Bibliothèque ancienne · Introduction critique
Aséneth se prépare à prier le Dieu des Hébreux
Au terme de plusieurs jours de retrait et de jeûne, Aséneth hésite encore sur la manière de s’adresser au Dieu de Joseph. Le chapitre dramatise l’accès d’une étrangère à une parole de supplication.
Texte — sept restitutions
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Clarté
§128 À l’aube du huitième jour, on entendit les oiseaux du ciel et les chiens aboyer sur le chemin. Aséneth releva la tête de la cendre. Elle était épuisée par sa repentance, son jeûne et l’abaissement de son âme. Elle se redressa sur les genoux, leva les yeux vers le ciel, secoua la cendre de ses cheveux et continua de pleurer en se frappant la poitrine. Elle s’approcha de la fenêtre tournée vers l’orient, s’assit et posa la tête sur ses genoux. Après sept jours de jeûne et de souffrance, sa bouche était restée fermée. Elle se dit intérieurement : « Que vais-je faire ? Où aller ? Auprès de qui chercher refuge ? Que puis-je dire, moi, jeune fille orpheline, abandonnée et seule ? Tous me rejettent. Mon père, ma mère et mes proches diront : “Aséneth n’est plus notre fille”, parce que j’ai rejeté et détruit leurs dieux. Les autres aussi m’en veulent, puisque j’ai méprisé ceux qui voulaient m’épouser ; maintenant ils se réjouissent de mon humiliation. »
§129 « Mais le Seigneur, le Dieu Très-Haut et puissant du sage Joseph, déteste le culte des idoles vaines. Il est un Dieu jaloux et redoutable envers ceux qui craignent des dieux étrangers, œuvres de mains humaines. Moi aussi je me suis souillée : je les ai craints, honorés et servis, et j’ai mangé de leurs sacrifices. Je n’ai donc aucune assurance pour invoquer le Seigneur, le Dieu Très-Haut du ciel. Pourtant j’ai entendu dire que le Dieu des Hébreux est le Dieu de vérité, compatissant et miséricordieux, patient, abondant en grâce et en vérité ; qu’il pardonne les péchés, détourne sa colère et ne déchaîne pas toute sa fureur lorsque l’être humain humilié l’appelle. J’oserai donc me tourner vers lui, chercher refuge auprès de lui, lui confesser mes péchés et mes fautes et présenter devant lui ma supplication. Peut-être regardera-t-il l’humiliation de sa servante et aura-t-il compassion de moi. Car il est le père des orphelins, le secours des faibles et le sauveur des pauvres. Je parlerai et je crierai vers lui. »
§130 Aséneth se leva près de la fenêtre orientale et tendit les mains vers le ciel. Mais elle eut peur d’ouvrir la bouche, de parler au Dieu Très-Haut, de prononcer et d’invoquer son saint nom. Elle revint s’asseoir près du mur de la fenêtre, se frappa le visage et la poitrine et se dit sans encore ouvrir la bouche : « Je suis faible, orpheline et abandonnée ; ma bouche a été souillée par les sacrifices et la vanité des dieux des Égyptiens, mon peuple. Maintenant, avec mes larmes, avec la cendre et la poussière de l’humiliation de mon âme, puisque j’ai fait pénitence pour mes péchés, j’oserai ouvrir la bouche et invoquer le saint nom du Dieu miséricordieux. S’il se met en colère contre moi et me corrige, il est le Seigneur et je lui appartiens ; s’il me frappe encore, lui-même me guérira. » Alors elle regarda vers le ciel et, pour la première fois, ouvrit la bouche pour prier.
Lecture
§128 À l’aube du huitième jour, les cris des oiseaux du ciel et les aboiements des chiens sur le chemin parvinrent jusqu’à Aséneth. Elle releva la tête de la cendre, épuisée par sept jours de jeûne, de repentance et d’abaissement intérieur. Elle se remit sur les genoux, leva les yeux vers le ciel, chassa la cendre de ses cheveux et continua de pleurer en se frappant la poitrine. Puis elle vint s’asseoir sous la fenêtre tournée vers l’orient, la tête inclinée sur les genoux. Sa bouche était demeurée close durant ces jours de privation. Dans son cœur elle demanda : « Que me reste-t-il à faire ? Où pourrais-je aller, et vers qui me réfugier ? Que peut encore dire une jeune fille devenue orpheline, abandonnée et sans appui ? Mon père, ma mère et mes proches me renieront parce que j’ai rejeté et détruit leurs dieux. Les autres me haïssent parce que j’ai autrefois repoussé ceux qui me recherchaient ; ils se réjouissent maintenant de me voir humiliée. »
§129 Elle poursuivit en elle-même : « Le Seigneur, Dieu Très-Haut et puissant que sert le sage Joseph, refuse le culte des idoles vides, ces œuvres fabriquées par des mains humaines. Or moi aussi je me suis rendue impure : je les ai craintes, servies et j’ai mangé de leurs sacrifices. Comment aurais-je l’assurance d’appeler le Dieu Très-Haut du ciel ? Pourtant j’ai entendu dire que le Dieu des Hébreux est le Dieu véritable : plein de compassion et de miséricorde, lent à la colère, riche en grâce et en vérité. Il pardonne les péchés, retient la destruction, revient de sa colère et n’en déverse pas toute la violence lorsque celui qui est abaissé l’appelle. Je prendrai donc courage : je me tournerai vers lui, je chercherai refuge auprès de lui, je lui avouerai mes péchés et mes fautes et je déposerai devant lui ma demande. Peut-être verra-t-il l’humiliation de sa servante et me prendra-t-il en pitié. Il est le père des orphelins, l’aide des faibles et le sauveur des pauvres. Je vais lui parler ; je vais crier vers lui. »
§130 Aséneth se leva auprès de la fenêtre orientale et leva les mains vers le ciel. Pourtant la crainte l’empêcha encore d’ouvrir la bouche et de prononcer le saint nom du Dieu Très-Haut. Elle se rassit près du mur, se frappa le visage et la poitrine, et continua de parler seulement dans son cœur : « Je suis faible, orpheline et seule. Ma bouche a été contaminée par les sacrifices et le vide des dieux que vénère mon peuple d’Égypte. Mais maintenant mes larmes, la cendre et la poussière portent l’humiliation d’une âme qui s’est repentie de ses péchés. J’oserai ouvrir la bouche et invoquer le saint nom du Dieu miséricordieux. S’il s’irrite contre moi et me corrige, il demeure mon Seigneur et je suis à lui ; s’il me frappe, c’est encore lui qui me guérira. » Elle leva alors son regard vers le ciel et ouvrit enfin la bouche pour commencer sa prière.
Proclamation
§128 À l’aube du huitième jour : les oiseaux du ciel se font entendre, les chiens aboient sur le chemin. Aséneth relève la tête de la cendre. Faible, épuisée par la repentance et le jeûne, elle se dresse sur les genoux, lève les yeux vers le ciel, secoue la cendre de ses cheveux. Elle pleure encore, elle frappe sa poitrine. Elle s’assied sous la fenêtre tournée vers l’orient, la tête sur les genoux. Sept jours : sa bouche est restée close. Dans son cœur : « Que ferai-je ? Où irai-je ? Vers qui fuirai-je ? Que dirai-je, moi, vierge orpheline, abandonnée, délaissée ? Tous me rejettent. Mon père, ma mère, mes proches : “Aséneth n’est plus notre fille.” J’ai rejeté leurs dieux. Les autres me haïssent : j’ai méprisé ceux qui me recherchaient. Maintenant, ils se réjouissent de mon humiliation. »
§129 « Mais le Seigneur, Dieu Très-Haut, le Dieu puissant du sage Joseph, hait le culte des idoles vaines, œuvres de mains humaines. Et moi aussi je me suis souillée : je les ai craintes, je les ai servies, j’ai mangé de leurs sacrifices. Comment invoquer le Dieu Très-Haut du ciel ? Pourtant je l’ai entendu : le Dieu des Hébreux est Dieu de vérité, compatissant, miséricordieux, longanime, abondant en grâce et en vérité. Il pardonne les péchés ; il détourne sa colère ; il ne répand pas toute sa fureur quand l’humilié l’appelle. J’oserai revenir vers lui ! Je chercherai refuge en lui ! Je lui confesserai mes péchés et mes fautes ; je déposerai devant lui ma prière. Peut-être regardera-t-il l’humiliation de sa servante et me fera-t-il miséricorde. Père des orphelins ! Secours des faibles ! Sauveur des pauvres ! Je parlerai. Je crierai vers lui. »
§130 Aséneth se lève près de la fenêtre orientale. Ses mains vers le ciel. Mais elle craint d’ouvrir la bouche, de parler au Très-Haut, de prononcer son saint nom. Elle revient s’asseoir contre le mur ; elle frappe son visage, sa poitrine. Dans son cœur seulement : « Je suis faible, orpheline, abandonnée. Ma bouche est souillée par les sacrifices et la vanité des dieux d’Égypte. Mais voici mes larmes, voici la cendre, voici la poussière de mon humiliation : j’ai fait pénitence pour mes péchés. J’oserai ouvrir la bouche ; j’invoquerai le saint nom du Dieu miséricordieux. S’il s’irrite et me corrige : il est Seigneur, je suis à lui. S’il me frappe : lui-même me guérira. » Elle regarde le ciel. Alors, pour la première fois, elle ouvre la bouche.
Déployée
§128 À l’aube du huitième jour, on entendit les oiseaux du ciel et les chiens aboyer sur le chemin. Aséneth releva la tête de la cendre. Elle était épuisée par sa repentance, son jeûne et l’abaissement de son âme. Elle se redressa sur les genoux, leva les yeux vers le ciel, secoua la cendre de ses cheveux et continua de pleurer en se frappant la poitrine. Elle s’approcha de la fenêtre tournée vers l’orient, s’assit et posa la tête sur ses genoux. Après sept jours de jeûne et de souffrance, sa bouche était restée fermée. Elle se dit intérieurement : « Que vais-je faire ? Où aller ? Auprès de qui chercher refuge ? Que puis-je dire, moi, jeune fille orpheline, abandonnée et seule ? Tous me rejettent. Mon père, ma mère et mes proches diront : “Aséneth n’est plus notre fille”, parce que j’ai rejeté et détruit leurs dieux. Les autres aussi m’en veulent, puisque j’ai méprisé ceux qui voulaient m’épouser ; maintenant ils se réjouissent de mon humiliation. »
§129 Aséneth oppose alors à cet abandon humain ce qu’elle a entendu du Dieu que sert Joseph. Le Seigneur, Dieu Très-Haut et puissant, n’accepte pas que l’on craigne les idoles vaines et les divinités fabriquées par des mains humaines. Aséneth reconnaît qu’elle-même s’est rendue impure en les craignant, en les servant et en mangeant de leurs sacrifices ; c’est pourquoi elle ne se croit pas digne d’invoquer le Dieu Très-Haut du ciel. Pourtant ce qu’elle a entendu à son sujet lui rend une espérance : le Dieu des Hébreux est le Dieu de vérité, compatissant et miséricordieux, patient, abondant en grâce et en vérité ; il pardonne les péchés, retient la destruction, détourne sa colère et n’en déchaîne pas toute la violence lorsque l’être humain humilié l’appelle. Aséneth décide donc de revenir vers lui, d’y chercher refuge, de confesser ses péchés et ses fautes et de déposer sa supplication devant lui, dans l’espoir qu’il regarde l’humiliation de sa servante et lui fasse miséricorde. Elle se rappelle qu’il est le père des orphelins, le secours des faibles et le sauveur des pauvres ; cette conviction lui donne finalement le courage de vouloir crier vers lui.
§130 Elle se lève alors près de la fenêtre orientale et étend les mains vers le ciel, mais la crainte l’arrête encore : elle n’ose ni ouvrir la bouche devant le Dieu Très-Haut ni prononcer son saint nom. Elle revient s’asseoir contre le mur de la fenêtre, se frappe le visage et la poitrine et poursuit son raisonnement intérieurement. Elle se décrit comme faible, orpheline et abandonnée, et reconnaît que sa bouche a été souillée par les sacrifices et par la vanité des dieux de son peuple égyptien. Mais ses larmes, la cendre et la poussière sont désormais les signes de l’humiliation dans laquelle son âme s’est repentie de ses péchés. Elle décide donc d’oser enfin invoquer le Dieu miséricordieux : même s’il se met en colère et la corrige, il demeure le Seigneur auquel elle appartient ; même s’il la frappe, c’est encore lui qui peut la guérir. Alors elle lève les yeux vers le ciel et ouvre pour la première fois la bouche afin de commencer sa prière.
Littérale
§128 À l’aube du huitième jour, la voix des oiseaux du ciel fut entendue, et les chiens aboyaient après ceux qui passaient sur le chemin. Aséneth releva sa tête de la cendre, car elle était faible et fatiguée par la repentance, l’abaissement de son âme, le jeûne et l’abstinence. Elle se redressa sur ses genoux, leva ses yeux vers le ciel, secoua la cendre de ses cheveux, tout en pleurant encore et en frappant sa poitrine. Elle s’approcha sous la fenêtre qui regardait vers l’orient, s’assit et inclina sa tête sur ses genoux. Sa bouche était tenue fermée par l’ascèse et le peu de nourriture des sept jours de sa souffrance. Et elle dit dans son cœur, sa bouche ayant été fermée pendant sept jours : « Que ferai-je ? Où irai-je ? Vers qui fuirai-je ? Et que dirai-je, vierge orpheline, abandonnée et délaissée ? Toute chair me hait. Mon père et ma mère, désormais, parce que j’ai haï les dieux, les ai rejetés et les ai fait périr ; mon père, ma mère et mes proches disent : “Aséneth n’est pas notre fille”, parce que j’ai détruit les dieux et les ai méprisés. Et le reste des humains m’envient, parce que moi aussi j’ai méprisé ceux qui me demandaient ; dans cette humiliation qui est mienne, ils se sont réjouis sur moi. »
§129 « Mais le Seigneur, le Dieu Très-Haut puissant du sage Joseph, hait ceux qui craignent les idoles vaines, parce qu’il est un Dieu jaloux et redoutable envers ceux qui craignent des dieux étrangers, ouvrages des mains des humains. Car moi aussi j’ai été souillée, je les ai craints et honorés, je les ai servis et j’ai mangé de leurs sacrifices. Il n’y a pas pour moi d’ouverture de face, mon Seigneur, pour appeler le Seigneur Dieu Très-Haut du ciel. Mais j’ai entendu que le Dieu des Hébreux est un Dieu de vérité, miséricordieux et compatissant, long d’esprit, abondant en grâce et en vérité, pardonnant les péchés et ne détruisant pas, abondant pour faire revenir sa colère et ne réveillant pas toute sa fureur au temps de l’humiliation de l’être humain qui l’appelle. J’oserai me tourner vers lui ; je prendrai refuge en lui ; je lui confesserai mes péchés et mes fautes, et je présenterai ma supplication devant lui, afin que peut-être il regarde l’humiliation de sa servante et ait miséricorde de moi. Car il est le père des orphelins, le secours des faibles et le sauveur des pauvres. Je parlerai et je crierai vers lui. »
§130 Aséneth se leva près de la fenêtre orientale et leva ses mains vers le ciel. Elle eut peur d’ouvrir sa bouche et de parler auprès du Dieu Très-Haut, de rappeler son saint nom et de l’invoquer. Elle revint encore et s’assit au côté du mur de la fenêtre orientale ; elle frappait son visage et sa poitrine de ses mains, et disait dans son cœur sans ouvrir sa bouche : « Moi, je suis faible, orpheline et isolée, et ma bouche est souillée par le sacrifice et la vanité des dieux des Égyptiens, les fils de mon peuple. Maintenant, par ces larmes qui sont miennes, par la cendre et par la poussière de l’humiliation de mon âme, puisque j’ai fait repentance pour mes péchés, j’oserai ouvrir ma bouche et invoquer le saint nom du Dieu miséricordieux. Et s’il s’irrite contre moi et me châtie, il est le Seigneur et lui me possède ; et s’il me frappe encore, lui me guérira. » Elle regarda vers le ciel et alors, pour la première fois, ouvrit sa bouche et dit.
Philologique
§128 Au matin du huitième jour, la voix des oiseaux du ciel se fit entendre, tandis que des chiens aboyaient contre les passants de la route. Aséneth releva sa tête hors de la cendre : elle était devenue faible et épuisée par sa démarche de repentance, l’humiliation de son âme, le jeûne et l’abstinence. Elle se remit à genoux, dirigea son regard vers le ciel, secoua la cendre de sa chevelure et continua de pleurer en frappant sa poitrine. Elle vint au-dessous de la fenêtre tournée vers l’orient, s’assit et courba sa tête sur ses genoux. Sa bouche était restée close durant les sept jours où son corps avait été soumis à la privation et son âme à l’épreuve. Elle formula alors dans son cœur, sans ouvrir les lèvres : « Que ferai-je ? Où irai-je ? Auprès de qui chercherai-je refuge ? Que pourrai-je dire, moi, vierge orpheline, abandonnée et laissée seule ? Toute chair me hait. Mon père et ma mère me renient désormais parce que j’ai pris en haine leurs dieux, les ai rejetés et détruits ; mes proches disent avec eux : “Aséneth n’est pas notre fille.” Le reste des humains m’envient et me haïssent aussi, puisque j’ai repoussé ceux qui me recherchaient ; ils se réjouissent à présent de mon abaissement. »
§129 « Or le Seigneur, le Dieu Très-Haut et puissant du sage Joseph, hait ceux qui révèrent les idoles vaines : il est un Dieu jaloux et redoutable envers ceux qui craignent des dieux étrangers, produits des mains humaines. Moi aussi, j’ai été rendue impure : je les ai craints, leur ai rendu honneur, les ai servis et ai mangé de leurs sacrifices. Je n’ai donc aucune “ouverture de face”, aucune assurance, mon Seigneur, pour appeler le Seigneur Dieu Très-Haut du ciel. Pourtant j’ai entendu que le Dieu des Hébreux est le Dieu de vérité, miséricordieux et compatissant, longanime — littéralement “long d’esprit” —, abondant en grâce et en vérité ; il remet les péchés sans détruire, il se montre abondant pour détourner son courroux et ne met pas en mouvement toute sa fureur lorsque l’être humain humilié l’appelle. Je prendrai donc l’audace de revenir vers lui ; je me réfugierai auprès de lui, lui reconnaîtrai mes péchés et mes fautes et présenterai devant lui ma requête. Peut-être regardera-t-il l’humiliation de sa servante et se laissera-t-il émouvoir de compassion pour moi. Car il est père des orphelins, auxiliaire des faibles et libérateur des pauvres. Je parlerai et pousserai mon cri vers lui. »
§130 Aséneth se leva auprès de la fenêtre orientale et étendit les mains vers le ciel. Elle craignit cependant d’ouvrir sa bouche pour parler au Dieu Très-Haut, de rappeler son nom saint et de l’appeler. Elle retourna s’asseoir contre le mur de la fenêtre orientale, se frappa le visage et la poitrine et poursuivit silencieusement dans son cœur : « Je suis faible, orpheline et isolée ; ma bouche a été contaminée par le sacrifice et par la vanité des dieux des Égyptiens, mes compatriotes. Maintenant, avec mes larmes, avec la cendre et avec la poussière qui expriment l’humiliation de mon âme, puisque j’ai accompli une repentance à cause de mes péchés, je prendrai l’audace d’ouvrir ma bouche et d’appeler le saint nom du Dieu miséricordieux. S’il se met en colère contre moi et me discipline, il est le Seigneur et je suis sa possession ; s’il me frappe de nouveau, c’est lui qui me guérira. » Elle regarda alors vers le ciel et, pour la première fois, ouvrit sa bouche pour parler.
Paraphrase
§128 Le huitième matin, le monde recommence à faire du bruit autour d’Aséneth : oiseaux dans le ciel, chiens sur la route. Après sept jours où elle s’est tenue dans la cendre sans manger, elle est épuisée. Elle relève pourtant la tête, se met à genoux, regarde vers le ciel et continue de pleurer. Puis elle vient s’asseoir sous la fenêtre tournée vers l’est, la tête repliée sur ses genoux. Depuis sept jours elle n’a presque pas ouvert la bouche ; maintenant les questions montent en elle : « Où pourrais-je encore aller ? Qui pourrait m’accueillir ? Ma famille va me renier parce que j’ai détruit les dieux auxquels elle tenait. Ceux que j’ai autrefois repoussés se réjouissent de me voir abaissée. Je n’ai plus de refuge parmi les miens. »
§129 Pourtant ce qu’Aséneth a entendu du Dieu de Joseph ouvre une possibilité nouvelle. Ce Dieu refuse les idoles fabriquées par les humains, et Aséneth reconnaît qu’elle a elle-même vécu dans ce culte : elle les a craintes, servies et a partagé leurs sacrifices. Elle se sent donc indigne de prononcer le nom du Très-Haut. Mais elle a également entendu que le Dieu des Hébreux est vrai, compatissant, patient et riche en grâce ; qu’il pardonne et retient sa colère lorsque quelqu’un humilié se tourne vers lui. Alors une décision se forme : si elle n’a plus de refuge humain, elle cherchera refuge en Dieu. Elle lui dira sans détour ses péchés, lui présentera sa détresse et s’appuiera sur ce qu’elle a appris de lui : il accueille l’orphelin, soutient le faible et délivre le pauvre.
§130 Aséneth se lève donc pour prier, les mains tournées vers le ciel. Mais au moment de parler, elle n’ose pas encore prononcer le nom de Dieu. Elle se rassied, se frappe le visage et la poitrine et reprend intérieurement son propre procès : sa bouche a servi les sacrifices des dieux d’Égypte, mais ses larmes, sa cendre et sa poussière disent maintenant qu’elle renonce à cette ancienne vie. Elle finit par accepter jusqu’au jugement de Dieu : s’il la reprend, il reste son Seigneur ; s’il la frappe, c’est aussi de lui qu’elle attend la guérison. Cette confiance lui permet enfin de lever les yeux et d’ouvrir la bouche. La prière peut commencer.
Texte source
§128 Καὶ ἐγένετο τῇ ὀγδόῃ ἡμέρᾳ καὶ ἀνένευσεν [Ἀσενὲθ] ἐκ τοῦ ἐδάφους οὗ ἦν ἐπικειμένη, διότι ἦν παραλελυμένη τοῖς μέλεσιν ἐκ τῆς πολλῆς ταπεινώσεως. §129 λογιζόμενος ἁμαρτίαν ἀνθρώπου ταπεινοῦ. §130 ἐξομολογήσομαι αὐτῷ πάσας τὰς ἁμαρτίας
Notes textuelles
- Le grec OCP de l’unité 11 ne conserve que trois fragments : §128, §129 et §130. Le développement continu du chapitre est établi ici depuis la seconde recension syriaque éditée par E. W. Brooks, *Historia ecclesiastica Zachariae rhetori vulgo adscripta* I, CSCO 83 (1919), p. 32–34. Les trois fragments grecs servent de points d’ancrage et de contrôle ; aucune reconstruction grecque n’est proposée.
- Le témoin syriaque édité repose principalement, pour *Joseph et Aséneth*, sur BL Add. 17202, f. 10r–25v (env. VIe siècle), avec notamment BL Add. 7190, f. 319r–328v. Le changement de témoin doit être visible dans toute future publication.
- §129 — syr. ܓܠܝܘܬ ܐ̈ܦܐ, littéralement « ouverture de face », exprime l’assurance ou la liberté de se présenter devant Dieu ; la Littérale conserve cette image, les autres restitutions l’explicitent.
- §129 — la séquence syriaque « Dieu de vérité, miséricordieux et compatissant, long d’esprit, abondant en grâce et en vérité » porte un langage biblique traditionnel ; Bible Savoy le traduit comme formulation du témoin syriaque sans en déduire que toutes ses composantes appartenaient mot pour mot à l’état grec perdu.
- §130 — syr. ܪܝܩܢܘܬܐ, « vide / vanité », qualifie ce qui est associé aux dieux égyptiens dans le discours d’Aséneth. Cette polémique appartient au personnage et au récit ancien ; elle ne constitue pas un jugement historiographique de Bible Savoy sur les religions égyptiennes.
- §130 — « s’il me frappe, lui-même me guérira » est transmis explicitement par le syriaque et constitue le dernier mouvement de l’hésitation d’Aséneth avant l’ouverture de la prière du chapitre suivant.
- Révision S0 — suppression du métadiscours dans le corps des restitutions : segments réalignés sur une restitution continue source-contrôlée (deployee §128). La différenciation stylistique fine sera approfondie aux révisions supérieures.
Place dans l’ouvrage
Dans l’architecture de l’ouvrage
Le chapitre appartient au grand cycle de pénitence, prière et transformation d’Aséneth (10–17).
Parcours de l’unité
Clés de lecture
- Lire comme récit pseudépigraphique développé à partir de la brève mention d’Aséneth en Genèse 41,45, et non comme complément historique direct de la Genèse.
- Les thèmes de conversion, hospitalité, mariage et appartenance doivent être étudiés dans le judaïsme hellénistique sans projeter automatiquement des catégories confessionnelles postérieures.
Approfondir : composition, transmission et réception
Tradition textuelle
Joseph et Aséneth est transmis par plusieurs familles de manuscrits grecs ainsi que par des versions anciennes ; l’étendue et la relation des recensions ont fait l’objet de débats importants.
Lecture éditoriale. La division en 29 chapitres est un outil éditorial commode ; elle ne doit pas être confondue avec un découpage originel assuré.
Bibliographie de travail
- E. W. Brooks, Joseph and Asenath (1918)
- Christoph Burchard, Joseph and Aseneth
- Ross Shepard Kraemer, When Aseneth Met Joseph
Passerelles
Pour situer, approfondir ou revenir au texte.