Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Justifiés par la foi, appelés aux bonnes œuvres
Ce chapitre de 1 Clément développe : « Justifiés par la foi, appelés aux bonnes œuvres ». 1 Clément répond à une crise d’autorité et de concorde à Corinthe : exemples scripturaires, humilité, ordre cosmique et communautaire, ministères, amour, repentance et grande prière finale.
Texte — sept restitutions
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Clarté
§1 Si quelqu’un considère avec attention chacune de ces choses, il reconnaîtra la grandeur des dons que Dieu a accordés.
§2 De Jacob sont issus les prêtres et les Lévites qui servent à l’autel de Dieu ; de lui aussi vient, selon la chair, le Seigneur Jésus ; de Juda sont issus rois, chefs et dirigeants. Les autres tribus ne sont pas non plus sans gloire, puisque Dieu avait promis : « Ta descendance sera comme les étoiles du ciel. »
§3 Tous ont donc été glorifiés et élevés, non par eux-mêmes, ni par leurs œuvres, ni par la justice qu’ils auraient accomplie, mais par la volonté de Dieu.
§4 Et nous aussi, appelés par sa volonté dans le Christ Jésus, nous ne sommes pas justifiés par nous-mêmes, ni par notre sagesse, notre intelligence, notre piété, ni par les œuvres que nous avons accomplies dans la sainteté du cœur, mais par la foi, par laquelle le Dieu tout-puissant a justifié tous les hommes depuis les temps anciens. À lui soit la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
Lecture
§1 Celui qui examine honnêtement chacune de ces réalités découvrira combien sont grands les dons accordés par Dieu.
§2 De Jacob viennent les prêtres et les Lévites qui servent à l’autel ; de sa descendance vient aussi, selon la chair, le Seigneur Jésus. Par Juda sont venus les rois, les chefs et les conducteurs, tandis que les autres tribus ont elles aussi reçu leur part de gloire, conformément à la promesse : « Ta descendance sera comme les étoiles du ciel. »
§3 Pourtant, leur grandeur ne vient ni d’eux-mêmes, ni de leurs réalisations, ni d’une justice qu’ils auraient produite par leurs propres forces, mais de la volonté de Dieu.
§4 De même pour nous : appelés dans le Christ Jésus par la volonté de Dieu, nous ne recevons pas la justification de nous-mêmes, de notre sagesse, de notre compréhension, de notre piété ou même de nos œuvres accomplies avec un cœur consacré ; nous la recevons par la foi, cette même foi par laquelle le Dieu tout-puissant a justifié depuis toujours ceux qui lui appartiennent. À lui la gloire pour toujours. Amen.
Proclamation
§1 Regardons chacune de ces choses avec droiture : nous verrons la grandeur des dons accordés par Dieu.
§2 De Jacob viennent les prêtres et les Lévites qui servent à l’autel de Dieu ; de lui vient aussi, selon la chair, le Seigneur Jésus. De Juda viennent rois, chefs et conducteurs ; et les autres tribus ne sont pas sans gloire, car Dieu avait promis : « Ta descendance sera comme les étoiles du ciel. »
§3 Tous ont été glorifiés, tous ont été élevés — non par eux-mêmes, non par leurs œuvres, non par une justice qu’ils auraient accomplie, mais par la volonté de Dieu.
§4 Et nous aussi, appelés par sa volonté dans le Christ Jésus, nous ne sommes pas justifiés par nous-mêmes, ni par notre sagesse, notre intelligence, notre piété, ni par les œuvres accomplies dans la sainteté du cœur, mais par la foi. C’est par elle que le Dieu tout-puissant a justifié depuis toujours. À lui soit la gloire pour les siècles des siècles ! Amen.
Déployée
§1 En examinant attentivement l’histoire des patriarches, on découvre que la bénédiction ne se réduit pas à un avantage individuel : elle produit une série de dons qui se déploient dans l’histoire du peuple.
§2 De Jacob procèdent les lignées sacerdotales et lévitiques attachées au service de l’autel ; de sa descendance procède également Jésus selon son appartenance humaine. La tribu de Juda porte les lignées royales et dirigeantes, tandis que les autres tribus participent elles aussi à la dignité promise à la descendance d’Abraham, comparée aux étoiles du ciel.
§3 Mais l’auteur interdit d’interpréter cette grandeur comme le résultat autonome de leurs mérites : ni leur personne, ni leurs œuvres, ni leur pratique de la justice ne constituent la cause ultime de leur glorification ; celle-ci relève de la volonté de Dieu.
§4 Il applique ensuite cette logique à la communauté chrétienne : l’appel dans le Christ Jésus procède de la volonté divine et la justification ne dérive ni des capacités humaines, ni de la sagesse, de l’intelligence ou de la piété, ni même des œuvres accomplies avec un cœur consacré. Elle est reçue par la foi, principe que l’auteur présente comme constant dans l’action justificatrice de Dieu depuis les générations anciennes. La doxologie finale attribue donc toute gloire à Dieu.
Littérale
§1 Celui qui, une par une, considère sincèrement chacune de ces choses reconnaîtra la grandeur des dons qui ont été donnés par lui.
§2 Car de lui viennent les prêtres et les Lévites, tous ceux qui servent à l’autel de Dieu ; de lui le Seigneur Jésus selon la chair ; de lui les rois, les chefs et les conducteurs selon Juda ; et ses autres sceptres ne sont pas dans une petite gloire, puisque Dieu avait promis : « Ta semence sera comme les étoiles du ciel. »
§3 Tous donc furent glorifiés et magnifiés, non par eux-mêmes, ni par leurs œuvres, ni par la pratique de justice qu’ils avaient accomplie, mais par sa volonté.
§4 Et nous donc, appelés par sa volonté dans le Christ Jésus, nous ne sommes pas justifiés par nous-mêmes, ni par notre sagesse ou intelligence ou piété, ni par les œuvres que nous avons accomplies dans la sainteté du cœur, mais par la foi, par laquelle le Dieu tout-puissant a justifié tous ceux depuis le siècle ; à lui soit la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
Philologique
§1 Kath’ hen hekaston, « chacun un par un », souligne l’examen détaillé ; eilikrinôs signifie avec sincérité ou sans mélange. Le résultat est epignôsetai megaleia tôn dôrôn, la reconnaissance de la grandeur des dons accordés.
§2 Le pronom ex autou renvoie à Jacob et à sa descendance. Leitourgein tô thysiastèri décrit le service cultuel des prêtres et Lévites. To kata sarka qualifie l’origine humaine du kyrios Ièsous. Les basileis, archontes et hègoumenoi sont rapportés à Juda. Skèptra désigne ici les autres tribus, dans le prolongement de dôdekaskèptron au chapitre 31.
§3 Le triple contraste est décisif : ou di’ autôn, ni par eux-mêmes ; ou tôn ergôn autôn, ni par leurs œuvres ; ou tès dikaiopragias, ni par leur pratique de la justice. La cause affirmée est dia tou thelèmatos autou, par sa volonté.
§4 L’argument est appliqué au « nous » chrétien : klèthentes, appelés, en Christô Ièsou par la volonté divine. Dikaioumetha est un présent passif, « nous sommes justifiés ». La série sophia, synesis, eusebeia, erga exclut les capacités et performances humaines comme fondement. Le contraste all’ dia tès pisteôs, « mais par la foi », est explicite. L’expression di’ hès pantas tous ap’ aiônos ho pantokratôr theos edikaiôsen universalise rétrospectivement ce principe à ceux que Dieu a justifiés depuis les temps anciens.
Paraphrase
§1 Si l’on regarde attentivement l’histoire d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, une chose apparaît : ce qu’ils ont reçu dépasse de beaucoup ce qu’ils auraient pu produire par eux-mêmes.
§2 De leur lignée viennent le culte d’Israël, ses responsables, ses rois et, selon son humanité, Jésus lui-même. Toute cette histoire réalise une promesse qui précède les accomplissements humains.
§3 Il serait donc faux d’en conclure que ces personnes ont créé leur propre grandeur par leurs œuvres ou par leur justice. La bénédiction commence dans la volonté de Dieu.
§4 Il en va de même pour nous. Être appelés dans le Christ et déclarés justes devant Dieu ne repose pas sur notre intelligence, notre piété ou même nos meilleures œuvres. Tout cela a sa place dans une vie fidèle, mais ce n’est pas le fondement de la justification : celle-ci est reçue par la foi. C’est ainsi, affirme l’auteur, que Dieu agit depuis toujours. Toute la gloire lui revient.
Texte source
§1 Ὃ ἐάν τις καθ’ ἓν ἕκαστον εἰλικρινῶς κατανοήσῃ, ἐπιγνώσεται μεγαλεῖα τῶν ὑπ’ αὐτοῦ δεδομένων δωρεῶν. §2 ἐξ αὐτοῦ γὰρ ἱερεῖς καὶ Λευῖται πάντες οἱ λειτουργοῦντες τῷ θυσιαστηρίῳ τοῦ θεοῦ· ἐξ αὐτοῦ ὁ κύριος Ἰησοῦς τὸ κατὰ σάρκα· ἐξ αὐτοῦ βασιλεῖς καὶ ἄρχοντες καὶ ἡγούμενοι κατὰ τὸν Ἰούδαν· τὰ δὲ λοιπὰ σκῆπτρα αὐτοῦ οὐκ ἐν μικρᾷ δόξῃ ὑπάρχουσιν, ὡς ἐπαγγειλαμένου τοῦ θεοῦ, ὅτι ἔσται τὸ σπέρμα σου ὡς οἱ ἀστέρες τοῦ οὐρανοῦ. §3 πάντες οὖν ἐδοξάσθησαν καὶ ἐμεγαλύνθησαν οὐ δι’ αὐτῶν ἢ τῶν ἔργων αὐτῶν ἢ τῆς δικαιοπραγίας ἧς κατειργάσαντο, ἀλλὰ διὰ τοῦ θελήματος αὐτοῦ. §4 καὶ ἡμεῖς οὖν, διὰ θελήματος αὐτοῦ ἐν Χριστῷ Ἰησοῦ κληθέντες, οὐ δι’ ἑαυτῶν δικαιούμεθα, οὐδὲ διὰ τῆς ἡμετέρας σοφίας ἢ συνέσεως ἢ εὐσεβείας ἢ ἔργων ὧν κατειργασάμεθα ἐν ὁσιότητι καρδίας, ἀλλὰ διὰ τῆς πίστεως, δι’ ἧς πάντας τοὺς ἀπ’ αἰῶνος ὁ παντοκράτωρ θεὸς ἐδικαίωσεν· ᾧ ἔστω ἡ δόξα εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. ἀμήν.
Notes textuelles
- 1 Clément 32,4 distingue explicitement la justification par la foi des œuvres, y compris des œuvres accomplies « dans la sainteté du cœur ». Le passage doit être laissé dans sa force propre sans l’aligner artificiellement sur des controverses confessionnelles postérieures.
- τὸ κατὰ σάρκα en 32,2 signifie « selon la chair » et désigne l’inscription humaine de Jésus dans la lignée d’Israël ; le texte ne développe pas ici une christologie complète.
Place dans l’ouvrage
Dans l’architecture de l’ouvrage
1 Clément répond à une crise d’autorité et de concorde à Corinthe : exemples scripturaires, humilité, ordre cosmique et communautaire, ministères, amour, repentance et grande prière finale.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire cette unité selon son genre propre et son rôle dans l’argument ou la vision de l’ouvrage, avant toute utilisation doctrinale isolée.
- Distinguer sens dans le document ancien, usages ecclésiaux ultérieurs et débats modernes sur composition ou interpolation.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Wikisource, traduction publique de J. B. Lightfoot ; registre local 1-clement/source/registry.json
Lecture éditoriale. Le témoin sert à cartographier le chapitre et préparer son introduction ; la validation finale doit revenir au texte critique et aux manuscrits pertinents.
Bibliographie de travail
- Andrew Gregory, 1 Clement
- Michael W. Holmes, The Apostolic Fathers
- J. B. Lightfoot, The Apostolic Fathers: Clement
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.