Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Le phénix comme image apologétique de résurrection
Ce chapitre de 1 Clément développe : « Le phénix comme image apologétique de résurrection ». 1 Clément répond à une crise d’autorité et de concorde à Corinthe : exemples scripturaires, humilité, ordre cosmique et communautaire, ministères, amour, repentance et grande prière finale.
Texte — sept restitutions
Une seule analyse du texte source gouverne les sept restitutions. La version Lecture est ouverte par défaut.
Clarté
§1 Regardons le signe extraordinaire que l’on rapporte dans les régions orientales, c’est-à-dire aux environs de l’Arabie.
§2 Il existe, dit-on, un oiseau appelé phénix. Unique de son espèce, il vit cinq cents ans. Lorsqu’il approche du moment où il doit mourir, il se construit un nid d’encens, de myrrhe et d’autres aromates ; quand son temps est accompli, il y entre et meurt.
§3 Quand sa chair se décompose, un ver apparaît ; nourri par l’humidité de l’animal mort, il se couvre de plumes. Devenu vigoureux, il soulève alors le nid où se trouvent les os de son prédécesseur et, les portant, traverse le pays d’Arabie jusqu’en Égypte, vers la ville appelée Héliopolis.
§4 En plein jour, sous les yeux de tous, il vole jusqu’à l’autel du soleil, y dépose les os, puis repart en sens inverse.
§5 Les prêtres consultent alors les registres des temps et constatent qu’il est venu lorsque la cinq-centième année était accomplie.
Lecture
§1 Considérons encore le récit étonnant transmis au sujet des régions orientales, près de l’Arabie.
§2 On y raconte l’existence d’un oiseau nommé phénix, seul de son espèce, dont la vie durerait cinq cents ans. À l’approche de sa mort, il prépare un nid avec encens, myrrhe et autres parfums, puis y entre lorsque son temps est achevé et y meurt.
§3 De son corps en décomposition naîtrait alors un nouvel être qui, nourri de ce qui reste de l’animal, développe des ailes. Arrivé à maturité, il emporte le nid contenant les os de l’oiseau précédent et traverse l’Arabie jusqu’à Héliopolis en Égypte.
§4 Là, en plein jour et devant tous, il dépose les os sur l’autel du soleil avant de repartir.
§5 Les prêtres vérifient alors leurs registres et trouvent, selon le récit, que cinq cents ans se sont écoulés depuis la venue précédente.
Proclamation
§1 Regardons encore ce signe étonnant que l’on raconte à l’Orient, vers l’Arabie.
§2 Un oiseau, dit-on, porte le nom de phénix. Unique, il vit cinq cents ans. Quand vient l’heure de mourir, il prépare un nid d’encens, de myrrhe et d’aromates ; son temps accompli, il y entre et meurt.
§3 Sa chair se défait ; un nouvel être apparaît, se nourrit de ce qui reste, prend des ailes. Devenu fort, il saisit le nid et les os de son prédécesseur, quitte l’Arabie et vole vers Héliopolis d’Égypte.
§4 En plein jour, devant tous, il dépose les os sur l’autel du soleil, puis repart.
§5 Les prêtres ouvrent alors leurs registres : la cinq-centième année est accomplie.
Déployée
§1 Prenons maintenant, comme autre image de renouvellement, le récit extraordinaire que les traditions du monde antique situent dans les régions orientales, particulièrement autour de l’Arabie.
§2 On raconte qu’un oiseau nommé phénix existe comme seul représentant de son espèce et qu’il atteint une durée de vie de cinq cents ans. Lorsque vient pour lui le moment de la dissolution et de la mort, il prépare son propre réceptacle funéraire avec de l’encens, de la myrrhe et d’autres substances aromatiques ; lorsque le temps qui lui est attribué est accompli, il entre dans ce nid et y meurt.
§3 Selon ce récit, la chair morte entre ensuite en décomposition et un organisme semblable à un ver en surgit. Nourri par l’humidité provenant de l’animal disparu, il se développe jusqu’à produire des ailes. Lorsqu’il est devenu assez fort, il prend avec lui le nid où demeurent les os de l’oiseau antérieur et les transporte depuis la région d’Arabie jusqu’à l’Égypte, dans la ville connue sous le nom d’Héliopolis.
§4 Il y arrive en plein jour, sous les regards, vole jusqu’à l’autel consacré au soleil, y dépose les os qu’il a transportés, puis repart vers la région d’où il était venu.
§5 Les prêtres, selon la tradition rapportée, consultent alors leurs registres chronologiques et constatent que cette apparition correspond à l’accomplissement d’une période de cinq cents ans.
Littérale
§1 Voyons le signe paradoxal qui se produit dans les lieux orientaux, c’est-à-dire ceux autour de l’Arabie.
§2 Car il est un oiseau qui est appelé phénix ; celui-ci, étant unique engendré, vit cinq cents ans, et étant déjà arrivé près de la dissolution de sa mort, il fait pour lui-même un enclos d’encens, de myrrhe et des autres aromates, dans lequel, le temps étant accompli, il entre et finit.
§3 La chair se putréfiant, un certain ver est engendré, lequel, nourri de l’humidité de l’animal mort, pousse des ailes ; ensuite, devenu vigoureux, il enlève cet enclos où sont les os de celui qui a précédé et, les portant, parcourt depuis le pays d’Arabie jusqu’à l’Égypte, vers celle qui est appelée Héliopolis ;
§4 et de jour, tous regardant, ayant volé sur l’autel du soleil, il les y pose et ainsi repart en arrière.
§5 Les prêtres examinent donc les inscriptions des temps et trouvent qu’il est venu la cinq-centième année ayant été accomplie.
Philologique
§1 Voyons le paradoxon sèmeion, signe extraordinaire, que le récit situe dans les topoi anatolikoi, régions orientales, autour de l’Arabia.
§2 Il y aurait un orneon, oiseau, appelé phoinix, phénix ; monogenes, unique de son espèce, il vivrait pentakosia etè, cinq cents ans. Lorsqu’il approche de l’apolysis du mourir, de la dissolution qui conduit à la mort, il se fait un sèkos, réceptacle ou nid, de libanos, encens, smyrna, myrrhe, et autres arômata ; le chronos accompli, il y entre et teleuta, meurt.
§3 La sarx, chair, se putréfiant, un skôlèx, ver, serait engendré ; nourri par l’ikmas, humidité ou suc, de l’animal mort, il pterophyei, produit des ailes. Devenu gennaios, vigoureux, il soulève le sèkos contenant les osta, os, du prédécesseur et les porte depuis l’Arabie jusqu’à l’Égypte, à Hèlioupolis.
§4 Hèmeras, de jour, sous les regards, il vole jusqu’au bômos tou hèliou, autel du soleil, y dépose les os puis retourne en arrière.
§5 Les hiereis, prêtres, consultent alors les anagraphai tôn chronôn, registres chronologiques, et trouvent que l’oiseau est revenu après l’accomplissement de la cinq-centième année.
Paraphrase
§1 Après les cycles du jour, de la nuit et des semences, 1 Clément fait appel à une histoire naturelle célèbre de son époque : celle du phénix d’Arabie.
§2 Le récit disait qu’un seul oiseau de ce type vivait cinq siècles et, au moment de mourir, préparait lui-même un nid parfumé avant d’y achever sa vie.
§3 De sa décomposition surgirait ensuite une nouvelle vie qui grandirait jusqu’à prendre des ailes et emporterait les restes de l’oiseau précédent.
§4 Le nouvel oiseau les transporterait jusqu’à Héliopolis en Égypte, les déposerait publiquement sur l’autel du soleil, puis reprendrait son voyage.
§5 Les prêtres auraient alors constaté dans leurs registres que cinq cents ans séparaient les deux apparitions. Pour l’auteur, ce récit connu de ses lecteurs sert d’image supplémentaire : si leur propre culture pouvait raconter un retour de la vie après la dissolution, la résurrection promise par Dieu ne devait pas être rejetée comme impensable.
Texte source
§1 Ἴδωμεν τὸ παράδοξον σημεῖον τὸ γινόμενον ἐν τοῖς ἀνατολικοῖς τόποις, τουτέστιν τοῖς περὶ τὴν Ἀραβίαν. §2 ὄρνεον γάρ ἐστιν, ὃ προσονομάζεται φοῖνιξ· τοῦτο μονογενὲς ὑπάρχον ζῇ ἔτη πεντακόσια, γενόμενόν τε ἤδη πρὸς ἀπόλυσιν τοῦ ἀποθανεῖν αὐτό, σηκὸν ἑαυτῷ ποιεῖ ἐκ λιβάνου καὶ σμύρνης καὶ τῶν λοιπῶν ἀρωμάτων, εἰς ὃν πληρωθέντος τοῦ χρόνου εἰσέρχεται καὶ τελευτᾷ. §3 σηπομένης δὲ τῆς σαρκὸς σκώληξ τις γεννᾶται, ὃς ἐκ τῆς ἰκμάδος τοῦ τετελευτηκότος ζώου ἀνατρεφόμενος πτεροφυεῖ· εἶτα γενναῖος γενόμενος αἴρει τὸν σηκὸν ἐκεῖνον, ὅπου τὰ ὀστᾶ τοῦ προγεγονότος ἐστίν, καὶ ταῦτα βαστάζων διανύει ἀπὸ τῆς Ἀραβικῆς χώρας ἕως τῆς Αἰγύπτου εἰς τὴν λεγομένην Ἡλιούπολιν, §4 καὶ ἡμέρας, βλεπόντων πάντων, ἐπιπτὰς ἐπὶ τὸν τοῦ ἡλίου βωμὸν τίθησιν αὐτὰ καὶ οὕτως εἰς τοὐπίσω ἀφορμᾷ. §5 οἱ οὖν ἱερεῖς ἐπισκέπτονται τὰς ἀναγραφὰς τῶν χρόνων καὶ εὑρίσκουσιν αὐτὸν πεντακοσιοστοῦ ἔτους πεπληρωμένου ἐληλυθέναι.
Notes textuelles
- Le phénix de 1 Clément 25 appartient à une tradition antique largement attestée, notamment gréco-romaine et égyptisante. Le chapitre la présente comme un exemple reçu de son temps ; l’édition Bible Savoy doit distinguer ce témoignage d’histoire des représentations d’une affirmation zoologique vérifiable selon les sciences modernes.
- μονογενές en 25,2 qualifie ici l’oiseau comme unique de son espèce ; il ne faut pas importer automatiquement dans ce contexte les débats christologiques ultérieurs sur μονογενής.
Place dans l’ouvrage
Dans l’architecture de l’ouvrage
1 Clément répond à une crise d’autorité et de concorde à Corinthe : exemples scripturaires, humilité, ordre cosmique et communautaire, ministères, amour, repentance et grande prière finale.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire cette unité selon son genre propre et son rôle dans l’argument ou la vision de l’ouvrage, avant toute utilisation doctrinale isolée.
- Distinguer sens dans le document ancien, usages ecclésiaux ultérieurs et débats modernes sur composition ou interpolation.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Wikisource, traduction publique de J. B. Lightfoot ; registre local 1-clement/source/registry.json
Lecture éditoriale. Le témoin sert à cartographier le chapitre et préparer son introduction ; la validation finale doit revenir au texte critique et aux manuscrits pertinents.
Bibliographie de travail
- Andrew Gregory, 1 Clement
- Michael W. Holmes, The Apostolic Fathers
- J. B. Lightfoot, The Apostolic Fathers: Clement
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.