Monographie de recherche · Annexe analytique

Analyse quantitative — de l’héritage à quatre sorties aux corpus actuels à six restitutions

Note de version — 14 septembre 2026. La traduction principale de La Bible Savoy comporte désormais sept restitutions : Clarté · Lecture · Proclamation · Déployée · Littérale · Philologique · Paraphrase. Les mentions à six restitutions conservées dans ce chapitre décrivent un état antérieur du modèle, un protocole ou un snapshot quantitatif établi avant l’intégration de Paraphrase ; elles sont maintenues pour la traçabilité historique et empirique.

L’analyse quantitative de la Bible Savoy a changé de fonction avec l’évolution du modèle. Les premières mesures portaient sur quatre sorties historiques ; les corpus actuels permettent désormais de décrire plusieurs ensembles complets à six restitutions. Ces mesures restent descriptives : elles ne constituent ni un score de qualité ni une validation automatique du modèle.

1. État historique : 12 588 versets à quatre sorties

Le premier corpus quantitatif comprenait 12 588 versets structurés dans l’ancienne architecture. Lecture servait de point de comparaison ; les écarts de Clarté, Déployée et d’une ancienne sortie analytique étaient comptés verset par verset, ainsi que les longueurs moyennes. Ces données sont conservées comme trace de l’évolution du projet et expliquent en partie pourquoi l’ancienne sortie analytique a été scindée en Littérale et Philologique.

Le corpus historique ne doit plus être agrégé aux statistiques contemporaines comme s’il décrivait le même modèle. Il constitue un témoin longitudinal : il montre l’état antérieur de l’architecture et permet d’étudier les effets de sa transformation.

2. Noyau comparatif initial : 5 171 unités

Le premier noyau quantitatif à six restitutions, constitué le 11 septembre 2026, réunissait cinq ensembles complets ou structurellement complets : Psaumes (2 527 versets), Actes (1 002), Job (1 070), Esther (167) et Apocalypse (405), soit 5 171 unités. Leur maturité n’est pas identique : Psaumes et Actes ont un contrôle structurel S1 documenté ; Job et Esther sont des traductions expérimentales complètes ; Apocalypse est une V0.1 complète mais non encore publiée au moment de son statut de travail.

CorpusUnitésStatutParticularité
Psaumes2 527V1.0 / S12 527 versets revus manuellement dans l’architecture à six restitutions ; provenance de migration conservée
Actes1 002V2 / S1Structure et complétude contrôlées ; révisions S2–S5 encore ouvertes
Job1 070V1 expérimentalePoésie et cola conservés ; validation éditoriale encore ouverte
Esther167V1 expérimentaleCorpus narratif complet à six restitutions
Apocalypse405V0.1Six restitutions complètes ; audit philologique global encore à effectuer

3. Snapshots élargis : de 10 763 à 19 115 unités

Le chantier a d’abord progressé au-delà du noyau initial vers un snapshot intermédiaire de 26 livres / 10 763 unités, figé le 12 septembre 2026. Cet état reste conservé avec son manifeste et ses statistiques, car il constitue un point de comparaison longitudinal : 38,1 % des unités y présentaient six chaînes exactement identiques, et les divergences par rapport à Lecture atteignaient 43,7 % pour Clarté, 46,7 % pour Proclamation, 48,5 % pour Déployée, 51,8 % pour Littérale et 60,1 % pour Philologique.

La matrice ci-dessous décrit donc le snapshot intermédiaire de 10 763 unités. Elle n’est pas remplacée par les chiffres ultérieurs : elle reste la mesure exacte de cet état du chantier.

PaireIdentité exacte — snapshot 10 763
Clarté / Lecture56,3 %
Lecture / Proclamation53,3 %
Clarté / Proclamation53,0 %
Lecture / Déployée51,5 %
Lecture / Littérale48,2 %
Littérale / Philologique43,1 %
Lecture / Philologique39,9 %

Cette matrice élargie montre que Lecture ne constitue pas un centre naturel du système : les proximités sont distribuées, et les relations changent fortement d’un corpus à l’autre. Elle montre surtout qu’un taux global agrégé masque des comportements fortement contrastés entre familles de corpus.

Snapshot courant : 41 livres, 19 115 unités

Le même jour, l’avancement parallèle des chantiers de traduction a porté le recensement à 41 livres complets et 19 115 unités. Ce nouvel état couvre désormais les vingt-sept livres du Nouveau Testament, onze livres principalement hébreux ou araméens, Baruch et 1 Maccabées, classés ici selon leur corpus de travail grec, ainsi que Daniel comme corpus mixte hébreu/araméen/grec. Là encore, complétude structurelle et maturité méthodologique doivent rester distinctes.

Sur ce snapshot empirique 0.58, 27,1 % des unités présentent six chaînes exactement identiques. Par rapport à Lecture, les divergences exactes atteignent 58,6 % pour Clarté, 53,1 % pour Proclamation, 56,9 % pour Déployée, 65,4 % pour Littérale et 71,8 % pour Philologique.

PaireIdentité exacte — snapshot 19 115
Clarté / Lecture41,4 %
Lecture / Proclamation46,9 %
Clarté / Proclamation43,6 %
Lecture / Déployée43,1 %
Lecture / Littérale34,6 %
Littérale / Philologique30,9 %
Lecture / Philologique28,2 %

L’élargissement diminue mécaniquement plusieurs identités globales parce qu’il ajoute de nombreux corpus issus de pipelines très différenciés. Cette évolution ne signifie pas que le modèle « devient meilleur » en divergeant davantage ; elle montre au contraire pourquoi les statistiques globales doivent être accompagnées de la provenance des livres qui les composent.

Sous-corpus désormais complets

La complétude structurelle du Nouveau Testament permet désormais un calcul sur ses vingt-sept livres : 7 943 unités. Aucune unité n’y présente six chaînes intégralement identiques ; par rapport à Lecture, Clarté diffère dans 96,7 %, Proclamation dans 75,7 %, Déployée dans 85,1 %, Littérale dans 99,0 % et Philologique dans 100 %. Le résultat reste descriptif, mais il montre déjà que les fonctions ne se comportent pas toutes de la même manière à l’intérieur du même ensemble linguistique.

Les quatre Évangiles totalisent 3 770 unités. Clarté diffère de Lecture dans 94,5 %, Proclamation dans 56,4 %, Déployée dans 70,5 %, Littérale dans 98,6 % et Philologique dans 100 %. La divergence beaucoup plus faible de Proclamation par rapport aux autres fonctions analytiques indique qu’un agrégat « corpus grec » masque des comportements internes importants.

Les trois grands corpus prophétiques principalement hébreux — Isaïe, Jérémie et Ézéchiel — totalisent 3 928 unités. Les six restitutions sont identiques dans 49,3 % de l’ensemble ; par rapport à Lecture, les divergences atteignent 28,1 % pour Clarté, 31,3 % pour Proclamation, 30,8 % pour Déployée, 37,6 % pour Littérale et 49,5 % pour Philologique. Cette moyenne reste trompeuse si elle est isolée : Isaïe et Jérémie convergent fortement, Ézéchiel beaucoup moins. Le livre et le pipeline doivent donc rester des variables explicites.

4. Un effet de pipeline à tester

Le snapshot de 19 115 unités documente un contraste de grande ampleur, mais il en révèle aussi la complexité. Les onze livres principalement hébreux ou araméens totalisent 9 505 unités et présentent 54,6 % d’identité intégrale entre les six restitutions. Les vingt-neuf corpus grecs totalisent 9 080 unités et n’en présentent aucune ; Daniel, 530 unités mixtes, ne présente pas non plus d’identité intégrale. Pourtant, les comportements internes sont très différents : Jérémie converge à 66,2 %, alors qu’Ézéchiel ne converge qu’à 9,3 %. La langue source ne suffit donc manifestement pas à expliquer les profils.

Cette opposition ne peut pas être attribuée automatiquement à la langue source ou au genre. Elle peut résulter d’un mélange de facteurs : propriétés du grec ou de l’hébreu, type littéraire, maturité, mode de génération des six sorties, politique de réécriture ou consignes propres à chaque campagne. La monographie formule donc désormais une hypothèse de pipeline effect : la procédure de production peut influencer la distance observée entre restitutions indépendamment de la difficulté intrinsèque du passage.

Plusieurs contrastes deviennent maintenant disponibles à l’intérieur même des grandes familles. Jérémie (1 364 unités) présente 66,2 % d’identité intégrale, tandis qu’Ézéchiel (1 273 unités) tombe à 9,3 %. Dans les Évangiles grecs, aucune unité n’est identique dans les six sorties, mais Proclamation ne diverge de Lecture que dans 36,0 % des unités de Matthieu, 44,7 % de Marc et 53,2 % de Luc, contre 94,7 % dans Jean. Ces profils montrent que « grec » ou « hébreu » ne sont pas des explications suffisantes : livre, genre, stratégie de révision et pipeline doivent être contrôlés séparément.

L’hypothèse de pipeline n’est pas fondée uniquement sur les taux observés. Les scripts de constitution conservent une partie de la provenance du processus. Dans plusieurs corpus hébraïques V1, notamment Esther et Job, la procédure part explicitement de Lecture comme valeur par défaut : Clarté, Proclamation, Déployée et Littérale reprennent Lecture tant qu’aucune modification ciblée n’est inscrite ; Philologique reprend elle-même Littérale lorsqu’aucune glose analytique n’est ajoutée. Ce mécanisme fait de la convergence l’état initial du fichier et exige une décision positive pour produire une divergence.

À l’inverse, plusieurs corpus grecs récents sont importés depuis des fichiers raw6 où les six champs sont déjà obligatoires et renseignés séparément. Le script d’assemblage vérifie la présence de chaque formulation, mais ne contient aucun mécanisme d’héritage entre restitutions. Dans ce régime, l’identité exacte ne constitue plus l’état par défaut ; elle ne peut apparaître que si les six formulations ont été produites identiquement en amont.

Cette différence de construction interdit une lecture causale naïve des statistiques « hébreu contre grec ». Elle ne démontre ni que les corpus grecs seraient sur-différenciés ni que les corpus hébraïques seraient sous-différenciés ; elle établit en revanche que la procédure de constitution modifie les conditions dans lesquelles l’identité entre restitutions peut apparaître. Le taux d’identité observé ne peut donc pas être interprété indépendamment du pipeline : la variable mélange au moins l’activation réelle des fonctions et la politique de production des chaînes.

Le protocole quantitatif doit dès lors enregistrer pour chaque corpus son mode de dérivation : héritage depuis une restitution de base avec exceptions ; réalisation parallèle indépendante ; révision humaine ultérieure de toutes les colonnes ; migration depuis une architecture antérieure ; ou combinaison de ces opérations. La provenance du pipeline devient une variable expérimentale au même titre que le genre, la langue source et la maturité.

Une expérience future permettra d’estimer cet effet : sélectionner un échantillon tenu à l’écart, produire une première série par héritage contrôlé — identité autorisée jusqu’à justification d’un écart — et une seconde par réalisation parallèle depuis le même dossier, puis soumettre les deux séries à des évaluateurs ignorant leur provenance. Si la distance entre restitutions change fortement alors que leur adéquation fonctionnelle évaluée reste comparable, une part importante de la divergence devra être attribuée au pipeline plutôt qu’au texte.

5. Taux de divergence dans le noyau initial

La divergence exacte par rapport à Lecture varie considérablement selon les corpus. Cette variation est l’un des résultats les plus importants : il n’existe pas de taux « normal » auquel une restitution devrait différer. Les chiffres décrivent l’état des corpus ; ils ne fixent pas une cible à atteindre.

CorpusClartéProclamationDéployéeLittéralePhilologique
Psaumes26,5 %41,6 %42,6 %46,1 %58,7 %
Actes99,5 %73,4 %94,9 %97,8 %100 %
Job0,9 %5,8 %3,5 %10,3 %25,0 %
Esther1,8 %7,2 %7,2 %12,6 %27,5 %
Apocalypse99,3 %99,3 %99,3 %99,8 %100 %

Les profils opposés de Job/Esther et d’Actes/Apocalypse interdisent toute interprétation naïve. Une forte convergence peut être légitime si les fonctions spécialisées ne sont sollicitées que localement ; une divergence presque systématique peut refléter une spécialisation réelle, mais doit aussi être auditée pour vérifier qu’elle n’est pas produite artificiellement. Le taux de différence est donc un indicateur de comportement, jamais une preuve de qualité.

6. Matrice d’identité du noyau initial

Comparer chaque restitution uniquement à Lecture risquerait de réintroduire implicitement un texte pivot que le modèle refuse méthodologiquement. La matrice ci-dessous conserve donc la série historique des 5 171 unités du noyau initial. Elle reste utile pour la comparaison longitudinale, mais ne doit plus être présentée comme la matrice de tout le corpus disponible.

ClartéLectureProclamationDéployéeLittéralePhilologique
Clarté10059,752,950,247,437,9
Lecture59,710056,452,148,238,0
Proclamation52,956,410046,942,336,6
Déployée50,252,146,910042,137,1
Littérale47,448,242,342,110044,2
Philologique37,938,036,637,144,2100

Cette matrice globale doit être lue avec prudence parce qu’elle agrège des corpus de tailles et de maturités différentes. Elle révèle néanmoins un profil cohérent avec l’architecture : Clarté, Lecture et Proclamation sont globalement plus proches entre elles que chacune ne l’est de Philologique ; Littérale est la restitution la plus proche de Philologique, sans se confondre avec elle. Mais le genre domine fortement ce profil : Clarté/Lecture atteignent 99,1 % d’identité dans Job et 98,2 % dans Esther, contre 0,5 % dans Actes et 0,7 % dans l’Apocalypse. Littérale/Philologique atteignent 76,8 % dans Job et 76,0 % dans Esther, contre 0 % dans Actes et l’Apocalypse.

Le résultat soutient deux constats : la non-redondance ne se mesure pas par une distance moyenne unique ; et aucune restitution ne peut servir de centre naturel au système. Les comparaisons quantitatives doivent donc rester symétriques et stratifiées par corpus.

7. Limite de l’identité exacte : différence textuelle n’est pas différence fonctionnelle

Le calcul précédent considère deux restitutions comme différentes dès qu’un caractère, une ponctuation ou un ordre local change. Il peut donc surestimer la différenciation fonctionnelle. Un audit exploratoire par similarité de chaînes fait apparaître des unités où les six sorties sont techniquement distinctes mais où plusieurs restent très proches. Dans Actes 1,8, par exemple, Clarté transforme le participe en subordonnée (« lorsque l’Esprit Saint viendra ») et Proclamation segmente la phrase ; dans Apocalypse 8,2, les écarts entre Clarté, Lecture et Proclamation portent largement sur le découpage ponctuationnel. Ces différences peuvent être fonctionnelles, mais elles n’ont pas le même poids qu’un changement lexical, syntaxique ou interprétatif majeur.

À l’inverse, certaines unités présentent de fortes distances de surface parce que les fonctions entraînent des restructurations substantielles. La mesure quantitative doit donc distinguer au moins trois niveaux : différence exacte, distance de formulation et différence fonctionnelle interprétée. Seule la troisième permet d’évaluer réellement la non-redondance du modèle, et elle exige un contrôle humain du dossier.

Cette limite empêche de transformer les taux de divergence d’Actes ou de l’Apocalypse en preuve automatique de spécialisation. Ils constituent des signaux d’audit : plus la divergence est systématique, plus il faut vérifier qu’elle n’est pas entretenue par une obligation implicite de « produire six textes différents ».

8. Longueur moyenne

Les longueurs moyennes en mots confirment certains profils attendus sans les valider à elles seules. Philologique est généralement la plus longue lorsque des marqueurs analytiques sont présents ; Déployée s’allonge dans plusieurs corpus ; Proclamation peut au contraire être légèrement plus courte que Lecture lorsque la segmentation et l’allègement syntaxique dominent.

CorpusClartéLectureProclamationDéployéeLittéralePhilologique
Psaumes15,615,615,417,115,318,2
Actes21,422,321,124,821,631,3
Job15,415,415,415,515,418,3
Esther30,630,630,230,430,733,7
Apocalypse26,427,025,327,728,229,1

9. Identité des six restitutions

Dans le noyau historique initial, Job présente 71,0 % d’identité intégrale, Esther 67,1 % et le Psautier V1.0 38,7 %. Dans le snapshot empirique 0.58, le Psautier V1.4/S5 se situe à 38,4 %. Aucun verset d’Actes ou de l’Apocalypse étudiés n’est identique dans les six sorties. Là encore, ce contraste ne permet pas de classer les livres : il fournit un signal pour l’audit. Les corpus fortement convergents doivent montrer que leurs fonctions spécialisées se déclenchent précisément lorsque nécessaire ; les corpus fortement divergents doivent démontrer que la divergence n’est pas devenue une obligation artificielle.

10. Densité des marqueurs analytiques

La présence de crochets constitue un indicateur simple, imparfait mais utile de densité analytique. Dans Actes, Déployée contient des crochets dans 948 unités sur 1 002 et Philologique dans 925 ; dans les Psaumes, respectivement 882 et 618 ; dans Job, Philologique en comporte 248 sur 1 070 ; dans Esther 39 sur 167. Ces chiffres ne disent pas si les gloses sont justifiées. Ils identifient les corpus où la frontière avec l’annotation ou Étude mérite un contrôle prioritaire.

11. Proclamation et segmentation

Une heuristique simple détecte davantage de segments graphiques ou phrastiques en Proclamation qu’en Lecture dans environ 34,4 % des unités d’Actes et 49,1 % de l’Apocalypse, contre 10,5 % des Psaumes, 4,2 % d’Esther et 1,6 % de Job. Cette mesure est insuffisante pour quantifier l’oralité : dans la poésie, les cola et les unités de souffle peuvent déjà être représentés autrement ; dans certains versets, une meilleure proclamation résulte d’un ordre différent sans augmentation du nombre de segments. Les tests d’écoute restent nécessaires.

12. Instantané reproductible des données

Parce que le corpus de traduction continue d’évoluer parallèlement à la rédaction de la monographie, les statistiques sont désormais liées à des manifestes datés. Le snapshot intermédiaire est conservé dans data/corpus-six-20260912-10763.json (26 fichiers maîtres, 10 763 unités ; SHA-256 du manifeste 308234af3d8ce1427a42dc1ca7acca32c64a628ffdfcee99a5249b0e2eb83000). Le snapshot empirique 0.58 est enregistré dans data/corpus-six-20260912-19115.json (41 fichiers maîtres, 19 115 unités ; SHA-256 42225aef8f392b7c030365e5819e6b1c016b4f7d7f68528c92a69ef45005fbfb). Chacun enregistre le nombre d’unités, les premières et dernières références, l’unicité et l’empreinte SHA-256 de chaque fichier.

Ce gel documentaire ne bloque pas les traductions. Il sépare deux temporalités : le corpus vivant peut continuer à être corrigé ; la monographie conserve l’état précis sur lequel une affirmation quantitative a été calculée. Une campagne ultérieure pourra produire un nouvel instantané et mesurer les écarts avec le précédent. Ce dispositif transforme les statistiques en résultats reproductibles plutôt qu’en photographies approximatives d’un répertoire en mouvement.

La provenance de données devient ici aussi importante que la provenance des décisions de traduction. Un pourcentage n’est interprétable méthodologiquement que si l’on peut retrouver les fichiers qui l’ont produit, leur version et la règle de calcul appliquée. Le manifeste d’instantané appartient donc à l’infrastructure de recherche ; il n’a pas besoin d’être exposé en permanence au lecteur courant, mais doit accompagner toute publication quantitative stabilisée.

Pondération et effet de taille des livres

Une statistique calculée sur toutes les unités pondère mécaniquement les grands livres davantage que les petits. Les Psaumes ou Job peuvent donc dominer une moyenne globale, tandis qu’une épître courte devient presque invisible. Il faut distinguer moyenne pondérée par unité, utile pour décrire l’ensemble du corpus, et moyenne par livre, utile pour observer la diversité des comportements éditoriaux.

Aucune des deux n’est « la bonne » mesure universelle. La première répond à la question « que voit-on sur une unité tirée au hasard du corpus ? » ; la seconde à « comment se comporte en moyenne un livre ? ». Les rapports futurs devront annoncer la pondération utilisée.

13. Effet de la maturité des corpus

Toute statistique doit être accompagnée du statut du corpus. Un fichier complet à six colonnes n’a pas le même poids qu’un corpus révisé méthodologiquement ou évalué extérieurement. Le Psautier V1.4/S5, par exemple, conserve la provenance de 1 973 versets issus d’une base ancienne à quatre restitutions et de 554 versets créés directement dans le nouveau modèle, alors même que l’ensemble a désormais parcouru les étapes documentées S1 à S5. La provenance doit donc accompagner l’interprétation des chiffres.

Incertitude des estimations

Les taux exacts calculés sur un fichier complet sont certains pour cet état du fichier, mais leur généralisation au modèle ne l’est pas. Un taux de 99 % de divergence dans un corpus décrit fidèlement ce corpus ; il ne prouve pas que la même fonction divergera à 99 % dans d’autres livres. La monographie doit donc distinguer incertitude de mesure et incertitude d’inférence.

Pour les échantillons de validation, des intervalles d’incertitude ou des procédures de rééchantillonnage pourront être utilisés lorsque cela apporte une information réelle. L’objectif n’est pas de donner une apparence statistique sophistiquée, mais d’éviter qu’une différence observée sur quelques dizaines d’unités soit présentée comme propriété stable du modèle.

14. Indicateurs fonctionnels

Le protocole quantitatif futur doit rester spécifique à chaque restitution. Pour Clarté : résolution de complexités et taux d’explicitation ; pour Lecture : stabilité, continuité et indices de calque ; pour Proclamation : unités de souffle, dépendances longues, ambiguïtés auditives et résultats d’écoute ; pour Déployée : expansions justifiées et densité de gloses ; pour Littérale : répétitions, coordinations et ordre source conservés ; pour Philologique : phénomènes réellement exposés, densité analytique et taux de dérive vers commentaire ou translittération.

15. Mesure et contrôle qualité

Les métriques servent trois fonctions distinctes : décrire le corpus, tester des hypothèses fonctionnelles et générer des alertes. Elles ne doivent jamais être agrégées en un score global de « qualité ». Les contrôles automatisés peuvent porter sur références, champs vides, nombres, négations, noms propres, divergences, segmentation, densité de gloses ou incohérences de surface ; ils ne décident pas de la validité philologique d’une formulation.

16. Programme statistique

Lorsque plusieurs corpus auront atteint des niveaux de maturité comparables, l’analyse devra distinguer genre, langue source, longueur de l’unité, type de difficulté et fonction de restitution. Les comparaisons devront être menées sur des corpus de développement et des corpus tenus à l’écart. Une statistique produite après ajustement méthodologique sur les mêmes passages ne constitue pas une validation indépendante.

Scripts et reproductibilité des tableaux

Chaque tableau quantitatif destiné à une édition critique stabilisée devrait être généré par un script versionné à partir d’un snapshot identifié. Le script doit enregistrer normalisation des en-têtes, règles de tokenisation, traitement des marqueurs poétiques et sélection des corpus. Une modification de ces conventions peut changer les chiffres sans qu’aucune traduction n’ait été révisée.

La reproductibilité demande donc plus qu’un fichier CSV final : données, code, paramètres et empreinte du snapshot forment ensemble l’objet quantitatif. Le tableau publié n’en est que la représentation humaine.

17. Fonction de l’annexe

L’annexe quantitative devient un instrument d’audit longitudinal. Elle conserve l’ancien système, décrit les nouveaux corpus, signale les comportements atypiques et fournit des hypothèses à contrôler qualitativement. Sa fonction n’est pas de transformer la traduction en problème d’optimisation numérique, mais d’empêcher certaines impressions éditoriales de se substituer aux observations.

Précaution. Les chiffres sont toujours indexés à un snapshot identifié. Le noyau initial, le snapshot 10 763 et le snapshot empirique 0.58 19 115 doivent être cités avec leur périmètre respectif ; aucun agrégat n’est présenté comme une propriété intemporelle du projet.

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