Bibliothèque ancienne · Introduction critique
La concorde ancienne de Corinthe désormais troublée
Ce chapitre de 1 Clément développe : « La concorde ancienne de Corinthe désormais troublée ». 1 Clément répond à une crise d’autorité et de concorde à Corinthe : exemples scripturaires, humilité, ordre cosmique et communautaire, ministères, amour, repentance et grande prière finale.
Texte — sept restitutions
Une seule analyse du texte source gouverne les sept restitutions. La version Lecture est ouverte par défaut.
Clarté
§1 À cause des malheurs soudains et répétés qui nous sont survenus, nous pensons avoir tardé à nous occuper des questions qui vous préoccupent, bien-aimés, et surtout de cette révolte abominable et impie, étrangère aux élus de Dieu. Quelques personnes irréfléchies et obstinées l’ont enflammée jusqu’à une telle folie que votre nom, autrefois respecté, renommé et aimé de tous, en a été gravement discrédité.
§2 Qui a séjourné chez vous sans reconnaître la valeur et la solidité de votre foi ? Qui n’a admiré votre piété en Christ, sobre et bienveillante ? Qui n’a parlé de votre hospitalité généreuse ? Qui n’a célébré la maturité et la sûreté de votre connaissance ?
§3 Vous agissiez sans favoritisme et marchiez selon les prescriptions de Dieu. Vous vous soumettiez à vos responsables et accordiez aux anciens l’honneur qui leur revenait. Vous appreniez aux jeunes à penser avec mesure et dignité. Vous demandiez aux femmes d’accomplir leurs devoirs avec une conscience irréprochable, digne et pure, d’aimer leurs maris comme il convient et, dans l’ordre de la soumission, de prendre soin de leur maison avec dignité et grande sagesse.
Lecture
§1 Les épreuves soudaines et répétées qui se sont abattues sur nous expliquent, pensons-nous, que nous ayons tardé à nous tourner vers les difficultés qui vous agitent, bien-aimés : cette discorde souillée et impie, étrangère aux élus de Dieu, que quelques personnes téméraires et entêtées ont attisée jusqu’à la folie. Elle a fini par couvrir d’opprobre votre nom autrefois digne de respect, célèbre et cher à tous.
§2 Car qui a vécu quelque temps parmi vous sans éprouver la solidité de votre foi et la richesse de ses vertus ? Qui n’a admiré votre piété en Christ, mesurée et douce ? Qui n’a fait connaître votre noble hospitalité ? Qui n’a reconnu le bonheur d’une connaissance chez vous accomplie et sûre ?
§3 Vous faisiez tout sans acception de personnes et vous marchiez selon les règles de Dieu. Vous vous placiez sous l’autorité de vos responsables et rendiez aux anciens l’honneur qui leur était dû. Vous formiez les jeunes à des pensées mesurées et dignes ; vous invitiez les femmes à tout accomplir avec une conscience irréprochable, digne et pure, à chérir leurs maris comme il convient et, dans l’ordre de la soumission, à conduire leur maison avec dignité et pleine prudence.
Proclamation
§1 Des épreuves soudaines, répétées, nous ont frappés. Voilà pourquoi, bien-aimés, nous avons tardé à nous tourner vers ce qui vous déchire : cette discorde souillée, impie, étrangère aux élus de Dieu. Quelques hommes téméraires et obstinés l’ont embrasée jusqu’à la folie, au point que votre nom — jadis honorable, célèbre et aimé de tous — en a été gravement diffamé.
§2 Qui est venu chez vous sans reconnaître votre foi, riche en vertu et ferme ? Qui n’a admiré votre piété en Christ, sobre et douce ? Qui n’a proclamé la grandeur de votre hospitalité ? Qui n’a béni votre connaissance, accomplie et sûre ?
§3 Vous agissiez sans favoritisme. Vous marchiez selon les règles de Dieu. Vous vous soumettiez à vos responsables ; vous rendiez aux anciens l’honneur qui leur revenait. Vous enseigniez aux jeunes la mesure et la dignité ; aux femmes, une conscience irréprochable, digne et pure, l’amour de leurs maris et le soin de leur maison, avec ordre, dignité et sagesse.
Déployée
§1 Parce que des calamités et des revers soudains se sont succédé parmi nous, nous reconnaissons avoir tardé à porter toute notre attention, bien-aimés, sur les affaires contestées chez vous — en particulier sur cette faction souillée et impie, totalement étrangère à ce qui convient aux élus de Dieu. Quelques personnes téméraires, refusant toute discipline, ont attisé cette crise jusqu’à un degré de folie tel que votre communauté, dont le nom était digne de respect, largement renommé et aimé de tous, se trouve maintenant gravement exposée au blâme.
§2 Pourtant, quiconque avait séjourné chez vous avait reconnu la valeur morale et la fermeté de votre foi ; chacun admirait votre piété en Christ, faite de maîtrise de soi et de douceur ; on racontait partout la noblesse de votre hospitalité, et l’on vous estimait heureux pour une connaissance mûrie et sûre.
§3 Vous agissiez sans favoritisme et régliez votre conduite sur les prescriptions de Dieu. Vous reconnaissiez l’autorité de ceux qui vous conduisaient et accordiez aux presbytres — les anciens de la communauté — l’honneur qui leur revenait. Vous formiez les jeunes à la mesure et à la dignité. Vous exhortiez aussi les femmes à accomplir leurs responsabilités avec une conscience irréprochable, digne et pure, à aimer leurs maris comme il convient et à administrer leur maison avec dignité et entière prudence dans l’ordre social de soumission que le texte suppose.
Littérale
§1 À cause des calamités et des revers soudains et successifs qui nous sont arrivés, nous estimons avoir tardé à faire retour sur les affaires recherchées parmi vous, bien-aimés, et sur cette sédition souillée et impie, étrangère et inconnue aux élus de Dieu, que quelques personnes, étant téméraires et présomptueuses, ont enflammée jusqu’à un tel degré de folie que votre nom, vénérable, renommé et aimable pour tous les humains, a été grandement blasphémé.
§2 Qui, en effet, ayant séjourné auprès de vous, n’a pas approuvé votre foi toute-vertueuse et ferme ? Qui n’a pas admiré votre piété en Christ, sage et douce ? Qui n’a pas proclamé le caractère magnifique de votre hospitalité ? Qui n’a pas déclaré heureuse votre connaissance parfaite et sûre ?
§3 Car vous faisiez tout sans acception de personnes et vous marchiez dans les prescriptions de Dieu, vous soumettant à ceux qui vous conduisaient et rendant aux anciens parmi vous l’honneur convenable. Aux jeunes, vous prescriviez de penser des choses mesurées et dignes ; aux femmes, vous ordonniez de tout accomplir dans une conscience irréprochable, digne et pure, chérissant comme il convient leurs propres maris ; et vous leur enseigniez, demeurant dans la règle de la soumission, à gérer dignement les affaires de la maison, avec toute sagesse.
Philologique
§1 À cause des malheurs (symforai) et des revers (periptôseis) soudains et successifs qui nous sont survenus, nous pensons avoir tardé à nous tourner vers les affaires qui font l’objet de recherches et de contestations chez vous, bien-aimés, ainsi que vers cette faction (stasis) souillée et impie, étrangère et inconnue aux élus de Dieu. Quelques personnes téméraires (propeteis) et obstinées (authadeis) l’ont embrasée jusqu’à un tel degré d’égarement que votre nom, vénérable, renommé et aimé de tous les humains, a été gravement blasphémé.
§2 Qui donc, ayant séjourné parmi vous, n’a reconnu votre foi riche de toute vertu et ferme ? Qui n’a admiré votre piété en Christ, faite de maîtrise et de douceur ? Qui n’a proclamé la magnificence de votre disposition à l’hospitalité (philoxenia) ? Qui n’a déclaré heureuse votre connaissance accomplie et sûre ?
§3 Vous faisiez tout sans acception de personnes (aprosôpolèmptôs) et vous marchiez dans les prescriptions de Dieu, vous soumettant à vos conducteurs (hègoumenoi) et rendant aux presbytres/anciens (presbyteroi) parmi vous l’honneur convenable. Aux jeunes vous prescriviez de penser avec mesure et dignité ; aux femmes vous ordonniez de tout accomplir dans une conscience irréprochable, digne et pure, chérissant leurs propres maris comme il convient ; demeurant dans la règle (kanôn) de la soumission, elles devaient administrer dignement les affaires de la maison, avec toute prudence.
Paraphrase
§1 Nous avons nous-mêmes traversé coup sur coup des épreuves qui nous ont empêchés d’intervenir plus tôt. Mais nous ne pouvons plus laisser de côté la crise qui secoue votre communauté. Une querelle devenue véritable révolte, indigne de ceux qui appartiennent à Dieu, a été attisée par quelques personnes arrogantes et incontrôlables. Elle est allée si loin qu’elle a terni la réputation admirable dont votre Église jouissait partout.
§2 C’est d’autant plus douloureux que tous ceux qui vous connaissaient rendaient témoignage à votre foi solide, à votre piété équilibrée en Christ, à votre hospitalité généreuse et à la maturité de votre compréhension.
§3 Votre vie commune avait un ordre : vous ne favorisiez personne, vous cherchiez à obéir à Dieu, vous respectiez ceux qui vous conduisaient et les anciens, vous formiez les jeunes à la mesure, et vous demandiez que la vie familiale soit menée avec pureté de conscience, affection, dignité et sagesse. C’est ce bel ordre que la crise actuelle est venue déchirer.
Texte source
§1 Διὰ τὰς αἰφνιδίους καὶ ἐπαλλήλους γενομένας ἡμῖν συμφορὰς καὶ περιπτώσεις, βράδιον νομίζομεν ἐπιστροφὴν πεποιῆσθαι περὶ τῶν ἐπιζητουμένων παρ’ ὑμῖν πραγμάτων, ἀγαπητοί, τῆς τε ἀλλοτρίας καὶ ξένης τοῖς ἐκλεκτοῖς τοῦ θεοῦ, μιαρᾶς καὶ ἀνοσίου στάσεως ἣν ὀλίγα πρόσωπα προπετῆ καὶ αὐθάδη ὑπάρχοντα εἰς τοσοῦτον ἀπονοίας ἐξέκαυσαν, ὥστε τὸ σεμνὸν καὶ περιβόητον καὶ πᾶσιν ἀνθρώποις ἀξιαγάπητον ὄνομα ὑμῶν μεγάλως βλασφημηθῆναι. §2 τίς γὰρ παρεπιδημήσας πρὸς ὑμᾶς τὴν πανάρετον καὶ βεβαίαν ὑμῶν πίστιν οὐκ ἐδοκίμασεν; τήν τε σώφρονα καὶ ἐπιεικῆ ἐν Χριστῷ εὐσέβειαν οὐκ ἐθαύμασεν; καὶ τὸ μεγαλοπρεπὲς τῆς φιλοξενίας ὑμῶν ἦθος οὐκ ἐκήρυξεν; καὶ τὴν τελείαν καὶ ἀσφαλῆ γνῶσιν οὐκ ἐμακάρισεν; §3 ἀπροσωπολήμπτως γὰρ πάντα ἐποιεῖτε καὶ ἐν τοῖς νομίμοις τοῦ θεοῦ ἐπορεύεσθε, ὑποτασσόμενοι τοῖς ἡγουμένοις ὑμῶν, καὶ τιμὴν τὴν καθήκουσαν ἀπονέμοντες τοῖς παρ’ ὑμῖν πρεσβυτέροις· νέοις τε μέτρια καὶ σεμνὰ νοεῖν ἐπετρέπετε· γυναιξίν τε ἐν ἀμώμῳ καὶ σεμνῇ καὶ ἁγνῇ συνειδήσει πάντα ἐπιτελεῖν παρηγγέλλετε, στεργούσας καθηκόντως τοὺς ἄνδρας ἑαυτῶν· ἔν τε τῷ κανόνι τῆς ὑποταγῆς ὑπαρχούσας τὰ κατὰ τὸν οἶκον σεμνῶς οἰκουργεῖν ἐδιδάσκετε, πάνυ σωφρονούσας.
Notes textuelles
- 1 Clem 1.1 — στάσις désigne une faction, une sédition ou un conflit interne structuré ; « simple désaccord » serait trop faible.
- 1 Clem 1.1 — ἐπιστροφὴν πεποιῆσθαι exprime l’idée de tourner son attention / revenir sur une affaire ; les restitutions françaises varient selon leur degré de littéralité.
- 1 Clem 1.3 — ἡγούμενοι signifie ceux qui conduisent/dirigent ; πρεσβύτεροι peut désigner les anciens par l’âge ou une fonction communautaire. Le texte ne justifie pas de surtechniciser systématiquement les deux termes.
- 1 Clem 1.3 — κανὼν τῆς ὑποταγῆς est conservé comme « règle/norme de la soumission » aux niveaux proches du grec ; le contexte social antique est explicité seulement dans Déployée.
Place dans l’ouvrage
Dans l’architecture de l’ouvrage
1 Clément répond à une crise d’autorité et de concorde à Corinthe : exemples scripturaires, humilité, ordre cosmique et communautaire, ministères, amour, repentance et grande prière finale.
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire cette unité selon son genre propre et son rôle dans l’argument ou la vision de l’ouvrage, avant toute utilisation doctrinale isolée.
- Distinguer sens dans le document ancien, usages ecclésiaux ultérieurs et débats modernes sur composition ou interpolation.
Approfondir : composition, transmission et réception
Témoin de travail
Wikisource, traduction publique de J. B. Lightfoot ; registre local 1-clement/source/registry.json
Lecture éditoriale. Le témoin sert à cartographier le chapitre et préparer son introduction ; la validation finale doit revenir au texte critique et aux manuscrits pertinents.
Bibliographie de travail
- Andrew Gregory, 1 Clement
- Michael W. Holmes, The Apostolic Fathers
- J. B. Lightfoot, The Apostolic Fathers: Clement
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.