Bibliothèque ancienne · Introduction critique

Mort du fils de Pharaon, mort de Pharaon et succession de Joseph

La crise dynastique s’achève avec la mort du prince puis du roi. Joseph reçoit temporairement le gouvernement selon la forme narrative transmise, donnant au récit une conclusion politique après sa première conclusion matrimoniale.

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Texte — sept restitutions

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Clarté

§322 Le fils de Pharaon se releva du sol, se redressa et cracha du sang par la bouche, car le sang de sa tempe avait coulé jusque dans sa bouche.

§323 Benjamin courut vers lui, prit son épée et la tira du fourreau, car Benjamin ne portait pas lui-même d’épée à la cuisse.

§324 Comme il allait frapper le fils de Pharaon, Lévi accourut, saisit sa main et dit : « Certainement pas, mon frère ! Ne fais pas cela. Nous sommes des hommes qui craignent Dieu, et il ne convient pas à un homme qui craint Dieu de rendre le mal pour le mal, de piétiner celui qui est tombé ni d’écraser son ennemi jusqu’à la mort.

§325 Viens plutôt : soignons sa blessure. S’il survit, il deviendra notre ami, et son père Pharaon sera pour nous un père. »

§326 Lévi releva le fils de Pharaon, lava le sang de son visage, posa un bandage sur sa blessure, le plaça sur son cheval et le ramena auprès de son père.

§327 Lévi lui raconta tout ce qui s’était passé.

§328 Pharaon se leva de son trône et se prosterna devant Lévi jusqu’à terre.

§329 Le troisième jour, le fils de Pharaon mourut de la blessure causée par la pierre de Benjamin.

§330 Pharaon porta le deuil de son fils premier-né et, sous l’effet de la tristesse, s’affaiblit.

§331 Pharaon mourut à l’âge de cent neuf ans et laissa son diadème à Joseph.

§332 Joseph régna en Égypte pendant quarante-huit ans. Après cela, il donna le diadème au petit-fils de Pharaon et fut pour lui comme un père en Égypte.

Lecture

§322 Le fils de Pharaon n’était donc pas mort sur le coup. Il réussit à se redresser, mais sa blessure à la tempe était si grave que du sang lui remontait dans la bouche.

§323 Benjamin courut vers lui et prit l’épée du blessé, puisqu’il n’en portait pas lui-même.

§324 Il allait l’achever lorsque Lévi l’arrêta. Pour la troisième fois dans cette partie du récit revient le même principe : celui qui craint Dieu ne doit pas rendre le mal pour le mal. Lévi ajoute qu’il ne faut ni frapper un homme déjà tombé ni poursuivre un ennemi jusqu’à la mort.

§325 Au contraire, il propose de soigner celui qui les avait attaqués, espérant qu’une survie puisse transformer l’ennemi en ami et préserver la relation avec Pharaon.

§326 Lévi agit conformément à ses paroles : il relève le prince, nettoie son visage, bande sa blessure, le remet à cheval et le ramène auprès de son père.

§327 Il raconte ensuite à Pharaon l’ensemble des événements.

§328 Le roi répond en se prosternant devant Lévi.

§329 Malgré les soins, le prince meurt trois jours plus tard de la blessure reçue de Benjamin.

§330 Pharaon entre alors dans un deuil profond qui l’affaiblit.

§331 Pharaon mourut à l’âge de cent neuf ans et laissa son diadème à Joseph.

§332 Joseph gouverne l’Égypte pendant quarante-huit ans, puis rend le diadème au petit-fils de Pharaon, envers lequel il agit désormais comme un père.

Proclamation

§322 Le fils de Pharaon se relève. Du sang sort de sa bouche : sa tempe saigne jusque dans sa bouche.

§323 Benjamin court, prend l’épée du prince, la tire — lui-même n’avait pas d’épée.

§324 Il va frapper. Lévi saisit sa main : « Non, mon frère ! Nous craignons Dieu. Ne rends pas le mal pour le mal ! Ne piétine pas celui qui est tombé ! N’écrase pas l’ennemi jusqu’à la mort !

§325 Viens ! Soignons-le. S’il vit, il sera notre ami ; Pharaon son père sera notre père. »

§326 Lévi relève le prince, lave son sang, bande sa blessure, le met sur son cheval, le ramène à Pharaon.

§327 Il raconte tout.

§328 Pharaon se lève de son trône ; il se prosterne devant Lévi jusqu’à terre.

§329 Le troisième jour, le fils de Pharaon meurt de la blessure de la pierre de Benjamin.

§330 Pharaon pleure son premier-né ; la tristesse l’affaiblit.

§331 Pharaon meurt à cent neuf ans ; il laisse son diadème à Joseph.

§332 Joseph règne quarante-huit ans en Égypte ; puis il rend le diadème au petit-fils de Pharaon et devient pour lui comme un père.

Déployée

§322 Le fils de Pharaon se releva du sol, se redressa et cracha du sang par la bouche, car le sang de sa tempe avait coulé jusque dans sa bouche.

§323 Benjamin, qui l’a frappé avec une pierre et ne porte pas d’épée personnelle, s’empare maintenant de celle du prince.

§324 Son intention est de terminer le combat en tuant l’ennemi blessé. Lévi intervient immédiatement et reformule le principe éthique qui traverse toute la conclusion : craindre Dieu interdit de rendre le mal pour le mal. Il précise ici ce que cela signifie dans une situation de victoire : ne pas piétiner celui qui est déjà tombé et ne pas pousser la défaite d’un ennemi jusqu’à son exécution.

§325 Lévi propose même l’inverse de l’achèvement : traiter la blessure. Il imagine qu’un ennemi sauvé peut devenir un ami et que la relation avec Pharaon peut être préservée.

§326 Cette parole devient acte de soin. Lévi relève celui qui avait participé au complot, lave le sang, applique un bandage, le remet sur son cheval et le reconduit chez son père.

§327 Il ne cache pas ensuite les événements : il les raconte à Pharaon.

§328 La réaction du roi place Lévi dans une position d’honneur extraordinaire puisqu’il se prosterne jusqu’à terre devant lui.

§329 Cependant, le refus de tuer le prince ne signifie pas qu’il guérisse : la blessure de Benjamin entraîne sa mort trois jours plus tard.

§330 Pharaon perd ainsi son premier-né et s’affaiblit sous le poids du deuil.

§331 Pharaon mourut à l’âge de cent neuf ans et laissa son diadème à Joseph.

§332 Joseph exerce alors la royauté pendant quarante-huit ans, mais ne fonde pas une dynastie personnelle : il remet ensuite le pouvoir au petit-fils de Pharaon et prend envers lui une place paternelle. La conclusion transforme ainsi le conflit de succession en restitution du royaume.

Littérale

§322 Et le fils de Pharaon se leva de la terre et se rassit, et il cracha du sang de sa bouche, parce que son sang avait coulé de sa tempe dans sa bouche.

§323 Et Benjamin courut sur lui, prit son épée et la tira du fourreau, parce que Benjamin ne portait pas d’épée sur sa cuisse.

§324 Et comme il allait frapper le fils de Pharaon, Lévi courut, saisit sa main et dit : « En aucune manière, frère, tu ne feras cette œuvre, parce que nous sommes des hommes craignant Dieu, et il ne convient pas à un homme craignant Dieu de rendre le mal pour le mal, ni de fouler celui qui est tombé, ni d’écraser l’ennemi jusqu’à la mort.

§325 Mais viens, et soignons-le de sa blessure ; et s’il vit, il sera notre ami, et son père Pharaon sera notre père. »

§326 Et Lévi releva le fils de Pharaon, lava le sang de son visage, lia un bandage sur sa blessure, le plaça sur son cheval et le conduisit vers son père.

§327 Et Lévi lui raconta toutes les choses qui avaient suivi.

§328 Et Pharaon se leva de son trône et se prosterna devant Lévi sur la terre.

§329 Et au troisième jour le fils de Pharaon mourut de la blessure de la pierre de Benjamin.

§330 Et Pharaon porta le deuil de son fils premier-né et, à cause de la tristesse, s’affaiblit.

§331 Et Pharaon mourut âgé de cent neuf ans et laissa son diadème à Joseph.

§332 Et Joseph régna en Égypte quarante-huit ans, et après ces choses Joseph donna le diadème au petit-fils de Pharaon. Et Joseph était comme son père en Égypte.

Philologique

§322 Le fils de Pharaon se releva du sol, se redressa et cracha du sang par la bouche, car le sang provenant de sa tempe s’était écoulé dans sa bouche.

§323 Benjamin courut vers lui, prit son épée et la tira de son fourreau, puisque Benjamin ne portait pas lui-même d’épée à la cuisse.

§324 Comme il allait frapper le fils de Pharaon, Lévi accourut, saisit sa main et dit : « En aucune manière, mon frère, n’accomplis cette action, car nous sommes des hommes qui craignent Dieu, et il ne convient pas à un homme qui craint Dieu de rendre le mal pour le mal, ni de piétiner celui qui est tombé, ni d’écraser un ennemi jusqu’à la mort.

§325 Viens plutôt, soignons-le de sa blessure ; s’il survit, il sera notre ami, et son père Pharaon sera notre père. »

§326 Lévi releva le fils de Pharaon, nettoya le sang de son visage, fixa un bandage sur sa blessure, le plaça sur son cheval et le conduisit auprès de son père.

§327 Lévi lui raconta tous les événements qui s’étaient produits.

§328 Pharaon se leva de son trône et se prosterna devant Lévi jusqu’à terre.

§329 Le troisième jour, le fils de Pharaon mourut de la blessure provoquée par la pierre de Benjamin.

§330 Pharaon porta le deuil de son fils premier-né et fut affaibli par la tristesse.

§331 Pharaon mourut à l’âge de cent neuf ans et laissa son diadème à Joseph.

§332 Joseph régna en Égypte pendant quarante-huit ans ; après cela, il remit le diadème au petit-fils de Pharaon. Joseph fut pour lui comme un père en Égypte.

Paraphrase

§322 Celui qu’on croyait presque mort parvient encore à se relever, mais sa blessure est terrible.

§323 Benjamin voit l’ennemi à terre et passe de la défense à la vengeance : il prend l’épée du prince pour l’achever.

§324 Lévi l’arrête précisément à cette frontière. Gagner le combat ne donne pas, selon lui, le droit de tuer celui qui ne peut plus combattre. Il reprend la règle qui a déjà sauvé d’autres vies : ne pas répondre au mal en devenant soi-même l’auteur d’un nouveau mal.

§325 Et il va plus loin : l’ennemi blessé doit être soigné. Lévi imagine qu’une relation détruite par la violence peut encore être transformée.

§326 Il soigne donc lui-même le prince et le rend vivant à son père au lieu de rapporter son cadavre.

§327 Il raconte ensuite la vérité de ce qui s’est passé.

§328 Pharaon reconnaît la grandeur de ce geste en s’inclinant devant Lévi.

§329 Le prince meurt pourtant trois jours plus tard : la miséricorde n’efface pas magiquement les conséquences de la violence déjà commise.

§330 Sa mort brise Pharaon et accélère son propre déclin.

§331 Quand Pharaon meurt, Joseph reçoit la couronne.

§332 Joseph gouverne l’Égypte pendant quarante-huit ans, puis rend le diadème au petit-fils de Pharaon, envers lequel il agit désormais comme un père.

Texte source

§322 Καὶ ὁ υἱὸς Φαραὼ ἀνέστη ἐκ τῆς γῆς καὶ ἀνεκάθισε καὶ ἔπτυσεν αἷμα ἀπὸ τοῦ στόματος αὐτοῦ, διότι τὸ αἷμα αὐτοῦ ἐρρύη ἐκ τοῦ κροτάφου αὐτοῦ ἐν τῷ στόματι αὐτοῦ. §323 Καὶ ἔδραμεν ἐπ’ αὐτὸν Βενιαμὴν καὶ ἔλαβε τὴν ῥομφαίαν αὐτοῦ καὶ εἵλκυσεν αὐτὴν ἐκ τοῦ κολεοῦ, διότι Βενιαμὴν οὐκ ἦν φορῶν ἐπὶ τὸν μηρὸν αὐτοῦ ῥομφαίαν. §324 Καὶ ὡς ἔμελλε πατάξαι τὸν υἱὸν Φαραώ, ἔδραμε Λευὶς καὶ ἐκράτησε τῆς χειρὸς αὐτοῦ καὶ εἶπε· μηδαμῶς, ἀδελφέ, ποιήσῃς τὸ ἔργον τοῦτο, διότι ἡμεῖς ἄνδρες θεοσεβεῖς ἐσμεν, καὶ ου᾿ προσήκει ἀνδρὶ θεοσεβεῖ ἀποδοῦναι κακὸν ἀντὶ κακοῦ οὐδὲ πεπτωκότα καταπατῆσαι οὐδὲ ἐκθλίψαι τὸν ἐχθρὸν ἕως θανάτου. §325 Ἀλλὰ δεῦρο καὶ θεραπεύσωμεν αὐτὸν ἀπὸ τοῦ τραύματος αὐτοῦ καὶ ἐὰν ζήσῃ ἔσται ἡμῶν φίλος καὶ ὁ πατὴρ αὐτοῦ Φαραὼ ἔσται πατὴρ ἡμῶν. §326 Καὶ ἀνέστησε Λευὶς τὸν υἱὸν Φαραὼ καὶ ἀπένιψε τὸ αἷμα ἐκ τοῦ προσώπου αὐτοῦ καὶ ἔδησε τελαμῶνα εἰς τὸ τραῦμα αὐτοῦ καὶ ἐπέθηκεν αὐτὸν ἐπὶ τὸν ἵππον αὐτοῦ καὶ ἐκόμισεν αὐτὸν πρὸς τὸν πατέρα αὐτοῦ. §327 Καὶ διηγήσαντο αὐτῷ Λευὶς ἅπαντα τὰ παρακολουθήσαντα. §328 Καὶ ἀνέστη Φαραὼ ἀπὸ τοῦ θρόνου αὐτοῦ καὶ προσεκύνησε τῷ Λευὶ ἐπὶ τὴν γῆν. §329 Καὶ τῇ τρίτῃ ἡμέρᾳ ἀπέθανεν ὁ υἱὸς Φαραὼ ἐκ τοῦ τραύματος τοῦ λίθου Βενιαμήν. §330 Καὶ ἐπένθησε Φαραὼ τὸν υἱὸν αὐτοῦ τὸν πρωτότοκον καὶ ἐκ τῆς λύπης ἐμαλακίσθη. §331 Καὶ ἀπέθανεν Φαραὼ ἐτῶν ἑκατὸν ἐννέα καὶ κατέλιπε τὸ διάδημα αὐτοῦ τῷ Ἰωσήφ. §332 Καὶ ἐβασίλευσεν Ἰωσὴφ ἐν Αἰγύπτῳ ἔτη τεσσαράκοντα ὀκτὼ καὶ μετὰ ταῦτα ἔδωκεν Ἰωσὴφ τὸ διάδημα τῷ ἐγγόνῳ Φαραώ. Καὶ ἦν Ἰωσὴφ ὡς πατὴρ αὐτοῦ ἐν Αἰγύπτῳ.

Notes textuelles

Place dans l’ouvrage

Dans l’architecture de l’ouvrage

Le chapitre appartient à la seconde grande partie du récit (22–29), centrée sur l’intégration familiale d’Aséneth, le complot du fils de Pharaon et sa résolution.

Parcours de l’unité

Mort du fils de Pharaon, mort de Pharaon et succession de JosephJoseph et Aséneth 29

Clés de lecture

Approfondir : composition, transmission et réception

Tradition textuelle

complexe

Joseph et Aséneth est transmis par plusieurs familles de manuscrits grecs ainsi que par des versions anciennes ; l’étendue et la relation des recensions ont fait l’objet de débats importants.

Lecture éditoriale. La division en 29 chapitres est un outil éditorial commode ; elle ne doit pas être confondue avec un découpage originel assuré.

Conclusion politique

littéraire

La succession de Joseph à Pharaon appartient à la logique narrative de l’œuvre et ne doit pas être utilisée comme donnée historique sur l’Égypte pharaonique.

Lecture éditoriale. Distinguer expansion pseudépigraphique et reconstruction historique.

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