Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Abraham appelé à quitter son pays
Ce chapitre de 1 Clément développe : « Abraham appelé à quitter son pays ». 1 Clément répond à une crise d’autorité et de concorde à Corinthe : exemples scripturaires, humilité, ordre cosmique et communautaire, ministères, amour, repentance et grande prière finale.
Texte — sept restitutions
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Clarté
§1 Abraham, appelé « l’ami », fut trouvé fidèle parce qu’il obéit aux paroles de Dieu.
§2 Par obéissance, il quitta son pays, sa parenté et la maison de son père, afin qu’en laissant une petite terre, une parenté faible et une maison modeste, il hérite des promesses de Dieu. Car Dieu lui dit :
§3 « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai et rendrai ton nom grand ; tu seras béni. Je bénirai ceux qui te bénissent, je maudirai ceux qui te maudissent, et toutes les tribus de la terre seront bénies en toi. »
§4 Puis, lorsqu’il se fut séparé de Lot, Dieu lui dit : « Lève les yeux et regarde depuis le lieu où tu es maintenant vers le nord, le sud, l’est et l’ouest : toute la terre que tu vois, je te la donnerai, à toi et à ta descendance, pour toujours.
§5 Je rendrai ta descendance comme le sable de la terre : si quelqu’un peut compter le sable de la terre, alors ta descendance pourra être comptée. »
§6 Et encore : « Dieu fit sortir Abraham et lui dit : Lève les yeux vers le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter ; ainsi sera ta descendance. » Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté comme justice.
§7 À cause de sa foi et de son hospitalité, un fils lui fut donné dans sa vieillesse ; et par obéissance, il l’offrit en sacrifice à Dieu sur la montagne que Dieu lui avait montrée.
Lecture
§1 Abraham, celui que l’Écriture appelle l’ami de Dieu, a été reconnu fidèle parce qu’il s’est rendu obéissant à la parole divine.
§2 Cette obéissance lui fit quitter pays, clan et maison paternelle. Il abandonna ce qui paraissait petit et fragile afin d’entrer dans les promesses que Dieu seul pouvait accomplir.
§3 Dieu lui demanda de partir vers une terre encore inconnue et lui promit un peuple, une bénédiction, un grand nom et une bénédiction destinée à toutes les familles de la terre.
§4 Après sa séparation d’avec Lot, la promesse s’élargit à tout l’horizon qu’il pouvait contempler : nord, sud, est et ouest.
§5 Sa descendance deviendrait aussi innombrable que le sable.
§6 Une autre nuit, Dieu lui fit regarder les étoiles : « Ainsi sera ta descendance. » Abraham crut, et sa foi lui fut comptée comme justice.
§7 La foi et l’hospitalité furent suivies du don d’un fils dans la vieillesse ; puis l’obéissance fut poussée jusqu’à l’offrande de ce fils sur la montagne indiquée par Dieu.
Proclamation
§1 Abraham, appelé l’ami, fut trouvé fidèle : il obéit aux paroles de Dieu.
§2 Il quitta sa terre, sa parenté, la maison de son père. Il laissa peu — une terre, une famille, une maison — pour hériter les promesses de Dieu.
§3 « Pars ! Je te montrerai la terre. Je ferai de toi une grande nation. Je te bénirai. Je rendrai grand ton nom. Toutes les tribus de la terre seront bénies en toi. »
§4 Puis Dieu dit : « Lève les yeux ! Nord, sud, est, ouest : toute la terre que tu vois, je la donnerai à toi et à ta descendance.
§5 Ta descendance sera comme le sable : qui peut compter le sable ?
§6 Regarde maintenant le ciel ! Compte les étoiles, si tu peux. Ainsi sera ta descendance. » Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté comme justice.
§7 Dans sa vieillesse, la foi et l’hospitalité reçurent un fils ; et l’obéissance alla jusqu’à l’offrir à Dieu sur la montagne indiquée.
Déployée
§1 Abraham inaugure une série centrée sur l’obéissance. Son titre d’« ami » est lié ici non à un privilège abstrait mais à la fidélité concrète aux paroles de Dieu.
§2 La logique du récit est paradoxale : il quitte un territoire, un clan et une maison limités pour recevoir des promesses dont l’échelle dépasse tout ce qu’il abandonne.
§3 L’appel initial rassemble départ, promesse d’une grande nation, bénédiction personnelle et bénédiction destinée à toutes les familles de la terre.
§4 Après la séparation d’avec Lot, la promesse prend une dimension géographique : tout l’horizon visible est promis à Abraham et à sa descendance.
§5 Cette descendance est ensuite comparée au sable de la terre, image d’un nombre qui échappe au calcul humain.
§6 Une autre scène transpose la même promesse dans le ciel étoilé ; le point culminant est alors la foi d’Abraham, « comptée comme justice ».
§7 La phrase finale associe foi et hospitalité au don du fils, puis obéissance à l’épisode de l’offrande d’Isaac. La lettre retient ainsi trois traits comme matrice : croire la promesse, accueillir et obéir même lorsque l’obéissance devient coûteuse.
Littérale
§1 Abraham, appelé « ami », fut trouvé fidèle du fait qu’il devint obéissant aux paroles de Dieu.
§2 Celui-ci, par obéissance, sortit de sa terre, de sa parenté et de la maison de son père, afin qu’ayant laissé une petite terre, une parenté faible et une petite maison, il héritât les promesses de Dieu. Car il lui dit :
§3 « Va-t’en de ta terre, de ta parenté et de la maison de ton père vers la terre que je te montrerai ; je ferai de toi une grande nation, je te bénirai et magnifierai ton nom, et tu seras béni ; je bénirai ceux qui te bénissent et maudirai ceux qui te maudissent, et en toi seront bénies toutes les tribus de la terre. »
§4 Et de nouveau, lorsqu’il fut séparé de Lot, Dieu lui dit : « Levant tes yeux, regarde depuis le lieu où tu es maintenant vers le nord et le sud, l’orient et la mer, car toute la terre que tu vois, je la donnerai à toi et à ta semence jusqu’au siècle.
§5 Et je ferai ta semence comme le sable de la terre ; si quelqu’un peut compter le sable de la terre, ta semence aussi sera comptée. »
§6 Et encore il dit : « Dieu fit sortir Abraham et lui dit : Regarde vers le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter ; ainsi sera ta semence. » Abraham crut Dieu, et cela lui fut compté pour justice.
§7 À cause de la foi et de l’hospitalité, un fils lui fut donné dans la vieillesse, et par obéissance il l’offrit en sacrifice à Dieu sur la montagne que celui-ci lui avait montrée.
Philologique
§1 Philos, « ami », est le titre donné à Abraham. Hypèkoos tois rhèmasin tou theou : obéissant aux paroles/énoncés de Dieu.
§2 Le contraste rhétorique entre gè oligè, syngeneia asthenès et oikos mikros — petite terre, parenté faible, petite maison — et les epangeliai, promesses, n’est pas une citation directe de Genèse mais une lecture exhortative de la sortie d’Abraham.
§3 Phylai tès gès désigne les tribus/familles de la terre ; l’ensemble suit le langage de l’appel et de la bénédiction d’Abraham.
§4 Liba est le vent du sud-ouest et fonctionne ici comme direction méridionale ; thalassa, « mer », désigne l’ouest dans l’orientation géographique biblique.
§5 Sperma est la semence/descendance ; la comparaison à l’ammos tès gès, sable de la terre, exprime l’innombrable.
§6 La même semence est comparée aux astres. Le verbe logizomai dans « compté pour justice » est maintenu dans sa valeur déclarative/comptable sans import doctrinal ajouté.
§7 Philoxenia, hospitalité, est explicitement associée à pistis, foi. Le sacrifice du fils est formulé comme acte d’hypakoè, obéissance.
Paraphrase
§1 Abraham est devenu « l’ami » de Dieu en apprenant à faire confiance à sa parole.
§2 Il a commencé par quitter ce qui lui donnait une identité et une sécurité : terre, famille, maison. Dieu lui demandait de lâcher ce qui était visible pour recevoir ce qui n’existait encore que comme promesse.
§3 Cette promesse s’ouvre d’abord sur un avenir immense : un peuple, un nom béni et une bénédiction appelée à rejoindre toutes les nations.
§4 Puis Dieu lui fait regarder tout l’horizon : ce qu’Abraham ne possède pas encore devient l’espace d’une promesse destinée à sa descendance.
§5 Le sable devient ensuite l’image d’une famille impossible à compter.
§6 Les étoiles disent la même chose à une autre échelle : Abraham choisit de croire avant de voir l’accomplissement, et cette confiance est reconnue comme justice.
§7 Même lorsque le fils promis fut enfin donné, Abraham dut encore apprendre que le don ne pouvait prendre la place du Donateur. La foi dont parle la lettre est donc une confiance qui accueille, part et obéit.
Texte source
§1 Ἀβραάμ, ὁ φίλος προσαγορευθείς, πιστὸς εὑρέθη ἐν τῷ αὐτὸν ὑπήκοον γενέσθαι τοῖς ῥήμασιν τοῦ θεοῦ. §2 οὗτος δι’ ὑπακοῆς ἐξῆλθεν ἐκ τῆς γῆς αὐτοῦ καὶ ἐκ τῆς συγγενείας αὐτοῦ καὶ ἐκ τοῦ οἴκου τοῦ πατρὸς αὐτοῦ, ὅπως γῆν ὀλίγην καὶ συγγένειαν ἀσθενῆ καὶ οἶκον μικρὸν καταλιπὼν κληρονομήσῃ τὰς ἐπαγγελίας τοῦ θεοῦ. λέγει γὰρ αὐτῷ· §3 Ἄπελθε ἐκ τῆς γῆς σου καὶ ἐκ τῆς συγγενείας σου καὶ ἐκ τοῦ οἴκου τοῦ πατρός σου εἰς τὴν γῆν ἣν ἄν σοι δείξω· καὶ ποιήσω σε εἰς ἔθνος μέγα καὶ εὐλογήσω σε καὶ μεγαλυνῶ τὸ ὄνομά σου, καὶ ἔσῃ εὐλογημένος· καὶ εὐλογήσω τοὺς εὐλογοῦντάς σε καὶ καταράσομαι τοὺς καταρωμένους σε, καὶ εὐλογηθήσονται ἐν σοὶ πᾶσαι αἱ φυλαὶ τῆς γῆς. §4 καὶ πάλιν ἐν τῷ διαχωρισθῆναι αὐτὸν ἀπὸ Λὼτ εἶπεν αὐτῷ ὁ θεός. Ἀναβλέψας τοῖς ὀφθαλμοῖς σου ἴδε ἀπὸ τοῦ τόπου, οὗ νῦν σὺ εἶ, πρὸς βορρᾶν καὶ λίβα καὶ ἀνατολὰς καὶ θάλασσαν, ὅτι πᾶσαν τὴν γῆν, ἣν σὺ ὁρᾷς, σοὶ δώσω αὐτὴν καὶ τῷ σπέρματί σου ἕως αἰῶνος. §5 καὶ ποιήσω τὸ σπέρμα σου ὡς τὴν ἄμμον τῆς γῆς· εἰ δύναταί τις ἐξαριθμῆσαι τὴν ἄμμον τῆς γῆς, καὶ τὸ σπέρμα σου ἐξαριθμηθήσεται. §6 καὶ πάλιν λέγει· Ἐξήγαγεν ὁ θεὸς τὸν Ἀβραὰμ καὶ εἶπεν αὐτῷ· Ἀνάβλεψον εἰς τὸν οὐρανὸν καὶ ἀρίθμησον τοὺς ἀστέρας, εἰ δυνήσῃ ἐξαριθμῆσαι αὐτούς· οὕτως ἔσται τὸ σπέρμα σου. ἐπίστευσεν δὲ Ἀβραὰμ τῷ θεῷ, καὶ ἐλογίσθη αὐτῷ εἰς δικαιοσύνην. §7 διὰ πίστιν καὶ φιλοξενίαν ἐδόθη αὐτῷ υἱὸς ἐν γήρᾳ, καὶ δι’ ὑπακοῆς προσήνεγκεν αὐτὸν θυσίαν τῷ θεῷ πρὸς τὸ ὄρος ὃ ἔδειξεν αὐτῷ.
Notes textuelles
- 1 Clément 10 rassemble Genèse 12, 13, 15 et 22. Les citations sont rendues depuis le grec de 1 Clément, même lorsque leur formulation diffère légèrement d’une édition moderne de la Septante.
Place dans l’ouvrage
Dans l’architecture de l’ouvrage
1 Clément répond à une crise d’autorité et de concorde à Corinthe : exemples scripturaires, humilité, ordre cosmique et communautaire, ministères, amour, repentance et grande prière finale.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire cette unité selon son genre propre et son rôle dans l’argument ou la vision de l’ouvrage, avant toute utilisation doctrinale isolée.
- Distinguer sens dans le document ancien, usages ecclésiaux ultérieurs et débats modernes sur composition ou interpolation.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Wikisource, traduction publique de J. B. Lightfoot ; registre local 1-clement/source/registry.json
Lecture éditoriale. Le témoin sert à cartographier le chapitre et préparer son introduction ; la validation finale doit revenir au texte critique et aux manuscrits pertinents.
Bibliographie de travail
- Andrew Gregory, 1 Clement
- Michael W. Holmes, The Apostolic Fathers
- J. B. Lightfoot, The Apostolic Fathers: Clement
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.