une illusion.
§2 Un être humain reste mortel, fragile et tiré de la terre : il ne possède pas en lui-même une puissance absolue.
§3 L’Écriture décrit cette fragilité par l’image d’un souffle presque insaisissable et d’une voix entendue dans l’obscurité.
§4 Personne ne peut se présenter devant Dieu comme parfaitement pur grâce à ses propres mérites ; toute créature demeure dépendante de son jugement.
§5 Si même les réalités célestes ne peuvent revendiquer une perfection indépendante de Dieu, combien moins l’être humain, aussi fragile qu’une maison d’argile : aujourd’hui présent, demain disparu, incapable de vaincre seul sa fin.
§6 Sans sagesse, sa vie peut s’éteindre comme sous un souffle.
§7 Ni colère ni jalousie ne lui donnent de force : elles accélèrent au contraire sa chute.
§8 Une réussite qui paraît solidement enracinée peut disparaître en un instant.
§9 Ce que l’orgueilleux croyait assurer pour lui-même peut passer à d’autres ; le texte appelle ainsi à abandonner toute autosuffisance et à chercher la sagesse plutôt que l’exaltation de soi.
Texte source
§1 Ἄφρονες καὶ ἀσύνετοι καὶ μωροὶ καὶ ἀπαίδευτοι χλευάζουσιν ἡμᾶς καὶ μυκτηρίζουσιν, ἑαυτοὺς βουλόμενοι ἐπαίρεσθαι ταῖς διανοίαις αὐτῶν. §2 τί γὰρ δύναται θνητός; ἢ τίς ἰσχὺς γηγενοῦς; §3 γέγραπται γάρ· Οὐκ ἦν μορφὴ πρὸ ὀφθαλμῶν μου, ἀλλ’ ἢ αὔραν καὶ φωνὴν ἤκουον· §4 Τί γάρ; μὴ καθαρὸς ἔσται βροτὸς ἔναντι κυρίου; ἢ ἀπὸ τῶν ἔργων αὐτοῦ ἄμεμπτος ἀνήρ, εἰ κατὰ παίδων αὐτοῦ οὐ πιστεύει, κατὰ δὲ ἀγγέλων αὐτοῦ σκολιόν τι ἐπενόησεν; §5 οὐρανὸς δὲ οὐ καθαρὸς ἐνώπιον αὐτοῦ· ἔα δέ, οἱ κατοικοῦντες οἰκίας πηλίνας, ἐξ ὧν καὶ αὐτοὶ ἐκ τοῦ αὐτοῦ πηλοῦ ἐσμεν· ἔπαισεν αὐτοὺς σητὸς τρόπον, καὶ ἀπὸ πρωΐθεν ἕως ἑσπέρας οὐκ ἔτι εἰσίν· παρὰ τὸ μὴ δύνασθαι αὐτοὺς ἑαυτοῖς βοηθῆσαι ἀπώλοντο. §6 ἐνεφύσησεν αὐτοῖς, καὶ ἐτελεύτησαν παρὰ τὸ μὴ ἔχειν αὐτοὺς σοφίαν. §7 ἐπικάλεσαι δέ, εἴ τίς σοι ὑπακούσεται, ἢ εἴ τινα ἁγίων ἀγγέλων ὄψῃ· καὶ γὰρ ἄφρονα ἀναιρεῖ ὀργή, πεπλανημένον δὲ θανατοῖ ζῆλος. §8 ἐγὼ δὲ ἑώρακα ἄφρονας ῥίζας βάλλοντας, ἀλλ’ εὐθέως ἐβρώθη αὐτῶν ἡ δίαιτα. §9 πόρρω γένοιντο οἱ υἱοὶ αὐτῶν ἀπὸ σωτηρίας· κολαβρισθείησαν ἐπὶ θύραις ἡσσόνων, καὶ οὐκ ἔσται ὁ ἐξαιρούμενος· ἃ γὰρ ἐκείνοις ἡτοίμασται, δίκαιοι ἔδονται, αὐτοὶ δὲ ἐκ κακῶν οὐκ ἐξαίρετοι ἔσονται.
Notes textuelles
- 39,3-9 reprend largement Job 4,16–5,5 dans une forme grecque apparentée à la Septante, avec formulation et enchaînements propres au texte cité par 1 Clément.
- Le grec de 39,4-9 présente plusieurs formulations difficiles et des correspondances non mécaniques avec les éditions modernes de Job ; l’édition doit traduire le texte de 1 Clément tel qu’il est transmis, puis signaler les rapprochements avec Job en Étude.
Place dans l’ouvrage
Dans l’architecture de l’ouvrage
1 Clément répond à une crise d’autorité et de concorde à Corinthe : exemples scripturaires, humilité, ordre cosmique et communautaire, ministères, amour, repentance et grande prière finale.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire cette unité selon son genre propre et son rôle dans l’argument ou la vision de l’ouvrage, avant toute utilisation doctrinale isolée.
- Distinguer sens dans le document ancien, usages ecclésiaux ultérieurs et débats modernes sur composition ou interpolation.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Wikisource, traduction publique de J. B. Lightfoot ; registre local 1-clement/source/registry.json
Lecture éditoriale. Le témoin sert à cartographier le chapitre et préparer son introduction ; la validation finale doit revenir au texte critique et aux manuscrits pertinents.
Bibliographie de travail
- Andrew Gregory, 1 Clement
- Michael W. Holmes, The Apostolic Fathers
- J. B. Lightfoot, The Apostolic Fathers: Clement
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.