Monographie de recherche · Partie IV

IV. Mise à l’épreuve sur corpus

Note de version — 14 septembre 2026. La traduction principale de La Bible Savoy comporte désormais sept restitutions : Clarté · Lecture · Proclamation · Déployée · Littérale · Philologique · Paraphrase. Les mentions à six restitutions conservées dans ce chapitre décrivent un état antérieur du modèle, un protocole ou un snapshot quantitatif établi avant l’intégration de Paraphrase ; elles sont maintenues pour la traçabilité historique et empirique.

Le modèle Savoy ne peut être évalué par sa seule cohérence théorique. Il doit être confronté à des corpus où ses frontières fonctionnelles, sa cohérence interne et sa capacité de révision peuvent effectivement être mises en défaut. Cette partie distingue donc le corpus de développement historique des ensembles actuels à six restitutions et organise leur valeur probatoire.

Dans cette partie. 4.1 État du corpus empirique · 4.2 Validation pilote · 4.3 Application de la grille · 4.4 Comparaison par genres · 4.5 Validation discriminante.

1. Fonction du corpus

Un corpus de validation n’a pas pour fonction d’illustrer les endroits où le modèle semble réussir. Il doit au contraire concentrer les conditions susceptibles de révéler ses faiblesses : ambiguïtés syntaxiques ou lexicales, idiomes, variantes textuelles, structures poétiques, contraintes d’oralité, termes culturellement implicites, répétitions structurantes et passages soumis à une forte pression doctrinale ou traditionnelle.

Le principe méthodologique est asymétrique : un cas réussi montre seulement que le modèle peut fonctionner dans ce cas ; une anomalie documentée peut suffire à imposer une révision locale, fonctionnelle ou méthodologique. La Partie IV doit donc conserver les résultats négatifs et les zones de recouvrement entre restitutions au lieu de les éliminer pour rendre la démonstration plus convaincante.

2. Noyau comparatif initial à six restitutions

CorpusÉtendueÉtat courantValeur pour la recherche
Psaumes2 527 versetsV1.4 / S5 — édition de référence ; S1–S5 documentésPoésie, parallélisme, oralité, lexique dense ; provenance mixte conservée
Actes1 002 unitésV2, six restitutions, S1 structurelRécit, discours, grec narratif, segmentation de Proclamation
Job1 070 versetsV1 expérimentale complètePoésie argumentative, ambiguïtés, frontière Littérale/Philologique
Esther167 versetsV1 expérimentale complèteProse narrative et convergence légitime des restitutions
Apocalypse405 versetsV0.1 complète, audit philologique à poursuivreVision, symbolisme, oralité, syntaxe grecque et densité intertextuelle

Ces cinq ensembles représentent 5 171 unités et constituent le noyau comparatif initial sur lequel les premières matrices quantitatives de la monographie ont été établies. Ils restent utiles comme série historique stable et reproductible, mais ne décrivent plus à eux seuls l’état courant du chantier. Leur complétude structurelle n’a jamais valu validation philologique générale : statuts éditoriaux et niveaux de maturité restent distincts.

Convention de statut. Les indices S1–S5 décrivent ici des étapes opérationnelles du workflow de traduction. Ils ne correspondent pas aux niveaux M0–M6 de maturité méthodologique. Ainsi, le S5 éditorial du Psautier n’équivaut pas à M5, qui exigerait une critique externe indépendante documentée.

Snapshot empirique 0.58 : 19 115 unités complètes

Un nouvel audit local du 12 septembre 2026 identifie désormais 41 livres complets possédant six restitutions non vides, soit 19 115 unités. Le snapshot précédent de 26 livres / 10 763 unités reste conservé comme état intermédiaire reproductible. Depuis ce snapshot, les quatre Évangiles, plusieurs épîtres courtes, Jérémie, Ézéchiel, Lamentations, Daniel, Baruch et 1 Maccabées ont rejoint l’inventaire complet. Le Nouveau Testament est désormais couvert dans ses vingt-sept livres. Cette extension mesure une couverture structurelle ; elle ne signifie pas que ces livres possèdent tous le même niveau de révision philologique, textuelle, littéraire ou externe.

Une seconde traduction, la traduction en contexte juif, est désormais publiée distinctement des sept restitutions de la traduction principale. Elle comprend le Tanakh en contexte juif et le Nouveau Testament en contexte juif du Ier siècle. Elle n’entre pas dans le snapshot historique de 19 115 unités, qui mesure uniquement les six restitutions alors déployées ; Paraphrase, devenue septième restitution officielle le 14 septembre 2026, n’entre pas non plus dans ce snapshot historique.

GroupeCorpusUnitésStatut dominant
Principalement hébreu/araméenCantique, Ecclésiaste, Esther, Isaïe, Job, Jérémie, Lamentations, Néhémie, Proverbes, Psaumes, Ézéchiel9 50511 livres ; maturités très hétérogènes
Nouveau Testament grec27 livres, de Matthieu à Apocalypse7 943Couverture structurelle complète du Nouveau Testament ; statuts variables
Autres corpus grecsBaruch, 1 Maccabées1 137Corpus complets à six restitutions ; maturité à qualifier séparément
Corpus mixteDaniel530Hébreu/araméen pour le noyau du livre ; additions grecques ; à analyser comme corpus mixte

Le changement de périmètre est qualitatif autant que quantitatif. La Prophétie de l’Ancien Testament n’est plus représentée par Isaïe seul : Jérémie et Ézéchiel sont désormais complets, et Lamentations fournit un corpus poétique associé. Les quatre Évangiles sont également complets dans les six restitutions. Daniel doit être traité séparément dans les agrégats linguistiques, car son corpus courant combine hébreu, araméen et grec. Baruch et 1 Maccabées sont classés dans le groupe grec selon la langue de leur corpus de travail courant. Aucun de ces reclassements structurels ne vaut promotion automatique de maturité méthodologique.

Le noyau initial permettait déjà une première observation générale : la différenciation des restitutions dépend fortement du genre et de l’histoire de production du livre. Le recensement élargi renforce cependant une autre hypothèse : le pipeline de production lui-même peut influencer la fréquence des divergences. Job et Esther présentent une convergence très élevée entre plusieurs sorties, alors qu’Actes et l’Apocalypse présentent une divergence presque systématique. Le Psautier occupe une position intermédiaire. Cette dispersion interdit de définir un « bon » taux global de différence.

Sur l’ensemble des 5 171 unités, l’identité exacte entre Clarté et Lecture est d’environ 59,7 %, entre Lecture et Proclamation de 56,4 %, tandis que Littérale et Philologique ne sont identiques que dans 44,2 % des unités. Ces valeurs n’indiquent pas une hiérarchie ; elles montrent simplement que les relations entre fonctions sont observables à grande échelle. Elles sont compatibles avec le principe selon lequel aucune restitution ne doit être considérée comme centre implicite du système.

Sur le snapshot empirique 0.58 de 19 115 unités, l’identité exacte atteint 41,4 % entre Clarté et Lecture, 46,9 % entre Lecture et Proclamation et 30,9 % entre Littérale et Philologique ; les six restitutions sont toutes identiques dans 27,1 % des unités. Les divergences exactes par rapport à Lecture augmentent elles aussi dans ce snapshot ; le détail complet est conservé dans l’annexe quantitative. Ces valeurs restent descriptives : elles agrègent des livres, langues, genres, maturités et pipelines hétérogènes.

Le contraste entre livres est encore plus instructif. Dans Job, Clarté et Lecture sont identiques dans plus de 99 % des unités, tandis que dans Actes elles ne le sont pratiquement jamais. Une telle différence peut refléter la manière dont les corpus ont été élaborés, mais aussi des propriétés réelles de genre, de syntaxe et de style. La validation doit donc porter autant sur le processus de production que sur les chaînes françaises finales.

La provenance informatique éclaire désormais le contraste entre familles de corpus. Plusieurs ensembles hébraïques ont été constitués selon une logique d’héritage contrôlé : Lecture est reprise dans les autres restitutions tant qu’une modification fonctionnelle n’est pas explicitement introduite. Plusieurs ensembles grecs récents ont été constitués à partir d’entrées comportant six formulations déjà séparément renseignées. La fréquence brute des divergences mesure donc à la fois la réponse au texte et la manière dont le chantier a été construit.

Cette observation renforce la distinction entre corpus de production et corpus de validation. Les fichiers existants sont précieux pour détecter les effets de méthode ; ils ne doivent pas être normalisés après coup afin d’obtenir des statistiques plus élégantes. Leur hétérogénéité devient elle-même un objet d’étude et justifie, pour les campagnes futures, un protocole de production fixé avant traduction.

3. Développement historique et validation actuelle

Les premiers cas de Genèse, Samuel, Rois, Jean ou Marc ont été étudiés lorsque l’architecture comportait encore quatre sorties. Ils restent utiles pour la recherche parce qu’ils montrent comment les difficultés rencontrées ont contribué à faire émerger Proclamation et à séparer Littérale, Philologique, interlinéaire et environnement Étude. Ils ne doivent toutefois plus être utilisés comme preuve directe de l’architecture actuelle.

Ces matériaux sont désormais traités comme corpus de développement historique et conservés dans les dossiers philologiques et annexes. Les tests du modèle actuel doivent être menés sur des unités produites ou révisées sous le régime des six restitutions, avec indication de leur maturité et de leur provenance.

4. Questions empiriques principales

L’analyse du corpus actuel porte sur quatre questions distinctes. Premièrement, les six restitutions restent-elles compatibles avec un même dossier textuel et philologique ? Deuxièmement, leurs différences apparaissent-elles là où leur fonction le justifie, sans divergence artificielle ? Troisièmement, les frontières entre Déployée, Littérale, Philologique, interlinéaire et Étude restent-elles stables ? Quatrièmement, les procédures d’évaluation produisent-elles des corrections réelles du corpus plutôt qu’une justification rétrospective des décisions existantes ?

Ces questions imposent de séparer mesure descriptive et jugement de qualité. Un taux élevé de divergence ne démontre pas la pertinence d’une restitution ; un taux élevé d’identité ne démontre pas sa redondance. La donnée décisive est la relation entre la difficulté du passage, la fonction annoncée et la décision effectivement observable.

Plusieurs passages jouent désormais le rôle de cas discriminants. Actes 18,5 teste la capacité à distinguer naturalisation, oralité, littéralité et analyse philologique autour de synechomai tō logō. Esther 4,16 teste Proclamation par segmentation sans modification du dossier de sens. Job 13,15 oblige le système à représenter une incertitude textuelle et interprétative réelle. Psaume 119,105 met à l’épreuve la visibilité du parallélisme et de l’ordre nominal. Apocalypse 1,4 vérifie la capacité de Philologique à exposer une rupture grammaticale significative sans transformer la restitution en commentaire.

Ces cas sont plus importants que des exemples simplement « beaux » parce qu’ils activent des frontières du modèle. Un passage devient pertinent pour la recherche lorsqu’il peut produire au moins deux résultats possibles : confirmer la fonction ou révéler une anomalie. Une étude de cas qui ne pourrait conduire qu’à justifier rétrospectivement la formulation publiée aurait une valeur probatoire faible.

Le corpus doit également conserver les exemples défavorables. Certaines unités du Psautier montrent encore des sorties Philologiques qui ressemblent davantage à une translittération commentée qu’à une restitution française. Certaines unités d’Actes ou de l’Apocalypse peuvent présenter des différences de surface très faibles — ponctuation, ordre local, choix stylistique — alors que les six chaînes sont techniquement distinctes. Ces anomalies doivent rester visibles parce qu’elles testent la frontière entre différenciation fonctionnelle et variation cosmétique.

5. Genres et contraintes

La prose narrative, la poésie, le discours, la sagesse, la loi, la prophétie et l’argumentation n’activent pas les mêmes tensions. Esther montre que plusieurs restitutions peuvent converger massivement dans une prose relativement transférable ; le Psautier sollicite beaucoup plus fréquemment structure, parallélisme et oralité ; Job exerce une pression particulière sur la Littérale et la Philologique ; Actes offre un terrain important pour la première écoute ; l’Apocalypse combine discours visionnaire, symbolisme, répétition et intertextualité.

La Loi demeure la lacune expérimentale prioritaire : le Deutéronome et le Lévitique possèdent des matériaux importants mais pas encore un ensemble complet homogène à six restitutions comparable aux grands corpus actuels. La Prophétie, en revanche, est désormais représentée par Isaïe, Jérémie et Ézéchiel complets, auxquels s’ajoutent Lamentations et le corpus mixte de Daniel. Cette extension permet enfin de comparer plusieurs styles prophétiques, mais elle ne supprime ni les différences de pipeline ni les écarts de maturité.

La relation entre genre et fonction doit être traitée comme une hypothèse empirique, non comme une règle préalable. Il est plausible que la poésie sollicite davantage Littérale et Proclamation, que les textes juridiques sollicitent davantage Déployée et la cohérence terminologique, ou que les discours argumentatifs sollicitent davantage la syntaxe et les connecteurs. Mais ces attentes doivent être vérifiées sur corpus et non imposées à la traduction.

Un même genre contient en outre des sous-types très différents. La poésie de Job n’organise pas le discours comme un psaume de louange ; une loi casuistique n’impose pas les mêmes contraintes qu’une exhortation deutéronomique ; un récit évangélique n’est pas équivalent à un discours johannique. L’échelle de validation devra donc rester assez fine pour ne pas transformer les grandes catégories littéraires en explications automatiques.

Bimodalité actuelle : donnée descriptive, cause non établie

Le snapshot empirique 0.58 permet de reformuler le contraste entre familles de corpus. Les onze livres principalement hébreux ou araméens totalisent 9 505 unités ; 54,6 % d’entre elles sont exactement identiques dans les six restitutions. Les vingt-neuf corpus grecs — les vingt-sept livres du Nouveau Testament, Baruch et 1 Maccabées — totalisent 9 080 unités ; aucune unité n’y présente six chaînes intégralement identiques. Daniel, 530 unités, est traité séparément comme corpus mixte et ne présente lui non plus aucune identité intégrale dans son état courant. Le contraste reste donc spectaculaire, mais l’arrivée d’Ézéchiel, très divergent malgré sa base hébraïque, montre qu’une explication simple par la langue source serait inadéquate.

Le contraste agrégé reste trop important pour être ignoré, mais le corpus élargi montre qu’il n’est pas homogène à l’intérieur des familles linguistiques. Jérémie présente 66,2 % d’identité intégrale entre les six restitutions, tandis qu’Ézéchiel tombe à 9,3 % ; dans les Évangiles grecs, Proclamation diffère de Lecture beaucoup moins systématiquement que Littérale ou Philologique. Ces écarts internes renforcent l’hypothèse que la langue source ne suffit pas à expliquer les profils observés.

La bonne conséquence méthodologique n’est ni de « corriger » les corpus pour rapprocher leurs profils, ni de célébrer le contraste comme preuve des six fonctions. Il faut transformer les différences entre livres, familles textuelles et campagnes de production en hypothèses testables. Des passages appariés par difficulté, longueur et phénomène peuvent être re-réalisés selon plusieurs pipelines ; les évaluateurs jugent ensuite l’adéquation fonctionnelle sans connaître la procédure de production. Le modèle sera mieux soutenu si les différences jugées utiles subsistent indépendamment du mécanisme qui a produit la première version.

La langue source demeure néanmoins une variable possible. Le grec et l’hébreu n’organisent pas de la même manière l’ordre, la morphologie, les articles, les participes, les chaînes nominales ou les relations aspectuelles. Mais cet effet ne peut être isolé qu’après contrôle du pipeline, du genre et de la maturité. L’état actuel autorise donc une observation robuste et une causalité prudente : la bimodalité existe ; son explication reste ouverte.

La maturité comme troisième dimension de l’analyse

Le corpus n’est plus seulement hétérogène par langue et par genre ; il l’est aussi par profondeur de révision. Le Psautier a atteint V1.4/S5 avec contrôles structurel, philologique, textuel, littéraire/oral et éditorial. Galates est V2/S2. Plusieurs épîtres complètes restent au stade S1 ou à un état de révision ciblée. Job, Esther, Isaïe et d’autres corpus complets possèdent encore des trajectoires propres qui ne se laissent pas résumer par le seul nombre de colonnes remplies.

Cette différence de maturité rend les agrégations délicates. Une statistique globale de 19 115 unités décrit correctement les fichiers du snapshot empirique 0.58, mais chaque unité ne possède pas le même poids probatoire pour tester la théorie. Le Psautier V1.4/S5, Jérémie V1/S1, Ézéchiel V1 structurellement fermé, les Évangiles récemment migrés ou produits en six restitutions et les épîtres V2/S1 ne sont pas des objets équivalents du point de vue de la maturité méthodologique. Toute analyse de validation doit donc présenter au moins une vue exhaustive et une vue filtrée par provenance et maturité.

Le Psautier fournit désormais un cas particulièrement intéressant : les passages ont traversé plusieurs étapes de contrôle sans que le profil général se transforme en divergence généralisée. Cette stabilité relative montre qu’une forte révision ne conduit pas nécessairement à produire six formulations différentes partout. Inversement, plusieurs corpus grecs très divergents n’ont pas encore traversé un cycle équivalent de validation. Le niveau de divergence ne peut donc pas servir de substitut au niveau de maturité.

Une future comparaison forte devrait prendre deux corpus de niveaux comparables, issus si possible de pipelines comparables, puis stratifier les unités par difficulté. Ce n’est qu’à cette condition qu’un effet de genre ou de langue pourrait commencer à être séparé de l’histoire éditoriale.

Nouveaux cas de défi dans les corpus complets

L’élargissement du corpus fournit désormais des passages susceptibles de mettre en défaut le modèle sur des phénomènes différents de ceux des premiers pilotes. Galates 2,16 teste un génitif dont l’interprétation est débattue : la traduction courante sélectionne « foi en Christ » tandis que la restitution analytique conserve la possibilité « fidélité du Christ ». Éphésiens 1,1 met la critique textuelle en amont de toute variation fonctionnelle avec le dossier de « à Éphèse ». 1 Corinthiens 7,21 confronte la traduction à une construction ambiguë dans le contexte historique de l’esclavage. 2 Corinthiens 12,7 montre la nécessité de résister aux identifications traditionnelles d’une image que le texte ne précise pas. Isaïe 7,14 confronte enfin lexique hébreu, Septante et réception chrétienne.

Ces cas n’ont pas tous le même niveau de maturité et ne doivent pas être additionnés comme preuves équivalentes. Leur intérêt est d’élargir le type de réfutation possible. Un modèle cohérent doit pouvoir échouer sur une mauvaise hiérarchisation des analyses, une variante mal traitée, une explicitation culturelle abusive, une fermeture doctrinale ou une frontière instable entre restitution et commentaire. La diversité des risques compte autant que la taille brute du corpus.

Le principe de sélection des futurs cas de défi doit donc être adversarial : retenir les passages où une règle du modèle risque réellement de céder. Les passages où les six fonctions convergent naturellement restent nécessaires comme contrôle négatif, mais la validation architecturale progresse surtout lorsqu’un passage force le système à montrer que l’unité du dossier peut survivre à des finalités de restitution concurrentes.

6. Corpus de développement, corpus descriptif et corpus tenu à l’écart

Un passage qui a servi à définir ou corriger une règle ne peut ensuite être présenté comme test indépendant de cette règle. Il devient corpus de développement. La validation forte exigera donc des échantillons préalablement définis et, autant que possible, tenus à l’écart jusqu’au moment du test.

Cette distinction protège la recherche contre une circularité simple : ajuster la méthode sur des passages connus, puis mesurer sa réussite sur les mêmes passages. Les chapitres suivants conservent volontairement les premiers pilotes pour documenter l’apprentissage méthodologique, mais les campagnes futures devront séparer plus strictement développement et validation.

7. Du cas local à l’architecture générale

La mise à l’épreuve procède à trois niveaux. Au niveau local, une décision de traduction peut être confirmée, révisée ou réouverte. Au niveau fonctionnel, une restitution peut montrer qu’elle remplit — ou non — la finalité annoncée. Au niveau architectural, l’ensemble du système doit démontrer qu’il peut maintenir une analyse commune malgré la pluralité des réalisations.

Aucun de ces niveaux ne doit être confondu avec les autres. Un excellent verset ne valide pas six fonctions ; une erreur locale ne réfute pas nécessairement l’architecture ; une cohérence théorique n’excuse pas des formulations empiriquement faibles.

Le passage du local au général demande une règle d’inférence stricte. Un verset peut montrer qu’une restitution accomplit sa fonction dans un cas ; une série de versets peut montrer un comportement récurrent ; un corpus stratifié peut soutenir une conclusion plus générale. Aucun de ces niveaux ne doit être confondu. Une formulation réussie d’Actes 18,5 ne « valide » pas Proclamation ou Philologique dans l’ensemble du Nouveau Testament.

Inversement, un échec local peut avoir une portée plus large lorsqu’il révèle une contradiction de principe. Si une restitution ne peut fonctionner qu’en adoptant une analyse source absente du dossier commun, le problème n’est pas simplement stylistique : il touche à l’axiome d’unité en amont. La logique de réfutation est donc asymétrique : beaucoup de réussites sont nécessaires pour soutenir la robustesse ; un seul contre-exemple bien établi peut suffire à réviser une règle universelle.

Cette asymétrie justifie la conservation des résultats négatifs et des anomalies. La Partie IV n’a pas pour fonction de construire une vitrine de la Bible Savoy ; elle doit être le lieu où le modèle accepte le risque d’être corrigé par son propre corpus.

Hiérarchie des résultats empiriques actuels

Le snapshot empirique 0.58 permet de distinguer plusieurs niveaux de résultat. Le plus solide est structurel : quarante et un livres complets disposent actuellement de six champs de restitution renseignés, soit 19 115 unités dans le snapshot figé. Ce résultat décrit l’étendue du matériau et peut être reproduit à partir du manifeste ; il ne dépend pas d’un jugement sur la qualité des formulations. Le snapshot de 26 livres / 10 763 unités demeure conservé comme état historique intermédiaire, ce qui permet de suivre l’élargissement du corpus sans réécrire les mesures antérieures.

Le deuxième niveau est descriptif : les taux d’identité et de divergence montrent une distribution fortement bimodale. Les corpus hébraïques convergent beaucoup plus fréquemment que les corpus grecs actuels. Cette observation est robuste pour le snapshot ; sa cause ne l’est pas. Elle ne permet pas de conclure que l’hébreu « exige » moins de différenciation ou que le grec en exige davantage.

Le troisième niveau est explicatif. L’examen de la provenance montre que plusieurs corpus ont été produits selon des pipelines différents, notamment héritage contrôlé d’une formulation versus six champs déjà séparément renseignés. L’effet de pipeline constitue donc une explication plausible et documentée de la bimodalité, mais son poids exact reste à mesurer par une expérience contrôlée. Genre, langue source, maturité et histoire de révision demeurent des facteurs concurrents.

Le quatrième niveau est fonctionnel. Les études de cas montrent que certaines différences correspondent effectivement aux finalités annoncées : segmentation pour Proclamation, conservation structurelle pour Littérale, exposition d’un problème linguistique pour Philologique, explicitation limitée pour Déployée. Ces cas établissent la possibilité du fonctionnement ; ils ne suffisent pas encore à en estimer la fréquence ni le bénéfice moyen sur l’ensemble du corpus.

Le cinquième niveau est expérimental et reste largement à construire : compréhension de Clarté par des lecteurs, première audition de Proclamation, identification de structures grâce à Littérale, utilité analytique de Philologique et accord entre évaluateurs indépendants. La monographie doit donc éviter une formule générale telle que « le modèle est validé » tant que ces campagnes ne sont pas réalisées.

Ce que la taille du corpus change réellement

Le passage de quelques pilotes à près de vingt mille unités modifie la nature de la recherche. Il devient possible de détecter des comportements systématiques, des anomalies de pipeline, des différences entre livres et des problèmes de frontière qui resteraient invisibles sur quelques exemples. La couverture complète du Nouveau Testament permet désormais de comparer Évangiles, Actes, corpus paulinien, épîtres catholiques et Apocalypse à l’intérieur d’une même famille linguistique, tout en conservant la distinction de maturité entre ces corpus.

Cette taille augmente en même temps la responsabilité méthodologique : une statistique agrégée peut être très précise tout en décrivant un mélange de corpus non comparables. Plus le volume augmente, plus la provenance, la maturité et la stratification deviennent importantes. La quantité de données ne remplace donc pas le contrôle expérimental ; elle rend ce contrôle possible et nécessaire.

8. Statut de la Partie IV

La Partie IV constitue désormais le dossier empirique évolutif de la monographie. Elle documente à la fois les premiers tests, les corrections qu’ils ont provoquées et l’élargissement progressif vers des corpus complets. Son objectif n’est pas d’annoncer prématurément une validation générale, mais de préciser exactement ce que les données disponibles permettent ou non d’affirmer.

Historique conservé. Les dossiers détaillés de passages qui ont contribué au développement du modèle restent disponibles dans les annexes documentaires.

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