Étude biblique · 29.09.2026
Le buisson et le Nom
Exode 3,1–15 · 6 min
Le buisson attire d’abord le regard de Moïse ; puis l’appel le déplace du spectacle vers la mission. Le Dieu qui révèle son nom est aussi celui qui dit avoir vu, entendu et connu la souffrance de son peuple.
Comprendre le passage
Exode 3,1–15 se situe après la fuite de Moïse vers Madian. Berger du troupeau de Jéthro, il atteint Horeb, « montagne de Dieu ». Le récit du buisson associe apparition, sainteté du lieu, mémoire des patriarches, constat de l’oppression d’Israël et envoi de Moïse vers Pharaon.
Lire le texte
Le v.2 parle du mal’akh YHWH, « messager / ange de YHWH », puis le v.4 nomme successivement YHWH et Elohim. Le récit ne s’arrête pas pour expliquer cette articulation ; il faut respecter ce mouvement textuel plutôt que le simplifier.
La mission naît d’une série de verbes : Dieu a vu la détresse, entendu le cri, connu les douleurs et « est descendu » pour délivrer. Moïse répond : « Qui suis-je ? » La réponse divine ne consiste pas d’abord à exalter les capacités de Moïse : « Je serai avec toi ».
Cette formule, ehyeh immakh, prépare le v.14. Ehyeh est une forme du verbe « être / devenir » qui peut se rendre « je serai », et selon l’analyse « je suis / je me montrerai ». « JE SERAI QUI JE SERAI » conserve en français le lien immédiat avec le v.12. Au v.15, le texte donne explicitement YHWH comme nom mémorial de génération en génération.
Un mot du texte source
מַלְאַךְ — mal’akh : messager ; dans ce contexte divin, traditionnellement « ange ».
הִנֵּנִי — hinneni : me voici, réponse de disponibilité.
אֶהְיֶה עִמָּךְ — ehyeh immakh : « je serai avec toi ».
אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה — ehyeh asher ehyeh : littéralement une construction du type « je serai / suis ce que je serai / suis ».
יְהוָה — YHWH : tétragramme explicitement donné au v.15.
Ce que le texte dit — et ne dit pas
Exode 3,14 est un texte majeur mais ne doit pas être réduit à une équation philosophique simple du type « Dieu = l’Être » sans discuter la grammaire hébraïque et le contexte narratif. Le lien morphologique et théologique entre ehyeh et YHWH est réel comme dossier d’étude, mais son explication étymologique précise reste débattue.
La révélation du nom n’est pas séparée de la délivrance : le passage relie identité divine, présence promise et attention à l’oppression.
Pour aujourd’hui
À la question « Qui suis-je ? », la réponse du récit est « je serai avec toi ». La vocation de Moïse ne repose donc pas sur une autosuffisance retrouvée, mais sur une présence promise. Pour aujourd’hui, le passage invite à distinguer humilité et paralysie : reconnaître ses limites n’est pas nécessairement refuser la mission lorsqu’une responsabilité réelle nous est confiée.
Pour aller plus loin
Lire Exode 2,23–25 pour les verbes « entendre / se souvenir / voir / connaître », puis Exode 4 pour les autres objections de Moïse. Pour le nom divin, comparer Exode 6,2–8 et les occurrences ultérieures de YHWH dans la Torah.